Opération Desert Falcon : Les F-16 belges ont utilisé des bombes de l’armée américaine en Irak

crédit-photo BE Defence/Malek Azoug

Dans un rapport parlementaire publié au mois de mars sur l’audition du commandant de la Défense le général Marc Compernol en commission de la Défense le 23 novembre dernier, on apprend que les F-16 belges de l’opération Desert Falcon ont utilisé des bombes de l’armée américaine en Irak et en Syrie.

En réponse aux questions des députés sur l’action des F-16 belges dans la coalition internationale contre l’EI, le général Marc Compernol a indiqué que la livraison des bombes pour les F-16 belges basés en Jordanie méritait une attention particulière. Les stocks ne sont plus gérés par la Défense belge tout comme pour les Pays-Bas et le Danemark (pays qui a mis fin à l’engagement de ses F-16 au sein de la coalition internationale en décembre dernier) par exemple, des pays qui ne peuvent plus continuer à le faire à leur niveau. En raison de la longueur des délais de livraison, l’armée belge a dû utiliser des bombes de l’armée américaine.

En mars 2016, le gouvernement belge a approuvé l’achat de bombes GBU-39 A/B «Small Diameter Bomb» (SDB) de 250 livres (environ 125 kg), un achat direct aux États-Unis. Ces bombes, dotées d’une charge deux ou quatre fois moindres que les actuelles bombes en service – de 1.000 ou de 250 kg, doivent réduire les risques de dommages collatéraux. En raison des délais de livraison, la Défense belge ne pourra en disposer que vers fin 2017.

Le 20 mars dernier, le ministre Steven Vandeput et des membres de la commission Défense se sont rendus en Jordanie pour visiter la base belgo-néerlandaise qui abrite les F-16 en partance quotidienne pour des missions en Irak et en Syrie. La barre des 7.000 heures de vol des F-16 belges depuis octobre 2014 et le début de l’opération a été franchie ce jour-là . Au cours de l’opération Desert Falcon actuelle, entamée en juillet 2016, les Belges ont effectué 326 missions, soit environ 3 400 heures de vol. Parmi celles-ci, 45% se composait de missions « cinétiques », jargon militaire signifiant que des bombes ont été larguées sur des objectifs. La plupart de ces missions, quelque 80%, ont eu lieu en Irak.

Les F-16 belges vont quitter la Jordanie le 30 juin prochain et ne seront pas remplacés par les Hollandais. Suivant la décision que le gouvernement prendra, ils pourraient faire leur retour en janvier 2018. Un semestre de déploiement de F-16 coûte à la Belgique environ 23 millions d’euros.

La Belgique et les Pays-Bas franchissent une nouvelle étape dans le remplacement de leur marine

Crédit-photo: BE Defence-Malek Azoug
Crédit-photo: BE Defence-Malek Azoug

Le ministre de la Défense belge Steven Vandeput et son homologue néerlandais Jeanine Hennis-Plasschaert ont signé aujourd’hui deux accords de programme ‘’Program Arrangements’’ pour le remplacement conjoint de frégates et de chasseurs de mines. C’est le franchissement d’une nouvelle étape dans l’autre dossier important de la vision stratégique en achat de matériel avec le remplacement des F-16. Une lettre d’intention commune entre les deux pays avait été signée au mois de novembre 2016. 

Ces deux accords de programme ‘’Program Arrangements’’ prévoient le cadre dans lequel les deux équipes de projet vont examiner et définir les exigences essentielles des nouveaux navires. Ainsi, pour le programme de remplacement des frégates une étude préliminaire pour un « Above Water Warfare »-cluster est lancée en vue d’examiner quels capteurs et quelle technologie de la communication de données sont nécessaires à la défense du nouveau navire contre les menaces aériennes et de surface. Une étude est également lancée pour le programme de remplacement des chasseurs de mines. Celle-ci vise à définir l’architecture des systèmes d’information nécessaires à la « Command & Control » (C2) configuration du nouveau MCM-navire (Mine Countermeasures). Sur base des résultats de ces deux études, les équipes de projet présenteront la description des besoins pour les deux programmes de remplacement et poseront la base pour les deux Memoranda of Understanding.

Au mois de janvier dernier, Steven Vandeput a confirmé que le maintien à flot des chasseurs de mines néerlandais et belge était compliqué.  La maintenance des bâtiments des deux pays est assurée par la marine belge à Zeebrugge. Des pannes surviennent parfois en dehors des entretiens prévus. Les plateformes opérationnelles étant moins nombreuses, les effets de ces pannes sont plus perceptibles qu’auparavant. Toutefois, les bâtiments pourront rester en service jusqu’à leur remplacement, moyennant les efforts nécessaires et le remplacement des logiciels obsolètes.

Le dossier est plus avancé côté belge que côté néerlandais. Le budget d’investissements s’élève à 1,29 milliard d’euros pour les frégates et à 932 millions d’euros pour la capacité de lutte contre les mines, côté belge. Le budget est toujours en cours d’élaboration côté néerlandais. La capacité de lutte contre les mines doit être remplacée à partir de 2023 et les frégates à partir de 2025.

La livraison des huit A400M pourrait être retardée

photo AFP
photo AFP

En raison des problèmes que connaît actuellement le programme Airbus A400M, le calendrier de livraison des huit A400M à la Belgique et au Luxembourg pourrait être changé.

L’Allemagne a été un des premiers pays  à recevoir des A400M. L’un d’eux a déjà connu des problèmes et est tombé en panne début février en Lituanie alors que la ministre de la Défense devait le prendre pour assister à une cérémonie. Airbus a annoncé récemment que ses bénéfices avaient baissé à cause du programme de l’A400M et de ses nombreux déboires.  Le groupe a demandé hier une réunion ministérielle européenne pour prendre la mesure de la situation et convenir des prochaines étapes dans l’intérêt de la poursuite du programme, des gouvernements clients et du secteur européen de la défense.

Interrogé en commission à ce sujet, le ministre de la Défense Steven Vandeput a indiqué que les A400M, qui seraient livrés à la Belgique et au Luxembourg, seraient équipés de la dernière évolution de la boîte de transmission pour éviter certains problèmes techniques. Initialement les huit appareils devaient être livrés entre février 2019 et novembre 2020. Airbus a toutefois proposé à la Belgique une livraison échelonnée à partir de septembre 2019, ce qui laisse penser qu’elle aura plusieurs mois de retard. Le ministre a également indiqué que le prix total d’acquisition était inchangé soit 1,190 milliards d’euros.

Le timing du remplacement des F-16 devient de plus en plus serré

photo BE Defense
photo BE Defense

Il n’aura échappé à personne que l’appel d’offres pour le remplacement des F-16 n’était pas à l’ordre du jour du dernier Conseil des ministres. D’ailleurs on pouvait s’y attendre, les médias n’en ayant pas parlé au préalable. Le timing du remplacement des F-16 devient de plus en plus serré alors qu’on est déjà mi-février 2017 et qu’une décision doit être prise par le gouvernement en 2018.

Pourtant le ministre Steven Vandeput avait indiqué, fin janvier, que le « Request for governmental Proposal » était prêt après avoir été retardé par le dossier du rallongement de l’âge de la pension. Mais le dossier ne cesse de traîner depuis 2015. Du côté de l’État-Major de la Composante Air, on commence à s’inquiéter. Dans un récent interview, son commandant le général-major Vansina a rappelé que les F-16 arriveraient en fin de vie en 2023 et qu’il faudrait plusieurs années de production pour son remplaçant.

Le remplacement des F-16 devient un peu l’Arlésienne alors qu’il avait été présenté par le gouvernement comme une mesure-phare de sa politique de Défense. Il ne faudrait pas que le dossier soit bâclé, faute de temps.

Le ministre Steven Vandeput lance son premier projet pilote de privatisation au Quartier Hemptinne à Heverlee

photo RTL-Info
photo RTL-Info

Le Conseil des ministres a approuvé vendredi la procédure de marché public pour l’externalisation du service de garde du Quartier Hemptinne à Heverlee. Ce marché public a pour but de faire assurer le service de garde par une firme privée de gardiennage avec la mise en place de personnel et de moyens techniques (caméras, systèmes de détection et de contrôle d’accès). C’est le premier projet pilote d’outsourcing lancé par le ministre Steven Vandeput dans le cadre de la vision stratégique.

La vision stratégique du ministre Vandeput prévoit le passage d’une armée de 30.000 à 25.000 hommes avec une baisse évolutive jusqu’en 2030. Le recours à des partenaires privés ou publics va compenser cette perte de 5.000 hommes. Dans un communiqué, le ministre rappelle que: »l’externalisation de tâches de soutien permettra à la Défense de se concentrer sur son cœur de métier », précisant: « Laissez faire la garde par un partenaire privé signifie que plus de soldats sont disponibles pour les opérations, tandis que les coûts pour la garde baisseront. »  L’outsourcing concerne des métiers de cuisine, horeca, la protection de caserne. La vision stratégique souligne toutefois que le coût sera élevé pour le démarrage de ces initiatives. Il se chiffrerait à quelque dizaines de millions d’euros.

La Défense fait déjà appel à des prestations de services venant du marché civil pour les services facilitaires (maintenance d’installations techniques, le nettoyage, l’entretien de jardin), la « flotte blanche » (Airbus A321), le transport commercial (taxis à Bruxelles, leasing de véhicules utilitaires), développement de software, matériel informatique, les soins de santé primaire, ainsi que l’entretien (navires, avions et véhicules utilitaires).

Dans cette optique de sous-traitance, le ministère de la Défense voulait lancer plusieurs projets pilotes au cours de la première moitié de l’année 2017 pour un coût de 3 millions d’euros avec l’objectif d’en tirer des enseignements d’ici 2018. Le service de garde du Quartier Hemptinne en est le premier. Le contrat aura une durée de quatre ans avec une prolongation possible d’un an. En cas de succès, la privatisation du service de garde pourrait être étendue à d’autres quartiers.

Le Quartier Hemptinne accueille plusieurs unités de la Composante Terre: les Special Forces Group (SF Gp), le bataillon de Chasseurs à Cheval (ISTAR), l’Information Operations Group. Le 30 novembre 2015, une intrusion y avait été constatée avec la découverte d’un dispositif explosif (bouteilles de type « cocktail Molotov ») à proximité de véhicules militaires, provoquant une brève évacuation et l’intervention des services de déminage.

Opération Desert Falcon: Le manque de transparence nuit à la crédibilité de la Belgique dans sa lutte contre l’EI

photo Défense belge
photo Défense belge

Dans une interview à des journalistes belges en début de semaine, le président syrien Assad a été très critique notamment sur l’action des F-16 belges en Syrie, déclarant que la mission de la coalition internationale était illégale: »Elle a été décidée sans nous consulter, sans demander la moindre permission au gouvernement syrien, qui est pourtant légitime. C’est une violation de notre souveraineté. » Après les graves accusations de la Russie au mois d’octobre 2016, la Belgique se trouve de nouveau mis en porte-à-faux et paye son manque de transparence dans son action militaire contre l’EI.

Un cadre légal faible en Syrie

Dans une note publiée sur l’Institut royal supérieur de défense (IRSD) en septembre 2016, Catherine Rémy, Directrice-adjointe du Centre d’études de sécurité et défense de l’Institut, analysait le cadre légal de la lutte armée de la Belgique contre l’EI. Elle soulignait les faiblesses juridiques du cadre légal de l’action belge notamment sur son intervention en Syrie:« Si le cadre légal est suffisamment justifié pour ce qui concerne l’intervention en Irak, il demeure assez faible pour ce qui concerne l’intervention en Syrie. » Elle insistait notamment sur la nécessité de renforcer le cadre légal de la mission, notamment par le consentement des autorités syriennes. En réponse aux accusations du président syrien, le ministre des Affaires Étrangères Didier Reynders a publié un communiqué déclarant que le cadre juridique de l’opération belge était partagé par tous les membres de la coalition internationale. De son côté, le Premier ministre Charles Michel s’est contenté d’une simple déclaration:« Nous ne recevrons aucune leçon de droits de l’homme de la part de M. Assad. »Il n’en reste pas moins que la Belgique reste l’un des pays de la coalition les moins transparents sur son action militaire en Irak et en Syrie, une constatation partagée même dans certains médias occidentaux  comme le journal français Le Monde.

 

capture d'écran RTBF
Interview du président syrien Assad à la chaîne VRT (capture d’écran RTBF)

Le grand inconnu des frappes militaires 

Aucun chiffre exact des frappes des F-16 belges n’a jamais été donné par le ministère et ce déjà dans une certaine mesure en 2015. On se contente de parler en pourcentage ou en termes relativement flous. « Durant les 9 mois de l’opération Desert Falcon, les six F-16 belges ont effectué 163 attaques lors des 796 vols au-dessus de l’Irak. La contribution belge s’élevait à 5,5% de la coalition internationale contre Daesh », pouvait-on lire sur le site de la Défense au mois de juillet 2015. Les six F-16 sont de nouveau en Jordanie depuis juillet 2016 et les chiffres de frappe ne sont toujours pas là. Au mois d’octobre, La Libre Belgique indiquait que seulement 5% des frappes belges avaient lieu en Syrie dont une frappe  pendant l’été. On parle de sorties, d’attaques, de soutien aérien mais le mot frappes n’est jamais prononcé. On invoque des raisons de sécurité. La Défense belge précise simplement que chaque sortie aérienne est fortement encadrée pour éviter les dommages collatéraux et vérifier le cadre légal. Depuis un certain temps, la Défense française a pris l’habitude de faire un point hebdomadaire précis sur ses opérations sans que cela ne nuise aux opérations. Communiquer un petit plus, ne ferait sans doute pas de mal même à destination des citoyens belges.

Clarifier l’efficacité militaire des opérations des F-16

Effectivement pour les citoyens belges eux-mêmes, il est difficile de se donner une idée exacte de l’efficacité militaire belge en Irak et en Syrie au milieu de ces termes et pourcentage. En 2015, les F-16 belges avaient détruit  au moins 107 cibles terrestres, un chiffre déjà beaucoup plus parlant en date d’avril 2015. En 2016,  ce n’est plus le cas. Au début de l’année, l’agence Belga s’est contenté d’indiquer que les F-16 belges avaient franchi le cap des 6000 heures de vol au dessus de l’Irak et de la Syrie, ajoutant que la source militaire n’avait pas précisé le nombre de missions effectuées ni le nombre d’engagements contre des objectifs de l’EI. On pourrait croire que les F-16 belges se contentent de voler sans plus. Bien sûr tout le monde sait que ce n’est pas le cas mais un chiffre clair et précis est certainement beaucoup plus parlant que d’afficher des heures de vol, qui ne veulent pas dire grand chose. L’opposition, comme le parti socialiste, s’était déjà plainte de ce manque de transparence au mois d’octobre 2016. Le gouvernement avait rétorqué qu’il y avait une commission parlementaire dédiée aux opérations militaires et que le contrôle démocratique était donc assuré. Sauf que cette commission se réunit toujours à huis-clos et que jamais rien n’en sort.

Des F-16 belges en Jordanie (photo Défense belge)
Des F-16 belges en Jordanie (photo Défense belge)

Vers la fin temporaire de l’opération Desert Falcon ?

Au-delà de ce manque de transparence, la crédibilité de la Belgique pourrait être entachée par l’arrêt de la mission des F-16 au mois de juillet prochain alors qu’elle avait fait son entrée en octobre 2016 dans le noyau dur des pays les plus impliqués dans la lutte contre l’EI, ce dont s’était félicité Steven Vandeput . La mission « flip-flop » avec les Pays-Bas est en train de tourner au flop, on peut le dire. Il apparaît désormais clairement après des premières rumeurs au mois de septembre 2016 que les F-16 hollandais ne pourront pas prendre la suite au mois de juillet prochain et qu’il faudra attendre au moins début janvier 2018 pour que leur retour soit possible. De son côté, la Belgique ne peut pas continuer alors que les opérations 2017 ont déjà été budgétées. Alors certes la Belgique n’y est pour rien, elle qui a tenu ses engagements, mais malheureusement c’est le résultat d’une coopération obligée, faute d’autonomie stratégique. Et le gouvernement belge n’accablera pas son homologue néerlandais alors que de nombreux projets de coopération militaire sont en cours. Le ministre de la Défense Steven Vandeput a laissé entendre que l’opération Desert Falcon prendrait temporairement fin. La contribution militaire belge dans la lutte contre l’EI serait alors cantonnée aux 30 instructeurs belges. Mais quid du détachement  de militaires qui était prévu pour protéger les F-16 hollandais ?

Entre 2016 et 2017, la Belgique aura été fortement attaquée sur son action militaire en Syrie et en Irak par la Russie et la Syrie. Fortement visée, elle devrait sans doute réfléchir à mieux communiquer sur ses opérations militaires pour gagner en crédibilité envers les autres alliés occidentaux mais aussi ses propres citoyens et éviter de devenir une cible privilégiée de pays adverses.

Le 12/13 de Ligne intègre la Brigade Médium

Le lieutenant-colonel Manuel Monin, chef de corps du 12/13 de Ligne lors de la cérémonie militaire d'accueil (photo Brigade Médium)
Le lieutenant-colonel Manuel Monin, chef de corps du 12/13 de Ligne, lors de la cérémonie militaire d’accueil (photo Brigade Médium)

Depuis le 1er janvier 2017, le bataillon d’infanterie légère le 12/13ème de Ligne a intégré la Brigade Médium. La cérémonie militaire d’accueil avait lieu le 27 janvier dernier à Bourg-Léopold au quartier général de la Brigade Médium. C’est le premier pas vers la prochaine réorganisation de la Composante Terre dans le cadre de la mise en place de la vision stratégique du ministre Vandeput.

La Brigade Médium est désormais composée de 3 bataillons de manœuvre médians et de 2 bataillons de manœuvre légers. Le 12/13ème de Ligne rejoint ainsi le bataillon Carabiniers Prince Baudouin-Grenadiers, le bataillon Libération-5 de Ligne, le bataillon de Chasseurs Ardennais et le 1/3 bataillon de Lanciers. Dans la vision stratégique du ministre Vandeput, la Composante Terre doit se doter d’une capacité motorisée interarmes construite autour de 5 bataillons de manœuvre motorisés, qui seront équipés de manière uniforme et complète, avec des éléments combat support (artillerie, génie, ISTAR), des éléments combat service support (logistique, appui médical, moyens de commandement et de communication). La Belgique a l’ambition de fournir de façon illimitée un Battlegroup interarmes de 800 à 1.200 hommes pour des opérations de gestion de crise. La vision stratégique met l’accent sur le concept interarmes, qui doit permettre un déploiement rapide avec une meilleure efficacité.

Depuis 2011, le 12/13 de Ligne faisait partie de la Brigade légère. L’année 2011 avait vu également de profonds changements au sein de la Composante Terre avec la dissolution de la 7ème brigade de Marche-en-Famenne et d’autres unités dans le cadre du plan de « finalisation de la transformation » du ministre de la Défense de l’époque, Pieter de Crem. Les deux brigades actuelles de la Composante Terre avaient été créées à cette époque. Dans le cadre de la mise en place de la vision stratégique du ministre Vandeput, la Brigade légère va également connaître des transformations avec le renforcement des Forces Spéciales et la création d’une capacité SOF (Special Operations Forces).

Des hauts responsables de la Défense en visite aux militaires de Vigilant Guardian pour Noël

photo Défense belge
photo Défense belge

En cette période des fêtes, les militaires de l’opération Vigilant Guardian étaient au centre des attentions et ont reçu la visite des plus hauts responsables de la Défense. Un signe de reconnaissance pour la plus importante opération de l’armée, qui mobilise 1.250 militaires sur tout le territoire belge et particulièrement à Bruxelles, Anvers et Liège.

Le chef de la Défense, le général Marc Compernol, a tenu à terminer sa tournée des popotes par Vigilant Guardian, rendant au passage hommage aux familles de militaires:« Afin d’assumer toutes ces opérations, en Belgique ou à l’étranger, plus de 2000 militaires sont déployés en ce moment. 2000 autres se préparent à prendre leur relève prochainement. Autant de familles qui sont confrontées à ces départs. Elles aussi méritent toute notre gratitude ! » Il est allé à la rencontre des différents militaires déployés à Bruxelles devant des institutions ou bien dans le métro pour Noël: bataillon Libération/ 5ème de Ligne, unité logistique, parachutistes, bataillon ISTAR, Lignards etc…

photo Bataillon Libération/5 de Ligne
photo Bataillon Libération/5 de Ligne

Le ministre Steven Vandeput était également sur le terrain le jour de Noël pour aller remettre des cadeaux aux militaires déployés et a fait un tour au PC de commandement du bataillon Libération/5ème de Ligne. La communication autour de cette visite s’est faite de manière bizarre. La dépêche de l’agence Belga autour de cette visite s’est faite sur base d’un tweet de sa porte-parole Laurence Mortier:« Il a effectué cette visite de Noël à ses troupes à Bruxelles « par gratitude » et « par respect », a indiqué sa porte-parole, Laurence Mortier, sur Twitter, photos à l’appui » sauf que par la suite ce tweet a été effacé. Le ministre, lui-même, est resté très discret sur cette visite. Le bataillon a toutefois publié des photos sur sa page Facebook.

tweet-porte-parole-vandeput-noel-2016

photo Bataillon Libération/5 de Ligne
photo Bataillon Libération/5 de Ligne

Noël s’est clôturé pour les soldats de Vigilant Guardian à Bruxelles par la visite du patron de la Composante Terre, le général Jean-Paul Deconinck. Ce dernier est l’un des plus critiques envers cette opération, qui pèse lourdement sur la Composante Terre. À l’occasion, l’agence Belga n’a pas manqué de rappeler que cette opération faisait débat au sein de l’état-major.

Les Chasseurs Ardennais, en mission OVG à Liège, n’ont également pas été oubliés. Le Commandant en second, l’Adjudant de Corps et le Caporal de Corps sont venus leur remettre des cadeaux de la Fraternelle le 24 au matin. Le Chef de corps et une autre partie du bataillon sont déployés au Mali et doivent rentrer en Belgique en janvier.

photo Fraternelle des Chasseurs Ardennais
photo Fraternelle des Chasseurs Ardennais

L’armée belge inquiète sur la mise en place réelle de la vision stratégique

crédit-photo Belga
crédit-photo Belga

La réforme de la pension militaire, annoncée au mois d’octobre par le gouvernement et qui avait provoquée colère et incompréhension dans les rangs de l’armée belge, semble mettre véritablement mettre un frein à la mise en place de la vision stratégique du ministre Steven Vandeput de quoi donner raison aux craintes du général Marc Compernol. Après les beaux espoirs du début de mandat, certaines inquiétudes justifiées commencent à poindre.

Des achats ont pris du retard

Au début du mois de novembre, le  journal L’Écho soulignait très justement que l’appel d’offres du gouvernement pour le remplacement des F-16 se faisait attendre. Ce fameux appel d’offres, tant attendu par les constructeurs, devait être lancé avant Noël pour que le gouvernement Charles Michel puisse prendre sa décision avant la fin de son mandat. Il s’est fait attendre tout le mois de novembre et celui de décembre…en vain. La Libre Belgique a confirmé cette semaine qu’il n’interviendrait pas avant 2017. En cause ? La fameuse réforme de la pension qui a retardé la rédaction du cahier des charges. Les autres achats de matériel militaire semblent également gelés en attendant d’en savoir plus sur les modalités de la réforme, qui doit rentrer en vigueur à partir de 2018.

L’exemple du passé

Le général Marc Compernol avait déjà fait part de ses craintes devant la commission de la Défense nationale à la Chambre. Il estime que la réforme va coûter dans 3,1 milliards d’euros et qu’elle pourrait anéantir la vision stratégique. Dans l’éditorial du dernier numéro du mois de décembre de la Revue Militaire Belge, l’ancien général de brigade Jo Coelmont se montre aussi très pessimiste, se basant sur des exemples passés:« Nous ne pouvons oublier que tous les plans stratégiques ayant précédé celui-ci ont capoté étant donné que – à peine approuvés – le budget de la Défense fut systématiquement érodé lors du premier ajustement budgétaire semestriel qui suivit. Il importe maintenant de mettre fin à cette « habitude ». » Pour lui, il faut éviter que la Défense ne soit amenée en unité de « soins palliatifs » et elle doit absolument relever le défi de surmonter les difficultés:« Nous n’avons pas le droit d’échouer. Nous ne pouvons en effet pas nous le permettre. »

La loi de programmation militaire recalée par le Conseil d’État

Le dernier avis juridique du Conseil d’État, qui a recalé la loi de programmation de militaire, n’est pas là pour rassurer les militaires même si le ministre de la Défense a voulu relativiser. Cette loi était simplement là pour amener plus de clarté mais elle ne change en rien les investissements militaires décidés. Le  Directeur Général des Ressources Matérielles, le Général-major Thijs, qui a reçu dernièrement le syndicat PROdef.be, confirme qu’il a fallu encaisser cette nouvelle et que rien empêche les prochains gouvernements de « détricoter » la vision stratégique. Toutefois, il sera difficile de recaler les achats bilatéraux mais pour le reste, rien est certain. Dans ses vœux de fin d’année, Steven Vandeput ne dit pas vraiment autre chose: » Après des décennies d’âpres économies, nous avons décidé de travailler avec le gouvernement afin de réaliser de gros investissements », tout en ajoutant plus loin, « Les investissements prévus dans notre département ne sont naturellement pas un bien acquis ».

Le site Le Vif parle d’« une grosse claque à la suédoise » pour évoquer l’avis juridique du Conseil d’État sur la loi de programmation militaire et se montre très critique. Avec la réforme de la pension, les investissements décidés par le gouvernement Michel ne sont plus aussi certains malgré la volonté affichée du ministre Steven Vandeput. Cette situation n’est pas là pour rassurer les militaires belges, déjà très inquiets pour leur avenir.

 

[RÉTROSPECTIVE] Les moments marquants 2016 de l’armée belge

Photo Sedeyn Ritchie/BE Defense
Photo Sedeyn Ritchie/BE Defense

2016 aura été une année riche en engagement pour l’armée belge entre le Mali et l’Irak. Mais le point d’orgue de cette année opérationnelle sont les attentats du 22 mars et l’opération Vigilant Guardian. On ne peut manquer d’évoquer la mobilisation historique du 15 novembre contre la réforme du régime des pensions.

1. L’opération Vigilant Guardian

Comme en 2015, les militaires belges ont été déployés massivement dans les villes du pays pour atteindre le nombre de 1.800 malgré une baisse en fin d’année. Leur image est devenu familière pour les belges. Dans les journaux, des photos de patrouilles militaires illustrent désormais des articles en rapport avec la sécurité du territoire et le terrorisme. Opération pesant sur les unités de combat de la Composante Terre, l’armée belge a fait appel à des unités de logistique et même de la Composante Médicale. Elle continue d’alimenter régulièrement le débat politique et militaire avec des remises en question sur son efficacité et ses limites. Parallèlement, la Défense continue de mener l’opération Spring Guardian pour la protection des centrales nucléaires. Au mois de mai, des militaires ont été également déployés dans les prisons pour suppléer les gardiens de prison en grève dans une mission qui a été appelée brièvement: opération Central Guardian.

photo Daniel Orban/BE Defense
photo Daniel Orban/BE Defense

2. Les attentats du 22 mars

Les attentats du 22 mars, qui ont frappé la Belgique, ont marqué l’armée belge mise à contribution comme les différents services de sécurité et de santé du pays. Le document officiel Dbriefing de la Défense détaille précisément le rôle qu’a joué l’armée ce jour-là. Les deux lieux des attentats (Zaventem et Maelbeek) étaient sous la surveillance du bataillon de Chasseurs à cheval (ISTAR). Au moment de l’explosion dans l’aéroport, les militaires, qui se trouvaient loin du lieu de l’attaque, ont d’abord sécurisé leur position avant de se rendre dans le hall de départ en déplacement tactique et d’évacuer et soigner les blessés. Ils ont été soutenus par le 2ème bataillon de Commandos, réquisitionné en urgence, tandis que le 12/13ème de Ligne sécurisait l’aéroport de Liège. Le Service d’Enlèvement et de Destruction d’Engins Explosifs (SEDEE) a été énormément sollicité tant sur les lieux de l’attaque que sur ceux des perquisitions. L’Hôpital Militaire Reine Astrid a accueilli et soigné des blessés qui ont été évacués et transportés par les hélicoptères de la 40ème escadrille. Le 6e groupe Systèmes de Communication et d’Information (CIS) a assuré l’appui des transmissions de la Croix-Rouge, suppléant les autres réseaux de communication saturés. La police militaire a assuré les déplacements militaires en tout genre vers Bruxelles. Les unités de logistique ont également été mises à contribution pour soutenir leurs collègues. La Défense a installé son centre de crise en moins d’une heure au Centre des opérations et a été en contact étroit avec la Police fédérale et les services de secours. Ce centre de crise est resté opérationnel et actif pendant quatre semaines. Dans la lumière ou dans l’ombre, toutes les unités de l’armée belge ont agi avec efficacité durant les attentats et c’est pourquoi la Défense leur a rendu hommage appuyé dans son numéro Dbriefing spécial attentats à travers différents récits: » Des récits de personnes qui se sont surpassées, alors qu’elles étaient confrontées à d’horribles spectacles. Des récits d’une mobilisation hors norme et d’une forte réactivité. Des récits qui sont source de fierté et de gratitude. » Bravo à tous !

photo EUTM Mali
photo EUTM Mali

3. La Belgique prend la tête de l’EUTM Mali

Le 3 juillet 2016, le général de brigade Éric Harvent a pris le commandement de l’EUTM Mali en remplaçant le général de brigade allemand Werner Albl. Le mois précédent, le colonel Verdoodt avait pris de son côté le commandement de l’Education and Training Task Force (ETTF). L’armée belge porte son contingent au Mali à 175 militaires au mois de septembre, composé en grande partie de Chasseurs ardennais. Le Mali devient alors la plus importante mission à l’étranger pour la Composante Terre.

photo BE Defense
photo BE Defense

4. Les F-16 de retour en Jordanie

Le lundi 27 juin 2016, six F-16 belges ont décollé de la base aérienne de Kleine-Brogel en présence du ministre de la Défense Steven Vandeput et du commandant de la Composante Air le général-major aviateur Frederik Vansina pour rejoindre la Jordanie et remplacer les F-16 hollandais. Depuis, ils participent à la lutte contre Daesh au sein de la coalition internationale mais très peu d’informations filtrent sur les frappes menées. Le contingent belge a reçu la visite du Roi Philippe le 15 novembre dernier.

photo page FB Belgian Military Interests
photo page FB Belgian Military Interests

5. La mobilisation historique du 15 novembre

Les militaires belges n’étaient plus descendus dans la rue depuis 2002. La nouvelle de la décision du gouvernement de prolonger l’âge de la pension militaire a provoqué beaucoup d’émoi et de colère au sein des rangs de la Défense. Les syndicats ont appelé à manifester le jour symbolique de la Fête du Roi. Ils étaient environ 1/3 de l’armée belge à être descendus dans la rue, envoyant un message fort aux politiques. Des personnalités importantes du monde de la Défense ont pris publiquement position pour apporter leur soutien aux manifestants. On peut déjà qualifier cette manifestation d’historique.

L’armée belge aura été mise à rude contribution cette année mais elle a répondu à chaque fois présente pour la sécurité de la Belgique. Pour 2016, les attentats du 22 mars resteront sans aucun doute l’événement le plus marquant. Maintenant cap vers 2017 pour de nouveaux défis !