La Belgique a sa première loi de programmation militaire

photo d’illustration (Fraternelle Royale des Chasseurs Ardennais)

La Chambre a voté jeudi soir dernier la première loi de programmation militaire de l’histoire de la Belgique par 82 votes pour et 50 votes contre. Trois députés se sont abstenus dont les deux députés de la N-VA ayant quitté le parti au début de la rentrée parlementaire plus un du sp.a. Le vote a sans surprise marqué le clivage majorité-opposition. Deux partis, ne faisant pas partie de la majorité gouvernementale, ont voté pour: le Parti Populaire et le Vlaams Belang.

Mesure phare de la vision stratégique du ministre Steven Vandeput, cette loi qui a subi des amendements suite aux recommandations du Conseil d’État n’est pas normative comme l’a précisé une nouvelle fois le député de la N-VA Peter Buysrogge lors du débat. Cela signifie donc que les crédits alloués à chaque programme doivent être inscrits annuellement dans le budget et que sa mise en place jusqu’en 2030 dépendra des législatures suivantes.

De son côté, l’opposition socialiste, farouchement contre cette loi depuis le début, a attaqué la majorité sur le dossier des pensions et parlé d:’« un mirage d’un oasis dans un désert budgétaire ». Le député Stéphane Crusnière s’est montré le plus offensif lors du débat du vote:« Les syndicats militaires ont pointé votre politique désastreuse sans précédent en matière d’investissements et de personnel (…) Le cap que vous avez pris n’est pas reflété par cette loi de programmation mais bien par votre décision unilatérale de relever l’âge de la pension des militaires de 56 à 63 ans pour 2030. » Le député André Frédéric a ensuite expliqué pourquoi le groupe socialiste voterait contre en invoquant deux arguments: l’absence d’engagement du gouvernement en faveur d’une défense européenne et le manque d’implication des Régions industrielles dans cette loi. De son côté, le cdH a estimé que le gouvernement n’avait pas cherché le consensus et que la dimension de coopération européenne était insuffisante d’où son opposition au texte.

Face aux attaques de l’opposition, la majorité gouvernementale s’est défendue notamment par l’entremise du député MR Denis Ducarme:« Cette loi de programmation militaire est la plus ambitieuse en terme d’investissements depuis la fin de la Guerre froide. Je suis surpris que vous votiez contre un investissement de plus de neuf milliards. J’espère que ce n’est pas idéologique et qu’il ne faut pas y voir une position antimilitariste dans le chef du PS », a-t-il répliqué. Le président de la Chambre Sigfried Bracke (N-VA) a marqué une volonté de changement: » Nous avons trop longtemps utilisé des plans d’investissement qui étaient ensuite amputés. La loi de programmation militaire inscrit solidement la volonté du gouvernement d’aller au bout des investissements. D’autres pays utilisent cette méthode », a-t-il notamment déclaré. « Nous nous engageons vis-à-vis des citoyens, des militaires, de nos partenaires, de notre industrie et de nos établissements scientifiques », a conclu le ministre Steven Vandeput lors du débat.

 

La loi de programmation militaire prévoit 9,2 milliards d’euros d’investissements militaires jusqu’en 2030.  Les premiers effets doivent se faire sentir à partir de 2019. Cette loi peut déjà être qualifiée d’historique, qu’elle qu’en soit la mise en place dans les législatures futures.

Débat parlementaire loi de programmation militaire (p.36)

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L’armée belge n’a pas une bonne communication sur ses opérations à l’étranger selon certains députés socialistes

Selon certains députés socialistes, l’armée belge n’a pas une bonne communication sur ses opérations à l’étranger pour le grand public sur son site internet. Explications.

Dans une proposition de résolution, les députés socialistes Stéphane Crusnière, Sébastien Pirlot, Julie Fernandez Fernandez, Éric Thiébaud et Alain Top demandent au gouvernement fédéral de publier l’ensemble des informations publiques du plan des opérations remises à la Chambre sur le site internet de la Défense avec une actualisation des informations selon l’actualité. Ils estiment que le site internet de la Défense ne donne pas un assez bon aperçu des opérations à l’étranger de l’armée belge pour les citoyens avec une carte statique du monde et peu d’informations qui ne sont pas beaucoup actualisées. Une communication plus efficiente, sans diffuser des données confidentielles et stratégiques, doit permettre à la Défense d’éviter sa réputation de « grande muette » selon ces mêmes députés.

carte des opérations de l’armée belge sur son site officiel

Pour rebondir sur cette proposition des députés socialistes, on peut apporter des précisions à cette critique. Le site internet de la Défense belge a bien un onglet spécifique « opérations et exercices » avec un bandeau déroulant. L’aperçu général consiste en une carte avec des drapeaux fléchés sur les pays où les militaires sont présents mais sans aucune précision ne serait-ce que sur le nombre de soldats impliqués dans l’opération. D’ailleurs la description de la page opérations et entraînements semble ne pas avoir été actualisée en 2016 avec une projection pour 2017. Ainsi on peut lire:« Des militaires belges de l’Eurocorps participeront à l’EUBG pendant le second semestre 2016 ». Actuellement des militaires belges du 12/13ème de Ligne font partie de l’EUBG du premier semestre 2017 sous commandement français mais aucune mention. On sait que l’actualisation des pages dite froides d’un site internet n’est pas toujours le plus simple.

                L’accent est mis sur l’Europe et les pays de l’Est

Dans le bandeau déroulant, certaines opérations de l’armée belge parmi les plus importantes ont un onglet spécifique avec une première place accordée à la Belgique et la fameuse opération Vigilant Guardian (OVG). Il a fallu du temps avant que la Défense belge ne lui donne une place spécifique sur son site, l’onglet ayant fait son apparition courant 2016. L’opération commencée en janvier 2015 se pérennisant pour une durée indéterminée, elle y a été obligée d’autant plus qu’elle s’en sert beaucoup pour entretenir sa bonne image. On peut souligner que toutes les principales opérations de l’armée belge sont plutôt bien expliquées avec une ouverture sur des articles d’actualités. Il suffit simplement de fouiller pour n’importe qui s’y intéresse.  On peut simplement regretter l’absence de la Lituanie alors que 98 militaires belges y sont présents au moins jusqu’à juillet. Sur l’Irak, l’accent est mis exclusivement sur l’opération Desert Falcon tandis que l’opération Valiant Phoenix, consacrée à la formation des militaires irakiens, n’est pas mentionnée spécifiquement ce qui est dommage.

Ces deux dernières années, la Défense belge a fait davantage d’efforts dans sa communication numérique mais cela ne reste pas une de ses priorités. Elle manque de professionnels dans ce domaine et cela se sent dans la gestion des différents canaux numériques: réseaux sociaux et site internet. Un petit coup de modernité ne ferait pas de mal pour son image auprès du grand public et des jeunes !