Dossier des pensions : Une première faille dans le front syndical ?

Le dossier du rallongement des pensions militaires fait partie des plus grandes préoccupations des militaires belges. La décision du mois d’octobre 2016 du gouvernement belge avait provoqué une grande colère avec en point d’orgue une manifestation inédite le 15 novembre dernier. Depuis, le dossier était retombé dans la discrétion faute d’informations. Il a connu un rebondissement ces dernières quarante-huit heures. 

Le syndicat ACMP-CGMP s’est exprimé mercredi dans un communiqué suite à deux réunions qui ont eu lieu le 17 mai et le 7 juin avec le gouvernement. Il indique que le cabinet du ministre des Pensions et celui du ministre de la Défense ont élaboré une série de propositions conceptuelles afin « d’assouplir » les premières mesures annoncées au mois d’octobre. Ces mesures ne seraient toutefois que transitoires et ne concerneraient que les militaires proches de la retraite. Cependant il subsiste de nombreuses lacunes et des éléments encore indéterminés qui ne permettent pas d’y voir plus clair précisément pour l’instant. Le processus législatif s’annonce long et compliqué d’autant plus que  » le fossé entre les propositions du gouvernement et ce qui est acceptable pour le personnel est encore et toujours très important », explique le syndicat militaire.

Ce communiqué ne semble pas avoir été du tout apprécié par un autre syndicat militaire SLFP-Défense qui a répliqué hier dans un autre communiqué. « Durant ces deux réunions, il a été convenu entre les partenaires sociaux et les deux cabinets de ne pas communiquer à nos affiliés concernant ces réunions, ceci pour ne pas mettre en péril les entretiens et discussions constructives. Nous déplorons fortement qu’un des syndicats représentatifs (l’ACMP-CGPM) ait cassé ce pacte et nous espérons que les entretiens puissent continuer de manière sereine », écrit le syndicat qui accuse son homologue de populisme « Nous regrettons que la course au populisme et à la propagande mettent en péril les négociations concernant l’avenir du personnel et la réforme des pensions. » SLFP-Défense assure qu’il communiquera quand les choses seront plus claires mais tient à respecter la discrétion convenue. D’ailleurs le syndicat ACMP-CGMP reconnait lui-même qu’il ne peut pas être plus précis: » Il subsiste donc encore beaucoup trop de lacunes, d’incertitudes, d’indécisions, d’imprécisions et d’insuffisances. C’est la raison pour laquelle il est encore trop tôt, trop périlleux et trop risqué de communiquer sur les idées qui ont été avancées ce jour. »

Depuis le début de ce dossier, les syndicats représentatifs de la Défense avaient toujours communiqué ensemble, chaque communiqué de presse étant signé par tous. Cela ne semble désormais plus le cas de quoi voir une première faille dans le front syndical. En attendant, les militaires belges ne sont pas plus avancés sur leurs pensions et leur avenir.

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Rallongement de l’âge de la pension : Le chef de la Défense n’entravera pas l’action syndicale

57622dea35708dcfedafed9bLes syndicats ont indiqué avoir été reçu par le général Marc Compernol, chef de la Défense, ce jeudi 20 octobre au sujet de la dernière mesure du gouvernement Charles Michel sur le rallongement de l’âge de la pension.

Le général a rappelé que cette décision faisait partie d’un débat sociétal incontournable pour le régime des pensions en Belgique jusqu’en 2030 et qu’elle était politique. Il a toutefois dit sa préoccupation aux syndicats pour son personnel, son organisation et le budget, car sa vision de la Défense est orientée vers l’opérationnel. Il a promis aux représentants syndicaux qu’il ferait tout pour défendre les intérêts du personnel militaire, admettant que les militaires constituaient une profession particulière qui méritait toute la reconnaissance nécessaire. Il a également assuré qu’il n’entraverait pas l’action des organisations syndicales.

On peut comprendre à demi-mot que le général Marc Compernol n’est pas non plus réellement ravi par cette mesure. De leur côté, les syndicats attendent toujours d’être reçus par le Premier Ministre Charles, qui ne s’est pour l’instant pas exprimé publiquement à ce sujet. Ils ont prévu de manifester le 15 novembre prochain.

 

Quatorze ans après, les militaires vont manifester

syndicats-militairesPour protester contre la dernière mesure du gouvernement Charles Michel sur le rallongement de l’âge de la pension militaire, les quatre syndicats militaires ont arrêté ensemble une date de manifestation. Il s’agit du 15 novembre, jour de la Fête du Roi. Les syndicats ont également indiqué avoir sollicité de toute urgence une entrevue avec le chef de Défense le général Marc Compernol et le Premier Ministre Charles Michel. Les syndicats ont déjà rencontré le ministre de la Défense Steven Vandeput.

Les manifestations des militaires sont extrêmement rares. La dernière date de 2002. Elle avait été appelée la manifestation des gamelles. Les militaires tapaient sur leurs gamelles. Gamelles qui avaient été lancées contre les forces de l’ordre.

Ironie du sort, les militaires belges sont déjà bien présents dans les rues mais pas pour la même raison. Cette fois-ci, ils devraient être plus nombreux à moins que le gouvernement ne fasse un geste. Il faudra également voir comment l’opinion publique va accueillir cette manifestation.

Mesure du gouvernement Charles Michel: Les syndicats militaires ne décolèrent pas

photo Malek Azoug/ Défense belge
photo Malek Azoug/ Défense belge

La décision de relever l’âge de pension des militaires a provoqué d’abord la stupéfaction puis la colère au sein des principaux syndicats militaires qui menacent d’actions. Pourtant lors de sa déclaration de gouvernement devant la Chambre, le premier ministre Charles Michel n’a pas hésité à remercier les militaires dans la rue dans son mot d’hommage aux victimes des attentats du 22 mars, à insister sur la fiabilité de la Belgique comme partenaire de l’OTAN et donc d’un budget de la Défense en conséquence. Il a même évoqué une loi de programmation militaire en discussion au Conseil des Ministres alors qu’elle se fait attendre malgré les promesses. Mais cela n’aura pas suffi à faire passer la pilule. 

À partir de l’année budgétaire 2018 entrera en application la fin programmée des régimes spéciaux de pension dont bénéficiaient le personnel roulant de la SNCB et les militaires. La mise en pension d’office à 56 ans sera supprimée à partir du 1er janvier prochain. Les militaires qui souhaiteront poursuivre leur activité pourront le faire moyennant l’accord de leur employeur. En 2018, l’âge minimum de pension sera porté à 57 ans, puis progressivement à 63 ans en 2030. Les conditions de carrière passeront à 38 ans en 2018 puis progressivement à 42 ans en 2030. Il sera toujours possible de partir en 2030 avant l’âge de 63 ans en cas de carrière longue ou de reconnaissance de pénibilité.

Au-delà de la mesure en elle-même, c’est le timing et la brutalité de l’annonce qui a agacé les syndicats. Elle n’était pas prévue et les syndicats ont appris sa mise en place dans les médias sans aucune concertation préalable. Ils sont totalement unanimes pour condamner ce manque de reconnaissance du gouvernement envers les militaires et trouver cette mesure inacceptable, parlant d’un mépris du gouvernement. Faut-il rappeler que l’armée belge n’a jamais été autant mise à contribution depuis plus d’un an que ce soit dans les rues ou à l’étranger ? En plus de cette annonce, la menace de nouvelles fermetures de casernes n’est pas pour rassurer les syndicats. « L’engagement au risque de sa propre vie, la loyauté, l’intégrité… ne sont pas des clichés mais des valeurs-clés et une réalité », a réagi la SLFP dans un communiqué. « Le Gouvernement démontre ainsi qu’il ne témoigne pas du moindre respect pour l’engagement et la loyauté de nos militaires qui, tous les jours, s’investissent dans la sécurité de notre société », a déclaré de son côté l’ACMP-CGMP. 

L’autre incompréhension des syndicats vient de l’incohérence de la mesure avec les objectifs annoncés  à savoir le rajeunissement de l’armée et une carrière plus attractive. « Pour les jeunes militaires aussi, cela n’offre plus du tout la moindre perspective sur une carrière réaliste et attractive liée à la nature du métier militaire », dénonce ainsi l’ACMP-CGMP. En plus de l’économie de 1% soit 25 millions d’euros que va devoir faire la Défense, le ministère devra en plus prendre en charge le coût de la mise en place de la mesure de quoi le ruiner et le conduire à la faillite selon un spécialiste du dossier à l’agence Belga.

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Les syndicats militaires ont rencontré aujourd’hui le ministre de la Défense Steven Vandeput, qui leur a confirmé les informations sorties dans la presse. Après l’énorme effort que l’armée a consenti avec Vigilant Guardian, cette mesure est d’autant plus ressenti comme un affront. Les syndicats ont prévu des actions mais sans donner plus d’informations sur leur nature ou la date. Ils doivent encore se concerter.

Vigilant Guardian : Le gouvernement belge dans une impasse ?

photo Défense belge
photo Défense belge

Avec la rentrée politique, le sujet brûlant des militaires dans la rue revient dans le débat politique d’autant plus que le premier Conseil des Ministres du 26 août était principalement axé sur des dossiers de la Défense: prolongation de la mission des militaires dans la rue et lancement de deux procédures de marché public pour l’armée. Le gouvernement cherche, sans trop le dire, la solution pour mettre fin à Vigilant Guardian tout en maintenant un même niveau de surveillance. Pas facile d’autant que  l’opposition se fait pressante et que les syndicats font entendre leur mécontentement. 

Des incidents entre militaires et population civile

Depuis peu, cette opération est répertoriée dans les opérations de l’armée belge sur le site officiel de la Défense. On peut lire:« Depuis janvier 2015, l’opération Vigilant Guardian (OVG) est en cours dans notre pays. Les militaires présents dans les rues offrent un appui permanent à la police grâce à du personnel qualifié prêt à intervenir lors d’événements similaires au 22 mars 2016. L’OVG permet à la population de se sentir en sécurité et de mieux comprendre le métier de soldat. (….) La Défense poursuivra coûte que coûte la protection de notre nation. » Pourtant, le journal Le Soir se fait l’écho dans son édition du jour d’incidents et d’abus venant de militaires belges d’OVG. Le député cdH de l’opposition Georges Dallemagne, par ailleurs membre de la Commission Défense Nationale à la Chambre, met en garde : »Les militaires, qui sont de grands professionnels en terrain de guerre et de combat, sont coincés depuis maintenant 18 mois dans des missions très statiques. On comprend qu’ils puissent se fatiguer,On comprend aussi qu’un manque de respect, comme ce fut prétendument le cas à Ribaucourt, attise les tensions psychologiques. » En mars, un lieutenant du 1/3 bataillon Lanciers évoquait déjà indirectement ce risque sur le site officiel de la Défense:« La discipline et la rigueur nous permettent de rester concentrés en permanence et d’anticiper la menace terroriste. Si nous perdons en concentration, incidents et problèmes peuvent survenir. »  Il ne croyait pas si bien dire !

Manque d’un cadre légal précis et adapté ?

photo Défense belge
photo Défense belge

Le cadre légal est un autre problème. Certains syndicats dénoncent le flou de cette mission de soutien à la Police Fédérale, un problème déjà évoqué au mois d’avril dernier notamment par rapport aux fouilles de sac. Sans autorisation et présence de la Police, les militaires belges ne peuvent en aucun cas procéder à des fouilles de sac. Le problème c’est que certains militaires ne semblaient pas être au courant de ce cadre légal malgré les démentis du cabinet de Steven Vandeput. En juillet après la polémique sur la non-intervention de militaires français de l’opération Sentinelle lors de l’attentat du Bataclan en novembre 2015, Steven Vandeput avait assuré que les militaires belges déployés dans la rue avaient les moyens à leur disposition pour réagir adéquatement: »Nos militaires sont en rue dans un contexte très spécifique avec des règles d’engagement adaptées », des règles d’engagement apparemment très précises mais qui ne seront pas débattues en public. Les syndicats ne semblent pas pour autant rassurés. « Les militaires, de bonne foi, posent parfois des actes auxquels ils n’ont pas droit », explique Vincent Gilles du syndicat SLFP-Police, qui proposait en juillet dernier la présence d’un policier par patrouille militaire comme la France. Alors règles d’engagement adaptées et légales ou pas ?

georges dallemagneVers la création d’un corps spécialisé de substitution ? 

Le député Georges Dallemagne se fait pressant: « On est arrivé au bout de ce modèle d’intervention : ils (ndlr: les militaires) sont formés pour autre chose, ils manquent sur le terrain international et ils en ont assez. » On a déjà l’occasion sur ce blog de revenir sur les contraintes que posent Vigilant Guardian à l’armée et à la Composante Terre au bord de la rupture. L’idée d’une garde nationale pour remplacer les militaires dans la rue a fait le jour et le gouvernement a commencé à communiquer à ce sujet même si on parle dorénavant plus d’un corps de sécurité spécialisé et composé de militaires et de policiers. Le député y semble d’ailleurs favorable puisqu’il va déposer une résolution dans ce sens. Les différents syndicats policiers et militaires semblent plutôt mitigés. Pour les syndicats policiers, ce corps va créer des inégalités de traitement. Les syndicats militaires, eux, craignent de voir l’armée perdre encore du personnel alors qu’ils demandent du recrutement pour rajeunir et renouveler le personnel militaire. Même si l’opposition à ce nouveau projet sera sans doute beaucoup plus forte côté policier, elle devrait aussi présente au sein de l’armée.

En rajoutant également le lourd coût financier d’une telle opération (78  millions d’€ en 2016) en plus des autres problèmes évoqués, le gouvernement Charles Michel ne va pas avoir d’autre choix que de mettre fin à l’opération Vigilant Guardian mais cela est loin d’être si simple. La solution de remplacement pourrait prendre du temps à se mettre en place de façon efficace. En plus, il n’y a pas de solution parfaite et le gouvernement français est confronté au même problème. Le dispositif Sentinelle devrait être adapté avec plus de mouvements et moins de posture statique. Une idée pour l’armée belge ?