Dossier des pensions : Une première faille dans le front syndical ?

Le dossier du rallongement des pensions militaires fait partie des plus grandes préoccupations des militaires belges. La décision du mois d’octobre 2016 du gouvernement belge avait provoqué une grande colère avec en point d’orgue une manifestation inédite le 15 novembre dernier. Depuis, le dossier était retombé dans la discrétion faute d’informations. Il a connu un rebondissement ces dernières quarante-huit heures. 

Le syndicat ACMP-CGMP s’est exprimé mercredi dans un communiqué suite à deux réunions qui ont eu lieu le 17 mai et le 7 juin avec le gouvernement. Il indique que le cabinet du ministre des Pensions et celui du ministre de la Défense ont élaboré une série de propositions conceptuelles afin « d’assouplir » les premières mesures annoncées au mois d’octobre. Ces mesures ne seraient toutefois que transitoires et ne concerneraient que les militaires proches de la retraite. Cependant il subsiste de nombreuses lacunes et des éléments encore indéterminés qui ne permettent pas d’y voir plus clair précisément pour l’instant. Le processus législatif s’annonce long et compliqué d’autant plus que  » le fossé entre les propositions du gouvernement et ce qui est acceptable pour le personnel est encore et toujours très important », explique le syndicat militaire.

Ce communiqué ne semble pas avoir été du tout apprécié par un autre syndicat militaire SLFP-Défense qui a répliqué hier dans un autre communiqué. « Durant ces deux réunions, il a été convenu entre les partenaires sociaux et les deux cabinets de ne pas communiquer à nos affiliés concernant ces réunions, ceci pour ne pas mettre en péril les entretiens et discussions constructives. Nous déplorons fortement qu’un des syndicats représentatifs (l’ACMP-CGPM) ait cassé ce pacte et nous espérons que les entretiens puissent continuer de manière sereine », écrit le syndicat qui accuse son homologue de populisme « Nous regrettons que la course au populisme et à la propagande mettent en péril les négociations concernant l’avenir du personnel et la réforme des pensions. » SLFP-Défense assure qu’il communiquera quand les choses seront plus claires mais tient à respecter la discrétion convenue. D’ailleurs le syndicat ACMP-CGMP reconnait lui-même qu’il ne peut pas être plus précis: » Il subsiste donc encore beaucoup trop de lacunes, d’incertitudes, d’indécisions, d’imprécisions et d’insuffisances. C’est la raison pour laquelle il est encore trop tôt, trop périlleux et trop risqué de communiquer sur les idées qui ont été avancées ce jour. »

Depuis le début de ce dossier, les syndicats représentatifs de la Défense avaient toujours communiqué ensemble, chaque communiqué de presse étant signé par tous. Cela ne semble désormais plus le cas de quoi voir une première faille dans le front syndical. En attendant, les militaires belges ne sont pas plus avancés sur leurs pensions et leur avenir.

[PERSPECTIVE] Quel visage pour l’armée belge en 2017 ?

photo Défense belge
photo Défense belge

En 2017, de nouveaux défis vont se présenter pour l’armée belge avec la mise en place progressive de la vision stratégique pour 2030. L’armée belge commence sa mutation. Tour d’horizon sur les principaux enjeux.

Un effectif en légère baisse

Comme le veut la Constitution, le gouvernement a fixé le nombre du contingent pour 2017. Le nombre maximum de militaires mobilisables a été fixé à 30.130 et devra être atteint au mois de mars. Dans les faits, l’armée belge va descendre en-dessous des 30.000 avec 29.980 militaires du cadre actif et élèves. Elle va recruter 1.160 militaires en 2017 avec une augmentation prévue les deux années suivantes (1.285 en 2018 et 1.410 en 2019) pour compenser les départs à la pension prévus au nombre de 1.709. Le but est d’atteindre progressivement 25.000 ETP dont 1.000 civils. La création du nouveau corps de sécurité entretient également le flou. 150 militaires pourraient partir pour l’intégrer. L’armée aurait alors la possibilité d’engager 285 militaires. Il en est de même pour l’élargissement des missions des sociétés de sécurité et la fin de la période d’attente de 3 ans pour les militaires voulant les intégrer. Des militaires pourraient se tourner vers le privé. D’autre part, la Défense va lancer plusieurs projets pilotes de privatisation en 2017.Cette expérimentation menacerait quelque 5 000 équivalents temps plein selon les syndicats.

photo Belga
photo Belga

Pas de grand bouleversement budgétaire

L’impact de la vision stratégique sera encore réduit pour 2017. Le gouvernement ne prévoit pas d’augmentation du budget de la Défense avant 2018/19. Le budget ne devrait donc pas trop bouger mais il va falloir tenir compte de la réforme du régime de la pension. Dans les documents officiels sur la vision stratégique, le budget des pensions est stable jusqu’en 2030 avec une très légère augmentation. La réforme devrait bouleverser ses chiffres. Il est également prévu la livraison de matériel militaire à hauteur de 5 millions d’euros. Pour respecter la trajectoire budgétaire 2017-2019, la Défense a budgétisé 400.000 jours d’entraînement intensif pour l’ensemble des activités d’entraînement. Par ailleurs, le gouvernement a décidé d’augmenter  légèrement le budget des opérations de 69 à 73 millions d’euros.

photo Fraternelle des Chasseurs Ardennais
photo Fraternelle des Chasseurs Ardennais

Une présence sur tous les théâtres d’opération

Pour 2017, les deux grosses opérations de l’armée belge resteront l’Irak et le Mali. Les F-16 belges achèveront leur mission en Jordanie au mois de juillet 2017. La Belgique fournira ensuite un détachement de 30 militaires pour la protection des avions de chasse néerlandais. En plus des 13 instructeurs déjà présents en Irak, l’armée belge va envoyer 30 militaires pour former les équipes A&A (Advice and assist) en collaboration avec les Pays-Bas.  Le gouvernement a également décidé de maintenir les 175 militaires belges au Mali jusqu’à mi-2018. L’Afghanistan n’est pas non plus à négliger puisque 75 militaires seront toujours présents dans le cadre de la mission Resolute Report de l’OTAN.  L’Europe de l’Est fera aussi partie des opérations internationales. La Belgique fournira une compagnie de transport d’environ 90 militaires entre février et fin 2017 au sein du Battle Group allemand déployé en Lituanie. La Composante Marine sera mise en contribution dans la mer Baltique dans des missions de déminage et dans la mer Méditerranée avec l’opération EUNAVFOR Med.

photo Défense belge
photo Défense belge

Quid de Vigilant Guardian ?

C’est l’inconnu. Au mois de novembre, le gouvernement a décidé de baisser progressivement le nombre des militaires dans la rue. Ils sont passés de 1.828 à 1.250. Il était même prévu que le nombre passe à 1.089 militaires lors d’une phase ultérieure mais pour l’instant ce n’est toujours pas le cas. Il faudra attendre fin décembre pour savoir combien de militaires seront déployés au mois de janvier. La création d’un nouveau corps de sécurité (genre de garde nationale) est dans les papiers du gouvernement et devrait être mis en place en 2017. Mais pour l’instant, rien ne dit qu’il sera opérationnel avant 2018. La mission des militaires dans la rue durera sans doute encore un an. L’opération Vigilant Guardian va continuer de peser sur la Composante Terre.

Les défis restent nombreux pour une armée belge en mutation mais qui restera présente sur les différents théâtres d’opération. 2017 sera une année de transition en attendant la réelle mise en place de la vision stratégique. Il faudra également suivre le dossier de la réforme des pensions et l’avancée de la première loi de programmation militaire à la Chambre bloquée pour l’instant par l’opposition.

Les syndicats ont rencontré le président du Comité national des Pensions

paul-windeyDans un communiqué commun, les 4 syndicats militaires représentatifs ont indiqué avoir rencontré ce mardi Paul Windey, président du Comité national des Pensions.

Des échanges ont eu lieu notamment autour du caractère spécifique du métier de militaire, des critères de pénibilité et des travaux du comité. Il apparaît que le président du CNP ne pourra pas intervenir sur ce cas précis mais qu’il transmettra toutefois les éléments pertinents, qu’il a constaté, au bureau du CNP. Le flou le plus total semble entourer la mise en place de la catégorie « métiers lourds »:« Les travaux autour du développement ultérieur des métiers lourds sont en effet à l’arrêt, jusqu’à ce que le gouvernement décide de l’enveloppe budgétaire dans le cadre de ces métiers lourds. Il demeure donc ici encore un certain nombre d’éléments flous dont, entre autres, la concrétisation réelle des critères « métiers lourds », ainsi que leurs conséquences », explique le communiqué.

D’autre part les syndicats militaires semblent toujours aussi mécontents de leur ministre car il a omis de défendre la spécificité du métier de militaire auprès du CNP. Le ministre devrait toutefois être bientôt entendu par le CNP sur le sujet. Les syndicats réclament à nouveau d’être reçus par le Premier ministre Charles Michel et veulent connaître le résultat de l’entrevue entre le ministre de la Défense et le ministre des Pensions du 21 novembre.

Général Marc Compernol, patron de la Défense: « La manifestation du 15 novembre a été un signal fort »

Le général Marc Compernol s’est exprimé officiellement hier sur Facebook suite à la manifestation du 15 novembre contre la réforme des pensions. Il s’est déclaré satisfait du bon déroulement de la manifestation et a indiqué que le nombre élevé de manifestants était un signal fort qui devait être source d’une réflexion constructive:« Il constitue un stimulant supplémentaire à la recherche de solutions et d’éclaircissements.Tant les préoccupations compréhensibles du personnel que l’impact sur l’organisation (et donc la vision stratégique) doivent être pris en compte. » On remarquera que l’image d’illustration est très significative comme pour envoyer un message à la Police Fédérale et apaiser les quelques tensions, qui ont pu avoir lieu.

Le général Marc Compernol n’était pas présent à Bruxelles puisqu’il se trouvait en Jordanie avec le Roi Philippe pour y rencontrer le détachement aérien belge qui lutte contre Daech.

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Manifestation du 15 novembre : Pour les militaires et les syndicats, l’enjeu est de taille

logo-defense-belge-nov-16Le 15 novembre, jour de la fête du Roi, les militaires belges vont manifester dans la rue pour protester contre la dernière mesure du gouvernement fédéral sur la pension à l’appel des syndicats. Certains vont même se présenter aux abords de la cathédrale où aura lieu le Te Deum en présence de membres de la famille royale en tenue d’apparat avec un ruban jaune.  Alors que le ministre Steven Vandeput tente de calmer le jeu, rien ne semble pouvoir arrêter la mobilisation. Retour sur l’enjeu de la manifestation.

Le cri d’alerte des syndicats

« Celui ou celle qui déclare forfait ce mardi prochain, affaiblit notre position. Pas la position des syndicats, mais la position des militaires et celle de notre communauté ». Ces mots forts sont ceux d’Yves Huwart, responsable du syndicat militaire ACMP-CGPM, qui écrivait quelques lignes avant: « Les militaires en ont maintenant assez de cette incompétence politique à laquelle notre département, et, par extension, les militaires ainsi que leurs familles, ont a été confrontés à maintes reprises. » Le communiqué du front commun syndical ne dit pas autre chose:« Avec la prolongation brutale de la carrière des militaires, le gouvernement met maintenant en péril la Défense dans son ensemble, précisément au moment même où il ressort que la Défense doit, plus que jamais, nécessairement et urgemment rajeunir. Par conséquent, la Défense est perdue : la vision stratégique a déjà été sapée avant même sa mise en œuvre et l’impact sur la pyramide des âges est néfaste (…) La Défense bascule de cette manière dans une crise profonde. Jusqu’où ira encore le gouvernement Michel Ier ? Quelle reconnaissance, quelle loyauté accorder aux militaires ? Qui nourrit un intérêt personnel à ce que disparaisse le dernier ciment de la Belgique ? » Le ton est donné. Pendant ce temps les politiques belges, réagissant à l’élection de Donald Trump, réclament une défense européenne plus forte…de quoi évidemment sourire et prêter facilement le flanc à l’ironie !

La colère des militaires est totale et généralisée

Au-delà de manifester contre le rallongement de l’âge de la pension, les militaires et les syndicats veulent tout simplement défendre l’avenir de la Défense et envoyer un message fort au monde politique dans son ensemble mais aussi à leurs concitoyens. Ils ne peuvent plus se taire et subir en silence. C’est ainsi qu’on a vu apparaître sur Facebook des avatars avec le logo de la Défense barré par le ruban du deuil. Les réseaux sociaux officiels de la Défense se sont emparés du sujet et si la page Facebook de la Défense est beaucoup plus réservée et neutre, cela l’est beaucoup pour moins pour celle de la Composante Terre. « Nous soutenons les militaires qui participeront ce mardi 15 novembre à la manifestation organisée par les syndicats représentatifs. Et tous les autres, qui n’iront pas manifester », peut-on notamment lire dans un post qui donne les raisons de la manifestation. C’est à moitié étonnant quand on sait que la Composante Terre est celle qui a le plus souffert des restructurations et des restrictions budgétaires, plus que toutes les autres Composantes, et qu’elle a été mise à rude épreuve avec l’opération Vigilant Guardian. Certains militaires n’ont pas hésité à briser le droit de réserve pour s’exprimer dans les médias que ce soit sur RTL-TVI ou sur BX1. Le ras-le-bol est à son comble et la confiance envers les politiques est totalement rompue. Les syndicats espèrent entre 5.000 et 10.000 manifestants, un chiffre qui serait conséquent alors que l’armée belge compte environ 30.000 hommes.

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Steven Vandeput tente de calmer le jeu

En face, le monde politique semble pour  l’instant totalement insensible aux revendications des militaires. La Défense intéresse peu. Seul le ministre de la Défense, Steven Vandeput, s’est longuement exprimé dans une lettre ouverte publiée sur son site officiel, sans doute un moyen de calmer le jeu tout en voulant contrer la mobilisation en faisant appel à la loyauté des militaires. Il explique notamment que la mesure était inévitable: « C’est une décision utile et nécessaire, qui offre une réponse aux défis sociétaux. Les défis budgétaires à long terme et le fait que nous vivons tous plus longtemps, impliquent  que nous allons tous devoir travailler plus longtemps – aussi bien les collaborateurs du secteur privé, que les fonctionnaires et le personnel militaire. »Il reste cependant évasif sur les conséquences réelles que la réforme aura sur le département et notamment sur la mise en place de la vision stratégique. Une étude doit être effectuée pour cela. La fin de sa lettre s’adresse directement aux militaires:« Vous avez, cependant, une forte dose d’idéalisme qui vous donne envie de travailler pour votre pays et la communauté. J’espère pouvoir continuer à compter sur cet engagement. » Le ministre doit également recevoir les syndicats demain en marge de la manifestation.

Inédite, significative, cette manifestation va être scrutée par tous les médias du pays, voir au-delà des frontières, et c’est bien tout là l’enjeu. Rendre médiatique la colère des militaires et les revendications du monde de la Défense, une Défense qui voit son avenir s’assombrir et être de plus en plus incertain, tout en affichant un front commun uni. C’est ce qui explique que les syndicats ont demandé aux manifestants de manifester avec dignité, craignant les débordements. Ils aimeraient bien rallier les citoyens à leur cause dans un mouvement d’unité nationale et également toucher la famille royale, notamment le Roi Philippe commandant en chef des Forces armées. La manifestation du 15 novembre est plus que jamais cruciale pour la communauté militaire belge et son avenir !

Un syndicaliste dit son inquiétude sur l’avenir de la Défense et sa perte de confiance envers le gouvernement

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capture d’écran RTBF

Patrick Descy, secrétaire permanent CGSP-Défense,  s’est fait le porte-voix du désarroi de certains militaires face à la dernière décision du gouvernement sur l’âge de la pension militaire dans une carte blanche dans le quotidien Le Soir.

Sur le fond, il ne conteste pas formellement cette décision mais est critique sur son manque de clarté d’où le désarroi alors que les premiers signaux du gouvernement fédéral envers le gouvernement fédéral avaient été positifs:« Bercés par la promesse d’un avenir meilleur officialisée cet été suite à la vision stratégique du ministre Vandeput, de nombreux militaires se sentent trahis, car le manque de lisibilité des mesures décidées et les contradictions qu’elles induisent laissent place à un manque de confiance énorme envers nos décideurs politiques. » Pour Patrick Descy, la situation est grave car la manifestation de militaires n’est en rien normale mais elle est cependant nécessaire car la Défense belge n’a cessé de s’éroder.

« Le général Compernol, nouveau chef de la Défense, rappelait récemment que ces quinze dernières années, il n’est pas une armée au monde qui a dû faire preuve de plus d’imagination que la nôtre pour augmenter son efficience, pour faire plus avec moins, pour utiliser de manière optimale ses faibles moyens et pour continuer à former des militaires prêts à défendre nos valeurs », écrit-il notamment. S’il reconnait que la Belgique n’est pas le seul pays de l’OTAN à avoir baissé ses dépenses militaires ces dernières années, il souligne qu’elle est un très mauvais élève et qu’elle se classe parmi les derniers avec la maxime: faire plus avec moins.

Patrick Descy souligne que la défiance vis-à-vis des politiques est latente et qu’il y a un besoin de recréer un lien de confiance. Cela passe par une meilleure connaissance du monde de la Défense par les politiques. La dernière décision du gouvernement en est une illustration:« Quelle confiance peut-on donner à des dirigeants politiques qui officialisent une vision stratégique sur le futur de la Défense cet été et qui la mettent à mal deux mois plus tard ? », ajoutant « comment disposer d’un outil de Défense performant dans le futur ? Comment rajeunir la pyramide des âges ? De quel budget la Défense va-t-elle pouvoir disposer pour mener ses tâches à bien ? » Autant de questions inquiétantes et pour l’instant sans réponse !

En conclusion, Patrick Descy lance un appel au gouvernement pour qu’il ait un message fort pour les militaires:« En vue d’une bonne gouvernance pour la Défense, nous demandons instamment au gouvernement de sortir de l’amateurisme, de répondre à la grande inquiétude humaine qu’il a créée et de retrouver le chemin de la cohérence, afin de regagner un minimum de confiance de la part de l’ensemble du personnel et une lueur d’espoir pour l’avenir de ce Département ! » Sera-t-il entendu ? En tout sa carte blanche illustre bien la rupture qui s’est créée entre le gouvernement et les militaires, ces derniers jours !

 

Le Premier ministre Charles Michel ne recevra pas les syndicats militaires

charles-michelSuite à la dernière mesure du gouvernement fédéral sur la pension militaire, les syndicats réclamaient avec insistance d’être reçus au 16, rue de la Loi par le Premier ministre Charles Michel. Ils ont déjà été reçus par le ministre des Pensions, Daniel Bacquelaine, le 26 octobre dernier. Les syndicats viennent d’annoncer avoir reçu un courriel du Premier ministre qui se réjouit de cette rencontre ministérielle, refilant le dossier à son collègue. Pour les syndicats, cela signifie une fin de non-recevoir polie qu’ils jugent scandaleuse. Ils déplorent une fois de plus que: »la Défense n’a jamais été entendue ni reconnue. »

Il faut rappeler que cette rencontre avec le ministre Daniel Bacquelaine n’avait en rien calmé les inquiétudes syndicales. Ce refus du Premier ministre risque d’accroître les raisons de mobilisation pour la manifestation du 15 novembre. Cette dernière mesure du gouvernement fédéral est la goutte de trop pour les syndicats qui disent stop:« Depuis des années, la Défense a été minée et le personnel pressé comme un citron (…) Les mesures actuelles du gouvernement et leurs conséquences ont un impact désastreux sur le fonctionnement de la Défense, en général et sur le personnel, en particulier. » Le dialogue semble rompu entre le gouvernement et les syndicats !

Steven Vandeput veut une étude sur les effets de la réforme du régime de pension sur la vision stratégique

steven-vandeputEn commission de la Défense cette semaine, Steven Vandeput n’a pas manqué d’être interpellé par les députés de l’opposition mais aussi de la majorité sur la dernière décision du gouvernement de modifier le réforme du régime de pension militaire. Parmi les craintes des députés, il y a le coût de la réforme alors que le gouvernement veut une politique ambitieuse dans le domaine de la Défense.

En réponse aux questions des députés, le ministre de la Défense Steven Vandeput a reconnu à demi-mot que cette réforme aurait une incidence sur la mise en oeuvre de la vision stratégique sans pouvoir dire à quel point. À cet effet, il a déclaré qu’il avait demandé une étude détaillée sur ses effets dans le plus bref délai. Il a aussi fait part de son regret des informations sorties trop tôt dans la presse alors que les modalités de la réforme ne sont pas encore clairement définies. Autre information surprenante, le ministre de la Défense n’est pas représenté au sein du Comité des pensions contrairement aux syndicats. Cela laisse penser que Steven Vandeput a une marge de manœuvre réduite et qu’il subit cette décision.

De leur côté, les syndicats vont aller au bout et la mobilisation se met déjà en place pour la manifestation du 15 novembre. Ils ont rencontré le ministre des Pensions Daniel Bacquelaine le 26 octobre mais n’ont pas été satisfaits des réponses apportées comme le révèle le communiqué commun:« Cet entretien n’a fait que préciser tout ce que nous craignions. La Défense n’a nulle part été entendue, ni reconnue, avec comme résultat glacial une série de mesures aveugles au détriment du métier militaire. » Dans les jours suivants, la mobilisation devrait s’accélérer. 

Les militaires en colère contre le gouvernement Michel: « On va descendre dans la rue et c’est grave pour le pays »

capture RTL-TVI
capture RTL-TVI

L’émission C’est pas tous les jours dimanche de la chaîne RTL-TVI  est revenue sur la décision du gouvernement de rallonger l’âge de la pension pour les militaires avec un représentant du syndicat ACMP-CGPM, Philippe Sion et le ministre des Pensions, Daniel Bacquelaine. 

Le moins qu’on puisse dire, c’est que Philippe Sion était très en colère et offensif contre le gouvernement, mettant en garde: »C’est scandaleux, M. le ministre, scandaleux, indigeste. Aucun militaire ne va accepter cette mesure. C’est honteux, on le prend très mal. C’est un couteau dans le dos des militaires. M. le ministre, s’il vous plaît, revoyez votre copie, c’est inacceptable. On ne peut pas imposer ce genre de choses. Il n’y a eu aucune discussion. Ce que je veux surtout dire à monsieur le ministre, c’est qu’on veut rencontrer le premier ministre. On a déjà sollicité une rencontre, on n’a toujours pas de nouvelles. Monsieur le ministre, il y a un ultimatum pour ces deux choses, voir le ministre et supprimer cette mesure. Si pour le 15 novembre, nous n’avons rien eu, je vous assure que les militaires vont descendre dans la rue et là vous assumerez la sécurité des militaires. Ce ne seront plus les militaires qui vont faire la sécurité du pays, mais ce seront vous, les politiciens, qui allez devoir nous protéger. Vous vous rendez compte, des militaires qui vont descendre dans la rue, ils ne peuvent pas. On va descendre quand même. C’est grave. Qui va nous protéger ? »

Face à lui, Daniel Bacquelaine a tenté de défendre la réforme pour lui nécessaire car la Belgique doit s’harmoniser sur les autres pays européens. Il s’est un peu trouvé un peu plus embarrassé sur l’accusation du manque de concertation car il n’a pas montré beaucoup de détermination pour la réfuter. Il s’est plutôt agacé du fait qu’on racontait tout et n’importe quoi sur cette réforme comme si elle était uniforme.  Le chroniqueur Michel Henrion a estimé que cette réforme risquait de contrarier la politique du ministre Steven Vandeput, qui veut redonner un nouveau souffle à l’armée belge. D’ailleurs à l’annonce de la réforme, certains spécialistes ont mis en garde sur son coût qui mettra en danger le budget de la Défense. Certains chroniqueurs ont suggéré l’idée de donner le choix aux militaires de continuer ou pas leur carrière.

L’intervention de Daniel Bacquelaine est loin d’avoir rassurer le représentant du syndicat Philippe Sion. Son intervention traduit la colère sourde des militaires belges face à cette réforme, qui pourrait se traduire dans la rue le 15 novembre prochain. On ne dira jamais assez que le gouvernement n’a vraiment pas le sens du timing dans le contexte actuel. Le dossier est loin d’être clos.

Rallongement de l’âge de la pension : Le chef de la Défense n’entravera pas l’action syndicale

57622dea35708dcfedafed9bLes syndicats ont indiqué avoir été reçu par le général Marc Compernol, chef de la Défense, ce jeudi 20 octobre au sujet de la dernière mesure du gouvernement Charles Michel sur le rallongement de l’âge de la pension.

Le général a rappelé que cette décision faisait partie d’un débat sociétal incontournable pour le régime des pensions en Belgique jusqu’en 2030 et qu’elle était politique. Il a toutefois dit sa préoccupation aux syndicats pour son personnel, son organisation et le budget, car sa vision de la Défense est orientée vers l’opérationnel. Il a promis aux représentants syndicaux qu’il ferait tout pour défendre les intérêts du personnel militaire, admettant que les militaires constituaient une profession particulière qui méritait toute la reconnaissance nécessaire. Il a également assuré qu’il n’entraverait pas l’action des organisations syndicales.

On peut comprendre à demi-mot que le général Marc Compernol n’est pas non plus réellement ravi par cette mesure. De leur côté, les syndicats attendent toujours d’être reçus par le Premier Ministre Charles, qui ne s’est pour l’instant pas exprimé publiquement à ce sujet. Ils ont prévu de manifester le 15 novembre prochain.