Les militaires de l’opération Vigilant Guardian à l’honneur du défilé du 21 juillet

Les différents porte-drapeaux des unités engagées dans l’opération Vigilant Guardian le 23 mars dernier lors de la cérémonie de passation de commandement de la Composante Terre (crédit-photo Malek Azoug/BE Defense)

Pour la Fête Nationale, la Défense belge a décidé de mettre à l’honneur les militaires de l’opération Vigilant Guardian, opération désormais à part entière de l’armée belge qui mobilise quelques 1250 militaires plus 150 en réserve prêts à être déployés en cas de crise. Un détachement composé de militaires des Composantes Terre, Air et Médicale défileront pour le 21 juillet. Seule la Composante Marine ne participe pas à cette opération.

« La Défense et la Composante Terre en particulier sont très fières d’avoir pu assurer la sécurité de la population. Il ne faut cependant pas oublier qu’un militaire doit être aguerri à des tâches et missions beaucoup plus complexes se déroulant sur des théâtres d’opération étrangers », explique la Défense dans un communiqué pour expliquer ce choix. Au départ, seules les unités de combat de la Composante Terre ont pris part à cette opération mais l’armée a été obligée d’élargir son vivier à des unités d’appui comme la logistique, les transmissions ainsi qu’aux deux autres Composantes Air et Médicale. La Défense précise même que des volontaires de différents états-majors y participent après avoir suivi un entraînement spécifique dans le but d’alléger certaines unités.

Il ne faut pas non plus oublier l’opération Spring Guardian, qui vise à protéger les installations nucléaires belges et qui est moins médiatisée. Elle mobilise toujours 63 militaires.

Dans le courant de l’année 2017, la Défense belge a mis en valeur les militaires de l’opération Vigilant Guardian lors de cérémonies. Le Général-major Jean-Paul Deconinck, aujourd’hui commandant de la MINUSMA et ancien chef de la Composante Terre, avait tenu à mettre l’accent sur les militaires de Vigilant Guardian lors de la cérémonie de passation le 23 mars dernier pour les remercier de leur engagement continu depuis 2015.

Tentative d’attentat à Bruxelles : le professionnalisme des militaires de Vigilant Guardian unanimement salué

Des Chasseurs Ardennais en opération Vigilant Guardian à Bruxelles en juin 2017 (photo Fraternelle Royale des Chasseurs Ardennais)

Mardi soir, des militaires belges de l’opération Vigilant Guardian ont abattu un homme qui a provoqué une explosion mineure dans la gare Centrale de Bruxelles. 

Caractère inédit de la situation, c’est la première fois que des militaires de l’opération Vigilant Guardian faisaient usage de leurs armes contre un individu en train de commettre un attentat. Le Parquet a précisé qu’au vu des éléments, les règles d’engagement avaient été respectées, une information confirmée par le ministre Steven Vandeput qui a toutefois voulu les garder secrètes. Cette intervention s’est faite sans victime collatérale et aucune précision n’a été donnée sur le nombre de balles tirées par le militaire qui a abattu Oussama Z. Selon différents éléments recoupés ici et là les militaires, qui sont intervenus, faisaient partie des Chasseurs Ardennais même si aucune communication n’a été faite à ce sujet que ce soit par la Défense ou la presse.

Ce mercredi 21 juin 2017, le Chef de la Défense accompagné du Ministre de la Défense et du Commandant de la Composante…

Posted by Fraternelle Royale des Chasseurs Ardennais on Wednesday, June 21, 2017

Ce mercredi 21 juin 2017, le Chef de la Défense accompagné du Ministre de la Défense et du Commandant de la Composante…

Publié par Fraternelle Royale des Chasseurs Ardennais sur mercredi 21 juin 2017

Si cet action n’empêchera pas un débat légitime sur l’utilité ou pas des militaires dans la rue et l’opération Vigilant Guardian, l’action des militaires de Vigilant Guardian aura été unanimement saluée par les politiques et les citoyens sur les réseaux sociaux. Une belle image pour l’armée belge !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le gouvernement lance le processus de création du nouveau corps de sécurité

Lors d’un Conseil des ministres, le gouvernement belge a approuvé l’avant-projet de loi pour la création de la direction de la Sécurisation (DAB) au sein de la Police fédérale, un nouveau corps de sécurité qui doit permettre le désengagement progressif des militaires dans la rue.

Le ministre de l’Intérieur Jan Jambon avait annoncé en octobre 2016 la création d’une « garde nationale » pour suppléer l’opération Vigilant Guardian, qui pèse lourdement sur l’armée belge et notamment la Composante Terre. Le projet avait pris un peu de retard mais le processus législatif est désormais bien engagé. L’avant-projet de loi, qui doit attendre l’avis du Conseil d’État, est présenté conjointement par Jan Jambon, ministre de la Sécurité et de l’Intérieur, Koen Geens, ministre de la Justice et Steven Vandeput, ministre de la Défense.

photo Daniel Orban/Défense belge

Ce nouveau corps de sécurité aura un effectif de 1.600 hommes. Le recrutement se fera dans trois services précis: des fonctionnaires du Corps de Sécurité, des militaires en service actif revêtus d’un grade de volontaire ou de sous-officier qui se portent candidats et sont retenus, et des membres du personnel de Brussels Airport Company revêtus de la fonction d’inspecteur de l’inspection aéroportuaire. L’effectif sera composé en grande partie d’agents de sécurisation qui seront employés, des membres du cadre opérationnel à part entière, formés avec un nouveau grade et avec certaines compétences policières. La DAB sera chargée de la surveillance de plusieurs lieux stratégiques: les palais royaux, les infrastructures du SHAPE et de l’OTAN, les institutions internationales et européennes, les bâtiments des autorités nationales et internationales, les sites nucléaires, les cours et les tribunaux ainsi que l’aéroport de Bruxelles.

Le gouvernement précise que ce nouveau corps de sécurité doit permettre à la Police fédérale de dégager un maximum de capacité policière tant au niveau local qu’au niveau fédéral et de se réinvestir dans ses missions centrales. La DAB sera d’ailleurs également chargée de l’exécution de la sécurisation ponctuelle des opérations de police et, en ordre subsidiaire, des escortes. Mais l’autre objectif de départ était également de suppléer Vigilant Guardian même si le gouvernement parle désormais d’un désengagement partiel des militaires avec un équipement et des véhicules de transport adaptés pour cette opération. Le gouvernement prévoit le déploiement progressif de la Direction de Sécurisation courant 2017.

Attentat ou conducteur fou à Anvers : l’action décisive des militaires de l’opération Vigilant Guardian ?

Jeudi en fin de matinée, un conducteur fou sous l’influence de l’alcool et de la drogue a tenté de foncer sur la foule à Anvers sur la principale artère commerçante. Différentes armes ont été découvertes dans le coffre de la voiture: des armes blanches, un riot gun et un bidon contenant un produit encore indéterminé. Pour l’instant la police ne privilégie aucune thèse entre l’attentat et le dealer voulant éviter un contrôle après l’attentat de Londres.

Même si cela n’a pas été spécialement relevé par la presse, les militaires de l’opération Vigilant Guardian ont été les premiers à remarquer la présence du véhicule fou et à tenter de l’intercepter sans faire usage de leurs armes apparemment. Le conducteur s’enfuit alors sur les quais où il est arrêté par l’équipe d’intervention rapide de la police d’Anvers. Si les militaires n’ont pas réussi à stopper la voiture, ils ont été les premiers sur les lieux à agir et à influer sur le cours de la situation en avertissant rapidement la police de quoi conforter certains dans le déploiement de militaires dans la rue s’il s’avérait que c’était bien une tentative d’attentat.

L’opération Vigilant Guardian a d’ailleurs été renforcée avec l’envoi de militaires supplémentaires à Anvers dans les lieux les plus fréquentés. Il faut rappeler que dans les effectifs de l’opération Vigilant Guardian, on compte une capacité de réserve de 150 hommes immédiatement opérationnelle qui doit justement servir dans ce genre de situation.

 

Le Général-major Marc Thys sera le nouveau chef de la Composante Terre

photo prodef.be

Le Général-major Marc Thys sera le nouveau chef de la Composante Terre à partir du 23 mars, a annoncé la Défense aujourd’hui.

Nommé à la tête de la MINUSMA (United Nations Multidimensional Integrated Stabilization Mission in Mali), l’actuel chef de la Composante Terre Jean-Paul Deconinck va quitter ses fonctions ce jeudi 23 mars lors d’une cérémonie de passation de pouvoir. Son dernier geste à cette occasion sera de remercier les militaires des Composantes Terre, Air et Médicale pour leur implication dans l’opération Vigilant Guardian. Durant son mandat, il a d’ailleurs régulièrement critiqué l’opération Vigilant Guardian via des mises en garde sur une perte de compétences opérationnelles et une génération perdue d’officiers et sous-officiers. Il a également pris position contre la dernière mesure du gouvernement sur la réforme de la pension militaire. Il était arrivé à la tête de la Composante Terre le 30 septembre 2014.

Le Général-major Marc Thys était jusqu’alors chef de la Division Systèmes de la Direction Générale des Ressources Matérielles. « Il reprend une Composante Terre à l’agenda chargé en raison des grandes opérations à l’intérieur et à l’extérieur du pays », précise la Défense.

L’hommage de Jean-Claude Van Damme aux militaires belges

Le célèbre acteur, réalisateur et producteur belge Jean-Claude Van Damme a rendu un bel hommage aux militaires belges engagés dans l’opération Vigilant Guardian sur son compte Instagram.

Sur une photo, on peut y voir l’acteur entre deux militaires du 12/13ème de Ligne de l’opération Vigilant Guardian dans le hall d’un hôtel bruxellois. « Un grand merci à tous ceux qui nous protègent », a écrit Jean-Claude Van Damme pour commenter la photo.

Environ 1200 militaires belges sont toujours engagés dans l’opération Vigilant Guardian.

L’armée belge n’a pas une bonne communication sur ses opérations à l’étranger selon certains députés socialistes

Selon certains députés socialistes, l’armée belge n’a pas une bonne communication sur ses opérations à l’étranger pour le grand public sur son site internet. Explications.

Dans une proposition de résolution, les députés socialistes Stéphane Crusnière, Sébastien Pirlot, Julie Fernandez Fernandez, Éric Thiébaud et Alain Top demandent au gouvernement fédéral de publier l’ensemble des informations publiques du plan des opérations remises à la Chambre sur le site internet de la Défense avec une actualisation des informations selon l’actualité. Ils estiment que le site internet de la Défense ne donne pas un assez bon aperçu des opérations à l’étranger de l’armée belge pour les citoyens avec une carte statique du monde et peu d’informations qui ne sont pas beaucoup actualisées. Une communication plus efficiente, sans diffuser des données confidentielles et stratégiques, doit permettre à la Défense d’éviter sa réputation de « grande muette » selon ces mêmes députés.

carte des opérations de l’armée belge sur son site officiel

Pour rebondir sur cette proposition des députés socialistes, on peut apporter des précisions à cette critique. Le site internet de la Défense belge a bien un onglet spécifique « opérations et exercices » avec un bandeau déroulant. L’aperçu général consiste en une carte avec des drapeaux fléchés sur les pays où les militaires sont présents mais sans aucune précision ne serait-ce que sur le nombre de soldats impliqués dans l’opération. D’ailleurs la description de la page opérations et entraînements semble ne pas avoir été actualisée en 2016 avec une projection pour 2017. Ainsi on peut lire:« Des militaires belges de l’Eurocorps participeront à l’EUBG pendant le second semestre 2016 ». Actuellement des militaires belges du 12/13ème de Ligne font partie de l’EUBG du premier semestre 2017 sous commandement français mais aucune mention. On sait que l’actualisation des pages dite froides d’un site internet n’est pas toujours le plus simple.

                L’accent est mis sur l’Europe et les pays de l’Est

Dans le bandeau déroulant, certaines opérations de l’armée belge parmi les plus importantes ont un onglet spécifique avec une première place accordée à la Belgique et la fameuse opération Vigilant Guardian (OVG). Il a fallu du temps avant que la Défense belge ne lui donne une place spécifique sur son site, l’onglet ayant fait son apparition courant 2016. L’opération commencée en janvier 2015 se pérennisant pour une durée indéterminée, elle y a été obligée d’autant plus qu’elle s’en sert beaucoup pour entretenir sa bonne image. On peut souligner que toutes les principales opérations de l’armée belge sont plutôt bien expliquées avec une ouverture sur des articles d’actualités. Il suffit simplement de fouiller pour n’importe qui s’y intéresse.  On peut simplement regretter l’absence de la Lituanie alors que 98 militaires belges y sont présents au moins jusqu’à juillet. Sur l’Irak, l’accent est mis exclusivement sur l’opération Desert Falcon tandis que l’opération Valiant Phoenix, consacrée à la formation des militaires irakiens, n’est pas mentionnée spécifiquement ce qui est dommage.

Ces deux dernières années, la Défense belge a fait davantage d’efforts dans sa communication numérique mais cela ne reste pas une de ses priorités. Elle manque de professionnels dans ce domaine et cela se sent dans la gestion des différents canaux numériques: réseaux sociaux et site internet. Un petit coup de modernité ne ferait pas de mal pour son image auprès du grand public et des jeunes !

Le bataillon de Chasseurs à Cheval au cœur des attentats du 22 mars à Bruxelles (deuxième partie)

capture d'écran JT RTBF
capture d’écran JT RTBF

Le sergent Paul-Henri, le caporal Johan et le soldat Samuel faisaient partie du peloton de Chasseurs à Cheval (ISTAR) en opération Vigilant Guardian le 22 mars 2016 à l’aéroport de Zaventem à Bruxelles. Témoignages.

Le 22 mars 2016 peu avant 8H du matin, deux explosions simultanées retentissent à l’aéroport de Zaventem à Bruxelles faisant une quinzaine de morts, dont les deux kamikazes, et une centaine de blessés. Les militaires de l’opération Vigilant Guardian, appartenant au bataillon de Chasseurs à Cheval, seront les premiers à arriver sur les lieux et à s’occuper des blessés. Leur action sera déterminante pour sauver des vies. Ils font partie des héros de cette triste journée qui a plongé la Belgique dans le deuil. En toute franchise et simplicité, certains d’entre eux ont accepté de témoigner sur leur action ce jour-là ainsi que leur vécu et leur expérience en tant que militaires. Des témoignages de premier plan.

La deuxième partie de notre focus sera consacrée à l’avant et l’après 22 mars 2016 : préparation à réagir, regard des médias, retour sur le terrain et enseignements à en tirer.

« On n’est jamais préparé à un tel événement »

En prenant leur poste ce matin-là, les militaires du bataillon de Chasseurs à Cheval en opération Vigilant Guardian ne pensaient sans doute pas vivre une telle situation. Ils ont mis en pratique en quelques secondes sans avoir le temps de réfléchir ce qu’ils avaient appris durant leur formation militaire. « Ce jour-là, pour ma part, j’ai vraiment agi machinalement », explique le sergent Paul-Henri qui poursuit : « Lorsque j’étais en train de sortir les blessés, aider mes collègues et chercher d’autres victimes, j’avais l’esprit occupé. » Le caporal Johan nous parle de son ressenti : « J’ai fait ce qui me semblait juste en ne perdant pas de vue que j’étais d’abord là pour sécuriser les lieux, ensuite les choses s’enchaînent. » Le cas du soldat Samuel est différent, lui qui met en avant sa formation de Para Commando : « Mon expérience de sept années passées dans cette unité exigeante mentalement et physiquement m’ont sans aucun doute beaucoup aidé tout comme mes cours de premiers soins. » Le bataillon de Chasseurs à Cheval pouvait d’ailleurs être fier de l’action réalisée par ses militaires ce jour-là. Cette même action a amené le regard des médias dans les jours qui ont suivi.

Sous le projecteur des médias

Le soldat Nathan rencontre Walter Benjamin (capture d'écran RTL-TVI)
Le soldat Nathan rencontre Walter Benjamin (capture d’écran RTL-TVI)

Parmi les témoignages recueillis ce jour-là par la presse belge, celui de Walter Benjamin avait particulièrement ému l’opinion publique. « Ma vie, je la dois à un militaire de l’armée belge que je voudrais remercier. Il est venu vers moi, m’a pris dans ses bras et m’a serré très fort. Il m’a dit « parle-moi, reste avec moi, regarde-moi dans les yeux, ne t’endors pas » », avait-il raconté. Trois semaines plus tard, il rencontrait son sauveur à l’hôpital devant les caméras de RTL-TVI. Un mois après les attentats, la Défense organisait également un point presse pour valoriser l’action des militaires de toutes les unités qui ont agi ce jour-là. À l’époque, le sergent Paul-Henri avait témoigné devant les caméras des différents médias du pays. L’effervescence est retombée aujourd’hui mais qu’importe les militaires du bataillon de Chasseurs à Cheval ne s’en plaignent pas et restent modestes.

« Je n’ai fait que mon devoir de soldat »

Le sergent Paul-Henri témoigne sur BX1 (capture d'écran BX1)
Le sergent Paul-Henri témoigne sur BX1 (capture d’écran BX1)

Le sergent Paul-Henri reste lucide sur l’actualité médiatique qui passe et continuellement volatile : « Il n’y a pas eu de changement dans mon quotidien. Qui se souvient d’un visage apparaissant une fois vingt secondes au JT ? », ajoutant « Les militaires ne sont pas là pour la gloire mais pour protéger la nation. » Même ton modeste chez le soldat Samuel, qui n’a pas spécialement ressenti d’effervescence médiatique : « J’ai fait tout ce que j’ai pu ce jour-là car il le fallait. Je pense avoir fait mon devoir. » Il préfère parler d’autres héros et de sa fierté d’avoir servi dans le bataillon ISTAR : « La presse a parlé de ce qui s’est passé en général, pas de tous les héros que j’ai vu ce jour-là. J’ai vu des gens se surpasser pour aider les autres. Je suis fier d’avoir été avec ce peloton du bataillon où j’avais été déployé en renfort. » Il confie même avoir gardé de très bons contacts avec ces collègues néerlandophones du bataillon, des liens indéfectibles entre frères d’armes noués lors d’événements tragiques. Pour sa part, le caporal Johan a toujours voulu rester anonyme mais regrette la couverture médiatique parfois trop répétitive pour certaines choses même s’il confirme qu’elle a été positive pour l’armée tout comme c’est le cas pour l’opération Vigilant Guardian qui a pris une nouvelle tournure après les attentats.

De retour sur le terrain en opération Vigilant Guardian

L’expression est du soldat Samuel : « Quand on tombe de cheval, il faut y remonter le plus vite possible. » Pas de demande de traitement de faveur ou de repos particulier, les militaires du bataillon de Chasseurs à Cheval sont de retour sur le terrain deux jours après. « Dans un premier temps, j’étais très, trop attentif. C’est très fatigant. Et les bruits violents me faisaient sursauter. Mais ça m’est passé, la vie continue. J’ai tiré beaucoup de leçons de cette épreuve », explique le soldat Samuel. Pas de changement particulier pour le caporal Johan : « Je ressens la même chose qu’avant que tout cela se soit produit. Je reste sur mes gardes un peu plus parano qu’avant. » Mais tous soulignent l’inventivité du terrorisme d’aujourd’hui : « Maintenant je sais comment j’ai réagi pour cette situation-là mais on n’a jamais deux fois le même scénario…qui sait quel sera le prochain ? », raconte le sergent Paul-Henri, qui confie avoir eu au mois de juin dernier une crise d’angoisse comme civil en vacances à l’aéroport de Zaventem au moment de l’enregistrement des bagages. « Lorsque je suis passé par la suite dans le cadre de l’opération Vigilant Guardian, je n’ai plus rien éprouvé. Le fait d’être en service nous fait changer pas mal notre comportement », poursuit-il, une façon de rappeler qu’un militaire reste un humain mais qu’il répondra toujours présent pour faire son devoir de militaire. Cela ne peut que forcer le respect.

Un militaire du bataillon de Chasseurs à Cheval en opération Vigilant Guardian à Bruxelles en juillet 2016 (photo bataillon ISTAR-IPR)
Un militaire du bataillon de Chasseurs à Cheval en opération Vigilant Guardian à Bruxelles en juillet 2016 (photo bataillon ISTAR-IPR)

« Même si le déploiement dans les rues de nos cités n’aura malheureusement pas permis d’éviter les attentats, cette opération se sera malgré tout révélée utile. Un temps précieux a pu être gagné et des vies humaines ont été sauvées grâce aux réactions immédiates de notre personnel et des secouristes militaires », écrivait la Défense dans son Dbriefing des attentats du 22 mars. Dans le dernier numéro de la Revue Militaire Belge, le commandant de la Composante Médicale, le Médecin Général-major Pierre Neirinckx a encore appuyé ces propos : « Il est cependant remarquable de noter que les premiers gestes qui ont sauvé des vies ce 22 mars, sont principalement dus aux réflexes de nos militaires qui patrouillaient ce jour-là. » Depuis la Défense organise des cours de premiers soins à d’autres institutions comme les pompiers pour partager son expérience. Des militaires présents ce jour-là, le soldat Samuel a suivi par la suite un cours de six semaines de secourisme militaire, assez poussé en premiers soins, pour être mieux préparé. Il y aura un avant et un après 22 mars 2016 pour tous ces militaires et pour l’armée belge dans son ensemble.

À environ un mois du premier anniversaire de ces tristes attentats, le blog À l’Avant-Garde voulait rendre hommage à sa façon à ces militaires du bataillon de Chasseurs à Cheval, anonymes ou pas, qui ont sauvé des vies grâce à leur action déterminante dans une situation exceptionnelle inédite. Merci aux militaires qui se sont confiés et au service de presse de la Défense qui a spontanément collaboré au projet, permettant sa réalisation.

 

Le bataillon de Chasseurs à Cheval au cœur des attentats du 22 mars à Bruxelles (première partie)

Un militaire sécurise les abords de l'aéroport de Zaventem pendant l'intervention des secours (photo BE Defense)
Un militaire sécurise les abords de l’aéroport de Zaventem pendant l’intervention des secours (photo BE Defense)

Le sergent Paul-Henri, le caporal Johan et le soldat Samuel faisaient partie du peloton de Chasseurs à Cheval (ISTAR) en opération Vigilant Guardian le 22 mars 2016 à l’aéroport de Zaventem à Bruxelles. Première partie de notre focus.

Le 22 mars 2016 peu avant 8H du matin, deux explosions simultanées retentissent à l’aéroport de Zaventem à Bruxelles faisant une quinzaine de morts, dont les deux kamikazes, et une centaine de blessés. Les militaires de l’opération Vigilant Guardian, appartenant au bataillon de Chasseurs à Cheval, seront les premiers à arriver sur les lieux et à s’occuper des blessés. Leur action sera déterminante pour sauver des vies. Ils font partie des héros de cette triste journée qui a plongé la Belgique dans le deuil. En toute franchise et simplicité, certains d’entre eux ont accepté de témoigner sur leur action ce jour-là ainsi que leur vécu et leur expérience en tant que militaires. Des témoignages de premier plan.

À 8H un 22 mars 2016…

Au moment des explosions, le soldat Samuel se trouve dans les escalators avec son binôme pour retourner au local de repos quand il entend une détonation assez faible comme un « pétard » avant deux secondes plus tard d’entendre une énorme explosion deux étages au-dessus et de ressentir l’effet du blast : « Mon premier réflexe a été de charger mon arme pour qu’elle soit prête à tirer. » Arrivé à toute vitesse sur le lieu de l’explosion, il charge sa deuxième arme et se tient en position de tir avec son fusil d’assaut (FNC) prêt à riposter face à toute menace. « Sur le moment, je me suis dit que ce n’était pas possible que ça nous arrive à nous », évoque le caporal Johan qui confie même : « Pour moi, l’explosion venait de l’étage inférieur ce qui n’était pas le cas de mon binôme qui pensait l’inverse. Nous avons pris le parti d’aller en bas et nous avons commencé à descendre. Quelques secondes plus tard, la seconde explosion est survenu au-dessus de nous à l’étage supérieur où nous aurions dû être si nous avions choisi d’aller en haut »…Pour le sergent Paul-Henri, « ce qui se passait semblait irréel ». En premier lieu, les militaires sécurisent la zone, rejoignant le lieu des explosions en progression tactique. Ne voyant plus de danger immédiat, ils apportent leur aide aux nombreux blessés.

Au milieu des blessés

Un militaire du bataillon ISTAR sécurise le lieu de l'attentat à l'aéroport de Zaventem peu après les explosions. (photo REUTERS/Jef Versele/Handout)
Un militaire du bataillon ISTAR sécurise le lieu de l’attentat à l’aéroport de Zaventem peu après les explosions. (photo REUTERS/Jef Versele/Handout)

« Des morceaux de plafond tombaient et de la poussière et des débris en feu flottaient dans l’air. Les tuyaux du système anti-incendie étaient arrachés et l’eau coulait à flot… Il y avait beaucoup de monde qui demandait de l’aide », décrit le caporal Johan. « Évaluer la gravité des blessures en n’oubliant pas notre mission première, ce n’est pas évident», explique-t-il. Le soldat Samuel apporte son aide à un homme avec une fracture ouverte : « J’ai essayé de faire un garrot avec ce que je trouvais sur place à proximité : sangle de valise, ceinture, mais ça ne fonctionnait pas … C’est alors qu’un secouriste m’a lancé, en passant à plusieurs mètres de moi en courant un tourniquet. Je dois bien avouer que le tourniquet CAT est très efficace, deux secondes plus tard il était en place. » Plusieurs soldats du bataillon ISTAR ont utilisé ce fameux tourniquet CAT ce jour-là. Le sergent Paul-Henri dégage une hôtesse de l’air en état de choc pour l’aider à se déplacer vers un endroit plus sécurisé. De son côté, le caporal Johan fait un garrot à une dame dont le pied avait été arraché par l’explosion. Toutefois les militaires se sentent mieux dans leur mission première comme l’explique ce même caporal Johan qui apporte son aide à un homme dont le dos était perforé par un rail métallique, une situation compliquée à appréhender sans une forte formation médicale : « Tout à coup, un médecin est arrivé. Ce fut un soulagement pour moi. Je lui donnai le reste de mes pansements en sachant qu’il en ferait certainement meilleur usage que moi. J’allai pouvoir m’occuper essentiellement de ma mission, sécuriser les lieux en cas d’attaque multiple. » Au milieu de la confusion, les soldats du peloton sont dispersés.

Sécuriser les lieux avant tout

Cette photo postée sur Facebook a fait le buzz. Un militaire du bataillon ISTAR évacue un blessé de l'aéroport de Zaventem.
Cette photo postée sur Facebook a fait le buzz. Un militaire du bataillon ISTAR évacue un blessé de l’aéroport de Zaventem.

En effet dans le feu de l’action et l’urgence du moment, les binômes se trouvent éclatés comme c’est le cas du caporal Johan qui se retrouve avec un autre binôme que le sien : « Dans mon esprit, j’avais autre chose à faire que de surveiller mon binôme ». D’ailleurs selon ses dires, la confusion la plus totale est présente même chez certains passagers : « Dans les étages inférieurs, certains n’étaient même pas au courant de ce qui était en train de se passer et croyaient qu’il y avait eu un accident sur le chantier voisin, d’autres pensaient être en sécurité. » Après avoir apporté les premiers soins, les militaires se dirigent vers d’autres missions. Le sergent Paul-Henri s’occupe de la sécurité d’un parking pour empêcher les badauds d’approcher. Le soldat Samuel escorte avec un policier un groupe de blessés évacués vers des ambulances hors de l’hôpital, s’occupe de fouiller les parkings et ensuite accompagne les pompiers pour trouver des survivants dans les décombres. Sa journée se termine par la protection de l’hôtel Sheraton. De son côté, le caporal Johan se décide à chercher dans l’aéroport d’éventuels terroristes qui pourraient frapper à nouveau pour provoquer un sur-attentat. Après avoir retrouvé le commandant du peloton, il se charge d’élargir le périmètre de protection pour les secours et établit des tours de garde. Les hommes du bataillon de Chasseurs à Cheval sont relevés à 22H et se retrouvent quelques heures plus tard dans leur caserne après une journée qu’ils ne seront pas prêts d’oublier.

2017-02-05Au début de l’après-midi, la page Facebook du bataillon de Chasseurs à Cheval annonce qu’il n’y a aucune victime parmi ses hommes présents à l’aéroport de Zaventem. Le caporal Johan envoie un sms à sa femme trois heures après la première explosion : tout va bien, je te rappelle dès que je peux. Dans le feu de l’action toute la journée, la pression retombe au retour dans la caserne : « J’ai pensé à ma famille et à moi », raconte simplement le caporal. L’émotion est présente. Le sergent Paul-Henri ne peut s’empêcher de laisser couler quelques larmes, plusieurs heures après les explosions. Deux jours plus tard, ils étaient tout simplement de retour sur le terrain en mission Vigilant Guardian prêts à défendre leurs concitoyens si le terrorisme venait à frapper à nouveau la Belgique.

Deuxième partie à suivre dans les prochains jours…

Deux ans de Vigilant Guardian : Histoire d’une opération « inédite » de l’armée belge depuis 39-45

Les premiers Chasseurs Ardennais de l'opération Vigilant en mission à Bruxelles le 17 janvier 2015 (photo Daniel Orban / BE Defense)
Les premiers Chasseurs ardennais de l’opération Vigilant Guardian en mission à Bruxelles le 17 janvier 2015 (photo Daniel Orban / BE Defense)

Depuis le 17 janvier 2015, les militaires belges sont déployés dans les villes belges dans le cadre de l’opération Vigilant Guardian ou Homeland. Retour sur un engagement inédit des forces armées belges depuis la Seconde Guerre mondiale.

Les attentats de Charlie Hebdo en France le 7 janvier 2015 ont donné l’opération Sentinelle. Mais ils vont également avoir des conséquences en Belgique où le gouvernement Charles Michel décide de prendre des mesures contre le terrorisme dont le déploiement de militaires en soutien à la Police fédérale selon les demandes. D’abord temporaire, ce déploiement inédit ne va jamais s’arrêter en deux ans, au point de faire désormais partie du paysage belge à Bruxelles, Liège ou Anvers. Il va prendre le nom d’opération Vigilant Guardian ou parfois Homeland avec des évolutions durant les deux ans.

Au commencement de l’opération

Le 17 janvier 2015 à 7H du matin, les 150 premiers militaires belges, Chasseurs ardennais et parachutistes du 3ème Bataillon, se déploient à Bruxelles et à Anvers pour des missions de surveillance statique. La veille, le gouvernement a décidé de leur déploiement lors d’un Conseil des Ministres suite au relèvement du niveau de menace à 3 par l’OCAM (Organe de coordination pour l’analyse de la menace). Ils pourront être au maximum 300 pour sécuriser des lieux sensibles et soulager la Police fédérale. Très vite, d’autres villes demandent également un renfort militaire comme Liège le 20 janvier, qui en obtient 25 en provenance du 12/13ème de Ligne de Spa. Des Lignards sont également présents à Huy et à Verviers. Les premiers chiffres communiqués après une semaine sont les suivants : 120 à Bruxelles, 120 à Anvers et 55 en province de Liège. D’autres villes ne veulent pas de militaires comme Gand et Malines. Le 24 janvier, le ministre Steven Vandeput communique sur le déploiement temporaire de militaires pour des missions de sécurité statique à l’appui et sous le commandement de la police. Mais pas de présence militaire dans les aéroports et les gares et il n’est pas question de patrouiller. Le 23 janvier 2015, la Défense écrit sur son site : « Les militaires mettent ainsi quelques activités et exercices entre parenthèses pendant un mois afin d’assurer leur service d’aide à la nation. » (sic !) Ce dispositif, qualifié d’exceptionnel en réponse à un besoin immédiat et urgent, doit durer un mois mais peut-être prolongé…C’est le début de l’opération Vigilant Guardian !

Première vidéo produite par la Défense belge sur l’opération Vigilant Guardian, encore temporaire à ce moment

Les militaires sont sous commandement policier et répondent à une demande spécifique (photo Daniel Orban / BE Defense)
Les militaires sont sous commandement policier et répondent à une demande spécifique (photo Daniel Orban / BE Defense)

De 200 à 1828 militaires dans les rues

Le nombre des militaires n’a cessé de varier en deux ans. Durant les premiers mois, leur nombre se stabilise autour de 200 et la mission des militaires est régulièrement prolongée. On atteint un premier pic à la fin du mois de novembre après les attentats de Paris du 13 novembre 2015. L’OCAM relève le niveau de menace à 4 à Bruxelles. Pendant le week-end du 21-22 novembre 2015, Bruxelles est en état de siège et les transports publics sont fermés tout comme les écoles, une menace d’attentat étant imminente selon le gouvernement fédéral. La situation revient peu à peu à la normale à partir du 25 novembre.  Durant cette période, le déploiement militaire est important au nombre de 1428[1]. Au mois de décembre 2015, leur nombre redescend à 700 mais la hausse est significative. Fin janvier 2016, le déploiement est de 1000 dont 700 visibles dans les rues. À partir du 5 mars, ils sont 40 de plus en charge de surveiller les centrales nucléaires. Les attentats du 22 mars vont changer à nouveau la donne. D’avril 2016 jusqu’à courant novembre 2016, ils sont au nombre de 1828. Depuis le 3 janvier 2017, ils sont désormais 1250 dans les rues avec une marge de sécurité de 150. Lors d’une phase ultérieure, leur nombre pourrait baisser à 1089.

Des militaires de l'opération Spring Guardian (photo Daniel Orban/BE Defense)
Des militaires de l’opération Spring Guardian (photo Daniel Orban/BE Defense)

Une opération qui a évolué

La mission des militaires belges a connu des évolutions. Désormais les militaires patrouillent dans les rues et sont présents dans les gares et les aéroports mais aussi les centres commerciaux et ce dès fin 2015. L’opération a pris le nom de Vigilant Guardian ou OVG durant les premiers mois mais il est aussi commun de l’appeler Homeland.  Au mois de mars 2016 après les attentats, la protection spécifique des centrales nucléaires (Fleurus, Tihange, Doel, et Mol-Dessel) par les militaires au nombre de 140 donne le nom de Spring Guardian et devient une opération à part entière moins connue mais toujours en cours. Opération sans date précise de fin, elle a été sujette à des débats quant aux règles d’engagement des militaires, qui n’ont jamais vraiment été rendues publiques, ouvrant la porte à des polémiques comme celles des fouilles non légales en avril 2016. Dès le début du déploiement, la Défense avait précisé qu’elle était là en appui de la Police fédérale et que les militaires n’effectueraient pas de contrôles d’identité. En novembre 2015, l’ex-patron de l’armée le général Gerard Van Caelenberge rappelait aux syndicats que les militaires étaient soumis à la législation belge en matière de légitime défense et qu’ils ne pouvaient faire usage de la force létale pour protéger des biens ou des bâtiments. De son côté, le ministère a toujours assuré que les militaires étaient au courant des règles d’engagement spécifiques, qui leur permettent de réagir adéquatement selon les menaces. Pour l’instant, les militaires belges n’ont jamais eu à faire usage de leurs armes. La collaboration avec la police a toujours été optimale et les relations sont bonnes. Quelques incidents avec des citoyens ont été parfois signalés mais ce sont des cas vraiment isolés et sans gravité.

Les véhicules militaires font aussi partie du paysage de Vigilant Guardian (photo Daniel Orban/BE Defense)
Les véhicules militaires font aussi partie du paysage de Vigilant Guardian (photo Daniel Orban/BE Defense)

Un coût financier conséquent partagé entre la Défense et l’Intérieur

Le coût de l’opération n’a cessé de grimper, les frais se partageant entre la Défense et l’Intérieur. « La Défense prendra en charge les coûts liés au personnel. Les frais supplémentaires seront à charge de la Police Fédérale », indiquait la Défense le 1er jour du déploiement. Le coût des neuf premiers mois avait été estimé à 10 millions d’euros, i-e pendant les mois de déploiement minimum de militaires avant que l’opération ne prenne de l’ampleur. André Dumoulin, dans un article dans la Revue Défense Nationale, donne un chiffre de 18,2 millions d’euros pour 2015. En 2016, le coût global a été au moins multiplié par sept par rapport à 2015 selon des estimations (34 millions d’euros pour le premier trimestre 2016). En novembre 2015, le gouvernement belge avait débloqué 400 millions d’euros pour lutter contre le radicalisme et le terrorisme. Une partie des 50 millions d’euros restants (21 millions d’euros) ont été attribués à Vigilant Guardian en juillet 2016.

La Composante Air a aussi apporté sa contribution (photo Composante Air)
La Composante Air a aussi apporté sa contribution (photo Composante Air)

Une opération en débat au sein de la Défense

L’opération n’a pas manqué de susciter des débats surtout quand tout le monde a compris qu’elle allait durer. Dans un premier temps, les militaires participant à l’opération étaient enthousiastes. Au fil des mois, cet enthousiasme n’a plus été pareil même si le professionnalisme est toujours là. L’opération pèse lourdement sur la Composante Terre, qui a dû puiser dans des unités de logistique pour faire face à la demande. Les Composantes Air et Médicale ont également apporté leur contribution. Des exercices, parfois majeurs, ont dû être annulés ou interrompus comme cela a été le cas fin novembre 2015. Dès le mois d’octobre 2015, le général Jean-Paul Deconinck, patron de la Composante Terre, mettait en garde et estimait qu’on avait atteint les limites du système, une mise en garde répétée en décembre 2015. En avril 2016, une source militaire indiquait à l’agence Belga que la mobilisation de plus d’un millier de soldats n’était tenable que pendant quelques semaines. Plus de six mois après, ils sont toujours plus d’un millier dans la rue. Récemment le général Marc Compernol, patron de la Défense, déclarait également craindre une perte de compétences, parlant d’une génération perdue. Pourtant l’armée n’a cessé de s’adapter au fur et à mesure de l’ampleur prise par Vigilant Guardian. De son côté, l’ex-patron de l’armée le général Gerard Van Caelenberge, espérait que l’opération permettrait de monter l’utilité de l’armée aux politiques avec l’espoir d’une revalorisation budgétaire. Peine sans doute perdue au regard des signaux donnés dernièrement par le gouvernement. Néanmoins, d’autres membres d’état-major ne sont pas aussi pessimistes, étant favorables à l’opération car elle donne une meilleure image de l’armée aux citoyens. On peut citer le cas du colonel Jean-Louis Crucifix, commandant militaire de la province de Liège, qui a soutenu et défendu à plusieurs reprises l’utilité de l’opération Vigilant Guardian.

L'armée communique beaucoup sur l'opération (photo FB bataillon Libération-5ème de Ligne)
L’armée communique beaucoup sur l’opération (photo FB bataillon Libération-5ème de Ligne)

Une meilleure visibilité médiatique pour l’armée

L’opération a toujours joui d’une certaine côte de popularité auprès de l’opinion publique. Deux jours après le début de l’opération, un sondage RTL-Ipsos-Le Soir indiquait que 72% des Belges étaient favorables à une présence militaire dans les rues. La Défense a beaucoup communiqué à ce sujet, profitant d’une exposition médiatique plus forte. Cet état de temporaire qui dure ne facilite pas forcément une meilleure approche du citoyen envers la mission du militaire alors que l’opération est présentée comme une des solutions face au terrorisme par les politiques, qui s’expriment d’ailleurs peu sur le sujet. L’opération reste parfois source d’une certaine incompréhension. La difficulté sera de trouver la solution pour y mettre fin pour sortir de l’impasse sans perdre la face. La création d’un corps de sécurité spécifique est à l’étude par le gouvernement et en projet mais il faudra un peu attendre avant qu’il ne voit le jour.

Les militaires, qui ont été déployés dans les rues le 17 janvier 2015, ne pensaient pas être les premiers d’une longue série toujours en cours deux ans après. Pris dans l’engrenage, le gouvernement n’a cessé de la prolonger. L’opération Vigilant Guardian a obligé l’armée belge à s’adapter et elle reste un vrai défi pour les mois à venir. Elle n’a cessé d’alimenter le débat politique, médiatique et militaire avec plus ou moins d’intensité. Il n’en reste pas moins qu’elle est devenue une opération à part entière de la Défense belge. Le ministère réfléchit d’ailleurs à la mise en place d’une médaille ou d’une décoration pour les militaires qui y ont pris part, une juste récompense !

[1] À ce sujet, lire l’excellent article de Nicolas Gros-Verheyde sur Bruxelles2 https://www.bruxelles2.eu/2015/11/22/et-bruxelles-devint-noire/