Opération Desert Falcon : Le rôle central du Red Card Holder basé au Qatar avant chaque frappe de F-16 belge

L’équipe du Red Card Holder belge avec le chef de la Défense le général Marc Compernol lors de sa tournée des troupes belges à l’étranger en décembre 2016 (photo BE Defense)

Depuis octobre 2014, la Belgique est engagée dans la coalition internationale qui lutte contre Daesh à travers notamment les frappes des F-16 de la Composante Air. Alors que la Belgique est régulièrement accusée de manque de transparence sur ces frappes, une audition de la commission de la Défense nationale sur la transparence lors des missions militaires belges à l’étranger s’est tenue. Suite à cette audition, un rapport parlementaire a été publié en juillet et mis en ligne en septembre. Il permet d’apporter un éclairage sur le processus  décisionnel d’une frappe belge.

Le principe de « zéro » victime

C’est le lieutenant-colonel Christian De Cock, juriste militaire, qui a exposé le cadre juridique de l’opération Desert Falcon et son exécution en pratique. Trois principes régissent chaque opération militaire belge en général: le principe de distinction entre objectifs militaires et civils, le principe de précaution en cas de frappe et le principe de proportionnalité par rapport aux dommages collatéraux. Sur la base de ces principes, la Défense estime si la cible militaire est légitime. En cas du moindre doute, la frappe est annulée. La Belgique applique une zero civilian casuality expectancy rule pour toutes ces frappes et donc le principe de « zéro » victime. La distance entre le bien civil et l’objectif militaire déterminera également le choix de l’arme à utiliser.

Le rôle du red card holder

Le Combined Air Operations Center (CAOC) situé au Qatar d’où opère le Red Card Holder belge

Le premier point décisionnel se situe au Qatar au centre des opérations de la coalition (CAOC). La Belgique y a une petite équipe de quatre hommes qui fait le lien avec le détachement de F-16 basés en Jordanie: le red car holder, qui représente le chef de la Défense, prend la décision et suit tout le processus de la frappe. Son fonctionnement se base sur celui d’une mission classique de l’OTAN au sein d’une coalition où chaque pays est souverain. L’officier belge a le pouvoir d’opposer son veto à une mission décidée par la coalition internationale au nom de son pays. Pour prendre cette décision, il se base sur des directives nationales données notamment par le chef de la Défense, des cibles définies préalablement, des règles d’engagement, de la possibilité de dommages collatéraux excessifs et de la zero civilian casuality expectancy rule. Pour ce faire, il est assisté en permanence d’un juriste militaire spécialisé dans le droit humanitaire international. Le pilote dans son cockpit peut également décider d’annuler une frappe en dernière instance si la situation sur le terrain évolue en coordination avec le red card holder. Le red card holder joue donc un rôle central et extrêmement important dans le processus décisionnel d’une frappe. Toutefois le lieutenant-colonel De Cock a souligné que la principale difficulté de la décision venait du fait que les combattants de Daesh n’avaient pas d’uniforme distinctif et se fondaient dans la population civile. Ces éléments sont pris en compte à chaque mission par le red card holder et le pilote lui-même.

photo BE Defense

Ces règles très strictes font dire à la Défense belge qu’il y ait très peu de risques que les frappes de ses F-16 occasionnent des victimes civils même si elle reconnait que le risque zéro n’existe pas. Chaque mission fait l’objet d’un rapport interne établi par l’unité, le centre d’opérations et le red car holder à partir des images aériennes des pilotes et complété à l’aide d’autres données récoltées au sol (troupes, autorités locales, réseaux sociaux). Ce rapport est transmis à l’état-major de la Défense et au chef de la Défense. Le colonel Pierre Gerard, directeur Opérations Militaires auprès du cabinet du ministre Steven Vandeput, a précisé que depuis les accusations russes en octobre 2016 des cartes géographiques sont systématiquement montrées aux membres de la commission chargée du suivi des missions à l’étranger.

En revanche lors de cette audition, la Défense a répété plusieurs fois qu’elle ne communiquerait pas plus sur ces frappes, estimant que la transparence était garantie par la compétence d’enquête du procureur fédéral ainsi que par le contrôle parlementaire. La Défense privilégie la sécurité physique et judiciaire (risques de constitutions de partie civile) de ses pilotes.

Rapport de la commission de la Défense Nationale sur l’audition en rapport avec la transparence lors des missions militaires belges à l’étranger

 

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Quatre F-16 néerlandais relèveront les Belges en janvier 2018 en Irak

Photo NL Defensie

La Défense néerlandaise a officialisé hier la prolongation de trois missions à l’étranger en 2018 dont l’Irak et l’envoi de quatre F-16 qui seront basés en Jordanie.

En Irak, quatre F-16 néerlandais prendront la relève des  F-16 belges dont la mission avait été prolongée en juin dernier après que le gouvernement hollandais ait annoncé qu’il ne pouvait pas assumer la relève pour des raisons budgétaires. Ils seront déployés à partir de janvier 2018 pour une durée d’un an. Le détachement hollandais sera composé d’environ 150 militaires. Les militaires belges devraient assurer la protection de ce détachement. De plus, un détachement de 155 formateurs hollandais continuera l’instruction des forces armées irakiennes.

Au Mali, l’armée néerlandaise sera toujours présente au sein de la MINUSMA en 2018. La mission du détachement composé d’environ 250 hommes sera concentrée en grande partie sur la collecte et l’analyse de données. La gestion du camp Castor sera passée à l’Allemagne. De son côté en 2018, la Belgique renforcera sa contribution à la mission de l’ONU au Mali avec le déploiement d’une unité belge de reconnaissance du bataillon ISTAR, d’une équipe de renseignement, de deux hélicoptères NH-90 ainsi que d’un avion de transport C-130. Parallèlement, la Belgique va baisser sa contribution à l’EUTM Mali.

En Afghanistan, les Pays-Bas maintiennent la présence d’un détachement de 100 hommes au sein de la mission Resolute Suport de l’OTAN. Actuellement, environ 60 militaires belges sont toujours présents en Afghanistan. En juin dernier, le ministre Steven Vandeput a indiqué qu’il étudiait la possibilité de l’envoi d’un peloton de reconnaissance d’une trentaine d’hommes.

D’ici la fin de l’année, le gouvernement belge devrait approuver les différents engagements opérationnels de l’armée belge pour 2018.

 

Opération Desert Falcon : Quatre F-16 belges en Irak jusqu’en décembre 2017

photo Défense belge

Le gouvernement Charles Michel a annoncé jeudi soir la prolongation de la mission de quatre F-16 belges en Irak, qui doit être officialisée lors du prochain conseil des ministres.

Depuis la fin de l’année 2016, les Pays-Bas avaient annoncé qu’ils ne pourraient pas prendre la succession de la Belgique avant janvier 2018. Depuis la Belgique étudiait à donner une nouvelle forme à l’opération Desert Falcon, la prolongation de la mission n’étant pas budgétée, ou bien à la prolonger purement et simplement. En commission de la Défense ce mercredi, le ministre Steven Vandeput avait laissé entendre que la mission des F-16 belges serait prolongée alors qu’ils devaient rentrer normalement en Belgique fin juin.

Le premier ministre Charles Michel a indiqué jeudi soir à l’agence Belga que le gouvernement avait trouvé un accord pour prolonger la mission de quatre F-16 belges en Irak jusqu’à la fin de l’année. Les deux autres F-16 devraient donc rentrer au pays. Selon le ministre Steven Vandeput, le prolongement de la mission devrait coûter environ 23 millions d’euros brut à la Belgique. En contrepartie, les Pays-Bas vont continuer à fournir le détachement de protection du contingent belge en Jordanie et assurer la protection de l’espace aérien du Benelux jusqu’à la fin de l’année sans discontinuité. D’autres contreparties sont à l’étude mais elles ne seront pas d’ordre financière.

 

Opération Desert Falcon : Les F-16 belges ont utilisé des bombes de l’armée américaine en Irak

crédit-photo BE Defence/Malek Azoug

Dans un rapport parlementaire publié au mois de mars sur l’audition du commandant de la Défense le général Marc Compernol en commission de la Défense le 23 novembre dernier, on apprend que les F-16 belges de l’opération Desert Falcon ont utilisé des bombes de l’armée américaine en Irak et en Syrie.

En réponse aux questions des députés sur l’action des F-16 belges dans la coalition internationale contre l’EI, le général Marc Compernol a indiqué que la livraison des bombes pour les F-16 belges basés en Jordanie méritait une attention particulière. Les stocks ne sont plus gérés par la Défense belge tout comme pour les Pays-Bas et le Danemark (pays qui a mis fin à l’engagement de ses F-16 au sein de la coalition internationale en décembre dernier) par exemple, des pays qui ne peuvent plus continuer à le faire à leur niveau. En raison de la longueur des délais de livraison, l’armée belge a dû utiliser des bombes de l’armée américaine.

En mars 2016, le gouvernement belge a approuvé l’achat de bombes GBU-39 A/B «Small Diameter Bomb» (SDB) de 250 livres (environ 125 kg), un achat direct aux États-Unis. Ces bombes, dotées d’une charge deux ou quatre fois moindres que les actuelles bombes en service – de 1.000 ou de 250 kg, doivent réduire les risques de dommages collatéraux. En raison des délais de livraison, la Défense belge ne pourra en disposer que vers fin 2017.

Le 20 mars dernier, le ministre Steven Vandeput et des membres de la commission Défense se sont rendus en Jordanie pour visiter la base belgo-néerlandaise qui abrite les F-16 en partance quotidienne pour des missions en Irak et en Syrie. La barre des 7.000 heures de vol des F-16 belges depuis octobre 2014 et le début de l’opération a été franchie ce jour-là . Au cours de l’opération Desert Falcon actuelle, entamée en juillet 2016, les Belges ont effectué 326 missions, soit environ 3 400 heures de vol. Parmi celles-ci, 45% se composait de missions « cinétiques », jargon militaire signifiant que des bombes ont été larguées sur des objectifs. La plupart de ces missions, quelque 80%, ont eu lieu en Irak.

Les F-16 belges vont quitter la Jordanie le 30 juin prochain et ne seront pas remplacés par les Hollandais. Suivant la décision que le gouvernement prendra, ils pourraient faire leur retour en janvier 2018. Un semestre de déploiement de F-16 coûte à la Belgique environ 23 millions d’euros.

L’armée belge n’a pas une bonne communication sur ses opérations à l’étranger selon certains députés socialistes

Selon certains députés socialistes, l’armée belge n’a pas une bonne communication sur ses opérations à l’étranger pour le grand public sur son site internet. Explications.

Dans une proposition de résolution, les députés socialistes Stéphane Crusnière, Sébastien Pirlot, Julie Fernandez Fernandez, Éric Thiébaud et Alain Top demandent au gouvernement fédéral de publier l’ensemble des informations publiques du plan des opérations remises à la Chambre sur le site internet de la Défense avec une actualisation des informations selon l’actualité. Ils estiment que le site internet de la Défense ne donne pas un assez bon aperçu des opérations à l’étranger de l’armée belge pour les citoyens avec une carte statique du monde et peu d’informations qui ne sont pas beaucoup actualisées. Une communication plus efficiente, sans diffuser des données confidentielles et stratégiques, doit permettre à la Défense d’éviter sa réputation de « grande muette » selon ces mêmes députés.

carte des opérations de l’armée belge sur son site officiel

Pour rebondir sur cette proposition des députés socialistes, on peut apporter des précisions à cette critique. Le site internet de la Défense belge a bien un onglet spécifique « opérations et exercices » avec un bandeau déroulant. L’aperçu général consiste en une carte avec des drapeaux fléchés sur les pays où les militaires sont présents mais sans aucune précision ne serait-ce que sur le nombre de soldats impliqués dans l’opération. D’ailleurs la description de la page opérations et entraînements semble ne pas avoir été actualisée en 2016 avec une projection pour 2017. Ainsi on peut lire:« Des militaires belges de l’Eurocorps participeront à l’EUBG pendant le second semestre 2016 ». Actuellement des militaires belges du 12/13ème de Ligne font partie de l’EUBG du premier semestre 2017 sous commandement français mais aucune mention. On sait que l’actualisation des pages dite froides d’un site internet n’est pas toujours le plus simple.

                L’accent est mis sur l’Europe et les pays de l’Est

Dans le bandeau déroulant, certaines opérations de l’armée belge parmi les plus importantes ont un onglet spécifique avec une première place accordée à la Belgique et la fameuse opération Vigilant Guardian (OVG). Il a fallu du temps avant que la Défense belge ne lui donne une place spécifique sur son site, l’onglet ayant fait son apparition courant 2016. L’opération commencée en janvier 2015 se pérennisant pour une durée indéterminée, elle y a été obligée d’autant plus qu’elle s’en sert beaucoup pour entretenir sa bonne image. On peut souligner que toutes les principales opérations de l’armée belge sont plutôt bien expliquées avec une ouverture sur des articles d’actualités. Il suffit simplement de fouiller pour n’importe qui s’y intéresse.  On peut simplement regretter l’absence de la Lituanie alors que 98 militaires belges y sont présents au moins jusqu’à juillet. Sur l’Irak, l’accent est mis exclusivement sur l’opération Desert Falcon tandis que l’opération Valiant Phoenix, consacrée à la formation des militaires irakiens, n’est pas mentionnée spécifiquement ce qui est dommage.

Ces deux dernières années, la Défense belge a fait davantage d’efforts dans sa communication numérique mais cela ne reste pas une de ses priorités. Elle manque de professionnels dans ce domaine et cela se sent dans la gestion des différents canaux numériques: réseaux sociaux et site internet. Un petit coup de modernité ne ferait pas de mal pour son image auprès du grand public et des jeunes !

Opération Desert Falcon: Le manque de transparence nuit à la crédibilité de la Belgique dans sa lutte contre l’EI

photo Défense belge
photo Défense belge

Dans une interview à des journalistes belges en début de semaine, le président syrien Assad a été très critique notamment sur l’action des F-16 belges en Syrie, déclarant que la mission de la coalition internationale était illégale: »Elle a été décidée sans nous consulter, sans demander la moindre permission au gouvernement syrien, qui est pourtant légitime. C’est une violation de notre souveraineté. » Après les graves accusations de la Russie au mois d’octobre 2016, la Belgique se trouve de nouveau mis en porte-à-faux et paye son manque de transparence dans son action militaire contre l’EI.

Un cadre légal faible en Syrie

Dans une note publiée sur l’Institut royal supérieur de défense (IRSD) en septembre 2016, Catherine Rémy, Directrice-adjointe du Centre d’études de sécurité et défense de l’Institut, analysait le cadre légal de la lutte armée de la Belgique contre l’EI. Elle soulignait les faiblesses juridiques du cadre légal de l’action belge notamment sur son intervention en Syrie:« Si le cadre légal est suffisamment justifié pour ce qui concerne l’intervention en Irak, il demeure assez faible pour ce qui concerne l’intervention en Syrie. » Elle insistait notamment sur la nécessité de renforcer le cadre légal de la mission, notamment par le consentement des autorités syriennes. En réponse aux accusations du président syrien, le ministre des Affaires Étrangères Didier Reynders a publié un communiqué déclarant que le cadre juridique de l’opération belge était partagé par tous les membres de la coalition internationale. De son côté, le Premier ministre Charles Michel s’est contenté d’une simple déclaration:« Nous ne recevrons aucune leçon de droits de l’homme de la part de M. Assad. »Il n’en reste pas moins que la Belgique reste l’un des pays de la coalition les moins transparents sur son action militaire en Irak et en Syrie, une constatation partagée même dans certains médias occidentaux  comme le journal français Le Monde.

 

capture d'écran RTBF
Interview du président syrien Assad à la chaîne VRT (capture d’écran RTBF)

Le grand inconnu des frappes militaires 

Aucun chiffre exact des frappes des F-16 belges n’a jamais été donné par le ministère et ce déjà dans une certaine mesure en 2015. On se contente de parler en pourcentage ou en termes relativement flous. « Durant les 9 mois de l’opération Desert Falcon, les six F-16 belges ont effectué 163 attaques lors des 796 vols au-dessus de l’Irak. La contribution belge s’élevait à 5,5% de la coalition internationale contre Daesh », pouvait-on lire sur le site de la Défense au mois de juillet 2015. Les six F-16 sont de nouveau en Jordanie depuis juillet 2016 et les chiffres de frappe ne sont toujours pas là. Au mois d’octobre, La Libre Belgique indiquait que seulement 5% des frappes belges avaient lieu en Syrie dont une frappe  pendant l’été. On parle de sorties, d’attaques, de soutien aérien mais le mot frappes n’est jamais prononcé. On invoque des raisons de sécurité. La Défense belge précise simplement que chaque sortie aérienne est fortement encadrée pour éviter les dommages collatéraux et vérifier le cadre légal. Depuis un certain temps, la Défense française a pris l’habitude de faire un point hebdomadaire précis sur ses opérations sans que cela ne nuise aux opérations. Communiquer un petit plus, ne ferait sans doute pas de mal même à destination des citoyens belges.

Clarifier l’efficacité militaire des opérations des F-16

Effectivement pour les citoyens belges eux-mêmes, il est difficile de se donner une idée exacte de l’efficacité militaire belge en Irak et en Syrie au milieu de ces termes et pourcentage. En 2015, les F-16 belges avaient détruit  au moins 107 cibles terrestres, un chiffre déjà beaucoup plus parlant en date d’avril 2015. En 2016,  ce n’est plus le cas. Au début de l’année, l’agence Belga s’est contenté d’indiquer que les F-16 belges avaient franchi le cap des 6000 heures de vol au dessus de l’Irak et de la Syrie, ajoutant que la source militaire n’avait pas précisé le nombre de missions effectuées ni le nombre d’engagements contre des objectifs de l’EI. On pourrait croire que les F-16 belges se contentent de voler sans plus. Bien sûr tout le monde sait que ce n’est pas le cas mais un chiffre clair et précis est certainement beaucoup plus parlant que d’afficher des heures de vol, qui ne veulent pas dire grand chose. L’opposition, comme le parti socialiste, s’était déjà plainte de ce manque de transparence au mois d’octobre 2016. Le gouvernement avait rétorqué qu’il y avait une commission parlementaire dédiée aux opérations militaires et que le contrôle démocratique était donc assuré. Sauf que cette commission se réunit toujours à huis-clos et que jamais rien n’en sort.

Des F-16 belges en Jordanie (photo Défense belge)
Des F-16 belges en Jordanie (photo Défense belge)

Vers la fin temporaire de l’opération Desert Falcon ?

Au-delà de ce manque de transparence, la crédibilité de la Belgique pourrait être entachée par l’arrêt de la mission des F-16 au mois de juillet prochain alors qu’elle avait fait son entrée en octobre 2016 dans le noyau dur des pays les plus impliqués dans la lutte contre l’EI, ce dont s’était félicité Steven Vandeput . La mission « flip-flop » avec les Pays-Bas est en train de tourner au flop, on peut le dire. Il apparaît désormais clairement après des premières rumeurs au mois de septembre 2016 que les F-16 hollandais ne pourront pas prendre la suite au mois de juillet prochain et qu’il faudra attendre au moins début janvier 2018 pour que leur retour soit possible. De son côté, la Belgique ne peut pas continuer alors que les opérations 2017 ont déjà été budgétées. Alors certes la Belgique n’y est pour rien, elle qui a tenu ses engagements, mais malheureusement c’est le résultat d’une coopération obligée, faute d’autonomie stratégique. Et le gouvernement belge n’accablera pas son homologue néerlandais alors que de nombreux projets de coopération militaire sont en cours. Le ministre de la Défense Steven Vandeput a laissé entendre que l’opération Desert Falcon prendrait temporairement fin. La contribution militaire belge dans la lutte contre l’EI serait alors cantonnée aux 30 instructeurs belges. Mais quid du détachement  de militaires qui était prévu pour protéger les F-16 hollandais ?

Entre 2016 et 2017, la Belgique aura été fortement attaquée sur son action militaire en Syrie et en Irak par la Russie et la Syrie. Fortement visée, elle devrait sans doute réfléchir à mieux communiquer sur ses opérations militaires pour gagner en crédibilité envers les autres alliés occidentaux mais aussi ses propres citoyens et éviter de devenir une cible privilégiée de pays adverses.

La Défense met ses opérations en valeur dans une vidéo

En cette fin d’année 2016, le service de communication de la Défense a tenu à mettre en valeur les différentes opérations de l’armée belge au cours de l’année écoulée dans une courte vidéo de 2’26. Le message:« notre engagement se poursuit ». Si l’accent est mis sur les opérations à l’étranger, une place est accordée à Vigilant Guardian, première opération citée avec des images des attentats du 22 mars. « La présence de la Défense à l’étranger garantit indirectement la sécurité de notre pays. Depuis que cette sécurité nationale est menacée, nos troupes sont également prêtes à défendre notre territoire », peut-on lire sur le site de la Défense.

[PERSPECTIVE] Quel visage pour l’armée belge en 2017 ?

photo Défense belge
photo Défense belge

En 2017, de nouveaux défis vont se présenter pour l’armée belge avec la mise en place progressive de la vision stratégique pour 2030. L’armée belge commence sa mutation. Tour d’horizon sur les principaux enjeux.

Un effectif en légère baisse

Comme le veut la Constitution, le gouvernement a fixé le nombre du contingent pour 2017. Le nombre maximum de militaires mobilisables a été fixé à 30.130 et devra être atteint au mois de mars. Dans les faits, l’armée belge va descendre en-dessous des 30.000 avec 29.980 militaires du cadre actif et élèves. Elle va recruter 1.160 militaires en 2017 avec une augmentation prévue les deux années suivantes (1.285 en 2018 et 1.410 en 2019) pour compenser les départs à la pension prévus au nombre de 1.709. Le but est d’atteindre progressivement 25.000 ETP dont 1.000 civils. La création du nouveau corps de sécurité entretient également le flou. 150 militaires pourraient partir pour l’intégrer. L’armée aurait alors la possibilité d’engager 285 militaires. Il en est de même pour l’élargissement des missions des sociétés de sécurité et la fin de la période d’attente de 3 ans pour les militaires voulant les intégrer. Des militaires pourraient se tourner vers le privé. D’autre part, la Défense va lancer plusieurs projets pilotes de privatisation en 2017.Cette expérimentation menacerait quelque 5 000 équivalents temps plein selon les syndicats.

photo Belga
photo Belga

Pas de grand bouleversement budgétaire

L’impact de la vision stratégique sera encore réduit pour 2017. Le gouvernement ne prévoit pas d’augmentation du budget de la Défense avant 2018/19. Le budget ne devrait donc pas trop bouger mais il va falloir tenir compte de la réforme du régime de la pension. Dans les documents officiels sur la vision stratégique, le budget des pensions est stable jusqu’en 2030 avec une très légère augmentation. La réforme devrait bouleverser ses chiffres. Il est également prévu la livraison de matériel militaire à hauteur de 5 millions d’euros. Pour respecter la trajectoire budgétaire 2017-2019, la Défense a budgétisé 400.000 jours d’entraînement intensif pour l’ensemble des activités d’entraînement. Par ailleurs, le gouvernement a décidé d’augmenter  légèrement le budget des opérations de 69 à 73 millions d’euros.

photo Fraternelle des Chasseurs Ardennais
photo Fraternelle des Chasseurs Ardennais

Une présence sur tous les théâtres d’opération

Pour 2017, les deux grosses opérations de l’armée belge resteront l’Irak et le Mali. Les F-16 belges achèveront leur mission en Jordanie au mois de juillet 2017. La Belgique fournira ensuite un détachement de 30 militaires pour la protection des avions de chasse néerlandais. En plus des 13 instructeurs déjà présents en Irak, l’armée belge va envoyer 30 militaires pour former les équipes A&A (Advice and assist) en collaboration avec les Pays-Bas.  Le gouvernement a également décidé de maintenir les 175 militaires belges au Mali jusqu’à mi-2018. L’Afghanistan n’est pas non plus à négliger puisque 75 militaires seront toujours présents dans le cadre de la mission Resolute Report de l’OTAN.  L’Europe de l’Est fera aussi partie des opérations internationales. La Belgique fournira une compagnie de transport d’environ 90 militaires entre février et fin 2017 au sein du Battle Group allemand déployé en Lituanie. La Composante Marine sera mise en contribution dans la mer Baltique dans des missions de déminage et dans la mer Méditerranée avec l’opération EUNAVFOR Med.

photo Défense belge
photo Défense belge

Quid de Vigilant Guardian ?

C’est l’inconnu. Au mois de novembre, le gouvernement a décidé de baisser progressivement le nombre des militaires dans la rue. Ils sont passés de 1.828 à 1.250. Il était même prévu que le nombre passe à 1.089 militaires lors d’une phase ultérieure mais pour l’instant ce n’est toujours pas le cas. Il faudra attendre fin décembre pour savoir combien de militaires seront déployés au mois de janvier. La création d’un nouveau corps de sécurité (genre de garde nationale) est dans les papiers du gouvernement et devrait être mis en place en 2017. Mais pour l’instant, rien ne dit qu’il sera opérationnel avant 2018. La mission des militaires dans la rue durera sans doute encore un an. L’opération Vigilant Guardian va continuer de peser sur la Composante Terre.

Les défis restent nombreux pour une armée belge en mutation mais qui restera présente sur les différents théâtres d’opération. 2017 sera une année de transition en attendant la réelle mise en place de la vision stratégique. Il faudra également suivre le dossier de la réforme des pensions et l’avancée de la première loi de programmation militaire à la Chambre bloquée pour l’instant par l’opposition.

La coopération belgo-néerlandaise dans la lutte contre l’EI va s’intensifier en Irak

photo Défense belge
photo Défense belge

Le ministère de la Défense néerlandais a annoncé jeudi que des équipes de forces spéciales néerlandaises, accompagnées de militaires belges, vont soutenir les troupes irakiennes dans leur lutte contre l’EI.

Ils formeront ensemble des équipes A&A (pour « Advise and Assist« , conseil et assistance), élargissant le mandat jusqu’ici limité à l’instruction des forces spéciales irakiennes dans un secteur hautement sécurisé de l’aéroport international de Bagdad. Ces instructeurs doivent aider les troupes irakiennes en matière de planification opérationnelle, de coordination des tirs et dans l’analyse et le traitement des expériences tirées des opérations. Les deux pays vont mettre en place une équipe de planification et de liaison mixte. Les Pays-Bas déploieront également deux drônes de surveillance Raven-UAV. Le coût supplémentaire de la mise en place des équipes A&A est estimé à 5 millions d’euros et sera partagé avec la Belgique.

Depuis mars 2015, la Belgique a un détachement d’instructeurs, composé de différents éléments de la Composante Terre, en Irak dans le cadre de l’opération Valiant Phoenix. Au départ, il comprenait une trentaine de militaires mais depuis leur nombre a été réduit à treize. Début novembre, la Défense belge avait annoncé que la mission des instructeurs prendrait un autre tournant en 2017 et qu’on s’orienterait vers un rôle de conseillers et d’appui derrière la ligne de front. Des discussions avec les Pays-Bas étaient en cours. De plus, le détachement devait quitter Bagdad pour se déplacer vers le nord de l’Irak. Au mois d’octobre, La Libre Belgique,elle, indiquait que quatre membres des forces spéciales avaient été déployés dans une base située près d’Erbil pour préparer le terrain. Ce détachement d’instructeurs sera dans un lieu sécurisé et n’ira pas au front.

capture d'écran vidéo Défense des Pays-Bas
capture d’écran vidéo Défense des Pays-Bas

De leur côté, les instructeurs néerlandais sont au nombre de 150. Contrairement à la Belgique, ils forment également des combattants peshmergas kurdes dans le nord de l’Irak. Mardi, la Défense hollandaise a publié sur son site une vidéo de 3mn où on voit la mission de ses instructeurs avec les combattants kurdes.

Cette collaboration belgo-néerlandaise, plus poussée en Irak, devrait se préciser dans les prochains jours, notamment quant à sa mise en place et son fonctionnement. Les deux pays collaborent déjà pour les frappes aériennes dans le cadre de l’opération Desert Falcon. Les F-16 belges, basés en Jordanie, sont protégés par un détachement hollandais. Le relais doit se faire le 1er juillet 2017. 

 

Visite très symbolique du Roi Philippe aux pilotes belges en Jordanie

crédit: Photo News
crédit: Photo News

Le Roi Philippe a rendu visite ce 15 novembre aux pilotes belges de l’opération Desert Falcon dont le détachement aérien est basé en Jordanie dans le cadre de la lutte contre Daech. Les F-16 belges ont pris le relais de leurs homologues hollandais au mois de juillet dernier. La visite avait été tenue très secrète pour des raisons de sécurité évidentes et n’a été rendu publique qu’une fois le Roi revenu en Belgique.

À l’étranger le jour de la Fête du Roi

Le jour choisi était très symbolique puisque c’était celle de la Fête du Roi, une fête qui est également l’occasion pour l’armée de montrer sa loyauté envers le souverain. Dans toutes les unités, un toast est porté en son honneur ce jour-là. Si un Te Deum est chanté en son honneur ce jour-là à la cathédrale de Bruxelles, il n’y est pas présent contrairement aux autres membres de la famille royale. Son absence ne pouvait donc pas être remarquée. C’était la première fois qu’un souverain belge sortait du pays le jour de la Fête du Roi, preuve de l’importance et de la portée que le Roi Philippe voulait donner à cette visite. Ayant fait une brillante carrière militaire alors qu’il n’était que prince, le Roi Philippe a été pilote de F-16 et ses ailes de pilote sont toujours présentes quand il est en uniforme quel qu’il soit.

Visite d’un militaire aux militaires 

Beaucoup de médias belges y ont vu un signe de soutien aux pilotes belges face aux accusations russes de bombardements belges sur Alep causant des pertes civiles. Ces allégations russes avaient été fermement démenties par le ministre des Affaires Étrangères et le ministre de la Défense. Mais cette visite était bien plus que ça et d’ailleurs l’entourage royal a indiqué à un média flamand que ce n’était pas du tout le but. Bertrand Henne, journaliste à la RTBF,  ne s’y est pas trompé dans sa chronique du jour: « Cette visite royale aux soldats en mission résonne du coup comme un soutien implicite à l’armée, à son utilité. En ce sens, le symbole était aussi un peu politique. » Preuve supplémentaire, le Roi était habillé en tenue de pilote de chasse de combat comme pour montrer qu’il venait en militaire en tant que commandant en chef des Forces armées et non pas en tant que chef d’État.

Le Roi Philippe et le Roi Abdullah II, tous deux anciens pilotes de F-16

Le Roi Philippe a été reçu en Jordanie par le roi Abdullah II. Les deux familles royales sont très liées. Au mois de mai de cette année, le souverain jordanien avec sa femme Rania avait effectué une visite d’État en Belgique. À cette occasion, il s’était rendu avec le Roi Philippe sur la base aérienne de Florennes d’où devaient partir les F-16 belges pour la Jordanie au mois de juillet. Les deux souverains étaient restés sur la base pendant une heure et demie et avaient assisté à une démonstration d’acrobaties aériennes de F-16.  Le roi Abdullah II est également ancien pilote de F-16. De son côté, la reine Mathilde avait elle-même fait un déplacement en Jordanie au début du mois de novembre pour visiter un camp de réfugiés.

Pour cette visite, le Roi Philippe était accompagné du général Marc Compernol, patron de la Défense, du général Frederik Vansinna, chef de la Composante Air, ainsi que du secrétaire d’État Pieter de Crem, ancien ministre de la Défense. Le ministre de la Défense Steven Vandeput était retenu à Bruxelles pour les raisons que l’on sait. De leur côté, les pilotes belges ont apprécié cette visite et ont pu porter leur toast au Roi Philippe en présence de ce dernier. Le souverain a envoyé un signal fort à la communauté militaire, dont il reste proche, le jour-même où des milliers de militaires inquiets descendaient dans la rue pour manifester. Le Roi ne pouvant pas prendre publiquement la parole pour s’exprimer et donner son opinion, cette visite est également un signal envoyé au monde politique.