Opération Desert Falcon : Le rôle central du Red Card Holder basé au Qatar avant chaque frappe de F-16 belge

L’équipe du Red Card Holder belge avec le chef de la Défense le général Marc Compernol lors de sa tournée des troupes belges à l’étranger en décembre 2016 (photo BE Defense)

Depuis octobre 2014, la Belgique est engagée dans la coalition internationale qui lutte contre Daesh à travers notamment les frappes des F-16 de la Composante Air. Alors que la Belgique est régulièrement accusée de manque de transparence sur ces frappes, une audition de la commission de la Défense nationale sur la transparence lors des missions militaires belges à l’étranger s’est tenue. Suite à cette audition, un rapport parlementaire a été publié en juillet et mis en ligne en septembre. Il permet d’apporter un éclairage sur le processus  décisionnel d’une frappe belge.

Le principe de « zéro » victime

C’est le lieutenant-colonel Christian De Cock, juriste militaire, qui a exposé le cadre juridique de l’opération Desert Falcon et son exécution en pratique. Trois principes régissent chaque opération militaire belge en général: le principe de distinction entre objectifs militaires et civils, le principe de précaution en cas de frappe et le principe de proportionnalité par rapport aux dommages collatéraux. Sur la base de ces principes, la Défense estime si la cible militaire est légitime. En cas du moindre doute, la frappe est annulée. La Belgique applique une zero civilian casuality expectancy rule pour toutes ces frappes et donc le principe de « zéro » victime. La distance entre le bien civil et l’objectif militaire déterminera également le choix de l’arme à utiliser.

Le rôle du red card holder

Le Combined Air Operations Center (CAOC) situé au Qatar d’où opère le Red Card Holder belge

Le premier point décisionnel se situe au Qatar au centre des opérations de la coalition (CAOC). La Belgique y a une petite équipe de quatre hommes qui fait le lien avec le détachement de F-16 basés en Jordanie: le red car holder, qui représente le chef de la Défense, prend la décision et suit tout le processus de la frappe. Son fonctionnement se base sur celui d’une mission classique de l’OTAN au sein d’une coalition où chaque pays est souverain. L’officier belge a le pouvoir d’opposer son veto à une mission décidée par la coalition internationale au nom de son pays. Pour prendre cette décision, il se base sur des directives nationales données notamment par le chef de la Défense, des cibles définies préalablement, des règles d’engagement, de la possibilité de dommages collatéraux excessifs et de la zero civilian casuality expectancy rule. Pour ce faire, il est assisté en permanence d’un juriste militaire spécialisé dans le droit humanitaire international. Le pilote dans son cockpit peut également décider d’annuler une frappe en dernière instance si la situation sur le terrain évolue en coordination avec le red card holder. Le red card holder joue donc un rôle central et extrêmement important dans le processus décisionnel d’une frappe. Toutefois le lieutenant-colonel De Cock a souligné que la principale difficulté de la décision venait du fait que les combattants de Daesh n’avaient pas d’uniforme distinctif et se fondaient dans la population civile. Ces éléments sont pris en compte à chaque mission par le red card holder et le pilote lui-même.

photo BE Defense

Ces règles très strictes font dire à la Défense belge qu’il y ait très peu de risques que les frappes de ses F-16 occasionnent des victimes civils même si elle reconnait que le risque zéro n’existe pas. Chaque mission fait l’objet d’un rapport interne établi par l’unité, le centre d’opérations et le red car holder à partir des images aériennes des pilotes et complété à l’aide d’autres données récoltées au sol (troupes, autorités locales, réseaux sociaux). Ce rapport est transmis à l’état-major de la Défense et au chef de la Défense. Le colonel Pierre Gerard, directeur Opérations Militaires auprès du cabinet du ministre Steven Vandeput, a précisé que depuis les accusations russes en octobre 2016 des cartes géographiques sont systématiquement montrées aux membres de la commission chargée du suivi des missions à l’étranger.

En revanche lors de cette audition, la Défense a répété plusieurs fois qu’elle ne communiquerait pas plus sur ces frappes, estimant que la transparence était garantie par la compétence d’enquête du procureur fédéral ainsi que par le contrôle parlementaire. La Défense privilégie la sécurité physique et judiciaire (risques de constitutions de partie civile) de ses pilotes.

Rapport de la commission de la Défense Nationale sur l’audition en rapport avec la transparence lors des missions militaires belges à l’étranger

 

Publicités

Opération Desert Falcon : Quatre F-16 belges en Irak jusqu’en décembre 2017

photo Défense belge

Le gouvernement Charles Michel a annoncé jeudi soir la prolongation de la mission de quatre F-16 belges en Irak, qui doit être officialisée lors du prochain conseil des ministres.

Depuis la fin de l’année 2016, les Pays-Bas avaient annoncé qu’ils ne pourraient pas prendre la succession de la Belgique avant janvier 2018. Depuis la Belgique étudiait à donner une nouvelle forme à l’opération Desert Falcon, la prolongation de la mission n’étant pas budgétée, ou bien à la prolonger purement et simplement. En commission de la Défense ce mercredi, le ministre Steven Vandeput avait laissé entendre que la mission des F-16 belges serait prolongée alors qu’ils devaient rentrer normalement en Belgique fin juin.

Le premier ministre Charles Michel a indiqué jeudi soir à l’agence Belga que le gouvernement avait trouvé un accord pour prolonger la mission de quatre F-16 belges en Irak jusqu’à la fin de l’année. Les deux autres F-16 devraient donc rentrer au pays. Selon le ministre Steven Vandeput, le prolongement de la mission devrait coûter environ 23 millions d’euros brut à la Belgique. En contrepartie, les Pays-Bas vont continuer à fournir le détachement de protection du contingent belge en Jordanie et assurer la protection de l’espace aérien du Benelux jusqu’à la fin de l’année sans discontinuité. D’autres contreparties sont à l’étude mais elles ne seront pas d’ordre financière.

 

Irak : Steven Vandeput veut augmenter la présence militaire belge en 2018

photo DGCom/BE Defense

Le ministre de la Défense Steven Vandeput compte accroître la présence militaire belge en 2018 en Irak dans le cadre de la lutte contre l’État Islamique.

Un conseil des ministres extraordinaire sur les thématiques « sécurité-justice-défense » s’est réuni ce dimanche à Val Duchesse. Si la Défense n’a pas été le thème central, on peut toutefois en tirer quelques indications notamment sur l’engagement militaire belge en Irak. À court terme, le ministre Steven Vandeput veut le déploiement d’ici cet été de 14 militaires équipés de véhicules militaires de type Dingo pour renforcer la protection du détachement présent dans le nord de l’Irak. Début 2018, le contingent belge devrait atteindre une centaine d’hommes car le ministre souhaite l’envoi d’une cinquantaine hommes supplémentaires afin d’apporter un soutien maximum à la situation sécuritaire et à la stabilité en Irak.

Actuellement, l’opération Valiant Phoenix compte quarante militaires belges. Une trentaine de militaires sont déployés depuis le début de l’année au Kurdistan alors qu’une dizaine d’autres sont toujours présents près de Bagdad où ils forment les militaires irakiens.

Fin avril, le ministre Steven Vandeput s’était rendu sur le front irakien en compagnie du ministre de l’Intérieur, Jan Jambon, et du secrétaire d’État à l’Asile et à la Migration, Theo Francken. À son retour, il avait évoqué une extension de la mission de conseil et d’assistance afin que les militaires belges puissent fournir plus concrètement une contribution dirigée tactiquement.

Victimes civiles à Mossoul : L’ancien chef de la Composante Air défend les pilotes belges accusés et demande des excuses

photo Défense belge

Le lieutenant général aviateur en retraite Guido Van Hecke, ancien chef de la Composante Air entre 1991 et 2000 et président de la Belgian Air Force Association, a réagi à la polémique impliquant les pilotes belges dans le raid aérien de la coalition internationale qui avait fait une centaine de morts civils à Mossoul au mois de mars dernier dans une lettre ouverte au député socialiste flamand Van der Maelen.

« Comme président de cette association, je considère qu’il est nécessaire de vous faire part des considérations suivantes suite à la campagne anti force aérienne que vous avez menée récemment », écrit le lieutenant général aviateur. « Vous savez naturellement que depuis 1999 notre force aérienne est continuellement engagée pour défendre les valeurs de la démocratie, là où nos politiciens élus démocratiquement le trouvent nécessaire. Des jeunes hommes et femmes de vingt, vingt-cinq ans effectuent des tâches éminemment dangereuses avec une maturité admirable, de la discipline et du respect pour les populations civiles et ce, loin de chez eux et loin de leur famille », poursuit-il. Le lieutenant général aviateur en retraite Guido Van Hecke accuse le député Van der Maelen de ne pas avoir attendu avant d’en savoir plus et de s’être précipité dans la polémique à des fins politiciennes:« Vous avez immédiatement pointé un doigt accusateur vers nos gens. Ils étaient quelque part dans la zone, donc coupable (…) Était-ce par souci d’équité ou était-ce une façon de récolter des votes à bon compte aux dépens de l’honneur de la profession de ces jeunes gens qui servent leur pays en mettant leur vie en danger ? »

Le lieutenant général aviateur Guido Van Hecke lors d’une cérémonie de commémoration aux morts de la Composante Air en 2016 (photo Composante Air)

En conclusion de sa lettre ouverte, le lieutenant général aviateur en retraite Guido Van Hecke demande des excuses publiques au député: « Je pense donc aussi monsieur Van der Maelen, qu’il serait équitable et approprié  que vous présentiez vos excuses publiques à toutes ces personnes que vous avez accusées à tort. Vous avez porté préjudice à leur travail et leur dévouement de manière extrêmement injuste. »

Selon des informations parues cette semaine dans la VRT, les F-16 belges n’ont pas participé au raid aérien de la coalition internationale à Mossoul du 17 mars dernier. De son côté, le ministère de la Défense a jugé que cette information était prématurée et qu’il attendait toujours le rapport d’enquête de la coalition internationale.

Jusqu’ici, les associations de Défense étaient restées silencieuses face aux accusations qui avaient suscité une polémique politique sur les frappes des F-16 belges en Irak et en Syrie. Certains médias avaient même parlé de « bavure ».

Qu’en est-il de l’opération Desert Falcon et des frappes des F-16 belges en Syrie et en Irak ?

photo Défense belge

Le Soir parle de cacophonie et c’est bien le flou qui entoure la situation des F-16 belges basés en Jordanie et qui frappent en Syrie et en Irak depuis juillet 2016. Deux raisons sont à l’origine du flou: l’incident à Mossoul du 17 mars et le raid aérien américain sur une base syrienne dans la nuit du 6 avril. Si on ajoute une communication pas toujours très claire de la part du gouvernement et des différents ministères, il est difficile de s’y retrouver. 

Le déclencheur est bien le récent raid aérien américain sur une base syrienne. Dans un temps, l’agence Belga a annoncé que la Belgique avait suspendu officiellement ses vols au-dessus de la Syrie tandis qu’une autre source au sein de la Défense a précisé que la situation n’avait rien d’anormal puisque les F-16 belges ne se trouvaient pas tous les jours dans l’espace aérien syrien. Selon les dires de Steven Vandeput, il y a eu suspension de vols sans en avoir eu. Effectivement la Syrie ne concerne qu’environ 20% des missions des F-16 belges. Il n’est toutefois pas illogique de penser que la Belgique n’ait pas voulu prendre de risque pour ses pilotes si Russes et Américains ne s’entendaient plus et que l’espace aérien syrien n’était plus sûre. D’ailleurs les politiques belges se sont montrés réservés dans leurs réactions sur l’initiative américaine faite sans l’accord de l’ONU et qu’ils sont loin de franchement approuver. Cela ne signifiait pas de toute façon que la Belgique avait suspendu les missions de ses F-16 au-dessus de  l’Irak.

Des F-16 belges en Jordanie (photo Défense belge)

D’un autre côté, le récent incident du raid de la coalition à Mossoul du 17 mars joue également un rôle qu’on ne peut écarter. L’incident, qui a donné lieu à une polémique belgo-belge, doit pousser le gouvernement belge à la retenue pour ne pas avoir à gérer une autre polémique. La Défense est toujours dans l’attente des résultats de l’enquête de la coalition internationale et le parquet fédéral n’a pas lancé de procédure pour l’instant. Ce matin dans une interview sur Bel RTL, le ministre des Affaires Étrangères Didier Reynders a précisé que la Belgique avait modifié ses règles d’intervention notamment sur Mossoul, des règles d’intervention qui on le rappelle sont déjà très strictes aucune frappe n’étant effectuée avant une vérification poussée. Il semble que le jour de l’incident du 17 mars, les F-16 belges aient répondu à une demande urgente de leurs alliés irakiens et que le temps était couvert. En revanche, Didier Reynders a nié toute suspension de raids aériens belges. On l’a compris, la prudence est le maître-mot: sécurité des pilotes et sécurité des populations civiles.

Une chose est sûre, la mission des pilotes des F-16 belges déjà compliquée est loin d’être sereine au vu de la situation actuelle et de la position des politiques belges. Elle doit s’arrêter en juillet prochain et personne ne sait quand elle reprendra, les Pays-Bas n’assurant pas l’intérim. Pas sûr que la Belgique soit vraiment chaude pour retenter l’expérience dans un an surtout si la mort de civils venait à se confirmer. Une décision d’arrêter définitivement tout bombardement comme le Danemark ne serait pas surprenante d’autant plus qu’en 2019 de nouvelles élections vont avoir lieu avec la mise en place d’un nouveau gouvernement de coalition !

Opération Desert Falcon : Les F-16 belges ont utilisé des bombes de l’armée américaine en Irak

crédit-photo BE Defence/Malek Azoug

Dans un rapport parlementaire publié au mois de mars sur l’audition du commandant de la Défense le général Marc Compernol en commission de la Défense le 23 novembre dernier, on apprend que les F-16 belges de l’opération Desert Falcon ont utilisé des bombes de l’armée américaine en Irak et en Syrie.

En réponse aux questions des députés sur l’action des F-16 belges dans la coalition internationale contre l’EI, le général Marc Compernol a indiqué que la livraison des bombes pour les F-16 belges basés en Jordanie méritait une attention particulière. Les stocks ne sont plus gérés par la Défense belge tout comme pour les Pays-Bas et le Danemark (pays qui a mis fin à l’engagement de ses F-16 au sein de la coalition internationale en décembre dernier) par exemple, des pays qui ne peuvent plus continuer à le faire à leur niveau. En raison de la longueur des délais de livraison, l’armée belge a dû utiliser des bombes de l’armée américaine.

En mars 2016, le gouvernement belge a approuvé l’achat de bombes GBU-39 A/B «Small Diameter Bomb» (SDB) de 250 livres (environ 125 kg), un achat direct aux États-Unis. Ces bombes, dotées d’une charge deux ou quatre fois moindres que les actuelles bombes en service – de 1.000 ou de 250 kg, doivent réduire les risques de dommages collatéraux. En raison des délais de livraison, la Défense belge ne pourra en disposer que vers fin 2017.

Le 20 mars dernier, le ministre Steven Vandeput et des membres de la commission Défense se sont rendus en Jordanie pour visiter la base belgo-néerlandaise qui abrite les F-16 en partance quotidienne pour des missions en Irak et en Syrie. La barre des 7.000 heures de vol des F-16 belges depuis octobre 2014 et le début de l’opération a été franchie ce jour-là . Au cours de l’opération Desert Falcon actuelle, entamée en juillet 2016, les Belges ont effectué 326 missions, soit environ 3 400 heures de vol. Parmi celles-ci, 45% se composait de missions « cinétiques », jargon militaire signifiant que des bombes ont été larguées sur des objectifs. La plupart de ces missions, quelque 80%, ont eu lieu en Irak.

Les F-16 belges vont quitter la Jordanie le 30 juin prochain et ne seront pas remplacés par les Hollandais. Suivant la décision que le gouvernement prendra, ils pourraient faire leur retour en janvier 2018. Un semestre de déploiement de F-16 coûte à la Belgique environ 23 millions d’euros.

L’armée belge n’a pas une bonne communication sur ses opérations à l’étranger selon certains députés socialistes

Selon certains députés socialistes, l’armée belge n’a pas une bonne communication sur ses opérations à l’étranger pour le grand public sur son site internet. Explications.

Dans une proposition de résolution, les députés socialistes Stéphane Crusnière, Sébastien Pirlot, Julie Fernandez Fernandez, Éric Thiébaud et Alain Top demandent au gouvernement fédéral de publier l’ensemble des informations publiques du plan des opérations remises à la Chambre sur le site internet de la Défense avec une actualisation des informations selon l’actualité. Ils estiment que le site internet de la Défense ne donne pas un assez bon aperçu des opérations à l’étranger de l’armée belge pour les citoyens avec une carte statique du monde et peu d’informations qui ne sont pas beaucoup actualisées. Une communication plus efficiente, sans diffuser des données confidentielles et stratégiques, doit permettre à la Défense d’éviter sa réputation de « grande muette » selon ces mêmes députés.

carte des opérations de l’armée belge sur son site officiel

Pour rebondir sur cette proposition des députés socialistes, on peut apporter des précisions à cette critique. Le site internet de la Défense belge a bien un onglet spécifique « opérations et exercices » avec un bandeau déroulant. L’aperçu général consiste en une carte avec des drapeaux fléchés sur les pays où les militaires sont présents mais sans aucune précision ne serait-ce que sur le nombre de soldats impliqués dans l’opération. D’ailleurs la description de la page opérations et entraînements semble ne pas avoir été actualisée en 2016 avec une projection pour 2017. Ainsi on peut lire:« Des militaires belges de l’Eurocorps participeront à l’EUBG pendant le second semestre 2016 ». Actuellement des militaires belges du 12/13ème de Ligne font partie de l’EUBG du premier semestre 2017 sous commandement français mais aucune mention. On sait que l’actualisation des pages dite froides d’un site internet n’est pas toujours le plus simple.

                L’accent est mis sur l’Europe et les pays de l’Est

Dans le bandeau déroulant, certaines opérations de l’armée belge parmi les plus importantes ont un onglet spécifique avec une première place accordée à la Belgique et la fameuse opération Vigilant Guardian (OVG). Il a fallu du temps avant que la Défense belge ne lui donne une place spécifique sur son site, l’onglet ayant fait son apparition courant 2016. L’opération commencée en janvier 2015 se pérennisant pour une durée indéterminée, elle y a été obligée d’autant plus qu’elle s’en sert beaucoup pour entretenir sa bonne image. On peut souligner que toutes les principales opérations de l’armée belge sont plutôt bien expliquées avec une ouverture sur des articles d’actualités. Il suffit simplement de fouiller pour n’importe qui s’y intéresse.  On peut simplement regretter l’absence de la Lituanie alors que 98 militaires belges y sont présents au moins jusqu’à juillet. Sur l’Irak, l’accent est mis exclusivement sur l’opération Desert Falcon tandis que l’opération Valiant Phoenix, consacrée à la formation des militaires irakiens, n’est pas mentionnée spécifiquement ce qui est dommage.

Ces deux dernières années, la Défense belge a fait davantage d’efforts dans sa communication numérique mais cela ne reste pas une de ses priorités. Elle manque de professionnels dans ce domaine et cela se sent dans la gestion des différents canaux numériques: réseaux sociaux et site internet. Un petit coup de modernité ne ferait pas de mal pour son image auprès du grand public et des jeunes !

La Belgique et les Pays-Bas ont collaboré à la construction d’une nouvelle piste d’obstacles pour les troupes irakiennes

Un militaire belge en Irak (photo d'illustration)
Un militaire belge en Irak (photo d’illustration)

L’info était passée inaperçue mais la Belgique et les Pays-Bas ont collaboré à la construction d’une nouvelle piste d’obstacles pour les troupes irakiennes fin 2016. C’est ce que nous apprend le magazine de la Défense D-Briefing tout nouvellement numérisé et consacré à l’opération Valiant Phoenix, l’autre opération militaire belge en Irak consacré à la formation des troupes irakiennes depuis 2015. 

Le 1er novembre 2016, le général-major irakien Falah Hassan, commandant de la Counter Terrorism Service Academy à Bagdad, a signé avec les représentants néerlandais et belges un accord pour l’aménagement d’une nouvelle piste d’obstacles. Si les Néerlandais ont apporté leur appui financier, la Belgique est intervenu à deux niveaux dans ce projet : un officier de réserve a dessiné les plans de la piste et un « géniaque » a supervisé les travaux exécutés par une firme de construction irakienne.

La nouvelle piste comprend une vingtaine d’obstacles respectant évidemment les normes de sécurité. Quatre ont été récupérés de l’ancien parcours, les 16 autres étaient neufs.

En 2017, la Belgique et les Pays-Bas vont renforcer leur collaboration en Irak sur le plan de la formation militaire.

Opération Desert Falcon: Le manque de transparence nuit à la crédibilité de la Belgique dans sa lutte contre l’EI

photo Défense belge
photo Défense belge

Dans une interview à des journalistes belges en début de semaine, le président syrien Assad a été très critique notamment sur l’action des F-16 belges en Syrie, déclarant que la mission de la coalition internationale était illégale: »Elle a été décidée sans nous consulter, sans demander la moindre permission au gouvernement syrien, qui est pourtant légitime. C’est une violation de notre souveraineté. » Après les graves accusations de la Russie au mois d’octobre 2016, la Belgique se trouve de nouveau mis en porte-à-faux et paye son manque de transparence dans son action militaire contre l’EI.

Un cadre légal faible en Syrie

Dans une note publiée sur l’Institut royal supérieur de défense (IRSD) en septembre 2016, Catherine Rémy, Directrice-adjointe du Centre d’études de sécurité et défense de l’Institut, analysait le cadre légal de la lutte armée de la Belgique contre l’EI. Elle soulignait les faiblesses juridiques du cadre légal de l’action belge notamment sur son intervention en Syrie:« Si le cadre légal est suffisamment justifié pour ce qui concerne l’intervention en Irak, il demeure assez faible pour ce qui concerne l’intervention en Syrie. » Elle insistait notamment sur la nécessité de renforcer le cadre légal de la mission, notamment par le consentement des autorités syriennes. En réponse aux accusations du président syrien, le ministre des Affaires Étrangères Didier Reynders a publié un communiqué déclarant que le cadre juridique de l’opération belge était partagé par tous les membres de la coalition internationale. De son côté, le Premier ministre Charles Michel s’est contenté d’une simple déclaration:« Nous ne recevrons aucune leçon de droits de l’homme de la part de M. Assad. »Il n’en reste pas moins que la Belgique reste l’un des pays de la coalition les moins transparents sur son action militaire en Irak et en Syrie, une constatation partagée même dans certains médias occidentaux  comme le journal français Le Monde.

 

capture d'écran RTBF
Interview du président syrien Assad à la chaîne VRT (capture d’écran RTBF)

Le grand inconnu des frappes militaires 

Aucun chiffre exact des frappes des F-16 belges n’a jamais été donné par le ministère et ce déjà dans une certaine mesure en 2015. On se contente de parler en pourcentage ou en termes relativement flous. « Durant les 9 mois de l’opération Desert Falcon, les six F-16 belges ont effectué 163 attaques lors des 796 vols au-dessus de l’Irak. La contribution belge s’élevait à 5,5% de la coalition internationale contre Daesh », pouvait-on lire sur le site de la Défense au mois de juillet 2015. Les six F-16 sont de nouveau en Jordanie depuis juillet 2016 et les chiffres de frappe ne sont toujours pas là. Au mois d’octobre, La Libre Belgique indiquait que seulement 5% des frappes belges avaient lieu en Syrie dont une frappe  pendant l’été. On parle de sorties, d’attaques, de soutien aérien mais le mot frappes n’est jamais prononcé. On invoque des raisons de sécurité. La Défense belge précise simplement que chaque sortie aérienne est fortement encadrée pour éviter les dommages collatéraux et vérifier le cadre légal. Depuis un certain temps, la Défense française a pris l’habitude de faire un point hebdomadaire précis sur ses opérations sans que cela ne nuise aux opérations. Communiquer un petit plus, ne ferait sans doute pas de mal même à destination des citoyens belges.

Clarifier l’efficacité militaire des opérations des F-16

Effectivement pour les citoyens belges eux-mêmes, il est difficile de se donner une idée exacte de l’efficacité militaire belge en Irak et en Syrie au milieu de ces termes et pourcentage. En 2015, les F-16 belges avaient détruit  au moins 107 cibles terrestres, un chiffre déjà beaucoup plus parlant en date d’avril 2015. En 2016,  ce n’est plus le cas. Au début de l’année, l’agence Belga s’est contenté d’indiquer que les F-16 belges avaient franchi le cap des 6000 heures de vol au dessus de l’Irak et de la Syrie, ajoutant que la source militaire n’avait pas précisé le nombre de missions effectuées ni le nombre d’engagements contre des objectifs de l’EI. On pourrait croire que les F-16 belges se contentent de voler sans plus. Bien sûr tout le monde sait que ce n’est pas le cas mais un chiffre clair et précis est certainement beaucoup plus parlant que d’afficher des heures de vol, qui ne veulent pas dire grand chose. L’opposition, comme le parti socialiste, s’était déjà plainte de ce manque de transparence au mois d’octobre 2016. Le gouvernement avait rétorqué qu’il y avait une commission parlementaire dédiée aux opérations militaires et que le contrôle démocratique était donc assuré. Sauf que cette commission se réunit toujours à huis-clos et que jamais rien n’en sort.

Des F-16 belges en Jordanie (photo Défense belge)
Des F-16 belges en Jordanie (photo Défense belge)

Vers la fin temporaire de l’opération Desert Falcon ?

Au-delà de ce manque de transparence, la crédibilité de la Belgique pourrait être entachée par l’arrêt de la mission des F-16 au mois de juillet prochain alors qu’elle avait fait son entrée en octobre 2016 dans le noyau dur des pays les plus impliqués dans la lutte contre l’EI, ce dont s’était félicité Steven Vandeput . La mission « flip-flop » avec les Pays-Bas est en train de tourner au flop, on peut le dire. Il apparaît désormais clairement après des premières rumeurs au mois de septembre 2016 que les F-16 hollandais ne pourront pas prendre la suite au mois de juillet prochain et qu’il faudra attendre au moins début janvier 2018 pour que leur retour soit possible. De son côté, la Belgique ne peut pas continuer alors que les opérations 2017 ont déjà été budgétées. Alors certes la Belgique n’y est pour rien, elle qui a tenu ses engagements, mais malheureusement c’est le résultat d’une coopération obligée, faute d’autonomie stratégique. Et le gouvernement belge n’accablera pas son homologue néerlandais alors que de nombreux projets de coopération militaire sont en cours. Le ministre de la Défense Steven Vandeput a laissé entendre que l’opération Desert Falcon prendrait temporairement fin. La contribution militaire belge dans la lutte contre l’EI serait alors cantonnée aux 30 instructeurs belges. Mais quid du détachement  de militaires qui était prévu pour protéger les F-16 hollandais ?

Entre 2016 et 2017, la Belgique aura été fortement attaquée sur son action militaire en Syrie et en Irak par la Russie et la Syrie. Fortement visée, elle devrait sans doute réfléchir à mieux communiquer sur ses opérations militaires pour gagner en crédibilité envers les autres alliés occidentaux mais aussi ses propres citoyens et éviter de devenir une cible privilégiée de pays adverses.

La Défense met ses opérations en valeur dans une vidéo

En cette fin d’année 2016, le service de communication de la Défense a tenu à mettre en valeur les différentes opérations de l’armée belge au cours de l’année écoulée dans une courte vidéo de 2’26. Le message:« notre engagement se poursuit ». Si l’accent est mis sur les opérations à l’étranger, une place est accordée à Vigilant Guardian, première opération citée avec des images des attentats du 22 mars. « La présence de la Défense à l’étranger garantit indirectement la sécurité de notre pays. Depuis que cette sécurité nationale est menacée, nos troupes sont également prêtes à défendre notre territoire », peut-on lire sur le site de la Défense.