Le général de brigade Laurent Bart sera le prochain commandant de l’EUTM Mali

Le colonel Laurent Bart au micro de RTL-TVI en mars 2017 (crédit-photo Ritchie Sedeyn
/ BE Defense)

Le colonel belge Laurent Bart, qui a été élevé au grade de général de brigade le 19 juin, prendra la succession du général de brigade Peter Devogelaere à la tête de l’EUTM Mali le 12 juillet prochain. 

Le général de brigade Peter Devogelaere avait pris la succession du général de brigade Éric Harvent en janvier dernier à la tête de la mission européenne au Mali, qui est l’opération la plus importante à l’étranger pour la Composante Terre de l’armée belge avec 170 militaires déployés. À son retour en Belgique, il deviendra le directeur Opérations au sein du cabinet du ministre de la Défense.

Le général de brigade Laurent Bart était depuis février 2014 à la tête du Département Opérations au sein de l’État-Major de la Défense. Son visage est bien connu des journalistes puisqu’il était leur interlocuteur lors des conférences de presse sur les opérations de l’armée belge et notamment celle de l’opération Vigilant Guardian. Entre 2010 et 2013, il a commandé le bataillon des Carabiniers Prince Baudouin – Grenadiers, une unité qui va fournir le plus gros des troupes au Mali à partir du mois de juillet en remplacement des parachutistes.

La cérémonie de passation de commandement aura lieu à Bamako le 12 juillet prochain en présence du commandant de la Défense, le général Marc Compernol, et du chef de la Composante Terre, le général-major Marc Thys.

Premier saut pour les paras maliens depuis 2011 avec les paras belges

photo EUTM Mali

Du 6 au 9 avril, l’EUTM Mali a organisé une activité d’entrainement au parachute dans la région de Bamako avec les parachutistes belges de la « Force Protection » d’EUTM et 30 parachutistes maliens du 33ème régiment des Commandos Parachutistes. L’objectif de cette activité était de soutenir le développement des capacités de parachutisme maliennes. Pour les parachutistes maliens, il s’agissait de leur premier saut depuis 2011.

Les paras belges du 3ème bataillon de Tielen sont déployés au Mali depuis fin décembre 2016-janvier 2017. Une rotation s’est effectuée en interne début avril pour remplacer le premier détachement. Les Carabiniers-Grenadiers prendront la suite en juillet.

photo EUTM Mali

En déplacement au Mali pour la prise de commandement du général Deconinck à la tête de la MINUSMA, le ministre de la Défense Steven Vandeput a effectué une visite de deux jours pour rencontrer les troupes belges de la mission européenne en compagnie du patron de la Défense le général Marc Compernol.

Les photos du saut: https://www.facebook.com/pg/eutmmali/photos/?tab=album&album_id=1222334701212425

Deux ans de Vigilant Guardian : Histoire d’une opération « inédite » de l’armée belge depuis 39-45

Les premiers Chasseurs Ardennais de l'opération Vigilant en mission à Bruxelles le 17 janvier 2015 (photo Daniel Orban / BE Defense)
Les premiers Chasseurs ardennais de l’opération Vigilant Guardian en mission à Bruxelles le 17 janvier 2015 (photo Daniel Orban / BE Defense)

Depuis le 17 janvier 2015, les militaires belges sont déployés dans les villes belges dans le cadre de l’opération Vigilant Guardian ou Homeland. Retour sur un engagement inédit des forces armées belges depuis la Seconde Guerre mondiale.

Les attentats de Charlie Hebdo en France le 7 janvier 2015 ont donné l’opération Sentinelle. Mais ils vont également avoir des conséquences en Belgique où le gouvernement Charles Michel décide de prendre des mesures contre le terrorisme dont le déploiement de militaires en soutien à la Police fédérale selon les demandes. D’abord temporaire, ce déploiement inédit ne va jamais s’arrêter en deux ans, au point de faire désormais partie du paysage belge à Bruxelles, Liège ou Anvers. Il va prendre le nom d’opération Vigilant Guardian ou parfois Homeland avec des évolutions durant les deux ans.

Au commencement de l’opération

Le 17 janvier 2015 à 7H du matin, les 150 premiers militaires belges, Chasseurs ardennais et parachutistes du 3ème Bataillon, se déploient à Bruxelles et à Anvers pour des missions de surveillance statique. La veille, le gouvernement a décidé de leur déploiement lors d’un Conseil des Ministres suite au relèvement du niveau de menace à 3 par l’OCAM (Organe de coordination pour l’analyse de la menace). Ils pourront être au maximum 300 pour sécuriser des lieux sensibles et soulager la Police fédérale. Très vite, d’autres villes demandent également un renfort militaire comme Liège le 20 janvier, qui en obtient 25 en provenance du 12/13ème de Ligne de Spa. Des Lignards sont également présents à Huy et à Verviers. Les premiers chiffres communiqués après une semaine sont les suivants : 120 à Bruxelles, 120 à Anvers et 55 en province de Liège. D’autres villes ne veulent pas de militaires comme Gand et Malines. Le 24 janvier, le ministre Steven Vandeput communique sur le déploiement temporaire de militaires pour des missions de sécurité statique à l’appui et sous le commandement de la police. Mais pas de présence militaire dans les aéroports et les gares et il n’est pas question de patrouiller. Le 23 janvier 2015, la Défense écrit sur son site : « Les militaires mettent ainsi quelques activités et exercices entre parenthèses pendant un mois afin d’assurer leur service d’aide à la nation. » (sic !) Ce dispositif, qualifié d’exceptionnel en réponse à un besoin immédiat et urgent, doit durer un mois mais peut-être prolongé…C’est le début de l’opération Vigilant Guardian !

Première vidéo produite par la Défense belge sur l’opération Vigilant Guardian, encore temporaire à ce moment

Les militaires sont sous commandement policier et répondent à une demande spécifique (photo Daniel Orban / BE Defense)
Les militaires sont sous commandement policier et répondent à une demande spécifique (photo Daniel Orban / BE Defense)

De 200 à 1828 militaires dans les rues

Le nombre des militaires n’a cessé de varier en deux ans. Durant les premiers mois, leur nombre se stabilise autour de 200 et la mission des militaires est régulièrement prolongée. On atteint un premier pic à la fin du mois de novembre après les attentats de Paris du 13 novembre 2015. L’OCAM relève le niveau de menace à 4 à Bruxelles. Pendant le week-end du 21-22 novembre 2015, Bruxelles est en état de siège et les transports publics sont fermés tout comme les écoles, une menace d’attentat étant imminente selon le gouvernement fédéral. La situation revient peu à peu à la normale à partir du 25 novembre.  Durant cette période, le déploiement militaire est important au nombre de 1428[1]. Au mois de décembre 2015, leur nombre redescend à 700 mais la hausse est significative. Fin janvier 2016, le déploiement est de 1000 dont 700 visibles dans les rues. À partir du 5 mars, ils sont 40 de plus en charge de surveiller les centrales nucléaires. Les attentats du 22 mars vont changer à nouveau la donne. D’avril 2016 jusqu’à courant novembre 2016, ils sont au nombre de 1828. Depuis le 3 janvier 2017, ils sont désormais 1250 dans les rues avec une marge de sécurité de 150. Lors d’une phase ultérieure, leur nombre pourrait baisser à 1089.

Des militaires de l'opération Spring Guardian (photo Daniel Orban/BE Defense)
Des militaires de l’opération Spring Guardian (photo Daniel Orban/BE Defense)

Une opération qui a évolué

La mission des militaires belges a connu des évolutions. Désormais les militaires patrouillent dans les rues et sont présents dans les gares et les aéroports mais aussi les centres commerciaux et ce dès fin 2015. L’opération a pris le nom de Vigilant Guardian ou OVG durant les premiers mois mais il est aussi commun de l’appeler Homeland.  Au mois de mars 2016 après les attentats, la protection spécifique des centrales nucléaires (Fleurus, Tihange, Doel, et Mol-Dessel) par les militaires au nombre de 140 donne le nom de Spring Guardian et devient une opération à part entière moins connue mais toujours en cours. Opération sans date précise de fin, elle a été sujette à des débats quant aux règles d’engagement des militaires, qui n’ont jamais vraiment été rendues publiques, ouvrant la porte à des polémiques comme celles des fouilles non légales en avril 2016. Dès le début du déploiement, la Défense avait précisé qu’elle était là en appui de la Police fédérale et que les militaires n’effectueraient pas de contrôles d’identité. En novembre 2015, l’ex-patron de l’armée le général Gerard Van Caelenberge rappelait aux syndicats que les militaires étaient soumis à la législation belge en matière de légitime défense et qu’ils ne pouvaient faire usage de la force létale pour protéger des biens ou des bâtiments. De son côté, le ministère a toujours assuré que les militaires étaient au courant des règles d’engagement spécifiques, qui leur permettent de réagir adéquatement selon les menaces. Pour l’instant, les militaires belges n’ont jamais eu à faire usage de leurs armes. La collaboration avec la police a toujours été optimale et les relations sont bonnes. Quelques incidents avec des citoyens ont été parfois signalés mais ce sont des cas vraiment isolés et sans gravité.

Les véhicules militaires font aussi partie du paysage de Vigilant Guardian (photo Daniel Orban/BE Defense)
Les véhicules militaires font aussi partie du paysage de Vigilant Guardian (photo Daniel Orban/BE Defense)

Un coût financier conséquent partagé entre la Défense et l’Intérieur

Le coût de l’opération n’a cessé de grimper, les frais se partageant entre la Défense et l’Intérieur. « La Défense prendra en charge les coûts liés au personnel. Les frais supplémentaires seront à charge de la Police Fédérale », indiquait la Défense le 1er jour du déploiement. Le coût des neuf premiers mois avait été estimé à 10 millions d’euros, i-e pendant les mois de déploiement minimum de militaires avant que l’opération ne prenne de l’ampleur. André Dumoulin, dans un article dans la Revue Défense Nationale, donne un chiffre de 18,2 millions d’euros pour 2015. En 2016, le coût global a été au moins multiplié par sept par rapport à 2015 selon des estimations (34 millions d’euros pour le premier trimestre 2016). En novembre 2015, le gouvernement belge avait débloqué 400 millions d’euros pour lutter contre le radicalisme et le terrorisme. Une partie des 50 millions d’euros restants (21 millions d’euros) ont été attribués à Vigilant Guardian en juillet 2016.

La Composante Air a aussi apporté sa contribution (photo Composante Air)
La Composante Air a aussi apporté sa contribution (photo Composante Air)

Une opération en débat au sein de la Défense

L’opération n’a pas manqué de susciter des débats surtout quand tout le monde a compris qu’elle allait durer. Dans un premier temps, les militaires participant à l’opération étaient enthousiastes. Au fil des mois, cet enthousiasme n’a plus été pareil même si le professionnalisme est toujours là. L’opération pèse lourdement sur la Composante Terre, qui a dû puiser dans des unités de logistique pour faire face à la demande. Les Composantes Air et Médicale ont également apporté leur contribution. Des exercices, parfois majeurs, ont dû être annulés ou interrompus comme cela a été le cas fin novembre 2015. Dès le mois d’octobre 2015, le général Jean-Paul Deconinck, patron de la Composante Terre, mettait en garde et estimait qu’on avait atteint les limites du système, une mise en garde répétée en décembre 2015. En avril 2016, une source militaire indiquait à l’agence Belga que la mobilisation de plus d’un millier de soldats n’était tenable que pendant quelques semaines. Plus de six mois après, ils sont toujours plus d’un millier dans la rue. Récemment le général Marc Compernol, patron de la Défense, déclarait également craindre une perte de compétences, parlant d’une génération perdue. Pourtant l’armée n’a cessé de s’adapter au fur et à mesure de l’ampleur prise par Vigilant Guardian. De son côté, l’ex-patron de l’armée le général Gerard Van Caelenberge, espérait que l’opération permettrait de monter l’utilité de l’armée aux politiques avec l’espoir d’une revalorisation budgétaire. Peine sans doute perdue au regard des signaux donnés dernièrement par le gouvernement. Néanmoins, d’autres membres d’état-major ne sont pas aussi pessimistes, étant favorables à l’opération car elle donne une meilleure image de l’armée aux citoyens. On peut citer le cas du colonel Jean-Louis Crucifix, commandant militaire de la province de Liège, qui a soutenu et défendu à plusieurs reprises l’utilité de l’opération Vigilant Guardian.

L'armée communique beaucoup sur l'opération (photo FB bataillon Libération-5ème de Ligne)
L’armée communique beaucoup sur l’opération (photo FB bataillon Libération-5ème de Ligne)

Une meilleure visibilité médiatique pour l’armée

L’opération a toujours joui d’une certaine côte de popularité auprès de l’opinion publique. Deux jours après le début de l’opération, un sondage RTL-Ipsos-Le Soir indiquait que 72% des Belges étaient favorables à une présence militaire dans les rues. La Défense a beaucoup communiqué à ce sujet, profitant d’une exposition médiatique plus forte. Cet état de temporaire qui dure ne facilite pas forcément une meilleure approche du citoyen envers la mission du militaire alors que l’opération est présentée comme une des solutions face au terrorisme par les politiques, qui s’expriment d’ailleurs peu sur le sujet. L’opération reste parfois source d’une certaine incompréhension. La difficulté sera de trouver la solution pour y mettre fin pour sortir de l’impasse sans perdre la face. La création d’un corps de sécurité spécifique est à l’étude par le gouvernement et en projet mais il faudra un peu attendre avant qu’il ne voit le jour.

Les militaires, qui ont été déployés dans les rues le 17 janvier 2015, ne pensaient pas être les premiers d’une longue série toujours en cours deux ans après. Pris dans l’engrenage, le gouvernement n’a cessé de la prolonger. L’opération Vigilant Guardian a obligé l’armée belge à s’adapter et elle reste un vrai défi pour les mois à venir. Elle n’a cessé d’alimenter le débat politique, médiatique et militaire avec plus ou moins d’intensité. Il n’en reste pas moins qu’elle est devenue une opération à part entière de la Défense belge. Le ministère réfléchit d’ailleurs à la mise en place d’une médaille ou d’une décoration pour les militaires qui y ont pris part, une juste récompense !

[1] À ce sujet, lire l’excellent article de Nicolas Gros-Verheyde sur Bruxelles2 https://www.bruxelles2.eu/2015/11/22/et-bruxelles-devint-noire/

Des hauts responsables de la Défense en visite aux militaires de Vigilant Guardian pour Noël

photo Défense belge
photo Défense belge

En cette période des fêtes, les militaires de l’opération Vigilant Guardian étaient au centre des attentions et ont reçu la visite des plus hauts responsables de la Défense. Un signe de reconnaissance pour la plus importante opération de l’armée, qui mobilise 1.250 militaires sur tout le territoire belge et particulièrement à Bruxelles, Anvers et Liège.

Le chef de la Défense, le général Marc Compernol, a tenu à terminer sa tournée des popotes par Vigilant Guardian, rendant au passage hommage aux familles de militaires:« Afin d’assumer toutes ces opérations, en Belgique ou à l’étranger, plus de 2000 militaires sont déployés en ce moment. 2000 autres se préparent à prendre leur relève prochainement. Autant de familles qui sont confrontées à ces départs. Elles aussi méritent toute notre gratitude ! » Il est allé à la rencontre des différents militaires déployés à Bruxelles devant des institutions ou bien dans le métro pour Noël: bataillon Libération/ 5ème de Ligne, unité logistique, parachutistes, bataillon ISTAR, Lignards etc…

photo Bataillon Libération/5 de Ligne
photo Bataillon Libération/5 de Ligne

Le ministre Steven Vandeput était également sur le terrain le jour de Noël pour aller remettre des cadeaux aux militaires déployés et a fait un tour au PC de commandement du bataillon Libération/5ème de Ligne. La communication autour de cette visite s’est faite de manière bizarre. La dépêche de l’agence Belga autour de cette visite s’est faite sur base d’un tweet de sa porte-parole Laurence Mortier:« Il a effectué cette visite de Noël à ses troupes à Bruxelles « par gratitude » et « par respect », a indiqué sa porte-parole, Laurence Mortier, sur Twitter, photos à l’appui » sauf que par la suite ce tweet a été effacé. Le ministre, lui-même, est resté très discret sur cette visite. Le bataillon a toutefois publié des photos sur sa page Facebook.

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photo Bataillon Libération/5 de Ligne
photo Bataillon Libération/5 de Ligne

Noël s’est clôturé pour les soldats de Vigilant Guardian à Bruxelles par la visite du patron de la Composante Terre, le général Jean-Paul Deconinck. Ce dernier est l’un des plus critiques envers cette opération, qui pèse lourdement sur la Composante Terre. À l’occasion, l’agence Belga n’a pas manqué de rappeler que cette opération faisait débat au sein de l’état-major.

Les Chasseurs Ardennais, en mission OVG à Liège, n’ont également pas été oubliés. Le Commandant en second, l’Adjudant de Corps et le Caporal de Corps sont venus leur remettre des cadeaux de la Fraternelle le 24 au matin. Le Chef de corps et une autre partie du bataillon sont déployés au Mali et doivent rentrer en Belgique en janvier.

photo Fraternelle des Chasseurs Ardennais
photo Fraternelle des Chasseurs Ardennais

L’armée belge inquiète sur la mise en place réelle de la vision stratégique

crédit-photo Belga
crédit-photo Belga

La réforme de la pension militaire, annoncée au mois d’octobre par le gouvernement et qui avait provoquée colère et incompréhension dans les rangs de l’armée belge, semble mettre véritablement mettre un frein à la mise en place de la vision stratégique du ministre Steven Vandeput de quoi donner raison aux craintes du général Marc Compernol. Après les beaux espoirs du début de mandat, certaines inquiétudes justifiées commencent à poindre.

Des achats ont pris du retard

Au début du mois de novembre, le  journal L’Écho soulignait très justement que l’appel d’offres du gouvernement pour le remplacement des F-16 se faisait attendre. Ce fameux appel d’offres, tant attendu par les constructeurs, devait être lancé avant Noël pour que le gouvernement Charles Michel puisse prendre sa décision avant la fin de son mandat. Il s’est fait attendre tout le mois de novembre et celui de décembre…en vain. La Libre Belgique a confirmé cette semaine qu’il n’interviendrait pas avant 2017. En cause ? La fameuse réforme de la pension qui a retardé la rédaction du cahier des charges. Les autres achats de matériel militaire semblent également gelés en attendant d’en savoir plus sur les modalités de la réforme, qui doit rentrer en vigueur à partir de 2018.

L’exemple du passé

Le général Marc Compernol avait déjà fait part de ses craintes devant la commission de la Défense nationale à la Chambre. Il estime que la réforme va coûter dans 3,1 milliards d’euros et qu’elle pourrait anéantir la vision stratégique. Dans l’éditorial du dernier numéro du mois de décembre de la Revue Militaire Belge, l’ancien général de brigade Jo Coelmont se montre aussi très pessimiste, se basant sur des exemples passés:« Nous ne pouvons oublier que tous les plans stratégiques ayant précédé celui-ci ont capoté étant donné que – à peine approuvés – le budget de la Défense fut systématiquement érodé lors du premier ajustement budgétaire semestriel qui suivit. Il importe maintenant de mettre fin à cette « habitude ». » Pour lui, il faut éviter que la Défense ne soit amenée en unité de « soins palliatifs » et elle doit absolument relever le défi de surmonter les difficultés:« Nous n’avons pas le droit d’échouer. Nous ne pouvons en effet pas nous le permettre. »

La loi de programmation militaire recalée par le Conseil d’État

Le dernier avis juridique du Conseil d’État, qui a recalé la loi de programmation de militaire, n’est pas là pour rassurer les militaires même si le ministre de la Défense a voulu relativiser. Cette loi était simplement là pour amener plus de clarté mais elle ne change en rien les investissements militaires décidés. Le  Directeur Général des Ressources Matérielles, le Général-major Thijs, qui a reçu dernièrement le syndicat PROdef.be, confirme qu’il a fallu encaisser cette nouvelle et que rien empêche les prochains gouvernements de « détricoter » la vision stratégique. Toutefois, il sera difficile de recaler les achats bilatéraux mais pour le reste, rien est certain. Dans ses vœux de fin d’année, Steven Vandeput ne dit pas vraiment autre chose: » Après des décennies d’âpres économies, nous avons décidé de travailler avec le gouvernement afin de réaliser de gros investissements », tout en ajoutant plus loin, « Les investissements prévus dans notre département ne sont naturellement pas un bien acquis ».

Le site Le Vif parle d’« une grosse claque à la suédoise » pour évoquer l’avis juridique du Conseil d’État sur la loi de programmation militaire et se montre très critique. Avec la réforme de la pension, les investissements décidés par le gouvernement Michel ne sont plus aussi certains malgré la volonté affichée du ministre Steven Vandeput. Cette situation n’est pas là pour rassurer les militaires belges, déjà très inquiets pour leur avenir.

 

Le général Peter Devogelaere prend la tête de l’EUTM Mali

photo EUTM Mali
photo EUTM Mali

Le général de brigade Peter Devogelaere a pris le commandement de l’EUTM Mali ce lundi 19 décembre, succédant à son homologue le général de brigade Éric Harvent. La cérémonie s’est déroulée en présence du général Marc Compernol, chef de la Défense, du général Jean-Paul Deconinck, patron de la Composante Terre, ainsi que du ministre malien de la Défense, Abdoulaye Idrissa Maïga. Un temps annoncé par un communiqué de presse du 5 décembre, le ministre Steven Vandeput n’était finalement pas présent. 

Le général de brigade Peter Devogelaere était le commandant de la Brigade légère jusqu’à sa récente nomination. Cette brigade se compose en grande partie d’unités parachutistes, commandos, des forces spéciales (SFG) ainsi que du 12/13ème de Ligne. Il était arrivé à la tête de la Brigade le 16 juin 2014, prenant la succession du colonel Pascal Laureys. Il a débuté sa carrière militaire comme chef de peloton au 1er bataillon de Parachutistes en 1985. Il a également commandé le 3ème bataillon de Parachustistes de 2005 à 2007 et participé à une mission au Liban au sein de la FINUL durant cette période. De septembre 2013 à juin 2014, il a été commandant du Centre de compétence de la Composante Terre.

Suite logique de sa prise de commandement, des para-commandos de cette brigade vont être déployés très prochainement au Mali pour remplacer les Chasseurs Ardennais. Ils ont préparé leur déploiement au mois d’octobre lors d’un grand exercice au camp d’Otterburn en Angleterre.

Après la Brigade Médium, c’est donc au tour de la Brigade légère d’assurer la mission belge au Mali.

La Défense organise un grand débat interne sur ses perspectives pour 2030

crédit-photo Belga
crédit-photo Belga

La Défense va organiser un grand débat interne sur ses perspectives pour 2030 dans le but de répondre aux interrogations de son personnel dans le cadre de la mise en place de la vision stratégique du ministre Steven Vandeput. Le ministère veut donner la possibilité à chaque militaire de s’exprimer et d’apporter une critique constructive au texte. 

La franchise sera le mot-clé de ce débat. « Nous vous invitons à en parcourir le texte sur www.vandeput.fgov.be avec un certain esprit critique. Aujourd’hui, nous souhaitons littéralement en débattre avec vous« , peut-on lire sur le site de la Défense. Le débat aura lieu le le lundi 16 janvier 2017 à 14 heures dans les locaux de l’École Royale Militaire et est uniquement ouvert aux militaires et au personnel civil de la Défense. Les questions aux réponses seront apportées par le ministre de la Défense Steven Vandeput et le chef de la Défense le général Marc Compernol.

L’ensemble du personnel a jusqu’à aujourd’hui pour poser ses questions en ligne sur le site de la Défense. Certains pourront même les poser en direct s’ils le souhaitent. Afin de canaliser le débat, la Défense a choisi plusieurs axes de questions: personnel, pension et recrutement; budget et matériel; opérations et entraînement; stratégie et politique; casernes; les quatre composantes et la nouvelle dimension ICI (Intelligence, Cyber & Influence). Un choix sera fait selon la pertinence des questions avec sans aucun doute un rapprochement si certaines ont des similitudes.

Très critiqué depuis quelques semaines sur le dossier des pensions, le ministre Steven Vandeput entend donner la parole à son personnel, faisant preuve d’ouverture. Les questions ne vont pas manquer dans cette période d’incertitude pour les militaires belges quant à leur avenir.

 

Le général Compernol au front dans les médias

capture d’écran RTL-TVI

La manifestation des militaires dans la rue a attiré l’attention des médias. Le général Marc Compernol, patron de la Défense, a été invité sur les plateaux flamands. Dimanche, il était sur un média francophone RTL-TVI dans l’émission C’est pas tous les jours dimanche pour débattre avec les chroniqueurs de l’émission et répondre aux questions. Calme et posé, il est monté au front pour défendre une institution en péril, critiquant très diplomatiquement la dernière mesure gouvernementale.

Un plateau favorable aux militaires

Le plateau était plutôt favorable aux revendications militaires à part le journaliste flamand, Jan Segers, très dur envers les militaires au point qu’on se demande s’il connaît bien le dossier Défense. Il n’a pas hésité à dire que c’était toujours les mêmes groupes qui étaient les mieux défendus avec des syndicats puissants et que les militaires devraient être au même niveau que les autres. Qu’a obtenu l’armée belge ces dernières années ? Rien si ce n’est moins de budget, des restructurations, une baisse de personnel… Le plus critique envers le gouvernement a été Michel Henrion qui a été jusqu’à comparer la situation actuelle des militaires à celle des pompiers du 11 septembre:« Imaginez qu’après le 11 septembre, on est tapé dans la retraite des pompiers de New-York ? Les militaires ont été au front dans les rues. La seule récompense qu’ils ont, c’est qu’on tape dans leur retraite. Le gouvernement fait l’inverse du plan Vandeput. » Alain Raviart n’a été guère plus tendre:« C’est une mesure de rétorsion. Le gouvernement fait tout à l’envers. On est dans une situation ubuesque où le ministre veut rajeunir l’armée avec moins de personnel alors que cette mesure va la vieillir augmentant le nombre du personnel. » De son côté Emmanuelle Praet a évoqué la possibilité de changer de secteur pour les militaires après 40 ans, tout en leur apportant son soutien.

Général Compernol: « Je suis fâché »

Le général Marc Compernol a donné la réplique à l’un et l’autre, rappelant que les militaires n’avaient pas tellement manifesté contre le fait de travailler plus longtemps. Il a surtout pointé du doigt le manque de clarté autour de la réforme et l’absence totale de concertation dans ses différentes réponses:« Cela a été assez brutal pour nous. On ne sait pas très bien dans quelle direction on va. Nous sommes dans le flou Je suis fâché. L’âge moyen de l’armée est de 40 ans et on va aller au-delà. Que va-t-on faire des militaires plus vieux si on n’a plus de postes ? Comment on va payer les militaires qui vont rester plus longtemps ? Quel impact cela va-t-il avoir sur le plan stratégique et le budget ? Le ministre sait que j’ai un problème avec cette mesure. Il faut mettre tout le monde autour de la table, ce qui n’a pas été fait, chercher des solutions et avoir un débat serein mais cette mesure a des effets pervers. » Son intervention n’a pas manqué de faire réagir le présentateur de l’émission Christophe Deborsu: » Vous dites qu’on va avoir une armée de vieillards ? », une remarque qui a fait sourire !

Et Vigilant Guardian ?

La question de l’opération Vigilant Guardian a été brièvement évoquée. Le général Marc Compernol a déclaré que l’armée était toujours prête tout en disant sa réticence:« Les militaires dans la rue restent toujours hyper-motivés. J’étais agréablement surpris. Il n’y a pas si longtemps un chef de bataillon me disait que ces hommes avaient passé 29 semaines dans les rues cette année. C’est énorme. J’ai déjà dit au ministre que je n’étais pas un grand défenseur des militaires dans la rue. On est en train de perdre une génération de jeunes officiers et sous-officiers qui ne peuvent pas s’entraîner. » Des arguments qu’on entend régulièrement mais qui n’ont pas pris une ride !

L’intervention du général Marc Compernol a été appréciée chez les militaires, qui se sentent défendus par leurs officiers. Ce n’est pas pour rien qu’en préambule le présentateur Christophe Deborsu a indiqué que le général, arrivé au mois de juillet, était très apprécié de ses hommes. Au départ, il a été prudent face à la nouvelle du rallongement de l’âge de la pension mais depuis, il s’est montré peu à peu beaucoup plus offensif dans les médias, tout en gardant un ton mesuré et diplomate.

Pour voir la séquence dans son entierhttp://www.rtl.be/tv/rtltvi/replay/20-11-2016-general-compernol-son-armee-n-en-peut-plus

Général Marc Compernol, patron de la Défense: « La manifestation du 15 novembre a été un signal fort »

Le général Marc Compernol s’est exprimé officiellement hier sur Facebook suite à la manifestation du 15 novembre contre la réforme des pensions. Il s’est déclaré satisfait du bon déroulement de la manifestation et a indiqué que le nombre élevé de manifestants était un signal fort qui devait être source d’une réflexion constructive:« Il constitue un stimulant supplémentaire à la recherche de solutions et d’éclaircissements.Tant les préoccupations compréhensibles du personnel que l’impact sur l’organisation (et donc la vision stratégique) doivent être pris en compte. » On remarquera que l’image d’illustration est très significative comme pour envoyer un message à la Police Fédérale et apaiser les quelques tensions, qui ont pu avoir lieu.

Le général Marc Compernol n’était pas présent à Bruxelles puisqu’il se trouvait en Jordanie avec le Roi Philippe pour y rencontrer le détachement aérien belge qui lutte contre Daech.

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Visite très symbolique du Roi Philippe aux pilotes belges en Jordanie

crédit: Photo News
crédit: Photo News

Le Roi Philippe a rendu visite ce 15 novembre aux pilotes belges de l’opération Desert Falcon dont le détachement aérien est basé en Jordanie dans le cadre de la lutte contre Daech. Les F-16 belges ont pris le relais de leurs homologues hollandais au mois de juillet dernier. La visite avait été tenue très secrète pour des raisons de sécurité évidentes et n’a été rendu publique qu’une fois le Roi revenu en Belgique.

À l’étranger le jour de la Fête du Roi

Le jour choisi était très symbolique puisque c’était celle de la Fête du Roi, une fête qui est également l’occasion pour l’armée de montrer sa loyauté envers le souverain. Dans toutes les unités, un toast est porté en son honneur ce jour-là. Si un Te Deum est chanté en son honneur ce jour-là à la cathédrale de Bruxelles, il n’y est pas présent contrairement aux autres membres de la famille royale. Son absence ne pouvait donc pas être remarquée. C’était la première fois qu’un souverain belge sortait du pays le jour de la Fête du Roi, preuve de l’importance et de la portée que le Roi Philippe voulait donner à cette visite. Ayant fait une brillante carrière militaire alors qu’il n’était que prince, le Roi Philippe a été pilote de F-16 et ses ailes de pilote sont toujours présentes quand il est en uniforme quel qu’il soit.

Visite d’un militaire aux militaires 

Beaucoup de médias belges y ont vu un signe de soutien aux pilotes belges face aux accusations russes de bombardements belges sur Alep causant des pertes civiles. Ces allégations russes avaient été fermement démenties par le ministre des Affaires Étrangères et le ministre de la Défense. Mais cette visite était bien plus que ça et d’ailleurs l’entourage royal a indiqué à un média flamand que ce n’était pas du tout le but. Bertrand Henne, journaliste à la RTBF,  ne s’y est pas trompé dans sa chronique du jour: « Cette visite royale aux soldats en mission résonne du coup comme un soutien implicite à l’armée, à son utilité. En ce sens, le symbole était aussi un peu politique. » Preuve supplémentaire, le Roi était habillé en tenue de pilote de chasse de combat comme pour montrer qu’il venait en militaire en tant que commandant en chef des Forces armées et non pas en tant que chef d’État.

Le Roi Philippe et le Roi Abdullah II, tous deux anciens pilotes de F-16

Le Roi Philippe a été reçu en Jordanie par le roi Abdullah II. Les deux familles royales sont très liées. Au mois de mai de cette année, le souverain jordanien avec sa femme Rania avait effectué une visite d’État en Belgique. À cette occasion, il s’était rendu avec le Roi Philippe sur la base aérienne de Florennes d’où devaient partir les F-16 belges pour la Jordanie au mois de juillet. Les deux souverains étaient restés sur la base pendant une heure et demie et avaient assisté à une démonstration d’acrobaties aériennes de F-16.  Le roi Abdullah II est également ancien pilote de F-16. De son côté, la reine Mathilde avait elle-même fait un déplacement en Jordanie au début du mois de novembre pour visiter un camp de réfugiés.

Pour cette visite, le Roi Philippe était accompagné du général Marc Compernol, patron de la Défense, du général Frederik Vansinna, chef de la Composante Air, ainsi que du secrétaire d’État Pieter de Crem, ancien ministre de la Défense. Le ministre de la Défense Steven Vandeput était retenu à Bruxelles pour les raisons que l’on sait. De leur côté, les pilotes belges ont apprécié cette visite et ont pu porter leur toast au Roi Philippe en présence de ce dernier. Le souverain a envoyé un signal fort à la communauté militaire, dont il reste proche, le jour-même où des milliers de militaires inquiets descendaient dans la rue pour manifester. Le Roi ne pouvant pas prendre publiquement la parole pour s’exprimer et donner son opinion, cette visite est également un signal envoyé au monde politique.