La Belgique et les Pays-Bas ont collaboré à la construction d’une nouvelle piste d’obstacles pour les troupes irakiennes

Un militaire belge en Irak (photo d'illustration)
Un militaire belge en Irak (photo d’illustration)

L’info était passée inaperçue mais la Belgique et les Pays-Bas ont collaboré à la construction d’une nouvelle piste d’obstacles pour les troupes irakiennes fin 2016. C’est ce que nous apprend le magazine de la Défense D-Briefing tout nouvellement numérisé et consacré à l’opération Valiant Phoenix, l’autre opération militaire belge en Irak consacré à la formation des troupes irakiennes depuis 2015. 

Le 1er novembre 2016, le général-major irakien Falah Hassan, commandant de la Counter Terrorism Service Academy à Bagdad, a signé avec les représentants néerlandais et belges un accord pour l’aménagement d’une nouvelle piste d’obstacles. Si les Néerlandais ont apporté leur appui financier, la Belgique est intervenu à deux niveaux dans ce projet : un officier de réserve a dessiné les plans de la piste et un « géniaque » a supervisé les travaux exécutés par une firme de construction irakienne.

La nouvelle piste comprend une vingtaine d’obstacles respectant évidemment les normes de sécurité. Quatre ont été récupérés de l’ancien parcours, les 16 autres étaient neufs.

En 2017, la Belgique et les Pays-Bas vont renforcer leur collaboration en Irak sur le plan de la formation militaire.

Opération Desert Falcon: Le manque de transparence nuit à la crédibilité de la Belgique dans sa lutte contre l’EI

photo Défense belge
photo Défense belge

Dans une interview à des journalistes belges en début de semaine, le président syrien Assad a été très critique notamment sur l’action des F-16 belges en Syrie, déclarant que la mission de la coalition internationale était illégale: »Elle a été décidée sans nous consulter, sans demander la moindre permission au gouvernement syrien, qui est pourtant légitime. C’est une violation de notre souveraineté. » Après les graves accusations de la Russie au mois d’octobre 2016, la Belgique se trouve de nouveau mis en porte-à-faux et paye son manque de transparence dans son action militaire contre l’EI.

Un cadre légal faible en Syrie

Dans une note publiée sur l’Institut royal supérieur de défense (IRSD) en septembre 2016, Catherine Rémy, Directrice-adjointe du Centre d’études de sécurité et défense de l’Institut, analysait le cadre légal de la lutte armée de la Belgique contre l’EI. Elle soulignait les faiblesses juridiques du cadre légal de l’action belge notamment sur son intervention en Syrie:« Si le cadre légal est suffisamment justifié pour ce qui concerne l’intervention en Irak, il demeure assez faible pour ce qui concerne l’intervention en Syrie. » Elle insistait notamment sur la nécessité de renforcer le cadre légal de la mission, notamment par le consentement des autorités syriennes. En réponse aux accusations du président syrien, le ministre des Affaires Étrangères Didier Reynders a publié un communiqué déclarant que le cadre juridique de l’opération belge était partagé par tous les membres de la coalition internationale. De son côté, le Premier ministre Charles Michel s’est contenté d’une simple déclaration:« Nous ne recevrons aucune leçon de droits de l’homme de la part de M. Assad. »Il n’en reste pas moins que la Belgique reste l’un des pays de la coalition les moins transparents sur son action militaire en Irak et en Syrie, une constatation partagée même dans certains médias occidentaux  comme le journal français Le Monde.

 

capture d'écran RTBF
Interview du président syrien Assad à la chaîne VRT (capture d’écran RTBF)

Le grand inconnu des frappes militaires 

Aucun chiffre exact des frappes des F-16 belges n’a jamais été donné par le ministère et ce déjà dans une certaine mesure en 2015. On se contente de parler en pourcentage ou en termes relativement flous. « Durant les 9 mois de l’opération Desert Falcon, les six F-16 belges ont effectué 163 attaques lors des 796 vols au-dessus de l’Irak. La contribution belge s’élevait à 5,5% de la coalition internationale contre Daesh », pouvait-on lire sur le site de la Défense au mois de juillet 2015. Les six F-16 sont de nouveau en Jordanie depuis juillet 2016 et les chiffres de frappe ne sont toujours pas là. Au mois d’octobre, La Libre Belgique indiquait que seulement 5% des frappes belges avaient lieu en Syrie dont une frappe  pendant l’été. On parle de sorties, d’attaques, de soutien aérien mais le mot frappes n’est jamais prononcé. On invoque des raisons de sécurité. La Défense belge précise simplement que chaque sortie aérienne est fortement encadrée pour éviter les dommages collatéraux et vérifier le cadre légal. Depuis un certain temps, la Défense française a pris l’habitude de faire un point hebdomadaire précis sur ses opérations sans que cela ne nuise aux opérations. Communiquer un petit plus, ne ferait sans doute pas de mal même à destination des citoyens belges.

Clarifier l’efficacité militaire des opérations des F-16

Effectivement pour les citoyens belges eux-mêmes, il est difficile de se donner une idée exacte de l’efficacité militaire belge en Irak et en Syrie au milieu de ces termes et pourcentage. En 2015, les F-16 belges avaient détruit  au moins 107 cibles terrestres, un chiffre déjà beaucoup plus parlant en date d’avril 2015. En 2016,  ce n’est plus le cas. Au début de l’année, l’agence Belga s’est contenté d’indiquer que les F-16 belges avaient franchi le cap des 6000 heures de vol au dessus de l’Irak et de la Syrie, ajoutant que la source militaire n’avait pas précisé le nombre de missions effectuées ni le nombre d’engagements contre des objectifs de l’EI. On pourrait croire que les F-16 belges se contentent de voler sans plus. Bien sûr tout le monde sait que ce n’est pas le cas mais un chiffre clair et précis est certainement beaucoup plus parlant que d’afficher des heures de vol, qui ne veulent pas dire grand chose. L’opposition, comme le parti socialiste, s’était déjà plainte de ce manque de transparence au mois d’octobre 2016. Le gouvernement avait rétorqué qu’il y avait une commission parlementaire dédiée aux opérations militaires et que le contrôle démocratique était donc assuré. Sauf que cette commission se réunit toujours à huis-clos et que jamais rien n’en sort.

Des F-16 belges en Jordanie (photo Défense belge)
Des F-16 belges en Jordanie (photo Défense belge)

Vers la fin temporaire de l’opération Desert Falcon ?

Au-delà de ce manque de transparence, la crédibilité de la Belgique pourrait être entachée par l’arrêt de la mission des F-16 au mois de juillet prochain alors qu’elle avait fait son entrée en octobre 2016 dans le noyau dur des pays les plus impliqués dans la lutte contre l’EI, ce dont s’était félicité Steven Vandeput . La mission « flip-flop » avec les Pays-Bas est en train de tourner au flop, on peut le dire. Il apparaît désormais clairement après des premières rumeurs au mois de septembre 2016 que les F-16 hollandais ne pourront pas prendre la suite au mois de juillet prochain et qu’il faudra attendre au moins début janvier 2018 pour que leur retour soit possible. De son côté, la Belgique ne peut pas continuer alors que les opérations 2017 ont déjà été budgétées. Alors certes la Belgique n’y est pour rien, elle qui a tenu ses engagements, mais malheureusement c’est le résultat d’une coopération obligée, faute d’autonomie stratégique. Et le gouvernement belge n’accablera pas son homologue néerlandais alors que de nombreux projets de coopération militaire sont en cours. Le ministre de la Défense Steven Vandeput a laissé entendre que l’opération Desert Falcon prendrait temporairement fin. La contribution militaire belge dans la lutte contre l’EI serait alors cantonnée aux 30 instructeurs belges. Mais quid du détachement  de militaires qui était prévu pour protéger les F-16 hollandais ?

Entre 2016 et 2017, la Belgique aura été fortement attaquée sur son action militaire en Syrie et en Irak par la Russie et la Syrie. Fortement visée, elle devrait sans doute réfléchir à mieux communiquer sur ses opérations militaires pour gagner en crédibilité envers les autres alliés occidentaux mais aussi ses propres citoyens et éviter de devenir une cible privilégiée de pays adverses.

La coopération belgo-néerlandaise dans la lutte contre l’EI va s’intensifier en Irak

photo Défense belge
photo Défense belge

Le ministère de la Défense néerlandais a annoncé jeudi que des équipes de forces spéciales néerlandaises, accompagnées de militaires belges, vont soutenir les troupes irakiennes dans leur lutte contre l’EI.

Ils formeront ensemble des équipes A&A (pour « Advise and Assist« , conseil et assistance), élargissant le mandat jusqu’ici limité à l’instruction des forces spéciales irakiennes dans un secteur hautement sécurisé de l’aéroport international de Bagdad. Ces instructeurs doivent aider les troupes irakiennes en matière de planification opérationnelle, de coordination des tirs et dans l’analyse et le traitement des expériences tirées des opérations. Les deux pays vont mettre en place une équipe de planification et de liaison mixte. Les Pays-Bas déploieront également deux drônes de surveillance Raven-UAV. Le coût supplémentaire de la mise en place des équipes A&A est estimé à 5 millions d’euros et sera partagé avec la Belgique.

Depuis mars 2015, la Belgique a un détachement d’instructeurs, composé de différents éléments de la Composante Terre, en Irak dans le cadre de l’opération Valiant Phoenix. Au départ, il comprenait une trentaine de militaires mais depuis leur nombre a été réduit à treize. Début novembre, la Défense belge avait annoncé que la mission des instructeurs prendrait un autre tournant en 2017 et qu’on s’orienterait vers un rôle de conseillers et d’appui derrière la ligne de front. Des discussions avec les Pays-Bas étaient en cours. De plus, le détachement devait quitter Bagdad pour se déplacer vers le nord de l’Irak. Au mois d’octobre, La Libre Belgique,elle, indiquait que quatre membres des forces spéciales avaient été déployés dans une base située près d’Erbil pour préparer le terrain. Ce détachement d’instructeurs sera dans un lieu sécurisé et n’ira pas au front.

capture d'écran vidéo Défense des Pays-Bas
capture d’écran vidéo Défense des Pays-Bas

De leur côté, les instructeurs néerlandais sont au nombre de 150. Contrairement à la Belgique, ils forment également des combattants peshmergas kurdes dans le nord de l’Irak. Mardi, la Défense hollandaise a publié sur son site une vidéo de 3mn où on voit la mission de ses instructeurs avec les combattants kurdes.

Cette collaboration belgo-néerlandaise, plus poussée en Irak, devrait se préciser dans les prochains jours, notamment quant à sa mise en place et son fonctionnement. Les deux pays collaborent déjà pour les frappes aériennes dans le cadre de l’opération Desert Falcon. Les F-16 belges, basés en Jordanie, sont protégés par un détachement hollandais. Le relais doit se faire le 1er juillet 2017. 

 

Des militaires belges menacés de mort par Daech

photo Fraternelle des Chasseurs Ardennais
photo Fraternelle des Chasseurs Ardennais

Des militaires belges sont visés par Daech, qui a établi une liste nominative. La menace est prise très au sérieux par les autorités judiciaires du pays. Le général Marc Compernol et le ministre Steven Vandeput se sont voulus rassurants. 

C’est une information parue dans l’édition du jour du quotidien la Dernière Heure, qui a fait l’effet d’une bombe. Le propagandiste en chef de Daech pour la francophonie, le français Rachid Kassim, a établi une liste de militaires belges à abattre. Cette liste a été diffusée lundi après-midi par l’intermédiaire de l’application de messagerie cryptée Telegram à ses quelque 300 followers sous l’intitulé « petite amana(commandement) pour les frères de Belgique » . La menace a été prise très au sérieux par les autorités judiciaires belges, qui ont demandé au journal un délai de 24H avant de diffuser l’information, le temps de pouvoir prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité des intéressés dont les identités, les photos et les localisations approximatives ont été diffusées sur la toile. Rachid Kassim aurait trouvé les informations sur internet et les réseaux sociaux. Une partie d’entre elles seraient d’ailleurs erronées.

Olivier Severin, porte-parole de l’armée belge, a confirmé à la DH que« l’enquête en cours est prise très au sérieux et suivie de près par le service de renseignement de l’armée », ajoutant que « un rappel des mesures de sécurité en vigueur en niveau 3 et 4 de menace a été fait à tous les membres du personnel de l’armée ». Le ministre de la Défense Steven Vandeput a également réagi en déclarant qu’il ne fallait pas céder à l’angoisse que tentait de provoquer l’EI. De son côté le patron de la Défense, le général Marc Compernol, a tenu à relativiser: »il faut situer ces menaces dans le contexte général. C’est quelque chose qu’on suit avec nos services de renseignement et de sécurité« , précisant que les photos qui ont circulé sur Facebook ne sont pas « sensibles« . L’un comme l’autre ont rappelé que des mesures de sécurité avaient été prises visant à protéger les militaires et que ceux-ci avaient reçu des consignes relatives à l’utilisation des réseaux sociaux. « Dans le contexte actuel il faut être vigilant en ce qui concerne les contenus publiés« , a ajouté le général Marc Compernol.

Une enquête a été ouverte par le parquet fédéral. Même si on peut relativiser l’importance de cette liste, elle rappelle toutefois que la menace terroriste reste toujours présente en Belgique. 1800 militaires belges patrouillent tous les jours sur tout le territoire national dans le cadre de l’opération Vigilant Guardian et sont également des cibles potentielles au même titre que les policiers.

Où en est la stratégie de la Belgique en Irak et l’opération Desert Falcon ?

Des F-16 belges décollent de la base aérienne de Kleine-Brogel pour la Jordanie le 27 juin 2016 (photo Défense belge)
Des F-16 belges décollent de la base aérienne de Kleine-Brogel pour la Jordanie le 27 juin 2016 (photo Défense belge)

Depuis le 28 juin dernier, la Belgique a remplacé les Pays-Bas en Irak pour un an avec l’envoi de six F-16 en Jordanie dans le cadre de l’opération Desert Falcon. Les deux pays coopèrent depuis l’an dernier, en alternant les missions de combat et de surveillance. Cette coopération est unique au sein de la coalition internationale. Elle permet à ces deux pays de montrer qu’ils luttent contre Daesh, au-delà de leurs frontières, malgré des moyens budgétaires limités. Depuis juillet, la stratégie de la Belgique en Irak a-t-elle changé ou évolué ?

On a appris dernièrement que cette coopération belgo-néerlandaise en Irak ne devrait sans doute pas s’arrêter là. Les commandos néerlandais doivent aider les forces spéciales irakiennes et la formation devrait prendre une autre forme suite à leur avancée sur le terrain. Le gouvernement des Pays-Bas veut le faire en collaboration avec la Belgique, a indiqué la semaine dernière la ministre de la Défense Jeanine Hennis-Plasschaert. Hier le tout nouveau chef de la Défense, le général Marc Compernol, a rencontré pour la première fois son homologue néerlandais le général Tom Middendorp. Ils ont pu échanger sur les projets de coopération actuels et à venir. On devrait en savoir plus dans les semaines à venir.

De plus ce lundi sur la Radio 1, le ministre de la Défense Steven Vandeput a également affirmé qu’une trentaine de militaires belges se rapprocheraient de la ligne de front avec l’EI. Ces soldats ne seront toutefois pas amenés à combattre sur le terrain. Ils prêteront assistance depuis des centres internationaux fermés. « Ils ne courront pour l’essentiel pas plus de risque que dans leur environnement actuel en Irak« , où ils contribuent à la formation de l’armée, a précisé le ministre. Il a aussi indiqué que les F-16 belges prenaient part désormais à des vols au-dessus de la Syrie (10% sur le total des vols depuis la Jordanie).  La Belgique reste toutefois dans l’attente d’une demande de la coalition internationale après le dernier accord russo-américain.

Des F-16 belges en Jordanie (photo Défense belge)
Des F-16 belges en Jordanie (photo Défense belge)

Ces quelques indications donnent une idée sur la stratégie de la Belgique en Irak même si des lignes restent à définir. Peu d’informations filtrent sur les frappes des F-16 belges: fréquence, résultats etc. Dans la nuit du 5 juillet 2016, ils ont mené leurs premières frappes avec deux Rafales français. Depuis, plus rien ne sort dans les médias. Du côté de la Défense, on indique qu’une communication sera faite sur l’opération Desert Falcon, début octobre, lors d’un point-presse. Avant leur départ, les F-16 belges, en cours de remplacement, ont bénéficié d’une mise à jour logicielle pour être tout aussi performants que les autres avions de la coalition. La Belgique n’entend pas faire preuve de figuration.

Candidate à un siège de membre non-permanent du Conseil de sécurité pour la période 2019-2020, la Belgique veut augmenter sa contribution à des missions onusiennes dans des « niches » pour être plus crédible. Actuellement 120 pilotes et techniciens belges participent à l’opération Desert Falcon. La participation belge à l’opération internationale Inherent Resolve représente 5% de la coalition internationale.