Renouvellement des véhicules de combat : La Belgique étudie d’autres pistes que le programme français Scorpion

un piranha du 1/3 Lanciers (photo BE Defense)

Dans le cadre de la mise en place de la vision stratégique, la Belgique compte remplacer les Dingo et les Piranha de la Composante Terre, des véhicules entrés en service en 2006 et 2008. C’est le troisième gros dossier de remplacement de matériel militaire après les F-16 de  la Composante Air et les frégates et chasseurs de mines de la Composante Marine.

Pour le développement de sa nouvelle capacité motorisée, le ministre Steven Vandeput mentionne nommément dans son document de la Vision Stratégique un partenariat avec la France et le programme Scorpion :« un programme entre actuellement déjà en ligne de compte dans nos pays voisins, à savoir le programme français Scorpion. Ce programme permettrait de remplacer les véhicules de base de la capacité motorisée interarmes par différents types d’une plateforme internationale commune. » Au mois d’avril, la Libre Belgique mentionnait également cette forte probabilité : » S’y ajoute (…) l’achat de nouveaux véhicules pour doter la composante Terre d’une capacité motorisée (en jargon « Camo »), sans doute en partenariat avec la France, si Paris mord à l’hameçon. »

Le dossier, peu médiatisé contrairement à celui du remplacement des F-16, semble avancer dans la discrétion au sein du ministère de la Défense alors que les contrats doivent être signés courant 2018 et qu’une livraison est planifiée dans une période entre 2025 et 2030. Dans  une réponse à une question écrite du député Denis Ducarme le mois dernier, le ministre est resté évasif indiquant que le choix du pays partenaire n’était pas encore fait:  » La préparation de ce choix fait actuellement l’objet d’une prospection militaire qui vise à identifier des synergies possibles à travers toutes les lignes de développement y compris les domaines de l’appui logistique, la formation, l’entrainement et la doctrine. Le programme français Scorpion est effectivement une des pistes qui est évaluée, mais pas nécessairement la seule », a-t-il simplement répondu.

Le programme Scorpion semble tenir la corde comme choix prioritaire même si le ministre Steven Vandeput laisse penser qu’un autre pays que la France pourrait être choisi. La Commission Achats et ventes militaires était réunie hier pour discuter de dossiers relatifs à la capacité motorisée de quoi peut-être espérer une avancée et une annonce dans les prochaines semaines.

La Belgique a sa première loi de programmation militaire

photo d’illustration (Fraternelle Royale des Chasseurs Ardennais)

La Chambre a voté jeudi soir dernier la première loi de programmation militaire de l’histoire de la Belgique par 82 votes pour et 50 votes contre. Trois députés se sont abstenus dont les deux députés de la N-VA ayant quitté le parti au début de la rentrée parlementaire plus un du sp.a. Le vote a sans surprise marqué le clivage majorité-opposition. Deux partis, ne faisant pas partie de la majorité gouvernementale, ont voté pour: le Parti Populaire et le Vlaams Belang.

Mesure phare de la vision stratégique du ministre Steven Vandeput, cette loi qui a subi des amendements suite aux recommandations du Conseil d’État n’est pas normative comme l’a précisé une nouvelle fois le député de la N-VA Peter Buysrogge lors du débat. Cela signifie donc que les crédits alloués à chaque programme doivent être inscrits annuellement dans le budget et que sa mise en place jusqu’en 2030 dépendra des législatures suivantes.

De son côté, l’opposition socialiste, farouchement contre cette loi depuis le début, a attaqué la majorité sur le dossier des pensions et parlé d:’« un mirage d’un oasis dans un désert budgétaire ». Le député Stéphane Crusnière s’est montré le plus offensif lors du débat du vote:« Les syndicats militaires ont pointé votre politique désastreuse sans précédent en matière d’investissements et de personnel (…) Le cap que vous avez pris n’est pas reflété par cette loi de programmation mais bien par votre décision unilatérale de relever l’âge de la pension des militaires de 56 à 63 ans pour 2030. » Le député André Frédéric a ensuite expliqué pourquoi le groupe socialiste voterait contre en invoquant deux arguments: l’absence d’engagement du gouvernement en faveur d’une défense européenne et le manque d’implication des Régions industrielles dans cette loi. De son côté, le cdH a estimé que le gouvernement n’avait pas cherché le consensus et que la dimension de coopération européenne était insuffisante d’où son opposition au texte.

Face aux attaques de l’opposition, la majorité gouvernementale s’est défendue notamment par l’entremise du député MR Denis Ducarme:« Cette loi de programmation militaire est la plus ambitieuse en terme d’investissements depuis la fin de la Guerre froide. Je suis surpris que vous votiez contre un investissement de plus de neuf milliards. J’espère que ce n’est pas idéologique et qu’il ne faut pas y voir une position antimilitariste dans le chef du PS », a-t-il répliqué. Le président de la Chambre Sigfried Bracke (N-VA) a marqué une volonté de changement: » Nous avons trop longtemps utilisé des plans d’investissement qui étaient ensuite amputés. La loi de programmation militaire inscrit solidement la volonté du gouvernement d’aller au bout des investissements. D’autres pays utilisent cette méthode », a-t-il notamment déclaré. « Nous nous engageons vis-à-vis des citoyens, des militaires, de nos partenaires, de notre industrie et de nos établissements scientifiques », a conclu le ministre Steven Vandeput lors du débat.

 

La loi de programmation militaire prévoit 9,2 milliards d’euros d’investissements militaires jusqu’en 2030.  Les premiers effets doivent se faire sentir à partir de 2019. Cette loi peut déjà être qualifiée d’historique, qu’elle qu’en soit la mise en place dans les législatures futures.

Débat parlementaire loi de programmation militaire (p.36)