À l’Avant-Garde a un an

Le blog À l’Avant-Garde a un an d’existence.

Le blog À l’Avant-Garde a vu le jour le 17 juillet 2016, fruit d’une initiative personnelle partant d’un constat sur l’absence d’une blogosphère spécifique en rapport avec la Défense belge à part quelques pages Facebook. Avec la mise en place de la vision stratégique, de nombreux dossiers d’investissement vont occuper l’actualité de l’armée belge ces prochaines années, une armée qui va connaître des transformations une fois de plus. Ces dossiers d’investissement ne vont pas manquer d’intéresser également les autres pays européens d’où l’intérêt de lancer un blog spécifique, un premier du genre.

Durant cette année, un peu plus de 150 articles ont été publiés. Des interviews ont pu être réalisées. Le but du blog est de proposer des articles sur des sujets plus spécifiques, qui ne sont pas forcément traités par les médias généralistes mais qui intéressent la blogosphère Défense. Il faut remercier aussi le service de presse de la Défense belge qui a immédiatement collaboré et répondu à mes demandes. C’est ainsi qu’un dossier a pu être consacré sur l’action des militaires du bataillon ISTAR lors des attentats du 22 mars 2016.

Après un an d’existence, le blog va continuer sur sa lancée pour une deuxième année en gardant le rythme et en espérant pourquoi pas enrichir ses articles selon ses moyens. Les sujets ne manquent pas mais il n’y a pas toujours le temps et il faut faire des choix.

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Cyberdéfense: L’armée belge recrute 11 spécialistes

photo DG-Com

L’armée belge commence le renforcement de sa capacité cyber militaire avec le recrutement de 11 spécialistes du monde civil.

Ces 11 spécialistes vont contribuer à la protection des réseaux militaires et des systèmes d’armes et auront pour mission de détecter des faiblesses dans les logiciels et les systèmes avec des solutions pour y remédier. Deux postes sont disponibles: cyber security expert ou cyber risk prevention expert. « Les développements technologiques rapides dans le domaine de la cyber sécurité représentent pour la Défense des défis spécifiques pour lesquels un très haut niveau d’expertise est requis », est-il précisé sur le site de la Défense. Les candidats devront passer des épreuves de sélection. Une fois recrutés, ils alterneront des formations externes avec de la pratique.

Dans les années à venir, la Défense continuera à recruter des spécialistes pour renforcer sa capacité cyber militaire. Dans la vision stratégique, une Dimension Renseignement-Cyber-Influence à part entière doit voir le jour avec un total de 1236 hommes plus des réservistes. Au sein de cette Dimension, il y aura une capacité cyber de 199 hommes avec également l’appui de réservistes spécialistes dont le rôle et le nombre reste à définir. Un investissement de 10,2 millions d’euros est prévu pour les mises à jour du Cyber Security Operations Centre (CSOC). La Défense veut notamment développer  un pilier cybernétique offensif, aujourd’hui inexistant.

L’armée belge n’a pas une bonne communication sur ses opérations à l’étranger selon certains députés socialistes

Selon certains députés socialistes, l’armée belge n’a pas une bonne communication sur ses opérations à l’étranger pour le grand public sur son site internet. Explications.

Dans une proposition de résolution, les députés socialistes Stéphane Crusnière, Sébastien Pirlot, Julie Fernandez Fernandez, Éric Thiébaud et Alain Top demandent au gouvernement fédéral de publier l’ensemble des informations publiques du plan des opérations remises à la Chambre sur le site internet de la Défense avec une actualisation des informations selon l’actualité. Ils estiment que le site internet de la Défense ne donne pas un assez bon aperçu des opérations à l’étranger de l’armée belge pour les citoyens avec une carte statique du monde et peu d’informations qui ne sont pas beaucoup actualisées. Une communication plus efficiente, sans diffuser des données confidentielles et stratégiques, doit permettre à la Défense d’éviter sa réputation de « grande muette » selon ces mêmes députés.

carte des opérations de l’armée belge sur son site officiel

Pour rebondir sur cette proposition des députés socialistes, on peut apporter des précisions à cette critique. Le site internet de la Défense belge a bien un onglet spécifique « opérations et exercices » avec un bandeau déroulant. L’aperçu général consiste en une carte avec des drapeaux fléchés sur les pays où les militaires sont présents mais sans aucune précision ne serait-ce que sur le nombre de soldats impliqués dans l’opération. D’ailleurs la description de la page opérations et entraînements semble ne pas avoir été actualisée en 2016 avec une projection pour 2017. Ainsi on peut lire:« Des militaires belges de l’Eurocorps participeront à l’EUBG pendant le second semestre 2016 ». Actuellement des militaires belges du 12/13ème de Ligne font partie de l’EUBG du premier semestre 2017 sous commandement français mais aucune mention. On sait que l’actualisation des pages dite froides d’un site internet n’est pas toujours le plus simple.

                L’accent est mis sur l’Europe et les pays de l’Est

Dans le bandeau déroulant, certaines opérations de l’armée belge parmi les plus importantes ont un onglet spécifique avec une première place accordée à la Belgique et la fameuse opération Vigilant Guardian (OVG). Il a fallu du temps avant que la Défense belge ne lui donne une place spécifique sur son site, l’onglet ayant fait son apparition courant 2016. L’opération commencée en janvier 2015 se pérennisant pour une durée indéterminée, elle y a été obligée d’autant plus qu’elle s’en sert beaucoup pour entretenir sa bonne image. On peut souligner que toutes les principales opérations de l’armée belge sont plutôt bien expliquées avec une ouverture sur des articles d’actualités. Il suffit simplement de fouiller pour n’importe qui s’y intéresse.  On peut simplement regretter l’absence de la Lituanie alors que 98 militaires belges y sont présents au moins jusqu’à juillet. Sur l’Irak, l’accent est mis exclusivement sur l’opération Desert Falcon tandis que l’opération Valiant Phoenix, consacrée à la formation des militaires irakiens, n’est pas mentionnée spécifiquement ce qui est dommage.

Ces deux dernières années, la Défense belge a fait davantage d’efforts dans sa communication numérique mais cela ne reste pas une de ses priorités. Elle manque de professionnels dans ce domaine et cela se sent dans la gestion des différents canaux numériques: réseaux sociaux et site internet. Un petit coup de modernité ne ferait pas de mal pour son image auprès du grand public et des jeunes !

82% des Belges ont confiance dans leur armée

photo Défense belge
photo Défense belge

Selon les données des Eurobaromètres, 82% des Belges ont confiance dans leur armée, une progression de 15 points en l’espace de 10 ans. La Belgique enregistre ainsi la progression la plus forte derrière la France. Ces chiffres de la Commission Européenne ont été publiés dans le dernier bulletin de l’Observatoire Économique de la Défense( ndlr: un organe du ministère français de la Défense) , mis en ligne sur le blog français Lignes de Défense.

Cette forte hausse s’explique par le contexte terroriste et les attentats survenus en Belgique le 22 mars dernier. Même controversée, l’opération Vigilant Guardian a sans aucun doute joué un rôle dans cette vision favorable des citoyens belges envers l’institution militaire. La Belgique se classe ainsi dans les 5 premiers pays européens avec le plus fort taux de confiance derrière la Finlande, la Grande-Bretagne, la France et l’Irlande. Selon ces mêmes données, cette confiance concerne majoritairement des hommes, âgés de 25-54 ans, de la classe moyenne inférieure, plutôt optimistes dans le futur de l’UE.

La Défense met ses opérations en valeur dans une vidéo

En cette fin d’année 2016, le service de communication de la Défense a tenu à mettre en valeur les différentes opérations de l’armée belge au cours de l’année écoulée dans une courte vidéo de 2’26. Le message:« notre engagement se poursuit ». Si l’accent est mis sur les opérations à l’étranger, une place est accordée à Vigilant Guardian, première opération citée avec des images des attentats du 22 mars. « La présence de la Défense à l’étranger garantit indirectement la sécurité de notre pays. Depuis que cette sécurité nationale est menacée, nos troupes sont également prêtes à défendre notre territoire », peut-on lire sur le site de la Défense.

[PERSPECTIVE] Quel visage pour l’armée belge en 2017 ?

photo Défense belge
photo Défense belge

En 2017, de nouveaux défis vont se présenter pour l’armée belge avec la mise en place progressive de la vision stratégique pour 2030. L’armée belge commence sa mutation. Tour d’horizon sur les principaux enjeux.

Un effectif en légère baisse

Comme le veut la Constitution, le gouvernement a fixé le nombre du contingent pour 2017. Le nombre maximum de militaires mobilisables a été fixé à 30.130 et devra être atteint au mois de mars. Dans les faits, l’armée belge va descendre en-dessous des 30.000 avec 29.980 militaires du cadre actif et élèves. Elle va recruter 1.160 militaires en 2017 avec une augmentation prévue les deux années suivantes (1.285 en 2018 et 1.410 en 2019) pour compenser les départs à la pension prévus au nombre de 1.709. Le but est d’atteindre progressivement 25.000 ETP dont 1.000 civils. La création du nouveau corps de sécurité entretient également le flou. 150 militaires pourraient partir pour l’intégrer. L’armée aurait alors la possibilité d’engager 285 militaires. Il en est de même pour l’élargissement des missions des sociétés de sécurité et la fin de la période d’attente de 3 ans pour les militaires voulant les intégrer. Des militaires pourraient se tourner vers le privé. D’autre part, la Défense va lancer plusieurs projets pilotes de privatisation en 2017.Cette expérimentation menacerait quelque 5 000 équivalents temps plein selon les syndicats.

photo Belga
photo Belga

Pas de grand bouleversement budgétaire

L’impact de la vision stratégique sera encore réduit pour 2017. Le gouvernement ne prévoit pas d’augmentation du budget de la Défense avant 2018/19. Le budget ne devrait donc pas trop bouger mais il va falloir tenir compte de la réforme du régime de la pension. Dans les documents officiels sur la vision stratégique, le budget des pensions est stable jusqu’en 2030 avec une très légère augmentation. La réforme devrait bouleverser ses chiffres. Il est également prévu la livraison de matériel militaire à hauteur de 5 millions d’euros. Pour respecter la trajectoire budgétaire 2017-2019, la Défense a budgétisé 400.000 jours d’entraînement intensif pour l’ensemble des activités d’entraînement. Par ailleurs, le gouvernement a décidé d’augmenter  légèrement le budget des opérations de 69 à 73 millions d’euros.

photo Fraternelle des Chasseurs Ardennais
photo Fraternelle des Chasseurs Ardennais

Une présence sur tous les théâtres d’opération

Pour 2017, les deux grosses opérations de l’armée belge resteront l’Irak et le Mali. Les F-16 belges achèveront leur mission en Jordanie au mois de juillet 2017. La Belgique fournira ensuite un détachement de 30 militaires pour la protection des avions de chasse néerlandais. En plus des 13 instructeurs déjà présents en Irak, l’armée belge va envoyer 30 militaires pour former les équipes A&A (Advice and assist) en collaboration avec les Pays-Bas.  Le gouvernement a également décidé de maintenir les 175 militaires belges au Mali jusqu’à mi-2018. L’Afghanistan n’est pas non plus à négliger puisque 75 militaires seront toujours présents dans le cadre de la mission Resolute Report de l’OTAN.  L’Europe de l’Est fera aussi partie des opérations internationales. La Belgique fournira une compagnie de transport d’environ 90 militaires entre février et fin 2017 au sein du Battle Group allemand déployé en Lituanie. La Composante Marine sera mise en contribution dans la mer Baltique dans des missions de déminage et dans la mer Méditerranée avec l’opération EUNAVFOR Med.

photo Défense belge
photo Défense belge

Quid de Vigilant Guardian ?

C’est l’inconnu. Au mois de novembre, le gouvernement a décidé de baisser progressivement le nombre des militaires dans la rue. Ils sont passés de 1.828 à 1.250. Il était même prévu que le nombre passe à 1.089 militaires lors d’une phase ultérieure mais pour l’instant ce n’est toujours pas le cas. Il faudra attendre fin décembre pour savoir combien de militaires seront déployés au mois de janvier. La création d’un nouveau corps de sécurité (genre de garde nationale) est dans les papiers du gouvernement et devrait être mis en place en 2017. Mais pour l’instant, rien ne dit qu’il sera opérationnel avant 2018. La mission des militaires dans la rue durera sans doute encore un an. L’opération Vigilant Guardian va continuer de peser sur la Composante Terre.

Les défis restent nombreux pour une armée belge en mutation mais qui restera présente sur les différents théâtres d’opération. 2017 sera une année de transition en attendant la réelle mise en place de la vision stratégique. Il faudra également suivre le dossier de la réforme des pensions et l’avancée de la première loi de programmation militaire à la Chambre bloquée pour l’instant par l’opposition.

Le blog À l’Avant-Garde rejoint le réseau Theatrum Belli

czt-sw6xcaaefzyLe blog À l’Avant-Garde est fier d’annoncer qu’il rejoint le réseau Theatrum Belli.

Le site Theatrum Belli a été créé en mars 2006 par Stéphane Gaudin. Au fil des années, il est devenu le site de référence francophone dans le domaine de la sécurité-défense et un acteur important de la recherche française. Il a aujourd’hui une reconnaissance par l’institution militaire française. Le ministère de la Défense dépose sur le site ses différents magazines officiels. Premier site consacré au monde de la Défense en France, Theatrum Belli veut créer une synergie autour des questions de défense avec différents acteurs tout en promouvant un lien Nation-Armée.

Ce partenariat permettra de valoriser la Défense belge avec un rayonnement vers la France. Merci à Stéphane Gaudin pour son intérêt pour mon travail lancé il y a quelques mois.

Voir le site: http://www.theatrum-belli.com/

Manifestation du 15 novembre : Pour les militaires et les syndicats, l’enjeu est de taille

logo-defense-belge-nov-16Le 15 novembre, jour de la fête du Roi, les militaires belges vont manifester dans la rue pour protester contre la dernière mesure du gouvernement fédéral sur la pension à l’appel des syndicats. Certains vont même se présenter aux abords de la cathédrale où aura lieu le Te Deum en présence de membres de la famille royale en tenue d’apparat avec un ruban jaune.  Alors que le ministre Steven Vandeput tente de calmer le jeu, rien ne semble pouvoir arrêter la mobilisation. Retour sur l’enjeu de la manifestation.

Le cri d’alerte des syndicats

« Celui ou celle qui déclare forfait ce mardi prochain, affaiblit notre position. Pas la position des syndicats, mais la position des militaires et celle de notre communauté ». Ces mots forts sont ceux d’Yves Huwart, responsable du syndicat militaire ACMP-CGPM, qui écrivait quelques lignes avant: « Les militaires en ont maintenant assez de cette incompétence politique à laquelle notre département, et, par extension, les militaires ainsi que leurs familles, ont a été confrontés à maintes reprises. » Le communiqué du front commun syndical ne dit pas autre chose:« Avec la prolongation brutale de la carrière des militaires, le gouvernement met maintenant en péril la Défense dans son ensemble, précisément au moment même où il ressort que la Défense doit, plus que jamais, nécessairement et urgemment rajeunir. Par conséquent, la Défense est perdue : la vision stratégique a déjà été sapée avant même sa mise en œuvre et l’impact sur la pyramide des âges est néfaste (…) La Défense bascule de cette manière dans une crise profonde. Jusqu’où ira encore le gouvernement Michel Ier ? Quelle reconnaissance, quelle loyauté accorder aux militaires ? Qui nourrit un intérêt personnel à ce que disparaisse le dernier ciment de la Belgique ? » Le ton est donné. Pendant ce temps les politiques belges, réagissant à l’élection de Donald Trump, réclament une défense européenne plus forte…de quoi évidemment sourire et prêter facilement le flanc à l’ironie !

La colère des militaires est totale et généralisée

Au-delà de manifester contre le rallongement de l’âge de la pension, les militaires et les syndicats veulent tout simplement défendre l’avenir de la Défense et envoyer un message fort au monde politique dans son ensemble mais aussi à leurs concitoyens. Ils ne peuvent plus se taire et subir en silence. C’est ainsi qu’on a vu apparaître sur Facebook des avatars avec le logo de la Défense barré par le ruban du deuil. Les réseaux sociaux officiels de la Défense se sont emparés du sujet et si la page Facebook de la Défense est beaucoup plus réservée et neutre, cela l’est beaucoup pour moins pour celle de la Composante Terre. « Nous soutenons les militaires qui participeront ce mardi 15 novembre à la manifestation organisée par les syndicats représentatifs. Et tous les autres, qui n’iront pas manifester », peut-on notamment lire dans un post qui donne les raisons de la manifestation. C’est à moitié étonnant quand on sait que la Composante Terre est celle qui a le plus souffert des restructurations et des restrictions budgétaires, plus que toutes les autres Composantes, et qu’elle a été mise à rude épreuve avec l’opération Vigilant Guardian. Certains militaires n’ont pas hésité à briser le droit de réserve pour s’exprimer dans les médias que ce soit sur RTL-TVI ou sur BX1. Le ras-le-bol est à son comble et la confiance envers les politiques est totalement rompue. Les syndicats espèrent entre 5.000 et 10.000 manifestants, un chiffre qui serait conséquent alors que l’armée belge compte environ 30.000 hommes.

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Steven Vandeput tente de calmer le jeu

En face, le monde politique semble pour  l’instant totalement insensible aux revendications des militaires. La Défense intéresse peu. Seul le ministre de la Défense, Steven Vandeput, s’est longuement exprimé dans une lettre ouverte publiée sur son site officiel, sans doute un moyen de calmer le jeu tout en voulant contrer la mobilisation en faisant appel à la loyauté des militaires. Il explique notamment que la mesure était inévitable: « C’est une décision utile et nécessaire, qui offre une réponse aux défis sociétaux. Les défis budgétaires à long terme et le fait que nous vivons tous plus longtemps, impliquent  que nous allons tous devoir travailler plus longtemps – aussi bien les collaborateurs du secteur privé, que les fonctionnaires et le personnel militaire. »Il reste cependant évasif sur les conséquences réelles que la réforme aura sur le département et notamment sur la mise en place de la vision stratégique. Une étude doit être effectuée pour cela. La fin de sa lettre s’adresse directement aux militaires:« Vous avez, cependant, une forte dose d’idéalisme qui vous donne envie de travailler pour votre pays et la communauté. J’espère pouvoir continuer à compter sur cet engagement. » Le ministre doit également recevoir les syndicats demain en marge de la manifestation.

Inédite, significative, cette manifestation va être scrutée par tous les médias du pays, voir au-delà des frontières, et c’est bien tout là l’enjeu. Rendre médiatique la colère des militaires et les revendications du monde de la Défense, une Défense qui voit son avenir s’assombrir et être de plus en plus incertain, tout en affichant un front commun uni. C’est ce qui explique que les syndicats ont demandé aux manifestants de manifester avec dignité, craignant les débordements. Ils aimeraient bien rallier les citoyens à leur cause dans un mouvement d’unité nationale et également toucher la famille royale, notamment le Roi Philippe commandant en chef des Forces armées. La manifestation du 15 novembre est plus que jamais cruciale pour la communauté militaire belge et son avenir !

La première loi de programmation militaire de l’histoire belge a été déposée à la Chambre

chambre-des-representants-belgiqueLa première loi de programmation militaire de l’histoire de la Belgique a été déposée à la Chambre le 7 novembre dernier par le gouvernement. Après s’être fait attendre, l’avant-projet de loi avait été présenté et approuvé par le Conseil des Ministres le 20 octobre dernier. Cette loi de programmation militaire doit consolider les investissements belges en Défense sur la période de 2016 à 2030 et ouvrir un débat parlementaire sur la politique de Défense que veut avoir la Belgique.

Une déclinaison de la vision stratégique de la Défense pour 2030

 La vision stratégique de la Défense pour 2030 est un des chevaux de bataille du ministre Steven Vandeput depuis le début de son mandat. Il a fallu du temps avant que le document de synthèse ne soit présenté le 29 juin dernier au Conseil des Ministres. Cet investissement en matière de Défense a été conforté par la note de politique générale du gouvernement fédéral lors de la rentrée parlementaire en octobre 2016. « La Défense constitue une mission essentielle du gouvernement. Investir dans l’armée d’aujourd’hui et de demain, c’est investir dans la sécurité de notre société, la liberté, le bien-être et la prospérité de tous nos compatriotes », peut-on notamment y lire. Les premiers effets de cette réforme doivent avoir lieu en 2017. Le plan se décline en deux parties : un premier investissement de 200 millions d’euros pour stabiliser les efforts budgétaires en matière de Défense en 2017 puis des achats en matériel à hauteur de 9,2 milliards d’euros entre 2020 et 2030. Les économies budgétaires vont se faire en partie sur le personnel puisque les effectifs vont passer à 25.000 ETP et que l’État-Major va être réorganisé ainsi que sur certains bâtiments puisque on annonce de nouvelles fermetures de casernes.

Un détail des achats de matériel

La loi de programmation militaire est présentée conjointement par le Roi Philippe, le Premier ministre Charles Michel et le ministre de la Défense Steven Vandeput. Les chiffres sont ceux déjà présentés dans la vision stratégique de la Défense pour 2030. Ils se basent sur le cours de l’euro en 2015 et peuvent donc évoluer. Ces investissements vont être contrôlés et suivis par la Commission parlementaire pour les Achats et les Ventes militaires avec notamment un état des lieux annuel. Il n’y a pas de date exacte pour la livraison des nouveaux matériels car certains achats se feront en coopération avec les autres pays du Benelux. En annexe de la loi, sont détaillés les investissements et les achats avec des dates à titre indicatif. La flotte de véhicules de la Composante Terre va être renouvelée telle que les Unimog ainsi que des équipements annexes (radars, parachutes, radios, équipements d’entraînement etc).  Du côté de la Composante Air, on a le fameux dossier du remplacement des F-16, le plus gros investissement pour 3,5 milliards d’euros. La Composante Marine va être dotée de 2 nouvelles frégates, achat sans doute groupé avec la Hollande comme annoncé dans la presse, de 6 nouveaux navires de lutte contre les mines ainsi que 2 hélicoptères de frégate. Tous les détails des achats de matériel peuvent se trouver ci-dessous.

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Les premiers investissements vont être légers pour 2017. Les plus gros arriveront à partir de 2018/19. Il ne faut pas sous-estimer le fait que tous ses investissements ne se feront pas que sous cette législature mais qu’ils devront être assumés par les autres gouvernements. D’autre part, la dernière décision du gouvernement sur la réforme de la pension pourrait mettre en difficulté l’équilibre budgétaire de la Défense et avoir une incidence sur la vision stratégique pour 2030 alors que le coût des pensions est déjà important dans le budget de la Défense.

 

Un syndicaliste dit son inquiétude sur l’avenir de la Défense et sa perte de confiance envers le gouvernement

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capture d’écran RTBF

Patrick Descy, secrétaire permanent CGSP-Défense,  s’est fait le porte-voix du désarroi de certains militaires face à la dernière décision du gouvernement sur l’âge de la pension militaire dans une carte blanche dans le quotidien Le Soir.

Sur le fond, il ne conteste pas formellement cette décision mais est critique sur son manque de clarté d’où le désarroi alors que les premiers signaux du gouvernement fédéral envers le gouvernement fédéral avaient été positifs:« Bercés par la promesse d’un avenir meilleur officialisée cet été suite à la vision stratégique du ministre Vandeput, de nombreux militaires se sentent trahis, car le manque de lisibilité des mesures décidées et les contradictions qu’elles induisent laissent place à un manque de confiance énorme envers nos décideurs politiques. » Pour Patrick Descy, la situation est grave car la manifestation de militaires n’est en rien normale mais elle est cependant nécessaire car la Défense belge n’a cessé de s’éroder.

« Le général Compernol, nouveau chef de la Défense, rappelait récemment que ces quinze dernières années, il n’est pas une armée au monde qui a dû faire preuve de plus d’imagination que la nôtre pour augmenter son efficience, pour faire plus avec moins, pour utiliser de manière optimale ses faibles moyens et pour continuer à former des militaires prêts à défendre nos valeurs », écrit-il notamment. S’il reconnait que la Belgique n’est pas le seul pays de l’OTAN à avoir baissé ses dépenses militaires ces dernières années, il souligne qu’elle est un très mauvais élève et qu’elle se classe parmi les derniers avec la maxime: faire plus avec moins.

Patrick Descy souligne que la défiance vis-à-vis des politiques est latente et qu’il y a un besoin de recréer un lien de confiance. Cela passe par une meilleure connaissance du monde de la Défense par les politiques. La dernière décision du gouvernement en est une illustration:« Quelle confiance peut-on donner à des dirigeants politiques qui officialisent une vision stratégique sur le futur de la Défense cet été et qui la mettent à mal deux mois plus tard ? », ajoutant « comment disposer d’un outil de Défense performant dans le futur ? Comment rajeunir la pyramide des âges ? De quel budget la Défense va-t-elle pouvoir disposer pour mener ses tâches à bien ? » Autant de questions inquiétantes et pour l’instant sans réponse !

En conclusion, Patrick Descy lance un appel au gouvernement pour qu’il ait un message fort pour les militaires:« En vue d’une bonne gouvernance pour la Défense, nous demandons instamment au gouvernement de sortir de l’amateurisme, de répondre à la grande inquiétude humaine qu’il a créée et de retrouver le chemin de la cohérence, afin de regagner un minimum de confiance de la part de l’ensemble du personnel et une lueur d’espoir pour l’avenir de ce Département ! » Sera-t-il entendu ? En tout sa carte blanche illustre bien la rupture qui s’est créée entre le gouvernement et les militaires, ces derniers jours !