Le Général-major Marc Thys sera le nouveau chef de la Composante Terre

photo prodef.be

Le Général-major Marc Thys sera le nouveau chef de la Composante Terre à partir du 23 mars, a annoncé la Défense aujourd’hui.

Nommé à la tête de la MINUSMA (United Nations Multidimensional Integrated Stabilization Mission in Mali), l’actuel chef de la Composante Terre Jean-Paul Deconinck va quitter ses fonctions ce jeudi 23 mars lors d’une cérémonie de passation de pouvoir. Son dernier geste à cette occasion sera de remercier les militaires des Composantes Terre, Air et Médicale pour leur implication dans l’opération Vigilant Guardian. Durant son mandat, il a d’ailleurs régulièrement critiqué l’opération Vigilant Guardian via des mises en garde sur une perte de compétences opérationnelles et une génération perdue d’officiers et sous-officiers. Il a également pris position contre la dernière mesure du gouvernement sur la réforme de la pension militaire. Il était arrivé à la tête de la Composante Terre le 30 septembre 2014.

Le Général-major Marc Thys était jusqu’alors chef de la Division Systèmes de la Direction Générale des Ressources Matérielles. « Il reprend une Composante Terre à l’agenda chargé en raison des grandes opérations à l’intérieur et à l’extérieur du pays », précise la Défense.

Un Belge à la tête de la MINUSMA

general-deconinckLe général belge Jean-Paul Deconinck a été désigné jeudi comme prochain commandant de la force (militaire) de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (Minusma), la quatrième plus importante force de maintien de la paix onusienne dans le monde, a-t-on appris de sources concordantes.

Le général-major Deconinck, qui commande actuellement la composante Terre de l’armée belge, devrait prendre ses fonctions à Bamako à la mi-mars. Sa candidature a franchi toute les étapes de la sélection organisée par le département des opérations de maintien de la paix (DPKO) avant d’être approuvée par le Conseil de sécurité de l’ONU et le secrétaire général des Nations unies, Antonio Gutteres. Sa nomination à la tête de la Minusma devrait être avalisée vendredi matin par le gouvernement belge lors d’un conseil des ministres électronique et annoncée par communiqué, selon une bonne source.

Présente au Mali depuis avril 2013, la Minusma dispose d’effectifs s’élevant à 13.456 personnes, dont 10.763 militaires, 36 observateurs et 1.258 policiers pour la composante militaire. Elle est considérée comme la mission de l’ONU la plus dangereuse au monde depuis la Somalie en 1993-1995. Elle est la cible d’attaques régulières menées par des djihadistes, avec plus de 70 Casques bleus tués lors d’attaques et un bilan total de 114 morts depuis son déploiement.

Source: Belga

Le ministre Steven Vandeput lance son premier projet pilote de privatisation au Quartier Hemptinne à Heverlee

photo RTL-Info
photo RTL-Info

Le Conseil des ministres a approuvé vendredi la procédure de marché public pour l’externalisation du service de garde du Quartier Hemptinne à Heverlee. Ce marché public a pour but de faire assurer le service de garde par une firme privée de gardiennage avec la mise en place de personnel et de moyens techniques (caméras, systèmes de détection et de contrôle d’accès). C’est le premier projet pilote d’outsourcing lancé par le ministre Steven Vandeput dans le cadre de la vision stratégique.

La vision stratégique du ministre Vandeput prévoit le passage d’une armée de 30.000 à 25.000 hommes avec une baisse évolutive jusqu’en 2030. Le recours à des partenaires privés ou publics va compenser cette perte de 5.000 hommes. Dans un communiqué, le ministre rappelle que: »l’externalisation de tâches de soutien permettra à la Défense de se concentrer sur son cœur de métier », précisant: « Laissez faire la garde par un partenaire privé signifie que plus de soldats sont disponibles pour les opérations, tandis que les coûts pour la garde baisseront. »  L’outsourcing concerne des métiers de cuisine, horeca, la protection de caserne. La vision stratégique souligne toutefois que le coût sera élevé pour le démarrage de ces initiatives. Il se chiffrerait à quelque dizaines de millions d’euros.

La Défense fait déjà appel à des prestations de services venant du marché civil pour les services facilitaires (maintenance d’installations techniques, le nettoyage, l’entretien de jardin), la « flotte blanche » (Airbus A321), le transport commercial (taxis à Bruxelles, leasing de véhicules utilitaires), développement de software, matériel informatique, les soins de santé primaire, ainsi que l’entretien (navires, avions et véhicules utilitaires).

Dans cette optique de sous-traitance, le ministère de la Défense voulait lancer plusieurs projets pilotes au cours de la première moitié de l’année 2017 pour un coût de 3 millions d’euros avec l’objectif d’en tirer des enseignements d’ici 2018. Le service de garde du Quartier Hemptinne en est le premier. Le contrat aura une durée de quatre ans avec une prolongation possible d’un an. En cas de succès, la privatisation du service de garde pourrait être étendue à d’autres quartiers.

Le Quartier Hemptinne accueille plusieurs unités de la Composante Terre: les Special Forces Group (SF Gp), le bataillon de Chasseurs à Cheval (ISTAR), l’Information Operations Group. Le 30 novembre 2015, une intrusion y avait été constatée avec la découverte d’un dispositif explosif (bouteilles de type « cocktail Molotov ») à proximité de véhicules militaires, provoquant une brève évacuation et l’intervention des services de déminage.

Attaque au Louvre : Le message de soutien de la Composante Terre aux militaires français

Hier, un individu a attaqué au musée du Louvre des militaires français de l’opération Sentinelle appartenant au 1er RCP, avec deux machettes, en blessant deux dont un à la tête. Il a été grièvement blessé par la patrouille qui a fait feu.

La Composante Terre a envoyé un message de soutien aux « collègues français »  sur ses réseaux sociaux (Twitter et Facebook). Actuellement 1.200 militaires belges, dont une grande majorité de la Composante Terre, patrouillent toujours sur le territoire belge dans le cadre de l’opération Vigilant Guardian, un équivalent de l’opération Sentinelle. Le gouvernement fédéral l’a récemment prolongée pour une durée d’un mois.

 

Le 12/13 de Ligne intègre la Brigade Médium

Le lieutenant-colonel Manuel Monin, chef de corps du 12/13 de Ligne lors de la cérémonie militaire d'accueil (photo Brigade Médium)
Le lieutenant-colonel Manuel Monin, chef de corps du 12/13 de Ligne, lors de la cérémonie militaire d’accueil (photo Brigade Médium)

Depuis le 1er janvier 2017, le bataillon d’infanterie légère le 12/13ème de Ligne a intégré la Brigade Médium. La cérémonie militaire d’accueil avait lieu le 27 janvier dernier à Bourg-Léopold au quartier général de la Brigade Médium. C’est le premier pas vers la prochaine réorganisation de la Composante Terre dans le cadre de la mise en place de la vision stratégique du ministre Vandeput.

La Brigade Médium est désormais composée de 3 bataillons de manœuvre médians et de 2 bataillons de manœuvre légers. Le 12/13ème de Ligne rejoint ainsi le bataillon Carabiniers Prince Baudouin-Grenadiers, le bataillon Libération-5 de Ligne, le bataillon de Chasseurs Ardennais et le 1/3 bataillon de Lanciers. Dans la vision stratégique du ministre Vandeput, la Composante Terre doit se doter d’une capacité motorisée interarmes construite autour de 5 bataillons de manœuvre motorisés, qui seront équipés de manière uniforme et complète, avec des éléments combat support (artillerie, génie, ISTAR), des éléments combat service support (logistique, appui médical, moyens de commandement et de communication). La Belgique a l’ambition de fournir de façon illimitée un Battlegroup interarmes de 800 à 1.200 hommes pour des opérations de gestion de crise. La vision stratégique met l’accent sur le concept interarmes, qui doit permettre un déploiement rapide avec une meilleure efficacité.

Depuis 2011, le 12/13 de Ligne faisait partie de la Brigade légère. L’année 2011 avait vu également de profonds changements au sein de la Composante Terre avec la dissolution de la 7ème brigade de Marche-en-Famenne et d’autres unités dans le cadre du plan de « finalisation de la transformation » du ministre de la Défense de l’époque, Pieter de Crem. Les deux brigades actuelles de la Composante Terre avaient été créées à cette époque. Dans le cadre de la mise en place de la vision stratégique du ministre Vandeput, la Brigade légère va également connaître des transformations avec le renforcement des Forces Spéciales et la création d’une capacité SOF (Special Operations Forces).

Du changement à la tête de la Brigade Médium

photo Brigade Médium
photo Brigade Médium

La Brigade Médiane a un nouveau commandant avec l’arrivée du lieutenant-colonel Francis Legein qui prend la succession du lieutenant-colonel Tom Laurent. Cette passation de pouvoir s’est effectuée en présence du commandant de la Composante Terre, le général Jean-Paul Deconinck.

Entré à l’École Royale Militaire en 1989, le lieutenant-colonel Francis Legein a fait une partie de sa carrière militaire au 1er régiment de Chasseurs à Cheval (aujourd’hui bataillon de Chasseurs à Cheval) et a participé à une mission au Kosovo en 2003. Il a également occupé une fonction d’officier d’état-major à l’Eurocorps de 2012 à 2015. Depuis août 2015, il occupait un poste au Quartier général de la Composante Terre et travaillait sur un projet de numérisation de la chaîne de commandement.

Le lieutenant-colonel Tom Laurent avait pris la tête de la brigade en 2016.

Deux ans de Vigilant Guardian : Histoire d’une opération « inédite » de l’armée belge depuis 39-45

Les premiers Chasseurs Ardennais de l'opération Vigilant en mission à Bruxelles le 17 janvier 2015 (photo Daniel Orban / BE Defense)
Les premiers Chasseurs ardennais de l’opération Vigilant Guardian en mission à Bruxelles le 17 janvier 2015 (photo Daniel Orban / BE Defense)

Depuis le 17 janvier 2015, les militaires belges sont déployés dans les villes belges dans le cadre de l’opération Vigilant Guardian ou Homeland. Retour sur un engagement inédit des forces armées belges depuis la Seconde Guerre mondiale.

Les attentats de Charlie Hebdo en France le 7 janvier 2015 ont donné l’opération Sentinelle. Mais ils vont également avoir des conséquences en Belgique où le gouvernement Charles Michel décide de prendre des mesures contre le terrorisme dont le déploiement de militaires en soutien à la Police fédérale selon les demandes. D’abord temporaire, ce déploiement inédit ne va jamais s’arrêter en deux ans, au point de faire désormais partie du paysage belge à Bruxelles, Liège ou Anvers. Il va prendre le nom d’opération Vigilant Guardian ou parfois Homeland avec des évolutions durant les deux ans.

Au commencement de l’opération

Le 17 janvier 2015 à 7H du matin, les 150 premiers militaires belges, Chasseurs ardennais et parachutistes du 3ème Bataillon, se déploient à Bruxelles et à Anvers pour des missions de surveillance statique. La veille, le gouvernement a décidé de leur déploiement lors d’un Conseil des Ministres suite au relèvement du niveau de menace à 3 par l’OCAM (Organe de coordination pour l’analyse de la menace). Ils pourront être au maximum 300 pour sécuriser des lieux sensibles et soulager la Police fédérale. Très vite, d’autres villes demandent également un renfort militaire comme Liège le 20 janvier, qui en obtient 25 en provenance du 12/13ème de Ligne de Spa. Des Lignards sont également présents à Huy et à Verviers. Les premiers chiffres communiqués après une semaine sont les suivants : 120 à Bruxelles, 120 à Anvers et 55 en province de Liège. D’autres villes ne veulent pas de militaires comme Gand et Malines. Le 24 janvier, le ministre Steven Vandeput communique sur le déploiement temporaire de militaires pour des missions de sécurité statique à l’appui et sous le commandement de la police. Mais pas de présence militaire dans les aéroports et les gares et il n’est pas question de patrouiller. Le 23 janvier 2015, la Défense écrit sur son site : « Les militaires mettent ainsi quelques activités et exercices entre parenthèses pendant un mois afin d’assurer leur service d’aide à la nation. » (sic !) Ce dispositif, qualifié d’exceptionnel en réponse à un besoin immédiat et urgent, doit durer un mois mais peut-être prolongé…C’est le début de l’opération Vigilant Guardian !

Première vidéo produite par la Défense belge sur l’opération Vigilant Guardian, encore temporaire à ce moment

Les militaires sont sous commandement policier et répondent à une demande spécifique (photo Daniel Orban / BE Defense)
Les militaires sont sous commandement policier et répondent à une demande spécifique (photo Daniel Orban / BE Defense)

De 200 à 1828 militaires dans les rues

Le nombre des militaires n’a cessé de varier en deux ans. Durant les premiers mois, leur nombre se stabilise autour de 200 et la mission des militaires est régulièrement prolongée. On atteint un premier pic à la fin du mois de novembre après les attentats de Paris du 13 novembre 2015. L’OCAM relève le niveau de menace à 4 à Bruxelles. Pendant le week-end du 21-22 novembre 2015, Bruxelles est en état de siège et les transports publics sont fermés tout comme les écoles, une menace d’attentat étant imminente selon le gouvernement fédéral. La situation revient peu à peu à la normale à partir du 25 novembre.  Durant cette période, le déploiement militaire est important au nombre de 1428[1]. Au mois de décembre 2015, leur nombre redescend à 700 mais la hausse est significative. Fin janvier 2016, le déploiement est de 1000 dont 700 visibles dans les rues. À partir du 5 mars, ils sont 40 de plus en charge de surveiller les centrales nucléaires. Les attentats du 22 mars vont changer à nouveau la donne. D’avril 2016 jusqu’à courant novembre 2016, ils sont au nombre de 1828. Depuis le 3 janvier 2017, ils sont désormais 1250 dans les rues avec une marge de sécurité de 150. Lors d’une phase ultérieure, leur nombre pourrait baisser à 1089.

Des militaires de l'opération Spring Guardian (photo Daniel Orban/BE Defense)
Des militaires de l’opération Spring Guardian (photo Daniel Orban/BE Defense)

Une opération qui a évolué

La mission des militaires belges a connu des évolutions. Désormais les militaires patrouillent dans les rues et sont présents dans les gares et les aéroports mais aussi les centres commerciaux et ce dès fin 2015. L’opération a pris le nom de Vigilant Guardian ou OVG durant les premiers mois mais il est aussi commun de l’appeler Homeland.  Au mois de mars 2016 après les attentats, la protection spécifique des centrales nucléaires (Fleurus, Tihange, Doel, et Mol-Dessel) par les militaires au nombre de 140 donne le nom de Spring Guardian et devient une opération à part entière moins connue mais toujours en cours. Opération sans date précise de fin, elle a été sujette à des débats quant aux règles d’engagement des militaires, qui n’ont jamais vraiment été rendues publiques, ouvrant la porte à des polémiques comme celles des fouilles non légales en avril 2016. Dès le début du déploiement, la Défense avait précisé qu’elle était là en appui de la Police fédérale et que les militaires n’effectueraient pas de contrôles d’identité. En novembre 2015, l’ex-patron de l’armée le général Gerard Van Caelenberge rappelait aux syndicats que les militaires étaient soumis à la législation belge en matière de légitime défense et qu’ils ne pouvaient faire usage de la force létale pour protéger des biens ou des bâtiments. De son côté, le ministère a toujours assuré que les militaires étaient au courant des règles d’engagement spécifiques, qui leur permettent de réagir adéquatement selon les menaces. Pour l’instant, les militaires belges n’ont jamais eu à faire usage de leurs armes. La collaboration avec la police a toujours été optimale et les relations sont bonnes. Quelques incidents avec des citoyens ont été parfois signalés mais ce sont des cas vraiment isolés et sans gravité.

Les véhicules militaires font aussi partie du paysage de Vigilant Guardian (photo Daniel Orban/BE Defense)
Les véhicules militaires font aussi partie du paysage de Vigilant Guardian (photo Daniel Orban/BE Defense)

Un coût financier conséquent partagé entre la Défense et l’Intérieur

Le coût de l’opération n’a cessé de grimper, les frais se partageant entre la Défense et l’Intérieur. « La Défense prendra en charge les coûts liés au personnel. Les frais supplémentaires seront à charge de la Police Fédérale », indiquait la Défense le 1er jour du déploiement. Le coût des neuf premiers mois avait été estimé à 10 millions d’euros, i-e pendant les mois de déploiement minimum de militaires avant que l’opération ne prenne de l’ampleur. André Dumoulin, dans un article dans la Revue Défense Nationale, donne un chiffre de 18,2 millions d’euros pour 2015. En 2016, le coût global a été au moins multiplié par sept par rapport à 2015 selon des estimations (34 millions d’euros pour le premier trimestre 2016). En novembre 2015, le gouvernement belge avait débloqué 400 millions d’euros pour lutter contre le radicalisme et le terrorisme. Une partie des 50 millions d’euros restants (21 millions d’euros) ont été attribués à Vigilant Guardian en juillet 2016.

La Composante Air a aussi apporté sa contribution (photo Composante Air)
La Composante Air a aussi apporté sa contribution (photo Composante Air)

Une opération en débat au sein de la Défense

L’opération n’a pas manqué de susciter des débats surtout quand tout le monde a compris qu’elle allait durer. Dans un premier temps, les militaires participant à l’opération étaient enthousiastes. Au fil des mois, cet enthousiasme n’a plus été pareil même si le professionnalisme est toujours là. L’opération pèse lourdement sur la Composante Terre, qui a dû puiser dans des unités de logistique pour faire face à la demande. Les Composantes Air et Médicale ont également apporté leur contribution. Des exercices, parfois majeurs, ont dû être annulés ou interrompus comme cela a été le cas fin novembre 2015. Dès le mois d’octobre 2015, le général Jean-Paul Deconinck, patron de la Composante Terre, mettait en garde et estimait qu’on avait atteint les limites du système, une mise en garde répétée en décembre 2015. En avril 2016, une source militaire indiquait à l’agence Belga que la mobilisation de plus d’un millier de soldats n’était tenable que pendant quelques semaines. Plus de six mois après, ils sont toujours plus d’un millier dans la rue. Récemment le général Marc Compernol, patron de la Défense, déclarait également craindre une perte de compétences, parlant d’une génération perdue. Pourtant l’armée n’a cessé de s’adapter au fur et à mesure de l’ampleur prise par Vigilant Guardian. De son côté, l’ex-patron de l’armée le général Gerard Van Caelenberge, espérait que l’opération permettrait de monter l’utilité de l’armée aux politiques avec l’espoir d’une revalorisation budgétaire. Peine sans doute perdue au regard des signaux donnés dernièrement par le gouvernement. Néanmoins, d’autres membres d’état-major ne sont pas aussi pessimistes, étant favorables à l’opération car elle donne une meilleure image de l’armée aux citoyens. On peut citer le cas du colonel Jean-Louis Crucifix, commandant militaire de la province de Liège, qui a soutenu et défendu à plusieurs reprises l’utilité de l’opération Vigilant Guardian.

L'armée communique beaucoup sur l'opération (photo FB bataillon Libération-5ème de Ligne)
L’armée communique beaucoup sur l’opération (photo FB bataillon Libération-5ème de Ligne)

Une meilleure visibilité médiatique pour l’armée

L’opération a toujours joui d’une certaine côte de popularité auprès de l’opinion publique. Deux jours après le début de l’opération, un sondage RTL-Ipsos-Le Soir indiquait que 72% des Belges étaient favorables à une présence militaire dans les rues. La Défense a beaucoup communiqué à ce sujet, profitant d’une exposition médiatique plus forte. Cet état de temporaire qui dure ne facilite pas forcément une meilleure approche du citoyen envers la mission du militaire alors que l’opération est présentée comme une des solutions face au terrorisme par les politiques, qui s’expriment d’ailleurs peu sur le sujet. L’opération reste parfois source d’une certaine incompréhension. La difficulté sera de trouver la solution pour y mettre fin pour sortir de l’impasse sans perdre la face. La création d’un corps de sécurité spécifique est à l’étude par le gouvernement et en projet mais il faudra un peu attendre avant qu’il ne voit le jour.

Les militaires, qui ont été déployés dans les rues le 17 janvier 2015, ne pensaient pas être les premiers d’une longue série toujours en cours deux ans après. Pris dans l’engrenage, le gouvernement n’a cessé de la prolonger. L’opération Vigilant Guardian a obligé l’armée belge à s’adapter et elle reste un vrai défi pour les mois à venir. Elle n’a cessé d’alimenter le débat politique, médiatique et militaire avec plus ou moins d’intensité. Il n’en reste pas moins qu’elle est devenue une opération à part entière de la Défense belge. Le ministère réfléchit d’ailleurs à la mise en place d’une médaille ou d’une décoration pour les militaires qui y ont pris part, une juste récompense !

[1] À ce sujet, lire l’excellent article de Nicolas Gros-Verheyde sur Bruxelles2 https://www.bruxelles2.eu/2015/11/22/et-bruxelles-devint-noire/

[PERSPECTIVE] Quel visage pour l’armée belge en 2017 ?

photo Défense belge
photo Défense belge

En 2017, de nouveaux défis vont se présenter pour l’armée belge avec la mise en place progressive de la vision stratégique pour 2030. L’armée belge commence sa mutation. Tour d’horizon sur les principaux enjeux.

Un effectif en légère baisse

Comme le veut la Constitution, le gouvernement a fixé le nombre du contingent pour 2017. Le nombre maximum de militaires mobilisables a été fixé à 30.130 et devra être atteint au mois de mars. Dans les faits, l’armée belge va descendre en-dessous des 30.000 avec 29.980 militaires du cadre actif et élèves. Elle va recruter 1.160 militaires en 2017 avec une augmentation prévue les deux années suivantes (1.285 en 2018 et 1.410 en 2019) pour compenser les départs à la pension prévus au nombre de 1.709. Le but est d’atteindre progressivement 25.000 ETP dont 1.000 civils. La création du nouveau corps de sécurité entretient également le flou. 150 militaires pourraient partir pour l’intégrer. L’armée aurait alors la possibilité d’engager 285 militaires. Il en est de même pour l’élargissement des missions des sociétés de sécurité et la fin de la période d’attente de 3 ans pour les militaires voulant les intégrer. Des militaires pourraient se tourner vers le privé. D’autre part, la Défense va lancer plusieurs projets pilotes de privatisation en 2017.Cette expérimentation menacerait quelque 5 000 équivalents temps plein selon les syndicats.

photo Belga
photo Belga

Pas de grand bouleversement budgétaire

L’impact de la vision stratégique sera encore réduit pour 2017. Le gouvernement ne prévoit pas d’augmentation du budget de la Défense avant 2018/19. Le budget ne devrait donc pas trop bouger mais il va falloir tenir compte de la réforme du régime de la pension. Dans les documents officiels sur la vision stratégique, le budget des pensions est stable jusqu’en 2030 avec une très légère augmentation. La réforme devrait bouleverser ses chiffres. Il est également prévu la livraison de matériel militaire à hauteur de 5 millions d’euros. Pour respecter la trajectoire budgétaire 2017-2019, la Défense a budgétisé 400.000 jours d’entraînement intensif pour l’ensemble des activités d’entraînement. Par ailleurs, le gouvernement a décidé d’augmenter  légèrement le budget des opérations de 69 à 73 millions d’euros.

photo Fraternelle des Chasseurs Ardennais
photo Fraternelle des Chasseurs Ardennais

Une présence sur tous les théâtres d’opération

Pour 2017, les deux grosses opérations de l’armée belge resteront l’Irak et le Mali. Les F-16 belges achèveront leur mission en Jordanie au mois de juillet 2017. La Belgique fournira ensuite un détachement de 30 militaires pour la protection des avions de chasse néerlandais. En plus des 13 instructeurs déjà présents en Irak, l’armée belge va envoyer 30 militaires pour former les équipes A&A (Advice and assist) en collaboration avec les Pays-Bas.  Le gouvernement a également décidé de maintenir les 175 militaires belges au Mali jusqu’à mi-2018. L’Afghanistan n’est pas non plus à négliger puisque 75 militaires seront toujours présents dans le cadre de la mission Resolute Report de l’OTAN.  L’Europe de l’Est fera aussi partie des opérations internationales. La Belgique fournira une compagnie de transport d’environ 90 militaires entre février et fin 2017 au sein du Battle Group allemand déployé en Lituanie. La Composante Marine sera mise en contribution dans la mer Baltique dans des missions de déminage et dans la mer Méditerranée avec l’opération EUNAVFOR Med.

photo Défense belge
photo Défense belge

Quid de Vigilant Guardian ?

C’est l’inconnu. Au mois de novembre, le gouvernement a décidé de baisser progressivement le nombre des militaires dans la rue. Ils sont passés de 1.828 à 1.250. Il était même prévu que le nombre passe à 1.089 militaires lors d’une phase ultérieure mais pour l’instant ce n’est toujours pas le cas. Il faudra attendre fin décembre pour savoir combien de militaires seront déployés au mois de janvier. La création d’un nouveau corps de sécurité (genre de garde nationale) est dans les papiers du gouvernement et devrait être mis en place en 2017. Mais pour l’instant, rien ne dit qu’il sera opérationnel avant 2018. La mission des militaires dans la rue durera sans doute encore un an. L’opération Vigilant Guardian va continuer de peser sur la Composante Terre.

Les défis restent nombreux pour une armée belge en mutation mais qui restera présente sur les différents théâtres d’opération. 2017 sera une année de transition en attendant la réelle mise en place de la vision stratégique. Il faudra également suivre le dossier de la réforme des pensions et l’avancée de la première loi de programmation militaire à la Chambre bloquée pour l’instant par l’opposition.

Le Mali, nouvelle opération-vitrine de l’armée belge

Photo Daniel Orban/BE Defence
Photo Daniel Orban/BE Defence

Le gouvernement a approuvé dernièrement les opérations pour 2017 de l’armée belge avec une légère augmentation du budget (de 69 à 73 millions d’euros). Parmi la liste des opérations, une retient plus particulièrement avec l’EUTM Mali dont la Belgique assurera le commandement jusqu’à mi-juillet 2018. La Belgique va donc rester deux ans au Mali avec 175 militaires. Elle reste l’opération-vitrine d’une armée belge qui veut rester crédible avec ses partenaires malgré des moyens réduits.

Pourquoi ?

Si on exclut l’opération Vigilant Guardian sur le territoire national, l’autre opération-phare de l’armée belge est son implication dans la lutte contre l’EI en Irak que ce soit par des frappes ou que ce soit par l’envoi d’instructeurs. Mais elle n’a pas la même couverture par la communication de la Défense pour deux raisons. De un, la Défense et le gouvernement communiquent de façon très discrète sur l’opération Desert Falcon pour des raisons de sécurité selon les arguments avancés. La Belgique est le pays le moins transparent de la coalition internationale quant à ses actions sur le sol irakien. De deux, elle coopère avec les Pays-Bas et ne mène pas seule ses actions. Le choix du Mali est le plus pertinent.

L’histoire de la prise de commandement belge au Mali

Au mois de février dernier, le gouvernement belge approuve le prolongement de la participation belge à l’EUTM Mali et le ministre Steven Vandeput annonce que la Belgique en prendra le commandement à partir du mois de juillet pour une durée d’un an portant le nombre de militaires belges à 175. Cette décision répond à une demande d’assistance de la France après les attentats du 13 novembre. À une époque, la Belgique avait envisagé l’envoi d’une brigade tactique interarmes d’environ 300 militaires au Sahel aux côtés de l’opération Barkhane. Elle avait finalement dû y renoncer sur une demande de la Minusma et aussi sans aucun doute pour des raisons financières.

L’opération de la Composante Terre la plus importante sous les projecteurs

Les Chasseurs Ardennais se sont envolés au mois de septembre pour le Mali et leur déploiement a fait l’objet d’une série de reportages de la Dernière Heure sur plusieurs jours. Ces derniers jours, la page FB de la Défense a publié plusieurs portraits de militaires belges de l’EUTM. On a ainsi eu Marie-Sophie, Liaison Officer Medical; Michel de la Force Protection; Céline, médecin d’unité des Chasseurs Ardennais et commandant du centre médical rôle 1 à Kati; Aymeric, chef de la division presse au sein de la Direction Générale Communication; Samuel, mécanicien au sein du Joint Support Détachement et même le général de brigade Éric Harvent, commandant de l’EUTM. C’est en tout 6 portraits, divers et variés, qui ont été publiés en l’espace d’une semaine du 29 novembre au 4 décembre, une façon d’écrire l’histoire de cette opération et de montrer l’action de la Belgique au Mali. C’est sans compter les autres reportages sur le site de la Défense.

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« En prenant la direction de toute la mission au Mali, notre pays prouve qu’il s’engage énergiquement dans les opérations de l’Union européenne », écrivait le site de la Défense au mois de juin dernier. C’est sans aucun doute une satisfaction pour la Belgique d’avoir le commandement d’une mission de l’UE car elle peut montrer ses capacités militaires et la confiance qu’elle a de ses partenaires européens. Le 19 décembre prochain, le ministre de la Défense Steven Vandeput et le patron de la Défense le général Marc Compernol seront présents à Koulikoro pour la passation de commandant entre le général de Brigade Éric Harvent et le général de brigade Peter Devogelaere, un signe de plus de l’importance accordée à cette mission.

 

 

 

Manifestation du 15 novembre : Pour les militaires et les syndicats, l’enjeu est de taille

logo-defense-belge-nov-16Le 15 novembre, jour de la fête du Roi, les militaires belges vont manifester dans la rue pour protester contre la dernière mesure du gouvernement fédéral sur la pension à l’appel des syndicats. Certains vont même se présenter aux abords de la cathédrale où aura lieu le Te Deum en présence de membres de la famille royale en tenue d’apparat avec un ruban jaune.  Alors que le ministre Steven Vandeput tente de calmer le jeu, rien ne semble pouvoir arrêter la mobilisation. Retour sur l’enjeu de la manifestation.

Le cri d’alerte des syndicats

« Celui ou celle qui déclare forfait ce mardi prochain, affaiblit notre position. Pas la position des syndicats, mais la position des militaires et celle de notre communauté ». Ces mots forts sont ceux d’Yves Huwart, responsable du syndicat militaire ACMP-CGPM, qui écrivait quelques lignes avant: « Les militaires en ont maintenant assez de cette incompétence politique à laquelle notre département, et, par extension, les militaires ainsi que leurs familles, ont a été confrontés à maintes reprises. » Le communiqué du front commun syndical ne dit pas autre chose:« Avec la prolongation brutale de la carrière des militaires, le gouvernement met maintenant en péril la Défense dans son ensemble, précisément au moment même où il ressort que la Défense doit, plus que jamais, nécessairement et urgemment rajeunir. Par conséquent, la Défense est perdue : la vision stratégique a déjà été sapée avant même sa mise en œuvre et l’impact sur la pyramide des âges est néfaste (…) La Défense bascule de cette manière dans une crise profonde. Jusqu’où ira encore le gouvernement Michel Ier ? Quelle reconnaissance, quelle loyauté accorder aux militaires ? Qui nourrit un intérêt personnel à ce que disparaisse le dernier ciment de la Belgique ? » Le ton est donné. Pendant ce temps les politiques belges, réagissant à l’élection de Donald Trump, réclament une défense européenne plus forte…de quoi évidemment sourire et prêter facilement le flanc à l’ironie !

La colère des militaires est totale et généralisée

Au-delà de manifester contre le rallongement de l’âge de la pension, les militaires et les syndicats veulent tout simplement défendre l’avenir de la Défense et envoyer un message fort au monde politique dans son ensemble mais aussi à leurs concitoyens. Ils ne peuvent plus se taire et subir en silence. C’est ainsi qu’on a vu apparaître sur Facebook des avatars avec le logo de la Défense barré par le ruban du deuil. Les réseaux sociaux officiels de la Défense se sont emparés du sujet et si la page Facebook de la Défense est beaucoup plus réservée et neutre, cela l’est beaucoup pour moins pour celle de la Composante Terre. « Nous soutenons les militaires qui participeront ce mardi 15 novembre à la manifestation organisée par les syndicats représentatifs. Et tous les autres, qui n’iront pas manifester », peut-on notamment lire dans un post qui donne les raisons de la manifestation. C’est à moitié étonnant quand on sait que la Composante Terre est celle qui a le plus souffert des restructurations et des restrictions budgétaires, plus que toutes les autres Composantes, et qu’elle a été mise à rude épreuve avec l’opération Vigilant Guardian. Certains militaires n’ont pas hésité à briser le droit de réserve pour s’exprimer dans les médias que ce soit sur RTL-TVI ou sur BX1. Le ras-le-bol est à son comble et la confiance envers les politiques est totalement rompue. Les syndicats espèrent entre 5.000 et 10.000 manifestants, un chiffre qui serait conséquent alors que l’armée belge compte environ 30.000 hommes.

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Steven Vandeput tente de calmer le jeu

En face, le monde politique semble pour  l’instant totalement insensible aux revendications des militaires. La Défense intéresse peu. Seul le ministre de la Défense, Steven Vandeput, s’est longuement exprimé dans une lettre ouverte publiée sur son site officiel, sans doute un moyen de calmer le jeu tout en voulant contrer la mobilisation en faisant appel à la loyauté des militaires. Il explique notamment que la mesure était inévitable: « C’est une décision utile et nécessaire, qui offre une réponse aux défis sociétaux. Les défis budgétaires à long terme et le fait que nous vivons tous plus longtemps, impliquent  que nous allons tous devoir travailler plus longtemps – aussi bien les collaborateurs du secteur privé, que les fonctionnaires et le personnel militaire. »Il reste cependant évasif sur les conséquences réelles que la réforme aura sur le département et notamment sur la mise en place de la vision stratégique. Une étude doit être effectuée pour cela. La fin de sa lettre s’adresse directement aux militaires:« Vous avez, cependant, une forte dose d’idéalisme qui vous donne envie de travailler pour votre pays et la communauté. J’espère pouvoir continuer à compter sur cet engagement. » Le ministre doit également recevoir les syndicats demain en marge de la manifestation.

Inédite, significative, cette manifestation va être scrutée par tous les médias du pays, voir au-delà des frontières, et c’est bien tout là l’enjeu. Rendre médiatique la colère des militaires et les revendications du monde de la Défense, une Défense qui voit son avenir s’assombrir et être de plus en plus incertain, tout en affichant un front commun uni. C’est ce qui explique que les syndicats ont demandé aux manifestants de manifester avec dignité, craignant les débordements. Ils aimeraient bien rallier les citoyens à leur cause dans un mouvement d’unité nationale et également toucher la famille royale, notamment le Roi Philippe commandant en chef des Forces armées. La manifestation du 15 novembre est plus que jamais cruciale pour la communauté militaire belge et son avenir !