La Belgique va diminuer sa présence militaire au Mali dès janvier 2018

Des militaires belges du bataillon ISTAR au Mali en 2015 (photo BE Defence)

Selon la VRT et l’agence Belga qui tiennent leurs informations de source militaire, la Belgique réfléchit à diminuer fortement sa présence militaire au Mali dès janvier 2018 alors que le général de brigade belge Laurent Bart vient de prendre le commandement de l’EUTM Mali. Il n’y a encore rien d’officiel mais la Belgique aurait averti l’Espagne qu’elle devrait prendre la tête de la mission européenne plus tôt que prévu lors de la cérémonie de passation de commandement.

En décembre 2016, le ministre Steven Vandeput avait indiqué que la Belgique était prête à prendre le commandement de l’EUTM Mali pour une année supplémentaire jusqu’en juillet 2018. Finalement cela ne sera pas le cas même s’il n’y a encore rien d’officiel et qu’on ne sait pas encore quelle forme prendra la contribution militaire belge au Mali. Une phrase sur le site de la Défense sur ses missions en Afrique ne laisse pas place au doute:« Le général de brigade Laurent restera, quant à lui, chef de mission jusqu’à la fin du mois de janvier 2018, sonnant ainsi le glas du commandement belge. » 

Le Mali est la mission la plus importante à l’étranger pour la Composante Terre avec un détachement de 182 militaires. Un autre détachement de 22 militaires est également présent au sein de la MINUSMA. Depuis juillet 2016, trois généraux belges se seront succédés à la tête de l’EUTM Mali: le général de brigade Éric Harvent, le général de brigade Peter Devogelaere et le général de brigade Laurent Bart.

Les militaires de l’opération Vigilant Guardian à l’honneur du défilé du 21 juillet

Les différents porte-drapeaux des unités engagées dans l’opération Vigilant Guardian le 23 mars dernier lors de la cérémonie de passation de commandement de la Composante Terre (crédit-photo Malek Azoug/BE Defense)

Pour la Fête Nationale, la Défense belge a décidé de mettre à l’honneur les militaires de l’opération Vigilant Guardian, opération désormais à part entière de l’armée belge qui mobilise quelques 1250 militaires plus 150 en réserve prêts à être déployés en cas de crise. Un détachement composé de militaires des Composantes Terre, Air et Médicale défileront pour le 21 juillet. Seule la Composante Marine ne participe pas à cette opération.

« La Défense et la Composante Terre en particulier sont très fières d’avoir pu assurer la sécurité de la population. Il ne faut cependant pas oublier qu’un militaire doit être aguerri à des tâches et missions beaucoup plus complexes se déroulant sur des théâtres d’opération étrangers », explique la Défense dans un communiqué pour expliquer ce choix. Au départ, seules les unités de combat de la Composante Terre ont pris part à cette opération mais l’armée a été obligée d’élargir son vivier à des unités d’appui comme la logistique, les transmissions ainsi qu’aux deux autres Composantes Air et Médicale. La Défense précise même que des volontaires de différents états-majors y participent après avoir suivi un entraînement spécifique dans le but d’alléger certaines unités.

Il ne faut pas non plus oublier l’opération Spring Guardian, qui vise à protéger les installations nucléaires belges et qui est moins médiatisée. Elle mobilise toujours 63 militaires.

Dans le courant de l’année 2017, la Défense belge a mis en valeur les militaires de l’opération Vigilant Guardian lors de cérémonies. Le Général-major Jean-Paul Deconinck, aujourd’hui commandant de la MINUSMA et ancien chef de la Composante Terre, avait tenu à mettre l’accent sur les militaires de Vigilant Guardian lors de la cérémonie de passation le 23 mars dernier pour les remercier de leur engagement continu depuis 2015.

Pour le général Thys, l’avenir de la Composante Terre se base sur deux projets: le SOCOM et la capacité motorisée

Le général-major Marc Thys lors de son allocution aux colonels et chefs de corps de la Composante Terre le 19 juin dernier (photo Belgian Army)

Nouvellement nommé à la tête de la Composante Terre depuis fin mars, le général-major Marc Thys a présenté les grandes lignes de son mandat mi-juin aux colonels et chefs de corps de la Composante Terre. Malgré les nombreux défis, il s’est voulu positif sur le thème « bâtir l’avenir » dans son discours.

Le général-major Marc Thys a révélé sa volonté de renforcer la formation à tous les étages de la base aux officiers avec de meilleures perspectives d’avenir et d’évolution. Il a répété combien il était capital de réaliser les investissements prévus dans le cadre de la vision stratégique pour que la Composante Terre puisse assurer un appui journalier: « mes priorités vont (dans l’ordre) vers l’équipement individuel, les munitions et les véhicules opérationnels », a précisé le général-major. Le sourcing sera une autre partie importante du projet pour garder le même niveau d’ambition avec la prévision de baisse d’effectifs voulue par la vision stratégique du ministre Steven Vandeput.

Mais le général-major Marc Thys veut surtout rendre la Défense plus attractive envers les jeunes mais également envers ses alliés européens en construisant une Composante Terre adaptée aux caractéristiques du 21ème siècle en se basant sur deux projets d’avenir: le SOCOM pour les Forces Spéciales et la capacité motorisée:« une référence pour les forces terrestres du monde entier ». « Grâce à ces projets, nous devenons les pionniers de la coopération en matière de Défense européenne et nous créons un modèle applicable à beaucoup de nos partenaires. Nous sommes persuadés qu’il s’agit de la voie (révolutionnaire) à suivre afin de bâtir une défense européenne forte, indispensable à la sauvegarde des intérêts et des valeurs belges et européens », a déclaré le général Thys qui a mis en avant la haute qualité des forces terrestres belges, qui compense une contribution plus faible par rapport à d’autres armées dans des opérations.

« Bâtir l’avenir ne sera possible que si tout le monde fait front. Mon but est de pouvoir à nouveau augmenter nos ambitions d’ici 2020. La route est donc encore longue et parsemée d’obstacles, de moments et de passages délicats. Nous allons tous les surmonter. J’en suis persuadé ! », a conclu le général-major Marc Thys dans son allocution.

Lettre d’intention général Marc Thys juin 2017

Le général de brigade Laurent Bart sera le prochain commandant de l’EUTM Mali

Le colonel Laurent Bart au micro de RTL-TVI en mars 2017 (crédit-photo Ritchie Sedeyn
/ BE Defense)

Le colonel belge Laurent Bart, qui a été élevé au grade de général de brigade le 19 juin, prendra la succession du général de brigade Peter Devogelaere à la tête de l’EUTM Mali le 12 juillet prochain. 

Le général de brigade Peter Devogelaere avait pris la succession du général de brigade Éric Harvent en janvier dernier à la tête de la mission européenne au Mali, qui est l’opération la plus importante à l’étranger pour la Composante Terre de l’armée belge avec 170 militaires déployés. À son retour en Belgique, il deviendra le directeur Opérations au sein du cabinet du ministre de la Défense.

Le général de brigade Laurent Bart était depuis février 2014 à la tête du Département Opérations au sein de l’État-Major de la Défense. Son visage est bien connu des journalistes puisqu’il était leur interlocuteur lors des conférences de presse sur les opérations de l’armée belge et notamment celle de l’opération Vigilant Guardian. Entre 2010 et 2013, il a commandé le bataillon des Carabiniers Prince Baudouin – Grenadiers, une unité qui va fournir le plus gros des troupes au Mali à partir du mois de juillet en remplacement des parachutistes.

La cérémonie de passation de commandement aura lieu à Bamako le 12 juillet prochain en présence du commandant de la Défense, le général Marc Compernol, et du chef de la Composante Terre, le général-major Marc Thys.

Remplacement des blindés : La Belgique choisit officiellement le programme français Scorpion

un piranha du 1/3 Lanciers (photo BE Defense)

Le ministre de la Défense Steven Vandeput a annoncé dans un communiqué de presse que la Belgique avait choisi le programme français Scorpion pour le remplacement de la capacité motorisée de la Composante Terre. Ce choix était attendue depuis quelques semaines et a été donc officialisé par le gouvernement belge.

La Belgique va acheter de nouveaux véhicules de combat pour les forces terrestres belges, en coopération avec la France. Avec 1,1 milliard d’euros, il s’agit du plus grand programme d’investissement pour les forces terrestres dans le cadre de la mise en place de la vision stratégique, indique le communiqué du ministère :« L’objectif est d’établir un partenariat fondé sur des véhicules de combat français et belges identiques. La Belgique et la France auront, entre autres, une organisation commune et la formation, l’entraînement et le soutien logistique seront organisés conjointement. »

Ces nouveaux véhicules de combat sont actuellement développés dans le programme français Scorpion et prendront la place des véhicules de combat type Piranha et Dingo actuels. 60 véhicules de combat médians du type ‘’Jaguar’’ et 417 véhicules de combat légers de type ‘’Griffon’’ seront achetés, les moyens de communication ainsi que les pièces de rechange étant compris. Ces véhicules seront les véhicules de base pour la capacité motorisée interarmes de la Défense belge et seront également utilisés dans une version médicale et de reconnaissance. L’entrée en service des véhicules est prévue dans la période 2025-2030 et il est prévu de commencer déjà à court terme avec le développement du partenariat étroit avec la France.

Renouvellement des véhicules de combat : La Belgique étudie d’autres pistes que le programme français Scorpion

un piranha du 1/3 Lanciers (photo BE Defense)

Dans le cadre de la mise en place de la vision stratégique, la Belgique compte remplacer les Dingo et les Piranha de la Composante Terre, des véhicules entrés en service en 2006 et 2008. C’est le troisième gros dossier de remplacement de matériel militaire après les F-16 de  la Composante Air et les frégates et chasseurs de mines de la Composante Marine.

Pour le développement de sa nouvelle capacité motorisée, le ministre Steven Vandeput mentionne nommément dans son document de la Vision Stratégique un partenariat avec la France et le programme Scorpion :« un programme entre actuellement déjà en ligne de compte dans nos pays voisins, à savoir le programme français Scorpion. Ce programme permettrait de remplacer les véhicules de base de la capacité motorisée interarmes par différents types d’une plateforme internationale commune. » Au mois d’avril, la Libre Belgique mentionnait également cette forte probabilité : » S’y ajoute (…) l’achat de nouveaux véhicules pour doter la composante Terre d’une capacité motorisée (en jargon « Camo »), sans doute en partenariat avec la France, si Paris mord à l’hameçon. »

Le dossier, peu médiatisé contrairement à celui du remplacement des F-16, semble avancer dans la discrétion au sein du ministère de la Défense alors que les contrats doivent être signés courant 2018 et qu’une livraison est planifiée dans une période entre 2025 et 2030. Dans  une réponse à une question écrite du député Denis Ducarme le mois dernier, le ministre est resté évasif indiquant que le choix du pays partenaire n’était pas encore fait:  » La préparation de ce choix fait actuellement l’objet d’une prospection militaire qui vise à identifier des synergies possibles à travers toutes les lignes de développement y compris les domaines de l’appui logistique, la formation, l’entrainement et la doctrine. Le programme français Scorpion est effectivement une des pistes qui est évaluée, mais pas nécessairement la seule », a-t-il simplement répondu.

Le programme Scorpion semble tenir la corde comme choix prioritaire même si le ministre Steven Vandeput laisse penser qu’un autre pays que la France pourrait être choisi. La Commission Achats et ventes militaires était réunie hier pour discuter de dossiers relatifs à la capacité motorisée de quoi peut-être espérer une avancée et une annonce dans les prochaines semaines.

Le coût de Vigilant Guardian s’élève à un peu plus de 100 millions d’euros depuis 2015

Les premiers Chasseurs Ardennais de l’opération Vigilant en mission à Bruxelles le 17 janvier 2015 (photo Daniel Orban / BE Defense)

Le coût de l’opération Vigilant Guardian s’élève à un peu plus de 100 millions d’euros depuis son lancement le 17 janvier 2015 selon des chiffres fournis par le ministre Steven Vandeput aux députés de la Commission de la Défense. Le chiffre exact arrêté au 18 avril 2017 est de 100.289.000 d’euros. Son coût est supporté en grande partie par le ministère de l’Intérieur. 

Le ministre a par ailleurs indiqué que le dispositif avait évolué depuis son lancement et que le chiffre actuel de 1250 militaires déployés variait selon les endroits et les événements à couvrir. Le dispositif est désormais plus dynamique. En plus de la Composante Terre, deux autres Composantes sont concernées par l’opération: l’Air et la Médicale. Seule la Marine n’y participe pas. Depuis l’année dernière, d’autres unités que des unités de combat au sens strict sont mobilisées comme la logistique et les transmissions.

Le ministre de l’Intérieur Jan Jambon veut lancer un cors de sécurité spécifique ou « garde nationale » qui doit remplacer les militaires dans la rue. Mais le projet prend pour l’instant du retard et les syndicats militaires ne l’espèrent pas avant 2019 voire plus tard s’il n’est pas mis en place par la législature actuelle.

 

[Interview] Joseph Henrotin: « La concurrence pour le remplacement des F-16 sera bien réelle »

Un point sur le dossier du remplacement des F-16 belges avec Joseph Henrotin, rédacteur en chef de la revue Défense & Sécurité Internationale et chargé de recherche à l’Institut de Stratégie Comparée. Interview.

La Belgique a récemment lancé son appel d’offres pour le remplacement de ses F-16. Pouvez-vous faire un rapide tour d’horizon sur les principaux prétendants qui ont répondu à cet appel d’offres ?

Nous avons cinq candidats déclarés : le Boeing Super Hornet (Etats-Unis), le Dassault Rafale (France), l’Eurofighter Typhoon (quadrinational), le Lockheed Martin F-35 (Etats-Unis), le Saab Gripen (Suède).

« L’achat d’un matériel américain est perçu comme un renforcement du lien entre Bruxelles et Washington »

Depuis le début, la presse belge a largement donné comme favori le F-35 américain avec de nombreux articles consacrés sur l’appareil américain. On sait que certains milieux politiques sont également favorables au F-35. Selon vous, à quoi cela est-il dû ? Le lobbying américain est-il plus efficace ou profite-t-il d’un a priori favorable ?

Nombreux, c’est relatif, comme toujours lorsqu’il s’agit du traitement des questions de défense dans la presse belge. Je pense qu’il y a eu corrélation entre les déclarations de Pieter De Crem, ministre de la défense sous le gouvernement belge précédent, et annonces successives de problèmes rencontrés dans le développement de l’avion lui-même, ses surcoûts et ses retards, ce qui induit une dissonance assez logiquement interpellante pour un journaliste. Ceci dit, la presse généraliste a commencé à vraiment s’intéresser à la question après les dernières législatives, durant lesquelles le plan de modernisation de la Défense belge – et le remplacement des F-16 – est devenu un enjeu, non pas tant de politique de défense à proprement parler, que de dépenses publiques.

Au plan militaire, tous n’adhèrent pas au F-35. Au fil des ans, j’ai pu voir une mise en perspective des apports de l’appareils, d’abord sur le plan de la furtivité – qui n’est plus maintenant considérée comme un argument de vente[1] – et ensuite sur celui de la fusion de données. Les promesses en la matière sont certes alléchantes mais encore faut-il les concrétiser. Au surplus, bon nombre des capacités impliquées sont classifiées : l’évaluation devient alors délicate. Il y a cependant une dimension essentielle dans les imaginaires politiques et militaires, qui renvoie au poids des Etats-Unis et des garanties de sécurité américaines au travers de l’OTAN. L’achat d’un matériel américain est ainsi perçu comme renforçant le lien entre Bruxelles et Washington. Reste cependant à voir comment cet imaginaire va évoluer après l’élection des Trump : les signaux envoyés par l’Administration américaine ont un temps été contradictoires.

« Le nucléaire est une fausse question »
Le F-35 est présenté comme favori mais les autres concurrents ont toutes leurs chances.

Des médias ont souligné le fait que l’appel d’offres du gouvernement belge était plus ouvert que prévu. Le ministre Steven Vandeput joue le plus possible la carte de la transparence dans le processus de décision. La concurrence sera-t-elle réelle ? D’autres concurrents que le F-35 ont-ils leur chance ?

Ils l’ont toujours eu : que l’un ou l’autre responsable se positionne en faveur du F-35 ne présage en rien de la décision de l’ensemble d’un gouvernement de coalition – en particulier, comme l’a bien montré Wally Struys, en Belgique. Au-delà, je pense que la concurrence sera bien réelle. La question des « marges d’évolution » – un peu abusivement interprétée comme ce qui est lié au nucléaire, parce qu’il n’y a pas que cela – a, en particulier, été perçue comme le signe que le jeu n’était pas limité au F-35. En réalité, le nucléaire est une fausse question : les Tornado allemands ou italiens sont aptes à l’emport des armes américaines et il avait été question, au début des années 1970, que les Mirage 5 belges aient cette capacité. Ils ne l’ont pas eu uniquement pour des raisons budgétaires, et non du fait d’un blocage politique américain.

« La dépense est considérée comme excessive au regard des autres problématiques touchant la société »

L’opposition et notamment le PS et Écolo sont très critiques sur cet achat qu’ils jugent inutile et disproportionné. Une partie de la société civile est contre avec un collectif qui s’est formé et des actions de protestation qui ont été menées. Comment peut-on analyser ce phénomène alors que le remplacement des F-16 est inévitable ?

La société civile est traversée par une multitude de clivages qui touchent également le personnel politique et les partis. C’est évidemment le cas dans beaucoup de pays, mais, dans le cas belge, ils sont particulièrement structurants de la vie politique. L’un de ces clivages est lié au rapport aux questions militaires. Ce clivage, qui peut s’épanouir du fait du rapport très spécifique à la notion de puissance qu’a la Belgique. Vous pourrez ainsi remarquer que cette notion de puissance est clairement abordée par les think tanks et quelques universités, mais que le volet « militaire » de la puissance est, paradoxalement, le plus souvent absent. In fine, les éléments politiques, stratégiques et techniques qui vous permettent de dire – et qui me permettent de penser – que « le remplacement des F-16 est inévitable » sont absents.

La plateformes Pas d’avions de chasse regroupant 130 associations de la société civile belge a organisé une manifestation nationale le 24 avril 2016 contre le remplacement des F-16

Le dire vous expose ainsi à une mise en concurrence de l’allocation des ressources publiques loin d’être inexistantes (plus de 208 milliards en 2013) ; la dépense étant considérée comme excessive au regard d’autres problématiques touchant la société. C’est d’autant plus paradoxal qu’il est bien démontré que la Belgique est en situation de sous-investissement militaire chronique depuis le début des années 2000 et aux contrats opérationnels politiquement fixés. Si l’on pousse un peu plus loin, pour l’année 2013 – donc avant le train de réductions décidées  par le nouveau gouvernement et le lancement de Vigilant Guardian – seuls 869 millions d’euros ont été affectés à l’entraînement, à l’équipement, aux infrastructures et aux opérations extérieures. C’est 509 millions de moins que le budget 2013 de la coopération au développement ; 411 millions de moins que l’entretien des routes en Wallonie de 2009 à 2013 ; ou encore 168 millions de moins que le budget affecté par la région bruxelloise aux transports en commun en 2013.

Ce premier paradoxe en cache un deuxième : la combinaison de décisions politiques opérées depuis le milieu des années 1990 minore totalement le rôle de ce qui allait devenir la Composante terrestre. Or, huitième pays le plus riche de l’UE et Etat de taille moyenne (11 millions d’habitants, ce qui permet de la comparer à la Grèce, le Portugal ou la Suède), la Belgique doit évidemment assurer les obligations qu’elle a contracté et qui la placent dans une posture où d’autres garantissent sa sécurité ; ce qui ne passe plus guère que par l’aviation. Outre que ce type de raisonnement vous fait rapidement passer pour un « faucon », il tend à être considéré comme « technique », « sub-politique », au risque d’aboutir à des aberrations. Il n’est pas rare de trouver des discours indiquant qu’acheter de nouveaux appareils implique nécessairement de s’en servir en opération, par exemple…

A partir de ce moment, un discours suivant lequel des investissements de moins de 10 milliards d’euros sur dix ans sont très inférieurs aux plus 50 milliards que la Belgique devrait dépenser sur la même période si elle voulait respecter ses engagements ne peut plus trouver prise. Reste donc à voir si le prochain gouvernement appliquera un plan qui devra, pour l’essentiel, trouver sa concrétisation dans les années 2020.

Dans la vision stratégique du ministre Vandeput, de gros investissements en matériel sont prévus pour la Composante Air et la Composante Marine. Les autres investissements seront-ils suffisants pour la Composante Terre ? Cette dernière peut-elle se sentir lésée ? Que cela dit-il des orientations futurs de la Défense belge ?

Le plan ne présente pas de véritable rupture : depuis 1993, le génocide rwandais et la perte de 10 para-commandos, les forces terrestres ont été peu à peu déconsidérées. Le coup final a été porté en 2000, le plan Flahaut ne permettant plus d’engagement dans des opérations de haute intensité. Dans les années suivantes, le nombre de brigade est passé de trois à deux, la puissance de feu terrestre belge étant, en quelques années, devenue inférieure à celle de l’Estonie[2]. In fine, la situation des forces terrestres belges pouvait être résumée par le général Deconinck : avec seulement 1 800 hommes engagés en opération, il « ne peux plus garantir l’entraînement générique qui permet d’avoir – en stand-by, en permanence – deux compagnies ou un bataillon interarmes ». Pour bien mesurer l’étendue des coupes, il faut se rappeler que l’armée de terre belge représentait six divisions et onze régiments indépendants en 1989.

L’artillerie fait partie des domaines de la Composante Terre qui ont l’attention de la vision stratégique (photo DG Com)

Pratiquement, ce qu’il reste des forces terrestres bénéficie malgré tout d’une attention, notamment dans le secteur des forces spéciales et des forces à présent qualifiées de motorisées. Les documents liés au plan d’investissement font ainsi directement référence au programme SCORPION, ce qui n’est pas anodin dans des documents de telle nature. De même, l’artillerie à longue portée devrait connaître une renaissance. Dans l’ensemble, le plan Vandeput est un travail sérieux, mais qui fait face à deux problèmes majeurs. Le premier est la déconsidération générale des élites politiques belges pour la défense. Le deuxième est calendaire : c’est au prochain gouvernement d’appliquer le plan décidé par celui-ci. A voir s’il sera réélu : l’actuelle configuration gouvernementale est en bonne partie due à la volatilité politique au sud du pays en 2014. Si la réforme fiscale décidée ne délivre pas rapidement ses effets et que les électeurs indécis n’y voient pas leur intérêt, l’affaire est cuite.

« Si le contrat n’est pas signé en juin 2018, le remplacement entrera dans une zone de forte turbulence »

Pour finir, l’appel d’offres a été lancé tardivement. Le gouvernement aura-t-il le temps de prendre sereinement une décision avant la prochaine législature ?

La question ne me parait pas tant celle de la prise de décision que celle de la signature effective du contrat. Le choix sera probablement rapide, dès lors que les différents Etats engagés dans la compétition préparent leurs propositions depuis un certain temps et que l’appel d’offre a bien cadré la méthodologie d’évaluation. Mais choisir et ne pas signer, c’est ne pas s’engager. Or, les prochaines législatives, qui sont déterminantes en Belgique du nouveau gouvernement, se tiendront au printemps 2019. Je ne pense pas que les responsables gouvernementaux prendront le risque d’une décision impopulaire à une date trop rapprochée de l’élection, sachant que le travail est ralenti, les derniers mois, par la campagne électorale. Autant dire que si le contrat n’est pas signé en juin 2018, le remplacement entrera dans une zone de forte turbulence.

[1] D’autant plus qu’elle n’est que radar : sa configuration fait du F-35 un appareil particulièrement visible aux capteurs IR à grand angle qu’investiguent actuellement Chinois et Russes.

[2] Soit 18 Piranha dotés de canons de 90 mm ; 32 Piranha dotés de canons de 30 mm ; 24 obusiers de 105 mm ; 52 mortiers de 120 mm. Sources : IISS Military balance 2014.

Le Général-major Marc Thys sera le nouveau chef de la Composante Terre

photo prodef.be

Le Général-major Marc Thys sera le nouveau chef de la Composante Terre à partir du 23 mars, a annoncé la Défense aujourd’hui.

Nommé à la tête de la MINUSMA (United Nations Multidimensional Integrated Stabilization Mission in Mali), l’actuel chef de la Composante Terre Jean-Paul Deconinck va quitter ses fonctions ce jeudi 23 mars lors d’une cérémonie de passation de pouvoir. Son dernier geste à cette occasion sera de remercier les militaires des Composantes Terre, Air et Médicale pour leur implication dans l’opération Vigilant Guardian. Durant son mandat, il a d’ailleurs régulièrement critiqué l’opération Vigilant Guardian via des mises en garde sur une perte de compétences opérationnelles et une génération perdue d’officiers et sous-officiers. Il a également pris position contre la dernière mesure du gouvernement sur la réforme de la pension militaire. Il était arrivé à la tête de la Composante Terre le 30 septembre 2014.

Le Général-major Marc Thys était jusqu’alors chef de la Division Systèmes de la Direction Générale des Ressources Matérielles. « Il reprend une Composante Terre à l’agenda chargé en raison des grandes opérations à l’intérieur et à l’extérieur du pays », précise la Défense.

Un Belge à la tête de la MINUSMA

general-deconinckLe général belge Jean-Paul Deconinck a été désigné jeudi comme prochain commandant de la force (militaire) de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (Minusma), la quatrième plus importante force de maintien de la paix onusienne dans le monde, a-t-on appris de sources concordantes.

Le général-major Deconinck, qui commande actuellement la composante Terre de l’armée belge, devrait prendre ses fonctions à Bamako à la mi-mars. Sa candidature a franchi toute les étapes de la sélection organisée par le département des opérations de maintien de la paix (DPKO) avant d’être approuvée par le Conseil de sécurité de l’ONU et le secrétaire général des Nations unies, Antonio Gutteres. Sa nomination à la tête de la Minusma devrait être avalisée vendredi matin par le gouvernement belge lors d’un conseil des ministres électronique et annoncée par communiqué, selon une bonne source.

Présente au Mali depuis avril 2013, la Minusma dispose d’effectifs s’élevant à 13.456 personnes, dont 10.763 militaires, 36 observateurs et 1.258 policiers pour la composante militaire. Elle est considérée comme la mission de l’ONU la plus dangereuse au monde depuis la Somalie en 1993-1995. Elle est la cible d’attaques régulières menées par des djihadistes, avec plus de 70 Casques bleus tués lors d’attaques et un bilan total de 114 morts depuis son déploiement.

Source: Belga