Le vice-amiral néerlandais Rob Kramer, nouveau commandant de l’Amirauté Benelux

Le vice-amiral Rob Kramer est depuis hier le nouveau chef des forces marines néerlandaises. Il devient par là-même également le nouveau commandant de l’Amirauté Benelux. 

Le vice-amiral Rob Kramer succède au lieutenant-général Rob Verkerk en poste depuis le 26 septembre 2014. Dans son discours d’adieu, le lieutenant-général Rob Verkerk a souligné que la coopération entre les marines belge et néerlandaise était devenue un mélange ambitieux d’intégration et de spécialisation des tâches. Le vice-amiral Rob Kramer était responsable des opérations des forces marines néerlandaises depuis mars 2014.

La cérémonie a eu lieu à Den Herlder. Des militaires belges participaient également à la cérémonie. De plus la marine belge était représentée par le chasseur de mines Bellis.

L’Amirauté Benelux est un état-major commun des marines néerlandaise et belge basé à Den Helder en Hollande. Elle est dirigée par le commandant des forces marines néerlandaises, qui est secondé par le commandant de la Composante Marine belge actuellement l’amiral Wim Robberecht.

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L’armée belge crée une division unique pour accompagner la mise en place de ses futures capacités

photo Christian Decloedt, Malek Azoug/BE Defence

Les divisions Doctrines and Requirements du département d’état-major Opérations et Entraînement et Defense Development du département d’état-major Stratégie ont fusionné au mois de mai dernier pour créer la division Integrated Capability Management (ICM), chargée d’accompagner les transformations des capacités de l’armée belge dans le cadre de la mise en place de la vision stratégique.

Le dernier numéro de la revue Dbriefing de la Défense belge est revenu longuement sur cette nouvelle création en prenant l’exemple du SOCOM et de la mise en place de la nouvelle capacité de Forces Spéciales. Cette division est composée de 23  Capability Team (CT), une pour chaque capacité des différentes dimensions mises en place dans la vision stratégique: Terre, Air, Mer, Information, Protection et Appui (médical et logistique). Chaque Capability Team a plusieurs axes de travail: doctrine, organisation, training, matériel, leadership, personnel, facilités et interopérabilité. Les membres de chaque Capacibility Team sont un haut-gradé de la capacité concernée, des représentants du département d’état-major Opérations et entraînement, de la Direction générale des Ressources Matérielles (DG MR) et de la Direction générale des Ressources Humaines (DG HR).

La division Integrated Capability Management (ICM) devra ensuite présenter ses résultats et faire des propositions au Capability Transformation Steering Group (CTSG), pilotée par le vice-commandant en chef de la Défense et qui comprend des représentants de tous les départements d’état-major, des directions générales et des différentes composantes. La division ICM est commandée par le colonel Ray De Loose qui vient de la Composante Air.

Pour en savoir plus: http://magazines.mil.be/division-integrated-capability-management/?lang=fr

L’opération Sophia, l’opération moins « glamour » de l’armée belge délaissée par le gouvernement

crédit-photo Daniel Orban/BE Défense

La frégate Louise-Marie est de retour en Belgique après que sa mission ait fait l’objet d’une polémique politique sans avoir eu la reconnaissance à la hauteur de son action en Méditerranée.

La frégate Louise-Marie effectuait sa deuxième mission en mer Méditerranée dans le cadre de l’opération Sophia. Pendant plus d’un mois, cette mission de la Composante Marine aura mobilisé 162 militaires, une mission aussi importante que celle de la Composante Terre au Mali. La frégate Léopold Ier y avait également participé. Durant cette opération, elle aura porté assistance à une embarcation de 118 migrants mais aussi recueilli des informations pour lutter contre des trafiquants en tout genre. Pourtant, elle n’aura pas eu l’aura escomptée alors que la marine belge participe régulièrement à cette opération qui n’est pas de tout repos et éprouvante.

Sans doute moins porteuse que l’opération Vigilant Guardian en terme de communication, l’opération Sophia est très peu commentée par les politiques si ce n’est pour mettre en question son utilité. Elle a ainsi fait l’objet d’une polémique quand le secrétaire d’État à l’Asile et la Migration Theo Francken a déclaré qu’il préférait annuler la mission de la frégate, car elle risquait de créer un appel d’air pour les migrants illégaux. Cette déclaration a pris de court son collègue N-VA de la Défense Steven Vandeput. S’il n’a pas été question évidemment de faire rentrer plus tôt la frégate, le gouvernement Charles Michel ne veut pas engager de frégate dans cette opération en 2018 dans les conditions habituelles, c’est-à-dire sans pouvoir intervenir dans les eaux libyennes. On pourrait également ajouter que l’opération n’emballe pas non plus côté européen et qu’elle a été prolongée de justesse jusqu’en décembre 2018 cette semaine par le conseil de l’Union Européenne sans grande publicité.

Les marins de la frégate Louise-Marie ont fait part dans la presse du manque de reconnaissance de la part des politiques. Le ministre Steven Vandeput n’était d’ailleurs pas là vendredi pour les accueillir à leur retour. Il a voulu éteindre toute polémique sur sa page Facebook:« Votre travail et votre investissement n’ont pas été mis en cause et n’ont jamais été mis en cause. Je vous remercie sincèrement pour votre professionnalisme ». Pas sûr que cela convaincra les marins belges que leur mission a été reconnue à sa juste valeur contrairement au Mali ou à l’Irak.

Les militaires de l’opération Vigilant Guardian à l’honneur du défilé du 21 juillet

Les différents porte-drapeaux des unités engagées dans l’opération Vigilant Guardian le 23 mars dernier lors de la cérémonie de passation de commandement de la Composante Terre (crédit-photo Malek Azoug/BE Defense)

Pour la Fête Nationale, la Défense belge a décidé de mettre à l’honneur les militaires de l’opération Vigilant Guardian, opération désormais à part entière de l’armée belge qui mobilise quelques 1250 militaires plus 150 en réserve prêts à être déployés en cas de crise. Un détachement composé de militaires des Composantes Terre, Air et Médicale défileront pour le 21 juillet. Seule la Composante Marine ne participe pas à cette opération.

« La Défense et la Composante Terre en particulier sont très fières d’avoir pu assurer la sécurité de la population. Il ne faut cependant pas oublier qu’un militaire doit être aguerri à des tâches et missions beaucoup plus complexes se déroulant sur des théâtres d’opération étrangers », explique la Défense dans un communiqué pour expliquer ce choix. Au départ, seules les unités de combat de la Composante Terre ont pris part à cette opération mais l’armée a été obligée d’élargir son vivier à des unités d’appui comme la logistique, les transmissions ainsi qu’aux deux autres Composantes Air et Médicale. La Défense précise même que des volontaires de différents états-majors y participent après avoir suivi un entraînement spécifique dans le but d’alléger certaines unités.

Il ne faut pas non plus oublier l’opération Spring Guardian, qui vise à protéger les installations nucléaires belges et qui est moins médiatisée. Elle mobilise toujours 63 militaires.

Dans le courant de l’année 2017, la Défense belge a mis en valeur les militaires de l’opération Vigilant Guardian lors de cérémonies. Le Général-major Jean-Paul Deconinck, aujourd’hui commandant de la MINUSMA et ancien chef de la Composante Terre, avait tenu à mettre l’accent sur les militaires de Vigilant Guardian lors de la cérémonie de passation le 23 mars dernier pour les remercier de leur engagement continu depuis 2015.

Le patrouilleur Pollux a servi de plate-forme d’essais pour le remplacement des capacités de lutte contre les mines

Le patrouilleur belge Pollux a servi  de plate-forme d’essais lors de tests effectués pour le remplacement des capacités de lutte contre les mines en mer du Nord durant quinze jours depuis le 30 mai. 

Les tests ont été réalisés avec différents types de drones sous-marins et de surface. Durant ces journées, plusieurs entreprises ont pu présenter et tester les futures capacités de lutte contre les mines sans pilote. La marine belge ambitionne de renouveler sa capacité de lutte contre les mines par des systèmes autonomes afin d’accroître ses performances opérationnelles et la sécurité de son personnel. Cette série d’essais sera clôturée  par l’organisation des « Technology and Industry days » le 15 et 16 juin au port de Zeebrugge. Durant ces deux journées, plusieurs systèmes de détection seront présentés avec des présentations à l’appui. Ces deux journées sont ouvertes aux industriels spécialisés dans la lutte contre les mines qu’aux spécialistes de ce domaine au sein des marines de l’OTAN, de l’UE ou d’organismes associés.

Le patrouilleur Pollux est en service depuis 2015 et a été construit par l’entreprise française SOCARENAM.

Les marines belge et néerlandaise vont changer ensemble leur flotte. Le budget d’investissements s’élève à 1,29 milliard d’euros pour les frégates et à 932 millions d’euros pour la capacité de lutte contre les mines. La capacité de lutte contre les mines doit être remplacée à partir de 2023 et les frégates à partir de 2025.

Les photos des tests effectuées sur le Pollux: https://www.facebook.com/P902Pollux/posts/1218585531600298 et https://www.facebook.com/P902Pollux/posts/1220851668040351

Remplacement des chasseurs de mines : La marine belge organise une deuxième session d’essais pour les entreprises

photo DGMR

Au mois de juin, la marine belge en collaboration avec la marine néerlandaise organisera une deuxième session d’essais pour les entreprises dans le cadre du remplacement prochain des capacités de lutte contre les mines (MCM – Mine Counter Measures) belge et néerlandais d’ici 2023. 

Les Technology and Industry Days auront lieu à la base navale de Zeebrugge les 15 et 16 juin prochains. La série de tests aura lieu avec différents types de drones sous-marins et de surface présentés par des entreprises de divers continents. Ces deux journées sont ouvertes aux industriels spécialisés dans la lutte contre les mines qu’aux spécialistes de ce domaine au sein des marines de l’OTAN, de l’UE ou d’organismes associés. Les différentes entreprises inscrites à l’événement pourront présenter leurs systèmes lors d’un briefing et d’une exposition statique et dynamique.

Au mois de septembre 2016, la marine belge avait déjà organisé une session de tests à laquelle avaient participé quatre entreprises dont Teledyne Marine, Thales et ECA Group. À la suite de cette session de tests, la Défense belge avait envoyé un rapport d’évaluation aux entreprises participantes.

Les marines belge et néerlandaise vont changer ensemble leur flotte. Le budget d’investissements s’élève à 1,29 milliard d’euros pour les frégates et à 932 millions d’euros pour la capacité de lutte contre les mines. La capacité de lutte contre les mines doit être remplacée à partir de 2023 et les frégates à partir de 2025.

Le coût de Vigilant Guardian s’élève à un peu plus de 100 millions d’euros depuis 2015

Les premiers Chasseurs Ardennais de l’opération Vigilant en mission à Bruxelles le 17 janvier 2015 (photo Daniel Orban / BE Defense)

Le coût de l’opération Vigilant Guardian s’élève à un peu plus de 100 millions d’euros depuis son lancement le 17 janvier 2015 selon des chiffres fournis par le ministre Steven Vandeput aux députés de la Commission de la Défense. Le chiffre exact arrêté au 18 avril 2017 est de 100.289.000 d’euros. Son coût est supporté en grande partie par le ministère de l’Intérieur. 

Le ministre a par ailleurs indiqué que le dispositif avait évolué depuis son lancement et que le chiffre actuel de 1250 militaires déployés variait selon les endroits et les événements à couvrir. Le dispositif est désormais plus dynamique. En plus de la Composante Terre, deux autres Composantes sont concernées par l’opération: l’Air et la Médicale. Seule la Marine n’y participe pas. Depuis l’année dernière, d’autres unités que des unités de combat au sens strict sont mobilisées comme la logistique et les transmissions.

Le ministre de l’Intérieur Jan Jambon veut lancer un cors de sécurité spécifique ou « garde nationale » qui doit remplacer les militaires dans la rue. Mais le projet prend pour l’instant du retard et les syndicats militaires ne l’espèrent pas avant 2019 voire plus tard s’il n’est pas mis en place par la législature actuelle.

 

[Interview] Joseph Henrotin: « La concurrence pour le remplacement des F-16 sera bien réelle »

Un point sur le dossier du remplacement des F-16 belges avec Joseph Henrotin, rédacteur en chef de la revue Défense & Sécurité Internationale et chargé de recherche à l’Institut de Stratégie Comparée. Interview.

La Belgique a récemment lancé son appel d’offres pour le remplacement de ses F-16. Pouvez-vous faire un rapide tour d’horizon sur les principaux prétendants qui ont répondu à cet appel d’offres ?

Nous avons cinq candidats déclarés : le Boeing Super Hornet (Etats-Unis), le Dassault Rafale (France), l’Eurofighter Typhoon (quadrinational), le Lockheed Martin F-35 (Etats-Unis), le Saab Gripen (Suède).

« L’achat d’un matériel américain est perçu comme un renforcement du lien entre Bruxelles et Washington »

Depuis le début, la presse belge a largement donné comme favori le F-35 américain avec de nombreux articles consacrés sur l’appareil américain. On sait que certains milieux politiques sont également favorables au F-35. Selon vous, à quoi cela est-il dû ? Le lobbying américain est-il plus efficace ou profite-t-il d’un a priori favorable ?

Nombreux, c’est relatif, comme toujours lorsqu’il s’agit du traitement des questions de défense dans la presse belge. Je pense qu’il y a eu corrélation entre les déclarations de Pieter De Crem, ministre de la défense sous le gouvernement belge précédent, et annonces successives de problèmes rencontrés dans le développement de l’avion lui-même, ses surcoûts et ses retards, ce qui induit une dissonance assez logiquement interpellante pour un journaliste. Ceci dit, la presse généraliste a commencé à vraiment s’intéresser à la question après les dernières législatives, durant lesquelles le plan de modernisation de la Défense belge – et le remplacement des F-16 – est devenu un enjeu, non pas tant de politique de défense à proprement parler, que de dépenses publiques.

Au plan militaire, tous n’adhèrent pas au F-35. Au fil des ans, j’ai pu voir une mise en perspective des apports de l’appareils, d’abord sur le plan de la furtivité – qui n’est plus maintenant considérée comme un argument de vente[1] – et ensuite sur celui de la fusion de données. Les promesses en la matière sont certes alléchantes mais encore faut-il les concrétiser. Au surplus, bon nombre des capacités impliquées sont classifiées : l’évaluation devient alors délicate. Il y a cependant une dimension essentielle dans les imaginaires politiques et militaires, qui renvoie au poids des Etats-Unis et des garanties de sécurité américaines au travers de l’OTAN. L’achat d’un matériel américain est ainsi perçu comme renforçant le lien entre Bruxelles et Washington. Reste cependant à voir comment cet imaginaire va évoluer après l’élection des Trump : les signaux envoyés par l’Administration américaine ont un temps été contradictoires.

« Le nucléaire est une fausse question »
Le F-35 est présenté comme favori mais les autres concurrents ont toutes leurs chances.

Des médias ont souligné le fait que l’appel d’offres du gouvernement belge était plus ouvert que prévu. Le ministre Steven Vandeput joue le plus possible la carte de la transparence dans le processus de décision. La concurrence sera-t-elle réelle ? D’autres concurrents que le F-35 ont-ils leur chance ?

Ils l’ont toujours eu : que l’un ou l’autre responsable se positionne en faveur du F-35 ne présage en rien de la décision de l’ensemble d’un gouvernement de coalition – en particulier, comme l’a bien montré Wally Struys, en Belgique. Au-delà, je pense que la concurrence sera bien réelle. La question des « marges d’évolution » – un peu abusivement interprétée comme ce qui est lié au nucléaire, parce qu’il n’y a pas que cela – a, en particulier, été perçue comme le signe que le jeu n’était pas limité au F-35. En réalité, le nucléaire est une fausse question : les Tornado allemands ou italiens sont aptes à l’emport des armes américaines et il avait été question, au début des années 1970, que les Mirage 5 belges aient cette capacité. Ils ne l’ont pas eu uniquement pour des raisons budgétaires, et non du fait d’un blocage politique américain.

« La dépense est considérée comme excessive au regard des autres problématiques touchant la société »

L’opposition et notamment le PS et Écolo sont très critiques sur cet achat qu’ils jugent inutile et disproportionné. Une partie de la société civile est contre avec un collectif qui s’est formé et des actions de protestation qui ont été menées. Comment peut-on analyser ce phénomène alors que le remplacement des F-16 est inévitable ?

La société civile est traversée par une multitude de clivages qui touchent également le personnel politique et les partis. C’est évidemment le cas dans beaucoup de pays, mais, dans le cas belge, ils sont particulièrement structurants de la vie politique. L’un de ces clivages est lié au rapport aux questions militaires. Ce clivage, qui peut s’épanouir du fait du rapport très spécifique à la notion de puissance qu’a la Belgique. Vous pourrez ainsi remarquer que cette notion de puissance est clairement abordée par les think tanks et quelques universités, mais que le volet « militaire » de la puissance est, paradoxalement, le plus souvent absent. In fine, les éléments politiques, stratégiques et techniques qui vous permettent de dire – et qui me permettent de penser – que « le remplacement des F-16 est inévitable » sont absents.

La plateformes Pas d’avions de chasse regroupant 130 associations de la société civile belge a organisé une manifestation nationale le 24 avril 2016 contre le remplacement des F-16

Le dire vous expose ainsi à une mise en concurrence de l’allocation des ressources publiques loin d’être inexistantes (plus de 208 milliards en 2013) ; la dépense étant considérée comme excessive au regard d’autres problématiques touchant la société. C’est d’autant plus paradoxal qu’il est bien démontré que la Belgique est en situation de sous-investissement militaire chronique depuis le début des années 2000 et aux contrats opérationnels politiquement fixés. Si l’on pousse un peu plus loin, pour l’année 2013 – donc avant le train de réductions décidées  par le nouveau gouvernement et le lancement de Vigilant Guardian – seuls 869 millions d’euros ont été affectés à l’entraînement, à l’équipement, aux infrastructures et aux opérations extérieures. C’est 509 millions de moins que le budget 2013 de la coopération au développement ; 411 millions de moins que l’entretien des routes en Wallonie de 2009 à 2013 ; ou encore 168 millions de moins que le budget affecté par la région bruxelloise aux transports en commun en 2013.

Ce premier paradoxe en cache un deuxième : la combinaison de décisions politiques opérées depuis le milieu des années 1990 minore totalement le rôle de ce qui allait devenir la Composante terrestre. Or, huitième pays le plus riche de l’UE et Etat de taille moyenne (11 millions d’habitants, ce qui permet de la comparer à la Grèce, le Portugal ou la Suède), la Belgique doit évidemment assurer les obligations qu’elle a contracté et qui la placent dans une posture où d’autres garantissent sa sécurité ; ce qui ne passe plus guère que par l’aviation. Outre que ce type de raisonnement vous fait rapidement passer pour un « faucon », il tend à être considéré comme « technique », « sub-politique », au risque d’aboutir à des aberrations. Il n’est pas rare de trouver des discours indiquant qu’acheter de nouveaux appareils implique nécessairement de s’en servir en opération, par exemple…

A partir de ce moment, un discours suivant lequel des investissements de moins de 10 milliards d’euros sur dix ans sont très inférieurs aux plus 50 milliards que la Belgique devrait dépenser sur la même période si elle voulait respecter ses engagements ne peut plus trouver prise. Reste donc à voir si le prochain gouvernement appliquera un plan qui devra, pour l’essentiel, trouver sa concrétisation dans les années 2020.

Dans la vision stratégique du ministre Vandeput, de gros investissements en matériel sont prévus pour la Composante Air et la Composante Marine. Les autres investissements seront-ils suffisants pour la Composante Terre ? Cette dernière peut-elle se sentir lésée ? Que cela dit-il des orientations futurs de la Défense belge ?

Le plan ne présente pas de véritable rupture : depuis 1993, le génocide rwandais et la perte de 10 para-commandos, les forces terrestres ont été peu à peu déconsidérées. Le coup final a été porté en 2000, le plan Flahaut ne permettant plus d’engagement dans des opérations de haute intensité. Dans les années suivantes, le nombre de brigade est passé de trois à deux, la puissance de feu terrestre belge étant, en quelques années, devenue inférieure à celle de l’Estonie[2]. In fine, la situation des forces terrestres belges pouvait être résumée par le général Deconinck : avec seulement 1 800 hommes engagés en opération, il « ne peux plus garantir l’entraînement générique qui permet d’avoir – en stand-by, en permanence – deux compagnies ou un bataillon interarmes ». Pour bien mesurer l’étendue des coupes, il faut se rappeler que l’armée de terre belge représentait six divisions et onze régiments indépendants en 1989.

L’artillerie fait partie des domaines de la Composante Terre qui ont l’attention de la vision stratégique (photo DG Com)

Pratiquement, ce qu’il reste des forces terrestres bénéficie malgré tout d’une attention, notamment dans le secteur des forces spéciales et des forces à présent qualifiées de motorisées. Les documents liés au plan d’investissement font ainsi directement référence au programme SCORPION, ce qui n’est pas anodin dans des documents de telle nature. De même, l’artillerie à longue portée devrait connaître une renaissance. Dans l’ensemble, le plan Vandeput est un travail sérieux, mais qui fait face à deux problèmes majeurs. Le premier est la déconsidération générale des élites politiques belges pour la défense. Le deuxième est calendaire : c’est au prochain gouvernement d’appliquer le plan décidé par celui-ci. A voir s’il sera réélu : l’actuelle configuration gouvernementale est en bonne partie due à la volatilité politique au sud du pays en 2014. Si la réforme fiscale décidée ne délivre pas rapidement ses effets et que les électeurs indécis n’y voient pas leur intérêt, l’affaire est cuite.

« Si le contrat n’est pas signé en juin 2018, le remplacement entrera dans une zone de forte turbulence »

Pour finir, l’appel d’offres a été lancé tardivement. Le gouvernement aura-t-il le temps de prendre sereinement une décision avant la prochaine législature ?

La question ne me parait pas tant celle de la prise de décision que celle de la signature effective du contrat. Le choix sera probablement rapide, dès lors que les différents Etats engagés dans la compétition préparent leurs propositions depuis un certain temps et que l’appel d’offre a bien cadré la méthodologie d’évaluation. Mais choisir et ne pas signer, c’est ne pas s’engager. Or, les prochaines législatives, qui sont déterminantes en Belgique du nouveau gouvernement, se tiendront au printemps 2019. Je ne pense pas que les responsables gouvernementaux prendront le risque d’une décision impopulaire à une date trop rapprochée de l’élection, sachant que le travail est ralenti, les derniers mois, par la campagne électorale. Autant dire que si le contrat n’est pas signé en juin 2018, le remplacement entrera dans une zone de forte turbulence.

[1] D’autant plus qu’elle n’est que radar : sa configuration fait du F-35 un appareil particulièrement visible aux capteurs IR à grand angle qu’investiguent actuellement Chinois et Russes.

[2] Soit 18 Piranha dotés de canons de 90 mm ; 32 Piranha dotés de canons de 30 mm ; 24 obusiers de 105 mm ; 52 mortiers de 120 mm. Sources : IISS Military balance 2014.

La Belgique et les Pays-Bas franchissent une nouvelle étape dans le remplacement de leur marine

Crédit-photo: BE Defence-Malek Azoug
Crédit-photo: BE Defence-Malek Azoug

Le ministre de la Défense belge Steven Vandeput et son homologue néerlandais Jeanine Hennis-Plasschaert ont signé aujourd’hui deux accords de programme ‘’Program Arrangements’’ pour le remplacement conjoint de frégates et de chasseurs de mines. C’est le franchissement d’une nouvelle étape dans l’autre dossier important de la vision stratégique en achat de matériel avec le remplacement des F-16. Une lettre d’intention commune entre les deux pays avait été signée au mois de novembre 2016. 

Ces deux accords de programme ‘’Program Arrangements’’ prévoient le cadre dans lequel les deux équipes de projet vont examiner et définir les exigences essentielles des nouveaux navires. Ainsi, pour le programme de remplacement des frégates une étude préliminaire pour un « Above Water Warfare »-cluster est lancée en vue d’examiner quels capteurs et quelle technologie de la communication de données sont nécessaires à la défense du nouveau navire contre les menaces aériennes et de surface. Une étude est également lancée pour le programme de remplacement des chasseurs de mines. Celle-ci vise à définir l’architecture des systèmes d’information nécessaires à la « Command & Control » (C2) configuration du nouveau MCM-navire (Mine Countermeasures). Sur base des résultats de ces deux études, les équipes de projet présenteront la description des besoins pour les deux programmes de remplacement et poseront la base pour les deux Memoranda of Understanding.

Au mois de janvier dernier, Steven Vandeput a confirmé que le maintien à flot des chasseurs de mines néerlandais et belge était compliqué.  La maintenance des bâtiments des deux pays est assurée par la marine belge à Zeebrugge. Des pannes surviennent parfois en dehors des entretiens prévus. Les plateformes opérationnelles étant moins nombreuses, les effets de ces pannes sont plus perceptibles qu’auparavant. Toutefois, les bâtiments pourront rester en service jusqu’à leur remplacement, moyennant les efforts nécessaires et le remplacement des logiciels obsolètes.

Le dossier est plus avancé côté belge que côté néerlandais. Le budget d’investissements s’élève à 1,29 milliard d’euros pour les frégates et à 932 millions d’euros pour la capacité de lutte contre les mines, côté belge. Le budget est toujours en cours d’élaboration côté néerlandais. La capacité de lutte contre les mines doit être remplacée à partir de 2023 et les frégates à partir de 2025.

Un nouveau commandant pour la frégate Louise-Marie

photo Belgian Navy
photo Belgian Navy

Ce vendredi 20 janvier, la frégate Louise-Marie et son équipage ont reçu un nouveau commandant, a indiqué la Marine belge hier dans un communiqué. Au cours d’une cérémonie militaire, qui s’est tenue à la base navale de Zeebruges, le commandant de la composante marine, l’amiral de division Wim Robberecht a présenté le capitaine de frégate breveté d’état-major Guy Schotte comme nouveau commandant du navire en présence du vice-amiral Michel Hofman sous-chef d’état-major Opérations et Entraînement et ancien commandant de la Composante Marine.

Le capitaine de frégate breveté d’état-major Guy Schotte vient du Département d’Etat-Major Opérations et Entraînement au sein duquel il chapeautait les différentes opérations aériennes, terrestres et maritimes aux quatre coins du monde. Dès le début de la menace terroriste, il y a été impliqué et a dirigé les opérations de soutien à la Police par les militaires belges suites à la menace et les attaques terroristes.

A la fin du mois de janvier, la frégate partira en direction des eaux norvégiennes au sein de l’escadre permanente de l’OTAN, le Standing NATO Maritime Group 1. En juillet, elle reprendra la direction de la Méditerranée pour participer à l’opération Sophia organisée par l’Union Européenne.