Un Belge à la tête de la MINUSMA

general-deconinckLe général belge Jean-Paul Deconinck a été désigné jeudi comme prochain commandant de la force (militaire) de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (Minusma), la quatrième plus importante force de maintien de la paix onusienne dans le monde, a-t-on appris de sources concordantes.

Le général-major Deconinck, qui commande actuellement la composante Terre de l’armée belge, devrait prendre ses fonctions à Bamako à la mi-mars. Sa candidature a franchi toute les étapes de la sélection organisée par le département des opérations de maintien de la paix (DPKO) avant d’être approuvée par le Conseil de sécurité de l’ONU et le secrétaire général des Nations unies, Antonio Gutteres. Sa nomination à la tête de la Minusma devrait être avalisée vendredi matin par le gouvernement belge lors d’un conseil des ministres électronique et annoncée par communiqué, selon une bonne source.

Présente au Mali depuis avril 2013, la Minusma dispose d’effectifs s’élevant à 13.456 personnes, dont 10.763 militaires, 36 observateurs et 1.258 policiers pour la composante militaire. Elle est considérée comme la mission de l’ONU la plus dangereuse au monde depuis la Somalie en 1993-1995. Elle est la cible d’attaques régulières menées par des djihadistes, avec plus de 70 Casques bleus tués lors d’attaques et un bilan total de 114 morts depuis son déploiement.

Source: Belga

La Belgique et les Pays-Bas ont collaboré à la construction d’une nouvelle piste d’obstacles pour les troupes irakiennes

Un militaire belge en Irak (photo d'illustration)
Un militaire belge en Irak (photo d’illustration)

L’info était passée inaperçue mais la Belgique et les Pays-Bas ont collaboré à la construction d’une nouvelle piste d’obstacles pour les troupes irakiennes fin 2016. C’est ce que nous apprend le magazine de la Défense D-Briefing tout nouvellement numérisé et consacré à l’opération Valiant Phoenix, l’autre opération militaire belge en Irak consacré à la formation des troupes irakiennes depuis 2015. 

Le 1er novembre 2016, le général-major irakien Falah Hassan, commandant de la Counter Terrorism Service Academy à Bagdad, a signé avec les représentants néerlandais et belges un accord pour l’aménagement d’une nouvelle piste d’obstacles. Si les Néerlandais ont apporté leur appui financier, la Belgique est intervenu à deux niveaux dans ce projet : un officier de réserve a dessiné les plans de la piste et un « géniaque » a supervisé les travaux exécutés par une firme de construction irakienne.

La nouvelle piste comprend une vingtaine d’obstacles respectant évidemment les normes de sécurité. Quatre ont été récupérés de l’ancien parcours, les 16 autres étaient neufs.

En 2017, la Belgique et les Pays-Bas vont renforcer leur collaboration en Irak sur le plan de la formation militaire.

La livraison des huit A400M pourrait être retardée

photo AFP
photo AFP

En raison des problèmes que connaît actuellement le programme Airbus A400M, le calendrier de livraison des huit A400M à la Belgique et au Luxembourg pourrait être changé.

L’Allemagne a été un des premiers pays  à recevoir des A400M. L’un d’eux a déjà connu des problèmes et est tombé en panne début février en Lituanie alors que la ministre de la Défense devait le prendre pour assister à une cérémonie. Airbus a annoncé récemment que ses bénéfices avaient baissé à cause du programme de l’A400M et de ses nombreux déboires.  Le groupe a demandé hier une réunion ministérielle européenne pour prendre la mesure de la situation et convenir des prochaines étapes dans l’intérêt de la poursuite du programme, des gouvernements clients et du secteur européen de la défense.

Interrogé en commission à ce sujet, le ministre de la Défense Steven Vandeput a indiqué que les A400M, qui seraient livrés à la Belgique et au Luxembourg, seraient équipés de la dernière évolution de la boîte de transmission pour éviter certains problèmes techniques. Initialement les huit appareils devaient être livrés entre février 2019 et novembre 2020. Airbus a toutefois proposé à la Belgique une livraison échelonnée à partir de septembre 2019, ce qui laisse penser qu’elle aura plusieurs mois de retard. Le ministre a également indiqué que le prix total d’acquisition était inchangé soit 1,190 milliards d’euros.

Le bataillon de Chasseurs à Cheval au cœur des attentats du 22 mars à Bruxelles (deuxième partie)

capture d'écran JT RTBF
capture d’écran JT RTBF

Le sergent Paul-Henri, le caporal Johan et le soldat Samuel faisaient partie du peloton de Chasseurs à Cheval (ISTAR) en opération Vigilant Guardian le 22 mars 2016 à l’aéroport de Zaventem à Bruxelles. Témoignages.

Le 22 mars 2016 peu avant 8H du matin, deux explosions simultanées retentissent à l’aéroport de Zaventem à Bruxelles faisant une quinzaine de morts, dont les deux kamikazes, et une centaine de blessés. Les militaires de l’opération Vigilant Guardian, appartenant au bataillon de Chasseurs à Cheval, seront les premiers à arriver sur les lieux et à s’occuper des blessés. Leur action sera déterminante pour sauver des vies. Ils font partie des héros de cette triste journée qui a plongé la Belgique dans le deuil. En toute franchise et simplicité, certains d’entre eux ont accepté de témoigner sur leur action ce jour-là ainsi que leur vécu et leur expérience en tant que militaires. Des témoignages de premier plan.

La deuxième partie de notre focus sera consacrée à l’avant et l’après 22 mars 2016 : préparation à réagir, regard des médias, retour sur le terrain et enseignements à en tirer.

« On n’est jamais préparé à un tel événement »

En prenant leur poste ce matin-là, les militaires du bataillon de Chasseurs à Cheval en opération Vigilant Guardian ne pensaient sans doute pas vivre une telle situation. Ils ont mis en pratique en quelques secondes sans avoir le temps de réfléchir ce qu’ils avaient appris durant leur formation militaire. « Ce jour-là, pour ma part, j’ai vraiment agi machinalement », explique le sergent Paul-Henri qui poursuit : « Lorsque j’étais en train de sortir les blessés, aider mes collègues et chercher d’autres victimes, j’avais l’esprit occupé. » Le caporal Johan nous parle de son ressenti : « J’ai fait ce qui me semblait juste en ne perdant pas de vue que j’étais d’abord là pour sécuriser les lieux, ensuite les choses s’enchaînent. » Le cas du soldat Samuel est différent, lui qui met en avant sa formation de Para Commando : « Mon expérience de sept années passées dans cette unité exigeante mentalement et physiquement m’ont sans aucun doute beaucoup aidé tout comme mes cours de premiers soins. » Le bataillon de Chasseurs à Cheval pouvait d’ailleurs être fier de l’action réalisée par ses militaires ce jour-là. Cette même action a amené le regard des médias dans les jours qui ont suivi.

Sous le projecteur des médias

Le soldat Nathan rencontre Walter Benjamin (capture d'écran RTL-TVI)
Le soldat Nathan rencontre Walter Benjamin (capture d’écran RTL-TVI)

Parmi les témoignages recueillis ce jour-là par la presse belge, celui de Walter Benjamin avait particulièrement ému l’opinion publique. « Ma vie, je la dois à un militaire de l’armée belge que je voudrais remercier. Il est venu vers moi, m’a pris dans ses bras et m’a serré très fort. Il m’a dit « parle-moi, reste avec moi, regarde-moi dans les yeux, ne t’endors pas » », avait-il raconté. Trois semaines plus tard, il rencontrait son sauveur à l’hôpital devant les caméras de RTL-TVI. Un mois après les attentats, la Défense organisait également un point presse pour valoriser l’action des militaires de toutes les unités qui ont agi ce jour-là. À l’époque, le sergent Paul-Henri avait témoigné devant les caméras des différents médias du pays. L’effervescence est retombée aujourd’hui mais qu’importe les militaires du bataillon de Chasseurs à Cheval ne s’en plaignent pas et restent modestes.

« Je n’ai fait que mon devoir de soldat »

Le sergent Paul-Henri témoigne sur BX1 (capture d'écran BX1)
Le sergent Paul-Henri témoigne sur BX1 (capture d’écran BX1)

Le sergent Paul-Henri reste lucide sur l’actualité médiatique qui passe et continuellement volatile : « Il n’y a pas eu de changement dans mon quotidien. Qui se souvient d’un visage apparaissant une fois vingt secondes au JT ? », ajoutant « Les militaires ne sont pas là pour la gloire mais pour protéger la nation. » Même ton modeste chez le soldat Samuel, qui n’a pas spécialement ressenti d’effervescence médiatique : « J’ai fait tout ce que j’ai pu ce jour-là car il le fallait. Je pense avoir fait mon devoir. » Il préfère parler d’autres héros et de sa fierté d’avoir servi dans le bataillon ISTAR : « La presse a parlé de ce qui s’est passé en général, pas de tous les héros que j’ai vu ce jour-là. J’ai vu des gens se surpasser pour aider les autres. Je suis fier d’avoir été avec ce peloton du bataillon où j’avais été déployé en renfort. » Il confie même avoir gardé de très bons contacts avec ces collègues néerlandophones du bataillon, des liens indéfectibles entre frères d’armes noués lors d’événements tragiques. Pour sa part, le caporal Johan a toujours voulu rester anonyme mais regrette la couverture médiatique parfois trop répétitive pour certaines choses même s’il confirme qu’elle a été positive pour l’armée tout comme c’est le cas pour l’opération Vigilant Guardian qui a pris une nouvelle tournure après les attentats.

De retour sur le terrain en opération Vigilant Guardian

L’expression est du soldat Samuel : « Quand on tombe de cheval, il faut y remonter le plus vite possible. » Pas de demande de traitement de faveur ou de repos particulier, les militaires du bataillon de Chasseurs à Cheval sont de retour sur le terrain deux jours après. « Dans un premier temps, j’étais très, trop attentif. C’est très fatigant. Et les bruits violents me faisaient sursauter. Mais ça m’est passé, la vie continue. J’ai tiré beaucoup de leçons de cette épreuve », explique le soldat Samuel. Pas de changement particulier pour le caporal Johan : « Je ressens la même chose qu’avant que tout cela se soit produit. Je reste sur mes gardes un peu plus parano qu’avant. » Mais tous soulignent l’inventivité du terrorisme d’aujourd’hui : « Maintenant je sais comment j’ai réagi pour cette situation-là mais on n’a jamais deux fois le même scénario…qui sait quel sera le prochain ? », raconte le sergent Paul-Henri, qui confie avoir eu au mois de juin dernier une crise d’angoisse comme civil en vacances à l’aéroport de Zaventem au moment de l’enregistrement des bagages. « Lorsque je suis passé par la suite dans le cadre de l’opération Vigilant Guardian, je n’ai plus rien éprouvé. Le fait d’être en service nous fait changer pas mal notre comportement », poursuit-il, une façon de rappeler qu’un militaire reste un humain mais qu’il répondra toujours présent pour faire son devoir de militaire. Cela ne peut que forcer le respect.

Un militaire du bataillon de Chasseurs à Cheval en opération Vigilant Guardian à Bruxelles en juillet 2016 (photo bataillon ISTAR-IPR)
Un militaire du bataillon de Chasseurs à Cheval en opération Vigilant Guardian à Bruxelles en juillet 2016 (photo bataillon ISTAR-IPR)

« Même si le déploiement dans les rues de nos cités n’aura malheureusement pas permis d’éviter les attentats, cette opération se sera malgré tout révélée utile. Un temps précieux a pu être gagné et des vies humaines ont été sauvées grâce aux réactions immédiates de notre personnel et des secouristes militaires », écrivait la Défense dans son Dbriefing des attentats du 22 mars. Dans le dernier numéro de la Revue Militaire Belge, le commandant de la Composante Médicale, le Médecin Général-major Pierre Neirinckx a encore appuyé ces propos : « Il est cependant remarquable de noter que les premiers gestes qui ont sauvé des vies ce 22 mars, sont principalement dus aux réflexes de nos militaires qui patrouillaient ce jour-là. » Depuis la Défense organise des cours de premiers soins à d’autres institutions comme les pompiers pour partager son expérience. Des militaires présents ce jour-là, le soldat Samuel a suivi par la suite un cours de six semaines de secourisme militaire, assez poussé en premiers soins, pour être mieux préparé. Il y aura un avant et un après 22 mars 2016 pour tous ces militaires et pour l’armée belge dans son ensemble.

À environ un mois du premier anniversaire de ces tristes attentats, le blog À l’Avant-Garde voulait rendre hommage à sa façon à ces militaires du bataillon de Chasseurs à Cheval, anonymes ou pas, qui ont sauvé des vies grâce à leur action déterminante dans une situation exceptionnelle inédite. Merci aux militaires qui se sont confiés et au service de presse de la Défense qui a spontanément collaboré au projet, permettant sa réalisation.

 

Le bataillon de Chasseurs à Cheval au cœur des attentats du 22 mars à Bruxelles (première partie)

Un militaire sécurise les abords de l'aéroport de Zaventem pendant l'intervention des secours (photo BE Defense)
Un militaire sécurise les abords de l’aéroport de Zaventem pendant l’intervention des secours (photo BE Defense)

Le sergent Paul-Henri, le caporal Johan et le soldat Samuel faisaient partie du peloton de Chasseurs à Cheval (ISTAR) en opération Vigilant Guardian le 22 mars 2016 à l’aéroport de Zaventem à Bruxelles. Première partie de notre focus.

Le 22 mars 2016 peu avant 8H du matin, deux explosions simultanées retentissent à l’aéroport de Zaventem à Bruxelles faisant une quinzaine de morts, dont les deux kamikazes, et une centaine de blessés. Les militaires de l’opération Vigilant Guardian, appartenant au bataillon de Chasseurs à Cheval, seront les premiers à arriver sur les lieux et à s’occuper des blessés. Leur action sera déterminante pour sauver des vies. Ils font partie des héros de cette triste journée qui a plongé la Belgique dans le deuil. En toute franchise et simplicité, certains d’entre eux ont accepté de témoigner sur leur action ce jour-là ainsi que leur vécu et leur expérience en tant que militaires. Des témoignages de premier plan.

À 8H un 22 mars 2016…

Au moment des explosions, le soldat Samuel se trouve dans les escalators avec son binôme pour retourner au local de repos quand il entend une détonation assez faible comme un « pétard » avant deux secondes plus tard d’entendre une énorme explosion deux étages au-dessus et de ressentir l’effet du blast : « Mon premier réflexe a été de charger mon arme pour qu’elle soit prête à tirer. » Arrivé à toute vitesse sur le lieu de l’explosion, il charge sa deuxième arme et se tient en position de tir avec son fusil d’assaut (FNC) prêt à riposter face à toute menace. « Sur le moment, je me suis dit que ce n’était pas possible que ça nous arrive à nous », évoque le caporal Johan qui confie même : « Pour moi, l’explosion venait de l’étage inférieur ce qui n’était pas le cas de mon binôme qui pensait l’inverse. Nous avons pris le parti d’aller en bas et nous avons commencé à descendre. Quelques secondes plus tard, la seconde explosion est survenu au-dessus de nous à l’étage supérieur où nous aurions dû être si nous avions choisi d’aller en haut »…Pour le sergent Paul-Henri, « ce qui se passait semblait irréel ». En premier lieu, les militaires sécurisent la zone, rejoignant le lieu des explosions en progression tactique. Ne voyant plus de danger immédiat, ils apportent leur aide aux nombreux blessés.

Au milieu des blessés

Un militaire du bataillon ISTAR sécurise le lieu de l'attentat à l'aéroport de Zaventem peu après les explosions. (photo REUTERS/Jef Versele/Handout)
Un militaire du bataillon ISTAR sécurise le lieu de l’attentat à l’aéroport de Zaventem peu après les explosions. (photo REUTERS/Jef Versele/Handout)

« Des morceaux de plafond tombaient et de la poussière et des débris en feu flottaient dans l’air. Les tuyaux du système anti-incendie étaient arrachés et l’eau coulait à flot… Il y avait beaucoup de monde qui demandait de l’aide », décrit le caporal Johan. « Évaluer la gravité des blessures en n’oubliant pas notre mission première, ce n’est pas évident», explique-t-il. Le soldat Samuel apporte son aide à un homme avec une fracture ouverte : « J’ai essayé de faire un garrot avec ce que je trouvais sur place à proximité : sangle de valise, ceinture, mais ça ne fonctionnait pas … C’est alors qu’un secouriste m’a lancé, en passant à plusieurs mètres de moi en courant un tourniquet. Je dois bien avouer que le tourniquet CAT est très efficace, deux secondes plus tard il était en place. » Plusieurs soldats du bataillon ISTAR ont utilisé ce fameux tourniquet CAT ce jour-là. Le sergent Paul-Henri dégage une hôtesse de l’air en état de choc pour l’aider à se déplacer vers un endroit plus sécurisé. De son côté, le caporal Johan fait un garrot à une dame dont le pied avait été arraché par l’explosion. Toutefois les militaires se sentent mieux dans leur mission première comme l’explique ce même caporal Johan qui apporte son aide à un homme dont le dos était perforé par un rail métallique, une situation compliquée à appréhender sans une forte formation médicale : « Tout à coup, un médecin est arrivé. Ce fut un soulagement pour moi. Je lui donnai le reste de mes pansements en sachant qu’il en ferait certainement meilleur usage que moi. J’allai pouvoir m’occuper essentiellement de ma mission, sécuriser les lieux en cas d’attaque multiple. » Au milieu de la confusion, les soldats du peloton sont dispersés.

Sécuriser les lieux avant tout

Cette photo postée sur Facebook a fait le buzz. Un militaire du bataillon ISTAR évacue un blessé de l'aéroport de Zaventem.
Cette photo postée sur Facebook a fait le buzz. Un militaire du bataillon ISTAR évacue un blessé de l’aéroport de Zaventem.

En effet dans le feu de l’action et l’urgence du moment, les binômes se trouvent éclatés comme c’est le cas du caporal Johan qui se retrouve avec un autre binôme que le sien : « Dans mon esprit, j’avais autre chose à faire que de surveiller mon binôme ». D’ailleurs selon ses dires, la confusion la plus totale est présente même chez certains passagers : « Dans les étages inférieurs, certains n’étaient même pas au courant de ce qui était en train de se passer et croyaient qu’il y avait eu un accident sur le chantier voisin, d’autres pensaient être en sécurité. » Après avoir apporté les premiers soins, les militaires se dirigent vers d’autres missions. Le sergent Paul-Henri s’occupe de la sécurité d’un parking pour empêcher les badauds d’approcher. Le soldat Samuel escorte avec un policier un groupe de blessés évacués vers des ambulances hors de l’hôpital, s’occupe de fouiller les parkings et ensuite accompagne les pompiers pour trouver des survivants dans les décombres. Sa journée se termine par la protection de l’hôtel Sheraton. De son côté, le caporal Johan se décide à chercher dans l’aéroport d’éventuels terroristes qui pourraient frapper à nouveau pour provoquer un sur-attentat. Après avoir retrouvé le commandant du peloton, il se charge d’élargir le périmètre de protection pour les secours et établit des tours de garde. Les hommes du bataillon de Chasseurs à Cheval sont relevés à 22H et se retrouvent quelques heures plus tard dans leur caserne après une journée qu’ils ne seront pas prêts d’oublier.

2017-02-05Au début de l’après-midi, la page Facebook du bataillon de Chasseurs à Cheval annonce qu’il n’y a aucune victime parmi ses hommes présents à l’aéroport de Zaventem. Le caporal Johan envoie un sms à sa femme trois heures après la première explosion : tout va bien, je te rappelle dès que je peux. Dans le feu de l’action toute la journée, la pression retombe au retour dans la caserne : « J’ai pensé à ma famille et à moi », raconte simplement le caporal. L’émotion est présente. Le sergent Paul-Henri ne peut s’empêcher de laisser couler quelques larmes, plusieurs heures après les explosions. Deux jours plus tard, ils étaient tout simplement de retour sur le terrain en mission Vigilant Guardian prêts à défendre leurs concitoyens si le terrorisme venait à frapper à nouveau la Belgique.

Deuxième partie à suivre dans les prochains jours…

Vers la mise en place du « SOCOM » en collaboration avec les Pays-Bas et le Danemark

photo SF Gp
photo SF Gp

La Belgique, les Pays-Bas et le Danemark ont signé aujourd’hui une Lettre d’Intention pour la formation conjointe d’une Composite Special Operations Component (C-SOCC et SOCOM). Il s’agit d’une contribution importante à une critique lacune capacitaire livrée à l’OTAN. Ce C-SOCC offre un « command & control » pour les Special Forces, en particulier pour le Response Force de l’OTAN (NRF), régulièrement en pénurie. Il doit être également expéditionnaire. Les trois pays verseront chacun un tiers à l’initiative.

L’implication de la Belgique dans un SOCOM européen fait partie de la vision stratégique du ministre Steven Vandeput, qui accorde une place importante aux Forces Spéciales. En parallèle avec la mise en place du SOCOM, la Belgique  contribuera en permanence avec des instructeurs à l’International Special Training Centre (ISTC) à Pfullendorf en Allemagne. Ce centre entraîne les Special Forces des pays membres de l’OTAN dans des domaines spécialisés. Les instructeurs belges y collaborent avec leurs homologues allemands, américains, danois, grecs, italiens, néerlandais, norvégiens et turcs.

Par ces implications, la Défense belge veut s’ancrer dans une capacité européenne de Forces Spéciales.

Petite précision: Le C-SOCC est un état-major opérationnel multinational  alors que le SOCOM est une structure de mise en condition. Les deux sont indissociables dans la vision stratégique. L’un n’ira pas sans l’autre.

Le timing du remplacement des F-16 devient de plus en plus serré

photo BE Defense
photo BE Defense

Il n’aura échappé à personne que l’appel d’offres pour le remplacement des F-16 n’était pas à l’ordre du jour du dernier Conseil des ministres. D’ailleurs on pouvait s’y attendre, les médias n’en ayant pas parlé au préalable. Le timing du remplacement des F-16 devient de plus en plus serré alors qu’on est déjà mi-février 2017 et qu’une décision doit être prise par le gouvernement en 2018.

Pourtant le ministre Steven Vandeput avait indiqué, fin janvier, que le « Request for governmental Proposal » était prêt après avoir été retardé par le dossier du rallongement de l’âge de la pension. Mais le dossier ne cesse de traîner depuis 2015. Du côté de l’État-Major de la Composante Air, on commence à s’inquiéter. Dans un récent interview, son commandant le général-major Vansina a rappelé que les F-16 arriveraient en fin de vie en 2023 et qu’il faudrait plusieurs années de production pour son remplaçant.

Le remplacement des F-16 devient un peu l’Arlésienne alors qu’il avait été présenté par le gouvernement comme une mesure-phare de sa politique de Défense. Il ne faudrait pas que le dossier soit bâclé, faute de temps.

Le ministre Steven Vandeput lance son premier projet pilote de privatisation au Quartier Hemptinne à Heverlee

photo RTL-Info
photo RTL-Info

Le Conseil des ministres a approuvé vendredi la procédure de marché public pour l’externalisation du service de garde du Quartier Hemptinne à Heverlee. Ce marché public a pour but de faire assurer le service de garde par une firme privée de gardiennage avec la mise en place de personnel et de moyens techniques (caméras, systèmes de détection et de contrôle d’accès). C’est le premier projet pilote d’outsourcing lancé par le ministre Steven Vandeput dans le cadre de la vision stratégique.

La vision stratégique du ministre Vandeput prévoit le passage d’une armée de 30.000 à 25.000 hommes avec une baisse évolutive jusqu’en 2030. Le recours à des partenaires privés ou publics va compenser cette perte de 5.000 hommes. Dans un communiqué, le ministre rappelle que: »l’externalisation de tâches de soutien permettra à la Défense de se concentrer sur son cœur de métier », précisant: « Laissez faire la garde par un partenaire privé signifie que plus de soldats sont disponibles pour les opérations, tandis que les coûts pour la garde baisseront. »  L’outsourcing concerne des métiers de cuisine, horeca, la protection de caserne. La vision stratégique souligne toutefois que le coût sera élevé pour le démarrage de ces initiatives. Il se chiffrerait à quelque dizaines de millions d’euros.

La Défense fait déjà appel à des prestations de services venant du marché civil pour les services facilitaires (maintenance d’installations techniques, le nettoyage, l’entretien de jardin), la « flotte blanche » (Airbus A321), le transport commercial (taxis à Bruxelles, leasing de véhicules utilitaires), développement de software, matériel informatique, les soins de santé primaire, ainsi que l’entretien (navires, avions et véhicules utilitaires).

Dans cette optique de sous-traitance, le ministère de la Défense voulait lancer plusieurs projets pilotes au cours de la première moitié de l’année 2017 pour un coût de 3 millions d’euros avec l’objectif d’en tirer des enseignements d’ici 2018. Le service de garde du Quartier Hemptinne en est le premier. Le contrat aura une durée de quatre ans avec une prolongation possible d’un an. En cas de succès, la privatisation du service de garde pourrait être étendue à d’autres quartiers.

Le Quartier Hemptinne accueille plusieurs unités de la Composante Terre: les Special Forces Group (SF Gp), le bataillon de Chasseurs à Cheval (ISTAR), l’Information Operations Group. Le 30 novembre 2015, une intrusion y avait été constatée avec la découverte d’un dispositif explosif (bouteilles de type « cocktail Molotov ») à proximité de véhicules militaires, provoquant une brève évacuation et l’intervention des services de déminage.

Le colonel Erik Norga a pris le commandement de l’ETTF au sein de l’EUTM Mali

photo EUTM Mali
photo EUTM Mali

Le 8 février 2017, le colonel belge Thierry Hinnekens a remis le commandement de l’ETTF (Education and Training Task Force) à son compatriote, le colonel Erik Norga, lors d’une parade présidée par le général de brigade Peter Devogelaere, commandant de l’EUTM Mali. Il était arrivé à la tête de l’ETTF le 30 septembre 2016.

Le colonel Erik Norga a notamment commandé le bataillon d’Artillerie entre 2013 et 2014.

C’est au sein de l’ETTF, à Koulikoro, que se déroule une grande partie des activités d’entraînement organisées par l’EUTM Mali au profit des Forces Armées maliennes (FAMa).

La Belgique est à la tête de l’EUTM Mali depuis juillet 2016.

Opération Desert Falcon: Le manque de transparence nuit à la crédibilité de la Belgique dans sa lutte contre l’EI

photo Défense belge
photo Défense belge

Dans une interview à des journalistes belges en début de semaine, le président syrien Assad a été très critique notamment sur l’action des F-16 belges en Syrie, déclarant que la mission de la coalition internationale était illégale: »Elle a été décidée sans nous consulter, sans demander la moindre permission au gouvernement syrien, qui est pourtant légitime. C’est une violation de notre souveraineté. » Après les graves accusations de la Russie au mois d’octobre 2016, la Belgique se trouve de nouveau mis en porte-à-faux et paye son manque de transparence dans son action militaire contre l’EI.

Un cadre légal faible en Syrie

Dans une note publiée sur l’Institut royal supérieur de défense (IRSD) en septembre 2016, Catherine Rémy, Directrice-adjointe du Centre d’études de sécurité et défense de l’Institut, analysait le cadre légal de la lutte armée de la Belgique contre l’EI. Elle soulignait les faiblesses juridiques du cadre légal de l’action belge notamment sur son intervention en Syrie:« Si le cadre légal est suffisamment justifié pour ce qui concerne l’intervention en Irak, il demeure assez faible pour ce qui concerne l’intervention en Syrie. » Elle insistait notamment sur la nécessité de renforcer le cadre légal de la mission, notamment par le consentement des autorités syriennes. En réponse aux accusations du président syrien, le ministre des Affaires Étrangères Didier Reynders a publié un communiqué déclarant que le cadre juridique de l’opération belge était partagé par tous les membres de la coalition internationale. De son côté, le Premier ministre Charles Michel s’est contenté d’une simple déclaration:« Nous ne recevrons aucune leçon de droits de l’homme de la part de M. Assad. »Il n’en reste pas moins que la Belgique reste l’un des pays de la coalition les moins transparents sur son action militaire en Irak et en Syrie, une constatation partagée même dans certains médias occidentaux  comme le journal français Le Monde.

 

capture d'écran RTBF
Interview du président syrien Assad à la chaîne VRT (capture d’écran RTBF)

Le grand inconnu des frappes militaires 

Aucun chiffre exact des frappes des F-16 belges n’a jamais été donné par le ministère et ce déjà dans une certaine mesure en 2015. On se contente de parler en pourcentage ou en termes relativement flous. « Durant les 9 mois de l’opération Desert Falcon, les six F-16 belges ont effectué 163 attaques lors des 796 vols au-dessus de l’Irak. La contribution belge s’élevait à 5,5% de la coalition internationale contre Daesh », pouvait-on lire sur le site de la Défense au mois de juillet 2015. Les six F-16 sont de nouveau en Jordanie depuis juillet 2016 et les chiffres de frappe ne sont toujours pas là. Au mois d’octobre, La Libre Belgique indiquait que seulement 5% des frappes belges avaient lieu en Syrie dont une frappe  pendant l’été. On parle de sorties, d’attaques, de soutien aérien mais le mot frappes n’est jamais prononcé. On invoque des raisons de sécurité. La Défense belge précise simplement que chaque sortie aérienne est fortement encadrée pour éviter les dommages collatéraux et vérifier le cadre légal. Depuis un certain temps, la Défense française a pris l’habitude de faire un point hebdomadaire précis sur ses opérations sans que cela ne nuise aux opérations. Communiquer un petit plus, ne ferait sans doute pas de mal même à destination des citoyens belges.

Clarifier l’efficacité militaire des opérations des F-16

Effectivement pour les citoyens belges eux-mêmes, il est difficile de se donner une idée exacte de l’efficacité militaire belge en Irak et en Syrie au milieu de ces termes et pourcentage. En 2015, les F-16 belges avaient détruit  au moins 107 cibles terrestres, un chiffre déjà beaucoup plus parlant en date d’avril 2015. En 2016,  ce n’est plus le cas. Au début de l’année, l’agence Belga s’est contenté d’indiquer que les F-16 belges avaient franchi le cap des 6000 heures de vol au dessus de l’Irak et de la Syrie, ajoutant que la source militaire n’avait pas précisé le nombre de missions effectuées ni le nombre d’engagements contre des objectifs de l’EI. On pourrait croire que les F-16 belges se contentent de voler sans plus. Bien sûr tout le monde sait que ce n’est pas le cas mais un chiffre clair et précis est certainement beaucoup plus parlant que d’afficher des heures de vol, qui ne veulent pas dire grand chose. L’opposition, comme le parti socialiste, s’était déjà plainte de ce manque de transparence au mois d’octobre 2016. Le gouvernement avait rétorqué qu’il y avait une commission parlementaire dédiée aux opérations militaires et que le contrôle démocratique était donc assuré. Sauf que cette commission se réunit toujours à huis-clos et que jamais rien n’en sort.

Des F-16 belges en Jordanie (photo Défense belge)
Des F-16 belges en Jordanie (photo Défense belge)

Vers la fin temporaire de l’opération Desert Falcon ?

Au-delà de ce manque de transparence, la crédibilité de la Belgique pourrait être entachée par l’arrêt de la mission des F-16 au mois de juillet prochain alors qu’elle avait fait son entrée en octobre 2016 dans le noyau dur des pays les plus impliqués dans la lutte contre l’EI, ce dont s’était félicité Steven Vandeput . La mission « flip-flop » avec les Pays-Bas est en train de tourner au flop, on peut le dire. Il apparaît désormais clairement après des premières rumeurs au mois de septembre 2016 que les F-16 hollandais ne pourront pas prendre la suite au mois de juillet prochain et qu’il faudra attendre au moins début janvier 2018 pour que leur retour soit possible. De son côté, la Belgique ne peut pas continuer alors que les opérations 2017 ont déjà été budgétées. Alors certes la Belgique n’y est pour rien, elle qui a tenu ses engagements, mais malheureusement c’est le résultat d’une coopération obligée, faute d’autonomie stratégique. Et le gouvernement belge n’accablera pas son homologue néerlandais alors que de nombreux projets de coopération militaire sont en cours. Le ministre de la Défense Steven Vandeput a laissé entendre que l’opération Desert Falcon prendrait temporairement fin. La contribution militaire belge dans la lutte contre l’EI serait alors cantonnée aux 30 instructeurs belges. Mais quid du détachement  de militaires qui était prévu pour protéger les F-16 hollandais ?

Entre 2016 et 2017, la Belgique aura été fortement attaquée sur son action militaire en Syrie et en Irak par la Russie et la Syrie. Fortement visée, elle devrait sans doute réfléchir à mieux communiquer sur ses opérations militaires pour gagner en crédibilité envers les autres alliés occidentaux mais aussi ses propres citoyens et éviter de devenir une cible privilégiée de pays adverses.