[Interview] Général de brigade Herman Ruys: « Les Forces armées centrafricaines font face à des défis gigantesques »

Le CNE Golly-Mokanda accueil le GBR RUYS au Centre de Formation de KASSAI le GBR RUYS au Centre de Formation de KASSAI (crédit-photo EUTM RCA/V. Tritz)
Le CNE Golly-Mokanda accueil le GBR RUYS au Centre de Formation de KASSAI le GBR RUYS au Centre de Formation de KASSAI (crédit-photo EUTM RCA/V. Tritz)

Interview avec le général de brigade Herman Ruys, commandant de l’EUTM RCA depuis janvier 2017.

Le 14 janvier 2017, le général de brigade Herman Ruys a pris le commandement de l’EUTM RCA, succédant au général français Éric Hautecloque-Raysz. Cette prise de commandement s’est accompagnée de l’arrivée d’un détachement belge de 27 militaires entre le 7 et 16 janvier 2017. Vingt proviennent de l’État-Major de l’Eurocorps à Strasbourg, le reste formant l’équipe de protection du général Ruys. Après l’EUTM Mali, la Belgique est à la tête d’une autre mission européenne en Centrafrique. Pour le blog À l’Avant-Garde, le général de brigade Herman Ruys nous parle de son arrivée à la tête de la mission, de son mandat, du futur de l’armée centrafricaine ainsi que du rôle de l’armée belge.

« La mission de l’EUTM RCA s’articule autour de deux axes: le conseil stratégique et la formation »

Général Ruys, vous venez de prendre la tête de l’EUTM RCA. Comment se sont passées votre prise de fonction et la transition avec le général Hautecloque-Raysz ?

Pour commencer, j’aimerais rappeler que cette mission militaire européenne d’entraînement et de conseil stratégique répond à un mandat de deux ans, mandat qui pourrait éventuellement être renouvelé. Le premier contingent est arrivé à Bangui en juillet 2016 et la mission EUTM RCA a été déclarée opérationnelle le 22 septembre suivant. C’est le général Hautecloque-Raysz, le commandant de ce premier contingent, qui a établi l’EUTM au camp Moana, en y succédant à la mission EUMAM-RCA. En passant d’EUMAM à EUTM, l’effectif européen est passé de 60 à 170 militaires, hommes et femmes, issus de 12 nations de l’UE et Etats tiers.

A l’instar du premier contingent, c’est l’Eurocorps qui a fourni le cœur du détachement ; le commandement et la majorité du personnel des trois piliers. Le général Hautecloque-Rayz et moi-même, nous provenons de cet état-major. Nous avons la même culture d’entreprise (multinationale et opérationnelle), nous nous connaissons et nous nous estimons. C’est ce lien particulier qui a permis la transition de janvier dans les meilleures conditions.

Le GBR RUYS salue les troupes avant de viviter le camp KASSAI (crédit-photo: EUTM RCA/ V. Tritz)
Le GBR RUYS salue les troupes avant de viviter le camp KASSAI (crédit-photo: EUTM RCA/ V. Tritz)

Comment va se dérouler votre mandat ? Quelles actions allez-vous mener au sein de l’EUTM RCA ?

 Conformément au mandat reçu de l’Union européenne, ma mission, ici en RCA, est de six mois et elle s’inscrit dans la poursuite de celle modelée par mon prédécesseur.

La mission de l’EUTM s’articule autour de deux axes: le conseil stratégique et la formation. Et pour atteindre les objectifs assignés, je peux compter sur les trois piliers : le pilier de conseil stratégique, le pilier de formation et le pilier d’entrainement opérationnel.

Tous sont importants et tous les trois sont complémentaires.

Leurs personnels abordent des matières aussi diverses que variées :

  • Le conseil stratégique au niveau du Ministère de la Défense et de l’État-major des Armées. Mes conseillers sont des spécialistes en organisation, opérations, planification, gestion des ressources humaines, matérielles et financières, en projets de développement également.
  • La formation des cadres officiers et sous-officiers, dispensée au Centre de formation Kassaï, qui les amènera à pourvoir agir dans un milieu professionnel complexe en respectant les valeurs que tout militaire moderne se doit de respecter, et ce faisant, en évitant de réitérer les erreurs du passé.
  • L’entraînement des unités qui se poursuit pour arriver à la fin de cette année à deux bataillons formés.

Vous le constatez, la mission de l’EUTM s’inscrit dans le cadre de l’approche globale telle que définie par l’Union Européenne. Cette approche associe le développement à la sécurité, ce qui en est une condition essentielle. En outre, de par les projets développés, elle permettra bientôt aux militaires centrafricains devant quitter l’armée d’être reconvertis préalablement. Cette reconversion, une formation dans un métier de base (menuisier, agriculteur, éleveur, boulanger, mécanicien, électricien…), est la condition pour une intégration réussie à la vie civile et donc une garantie de stabilité dans ce pays qui n’a que trop souffert.

Heureusement, l’EUTM n’est pas seule à Bangui ! Je peux compter sur des partenaires forts et fiables tels qu’EUDEL (European delegation) et la MINUSCA. Nos actions sont coordonnées et complémentaires.

« Je veux souligner la grande motivation et la soif d’entraînement des militaires centrafricains en formation »
Le GBR RUYS visite la salle de cours d'angais (crédit-photo EUTM RCA/V. Tritz)
Le GBR RUYS visite la salle de cours d’angais (crédit-photo EUTM RCA/V. Tritz)

 Dans quel état se trouve actuellement l’armée centrafricaine ? À quels défis doit-elle faire face pour les années à venir ?

Les Forces armées centrafricaines (FACA) ont été en grande partie détruites durant la crise de 2013-2015. Durant les évènements passés, les FACA se sont retrouvées totalement désorganisées et sans aucun moyen. Les défis sont donc gigantesques !  Cependant, petit à petit, jour après jour, les obstacles de la reconstruction sont franchis, avec plus ou moins de difficultés. Et le mandat de l’EUTM est là : définir et faire accepter le nouveau modèle (il n’est plus question d’une armée politisée et centrée sur la capitale, Bangui) et ceci étant fait, aider ces FACA à devenir une armée moderne, professionnelle, représentative et contrôlée démocratiquement.

La politique de défense du Président Felix-Ange Touadera, président élu démocratiquement en févier 2016, s’inscrit totalement dans ce nouveau concept d’emploi des forces. Le Président a exprimé sa volonté de déployer les unités formées en garnison, à travers toute la RCA, au plus proche de la population, alors qu’une partie importante du pays est encore sous le contrôle de groupes armés.

La population centrafricaine a grand besoin de sécurité, dans le pays mais aussi à Bangui, et seule une armée forte et reconnue saura capitaliser la confiance des Centrafricains.

Il y a un élément, plutôt un constat, extrêmement important que je veux ici souligner, c’est la grande motivation et la soif d’entraînement qu’ont les FACA en formation. Chaque fois que je visite le camp Kassaï, où se concentre la majorité des activités de formation, je suis frappé par leur dynamisme et leur motivation. Quand je vois l’état d’esprit dans lequel ces militaires centrafricains travaillent malgré les difficultés rencontrées, je sais pourquoi nous sommes là !

« Le contingent belge se doit d’être exemplaire »
Le GBR RUYS assiste à un cours de tactique (crédit-photo EUTM RCA/V. Tritz)
Le GBR RUYS assiste à un cours de tactique (crédit-photo EUTM RCA/V. Tritz)

Quel rôle exact joue le détachement belge au sein de cette mission européenne ?

Le contingent belge compte 27 hommes et femmes. À l’exception de mon équipe de protection rapprochée, elles et ils sont tous issus de l’Eurocorps. Nous nous connaissons donc tous bien, et tant les femmes que les hommes s’étaient portés volontaires pour cette mission.

Les Belges sont répartis équitablement dans l’organigramme de la mission, cette répartition s’étant faite en fonction des spécialités de chacun.

Le rôle du contingent belge n’est pas différent de celui des autres contingents nationaux mais comme il s’agit du contingent du général commandant la mission, il se doit d’être exemplaire.

La Belgique est à la tête de deux missions de l’UE. Cela montre-t-il que la Défense belge est toujours considérée comme un partenaire fiable au sein de la défense européenne ?

La Belgique a toujours été un partenaire fiable au sein de la défense européenne, comme au sein de l’OTAN d’ailleurs. A l’époque, elle fut une des premières nations  à rejoindre l’Eurocorps, organisation dans laquelle elle a toujours pris sa part et rempli sa mission telle que demandée par le comité commun. Déjà, en 2014, la Belgique était représentée dans la mission EUTM MALI, non seulement par son contingent national qui en assurait la protection, mais par un détachement de l’Eurocorps occupant des postes au sein de l’état-major.

Le GBR RUYS s'adresse aux troupes de l'EUTM RCA (crédit-photo EUTM RCA/V. Tritz)
Le GBR RUYS s’adresse aux troupes de l’EUTM RCA (crédit-photo EUTM RCA/V. Tritz)

Quand je pense à l’allocution du Chairman du Comité militaire de l’union européenne le 14 janvier dernier à Bangui, je dirai que maintenant plus que jamais, la Belgique est à considérer comme un partenaire fiable. En effet, le général Mikhail Kostarakos précisait alors: « L’Union a étendu son champ d’action bien plus loin que ses frontières naturelles afin qu’en agissant là-bas, nous garantissions notre sécurité chez nous. »

Fort de cela, je constate qu’à l’heure où je vous parle, à travers les missions EUTM et d’autres en cours, la défense belge est présente sur terre, sur mer et dans les airs afin de préserver cette liberté européenne qui nous est si chère et ces valeurs qui ont fait de nous ce que nous sommes. N’est-ce pas là la preuve de notre fiabilité ?

 

[Interview] Général de brigade Peter Devogelaere: « Nous devons redoubler d’efforts pour aider l’armée malienne à lutter contre le terrorisme »

Le général de brigade Peter Devogelaere (photo EUTM Mali)
Le général de brigade Peter Devogelaere (photo EUTM Mali)

Interview avec le général de brigade Peter Devogelaere, commandant de l’EUTM Mali depuis décembre 2016.

Le 19 décembre 2016, le général de brigade Peter Devogelaere a pris le commandant de l’EUTM Mali succédant à son compatriote le général de brigade Éric Harvent. Depuis juillet 2016, la Belgique est à la tête de cette mission de l’UE avec un détachement d’un peu plus de 150 militaires. C’est l’opération à l’étranger la plus importante pour la Composante Terre de l’armée belge. Pour le blog À l’Avant-Garde, le général de brigade Peter Devogelaere revient sur sa préparation à cette fonction, la mission des militaires belges et l’évolution de l’EUTM Mali.

« Le but est de délivrer nos formations là où l’armée malienne en a besoin »

Le commandement de l’EUTM Mali est une fonction importante, qui engage la crédibilité de l’armée belge. Comment avez-vous préparé cette nouvelle prise de commandement à la tête d’une mission de l’UE ? Avez-vous échangé avec votre prédécesseur le général de brigade Éric Harvent ? 

Le cycle de préparation pour une mission de cette importance s’étalait effectivement sur plusieurs mois. Il comportait, entre autres, une période de deux semaines appelée « pre-deployment training » à Otterburn en Écosse, pendant laquelle tous les membres belges du futur MHQ (Main Head Quarter) de l’EUTM Mali ont effectué une remise à niveau intensive dans toute une série de domaines (tirs, premiers soins, préparations spécifiques pour la mission, familiarisation avec le fonctionnement futur de l’EM de l’EUTM Mali.. etc). Cette période a également permis d’assurer la cohésion du groupe composé de militaires venant de différents horizons. Pendant la phase de préparation, le personnel clé de l’état-major a également reçu les formations nécessaires concernant le fonctionnement des institution européennes et plus particulièrement du EEAS (European External Action Service) dont dépend l’EUTM. Pour ma part, j’ai eu également différentes réunions de préparation au niveau Strat/Pol au sein du EEAS. Pendant les mois qui ont précédé notre départ, j’ai été en contact régulier avec mon prédécesseur et je me suis rendu sur place pour une période de reconnaissance.

 

Le général de brigade Peter Devogelaere sur le terrain dès le début de son mandat (photo EUTM Mali)
Le général de brigade Peter Devogelaere sur le terrain dès le début de son mandat (photo EUTM Mali)

Quelles seront les principales priorités de votre mandat ?

Le but premier de l’EUTM Mali est de contribuer à la restauration des capacités des Forces Armées maliennes (FAMa). L’objectif est qu’elles redeviennent capables de mener des opérations pour rétablir l’intégrité territoriale du Mali et réduire la menace terroriste. Nous sommes dans le troisième mandat de la mission qui doit voir notre zone d’action s’étendre jusqu’à la boucle du Niger, le but étant de délivrer nos formations là où l’armée malienne en a besoin. Cette décentralisation est bien entendu conditionnée par l’évolution de la situation sécuritaire dans le pays. Je rappelle que l’EUTM Mali est une mission non exécutive et non une opération : les militaires déployés ne sont pas destinés à participer à des missions de combat et n’accompagnent pas les unités maliennes dans les opérations. Au niveau des formations dispensées, une attention toute particulière est donnée au leadership et au respect des droits humains.  L’ATF (Advisory Task Force) de l’EUTM Mali joue également un rôle très important en assistant l’état-major dans le processus de transformation des FAMa.

Pour l’instant, l’EUTM Mali est localisée à Koulikoro et Bamako. Dans une interview à Bruxelles2, début décembre, votre prédécesseur le général de brigade Éric Harvent évoquait la possibilité d’aller à Gao en 2017. Qu’en est-il ? L’EUTM Mali est-elle appelée à se déplacer ?

La mission décentralise progressivement ses activités vers les régions en déployant des équipes mobiles de formateurs et de conseillers, dites CMATT (pour Combined Mobile Advisory and Training Teams). DEUX CMATT ont déjà été organisés à Segou et Kati .  D’autres sont en préparation. En ce qui concerne Gao, il est effectivement dans nos intentions d’y organiser un CMATT, mais le moment et les modalités dépendront de l’évolution de la situation dans la région.

« Notre collaboration avec la force Barkhane est appelée à se renforcer »
Le 17 janvier 2017, le général de brigade Peter Devogelaere a reçu la visite du général de division François-Xavier de Woillemont, commandant de la force Barkhane (photo EUTM Mali)
Le 17 janvier 2017, le général de brigade Peter Devogelaere a reçu la visite du général de division François-Xavier de Woillemont, commandant de la force Barkhane (photo EUTM Mali)

L’enlèvement d’une ressortissante française à Gao au mois de décembre ainsi que le récent attentat meurtrier dans cette même ville montrent que la situation au Mali est toujours instable et qu’il ne faut pas baisser la garde. La protection de l’EUTM Mali est-elle d’autant plus indispensable ? Y a-t-il une collaboration avec la force Barkhane ? 

Nous connaissons en effet une recrudescence de la violence, particulièrement dans le nord et dans le centre du pays. L’attentat de Gao le 18 janvier est le plus meurtrier qu’ait connu le Mali ces dernières années et le processus de paix est mis à mal depuis quelque temps. Le MOC (Mécanisme Opérationnel de Coordination) peine à se réaliser concrètement sur le terrain et la mise en œuvre des patrouilles mixtes est sans cesse retardé. L’attentat du 18 janvier est un coup dur porté au processus de paix, mais j’espère que les Maliens trouveront les ressources nécessaires pour surmonter l’obstacle. Il nous faut en tout cas redoubler nos efforts pour aider les FAMa à relever le défi de la lutte contre le terrorisme et cela demandera une collaboration étroite entre tous les acteurs internationaux présents au Mali (MINUSMA, Barkhane, EUTM). Pour répondre à votre question : nous sommes effectivement en contact permanent avec Barkhane et notre collaboration est appelée à se renforcer avec l’avancée de notre processus de décentralisation, principalement vers le nord.

« La mission première de l’EUTM Mali reste l’entraînement et la formation »

 Entre formation et protection, comment se répartit le détachement belge de l’EUTM Mali ? Quelle est sa fonction première ?

Avec 164 militaires, le détachement belge est le plus important de l’EUTM Mali et couvre tous les aspects de la mission (officiers d’état-major, instructeurs, advise & assist, force protection, appuis…)

La Force Protection à proprement parler compte 94 militaires issus du 3ème bataillon de Parachutistes. 21 militaires belges s’occupent des activités de training et des formations. La mission première de l’EUTM Mali se concentre bien entendu sur les activités training et la force protection est là pour assurer la sécurité aussi bien des instructeurs que des militaires maliens qui suivent les formations dispensées.

 Vous allez en quelque sorte être de nouveau à la tête du 3ème bataillon de Parachutistes. Qu’est-ce que cela fait de retrouver son ancienne unité ? Cela va-t-il faciliter votre commandement à la tête de l’EUTM Mali ?

Comme vous l’avez compris, la force protection n’est qu’un des aspects de la mission et les militaires qui composent l’EUTM Mali proviennent de 26 pays différents. La provenance du détachement belge de force protection n’a donc pas vraiment d’importance, même si cela fait toujours plaisir de retrouver quelques anciens …

 

Un livre-album exceptionnel sur les 75 ans des Forces Spéciales belges sortira au mois de mars 2017

© BEL SF Gp
© BEL SF Gp

L’Amicale des Belgian SAS va sortir sur un livre inédit sur l’histoire des Forces Spéciales belges (SF Gp) pour leurs 75 ans. Rencontre avec le lieutenant-colonel Tom Bilo, président du comité de rédaction. 

En 2017, les Forces Spéciales belges (SF Gp) vont être à l’honneur dans un livre illustré qui va retracer leur histoire, commencée il y a 75 ans. Elles ont fait leur apparition durant la période troublée de la Seconde Guerre mondiale et n’ont jamais cessé d’exister depuis malgré des évolutions. C’est l’amicale des Belgian SAS, créée il y a quatre ans, qui a décidé de se lancer dans ce vaste projet pour rendre hommage à ces hommes d’élite à travers ce travail de mémoire à dimension historique.

Une Amicale à l’origine du projet 

Lancée en 2013, l’amicale des Belgian SAS regroupe des proches des premiers SAS ainsi que quelques anciens des para-commandos et forces spéciales. Elle s’est créée autour de cette volonté commune de rendre hommage aux SAS et à ceux qui les ont suivis sous d’autres appellations pour que les faits d’armes de ces combattants de l’ombre ne tombent pas dans l’oubli. L’idée de départ était de faire un reportage-vidéo mais comme les sources audiovisuelles étaient rares, les membres de l’association ont opté pour la formule du livre. « Tous, ils se sont donné à fond pendant des années pour rédiger ce livre album qui a pour but de maintenir vivant le souvenir de ces êtres exceptionnels qui leur étaient chers », explique le lieutenant-colonel Tom Bilo, président de l’Amicale et du comité de rédaction.

Un véritable travail de recherche historique à grande échelle

Pour mener à bien le projet, les membres du comité de rédaction se sont répartis les tâches. Certains ont eu la responsabilité de rédiger les textes, d’autres étaient en appui pour la recherche historique, l’adaptation de cartes ou la collecte de photos en rapport avec l’ouvrage. Une autre équipe de bénévoles s’est même chargée de la traduction, un travail indispensable. Pour la partie historique plus ancienne, le comité de rédaction s’est appuyé sur des anciens livres déjà publiés sur le sujet ainsi que sur des mémoires inédites des SAS de la première heure comme celles du colonel Blondeel, dont le neveu est vice-président de l’Amicale. Les textes sur les unités spéciales plus récentes ont été écrits par des ex-membres de ces unités, qui se sont fait aider par d’anciens collègues en pratiquant de nombreuses interviews. Dans la majorité des cas, les personnes interrogées ont collaboré avec enthousiasme au projet. C’est un travail de titan qui a été mené par l’association au cours de ces quatre années pour élaborer ce livre historique inédit.

 Jeeps SAS belges pendant la reconquête des Pays-Bas (Collection musée Pegasus, Diest)
Jeeps SAS belges pendant la reconquête des Pays-Bas (Collection musée Pegasus, Diest)

Un livre historique inédit 

« La particularité du livre est que c’est la première fois que cette histoire des forces spéciales est racontée de leurs débuts jusqu’à la situation actuelle : 75 ans d’histoire. C’est aussi la première fois que l’histoire des unités d’après-guerre est publiée de façon aussi documentée sous forme de livre. », estime le lieutenant-colonel Tom Bilo. La première partie, qui retrace l’histoire des premiers SAS belges, est assez volumineuse. Il faut dire que leur parcours est assez chaotique mais également riche de leur arrivée en Angleterre à travers des périples divers et variés à leur entraînement sur le sol britannique et leur participation à différentes opérations en Normandie, en Belgique, aux Pays-Bas et en Allemagne. Dans une seconde partie est racontée l’histoire inédite des unités spéciales qui leur ont succédé : les Équipes spéciales de reconnaissance, le Détachement LRRP et le Groupe des Forces spéciales (SF Gp). Rien est laissé au hasard dans le livre qui sera une véritable fresque historique.

Après quatre ans de travail acharné, le livre est désormais dans sa phase finale de conception. Il va paraître au mois de mars 2017 et servira de référence historique non seulement pour la Défense mais aussi pour un public plus large comme les historiens par exemple. Il sera présenté le 31 mars 2017 au Château de Belœil pour les 50 ans de l’Amicale Nationale Para-Commando en présence de toutes les Amicales Para-Commandos de Belgique et de nombreuses autorités civiles et militaires. Un événement exceptionnel pour un livre exceptionnel et inédit !

Le livre est disponible à la commande au prix de 60€ (édition classique) ou 135€ (édition de luxe limitée) sur le site de l’Amicale des Belgian SAShttp://www.belgian-sas.be/boutique.html

image002Deux questions d’actualité au lieutenant-colonel Tom Bilo, ancien chef de corps des SF Gp de 2011 à 2014

On remarque une nouvelle exposition médiatique sur les forces spéciales belges avec la série de reportages exceptionnels sur VTM et bientôt la RTBF ou encore la sortie de votre livre même si moins grand public. Est-ce positif pour l’image des forces spéciales dans l’opinion publique qui peut mieux percevoir leur mission et leur utilité ?

Très certainement ! L’inconvénient des forces spéciales est qu’elles ont un devoir de réserve et de discrétion. Ceci engendre naturellement une méconnaissance de ces unités avec pour effet non seulement certains préjugés mais également des difficultés au niveau du recrutement. Le fait de s’ouvrir au grand public à travers les médias devrait donc avoir un effet positif à plusieurs égards : une meilleure compréhension du rôle des forces spéciales en général et un attrait plus grand encore au niveau du recrutement.

Vous qui avez été le commandant des SF Gp, comment voyez-vous aujourd’hui le futur et les prochains défis des SF Gp dans le cadre de la mise en place de la vision stratégique ?

Actuellement, nous sommes occupés à créer, un peu à l’image du COS en France, un commandement belge des opérations spéciales, regroupant un état-major, le SF Gp et les capacités para-commandos. Les unités para-commandos seront ainsi réorientées vers le domaine des opérations spéciales.

Ce nouveau commandement permettra de mieux faire face aux nombreux défis qui nous attendent. Nous allons non seulement intensifier nos collaborations avec les partenaires internationaux, mais nous allons aussi consolider les liens que nous avons avec les autres acteurs de la sécurité en Belgique. Au niveau militaire, ce nouveau commandement veillera aussi à améliorer l’interaction des forces spéciales avec d’autres capacités provenant d’armes ou de forces différentes, comme le renseignement, l’aviation, les capacités canines ou encore les démineurs de combat. C’est un défi d’envergure qui demandera de nombreux investissements en personnel et en moyens ainsi qu’une bonne touche de créativité, de communication et de persuasion, mais au final ce sera une très belle contribution à la sécurité de notre pays et des alliances dont nous faisons partie.

Merci au lieutenant-colonel Tom Bilo pour son aimable disponibilité.

 

 

Environ 155 Lignards font partie du Battle Group européen de début 2017. Explications avec le lieutenant-colonel Manuel Monin

Le lieutenant-colonel Manuel Monin avec ses officiers lors de l'entraînement au camp Boletice en Tchéquie (photo Marc Ganser / 12/13 Li)
Le lieutenant-colonel Manuel Monin avec son état-major lors de l’entraînement au camp Boletice en Tchéquie (photo Marc Ganser / 12/13 Li)

Interview avec le lieutenant-colonel Manuel Monin, chef de corps du 12/13ème de Ligne, sur la participation du bataillon à l’EUBG  de début 2017.

Au mois d’octobre, l’État-Major de la Composante Terre a désigné le 12/13ème de Ligne pour faire partie du Battle Group européen du 1er semestre de 2017. Pour se préparer à cette mission de « stand-by », le bataillon s’est entraîné au camp d’Elsenborn dans la province de Liège et au camp Boletice en Tchéquie. Le lieutenant-colonel Manuel Monin, chef de corps du 12/13ème de Ligne, nous explique dans une interview la mission du bataillon, sa préparation, les défis à relever.

« La Belgique est associée à la France pour participer au Battle Group européen de début 2017 »

Du 1er janvier au 30 juin 2017, le 12/13ème de Ligne fera partie de l’European Union Battle Group. En quoi cela consiste-t-il ?

L’Union Européenne s’est dotée le 1er janvier 2007, d’une capacité d’intervention terrestre permanente. Depuis lors un rôle est établi où une nation cadre (framework nation) prend le commandement d’un EUBG soit purement national, mais très souvent multinational. La Belgique a pour habitude de prendre la direction d’un EUBG tous les quatre ans. C’est ce qu’elle fera en 2018. Entre ces contributions majeures, elle participe aux EUBG d’autres nations. Au premier semestre 2017, elle est associée à la France et participe à hauteur d’une compagnie d’infanterie ainsi que des éléments logistique, d’appui médical et de communication.

Pouvez-vous nous en dire plus sur les éléments du bataillon qui vont en faire partie ? Combien d’hommes, cela va-t-il concerner ?

Le 12/13 de Ligne contribue à hauteur de 155 militaires composant la compagnie d’infanterie sur MPPV DINGO. Il fournit également des éléments d’état-major dans le Battle Group même, mais aussi au niveau de la Task Force (FHQ, soit l’équivalent du niveau brigade qui devrait se déployer avec le bataillon) et au niveau opératif (OHQ). A côté de cela des éléments logistiques du 4 Bn Log, d’appui aux communications du 4 Gp CIS et un rôle 1 d’appui médical du 3 EMI, unités toutes basées à Marche-en-Famenne, sont intégrés à la Cie pour former la contribution belge à cet EUBG. La Belgique contribuera donc à hauteur d’un peu plus de 230 militaires sur un total qui pourrait atteindre plus de 2000 soldats.

« L’année 2016 a été l’année de tous les défis pour les unités de combat belges, Vigilant Guardian oblige »

Comment le bataillon s’est-il préparé à cette nouvelle mission ? Quel était l’intérêt de la Tchéquie ?

Des Lignards en exercice en Tchéquie (photo Marc Ganser / 12/13 Li)
Des Lignards en exercice en Tchéquie (photo Marc Ganser / 12/13 Li)

L’année 2016 a été l’année de tous les défis pour les unités de combat belges, mission en appui de la Police (Operation Vigilant Guardian, OVG) oblige. Heureusement, l’Etat-Major a dégagé le détachement EUBG de toute contribution OVG pendant un peu plus de 10 semaines fin 2016 pour une bonne remise à niveau. Le déploiement dans le camp de BOLETICE en République Tchèque, constituait le point d’orgue de cette période d’entraînement avec la certification finale du détachement. Ceci nous a permis de nous entraîner à nouveau avec l’ensemble des éléments de combat de la compagnie, véhicules y compris et ce dans un terrain complexe. Cela a été également bénéfique aux éléments d’appuis Log/Med/CIS qui eux aussi se sont remis dans le bain des missions plus classiques.

Comment va se dérouler cette période de six mois pour les Lignards ? La pression va-t-elle être d’autant plus forte pour le bataillon avec Vigilant Guardian ?

Une partie de l’entrainement n’a pu être totalement menée à bien en 2016 et c’est pour cela que dès que des opportunités se présentent, la compagnie EUBG sort du quartier. Par exemple un exercice aéromobile important devrait, si la météo le permet, être effectué en terrain civil du 30 janvier au 3 février. Ensuite effectivement, la mission OVG continue et le bataillon est déjà prévu pour fournir du personnel durant pas moins 33 semaines. La pression est donc bien là mais cette année nous ne pouvons pas être surpris…

« L’EUBG nous a permis de nous entraîner à nouveau dans nos savoir-faire de base »

Lors de votre entraînement en Tchéquie, RTL-TVI est venu consacrer différents reportages sur le terrain. L’accent a été mis sur Vigilant Guardian, les répercussions sur la vie de famille, la perte de compétences militaires. En participant à un Battle Group européen, le bataillon revient-il à des missions de Défense plus classiques ? Vigilant Guardian a-t-il vraiment une incidence sur les entraînements militaires ?

Tirs aux mortiers 81mm lors d'un exercice avec munitions réelles en Tchéquie (photo Marc Ganser / 12/13 Li
Tirs aux mortiers 81mm lors d’un exercice avec munitions réelles en Tchéquie (photo Marc Ganser / 12/13 Li)

EUBG est une réelle bulle d’oxygène pour une partie du bataillon. Cette mission de « stand-by » nous a permis de nous entraîner à nouveau dans nos savoir-faire de base. Il ne faut jamais oublier que si nos contributions à OVG, et certainement quand cela va (très) mal comme lors du 22 Mars, sont appréciées, c’est parce que nous avons un entraînement militaire et pas policier. Nous sommes des compléments au dispositif policier, nous sommes capables de fournir des effets qu’eux ne peuvent générer simplement car ces effets ne font pas partie de leurs missions. Il est donc très important que nous puissions retourner vers ces savoir-faire typiquement militaires. De plus, certains pays dont la France et certaines personnalités européennes comme par exemple La Haute Représentante Mogherini, plaident pour une utilisation effective de l’EUBG. Il nous faut donc être prêt à tout.

Fin 2015 et durant toute l’année 2016, notre programme n’a pas cessé d’être chamboulé. C’est normal. Dans des circonstances extraordinaires, le Gouvernement a décidé d’agir de façon extraordinaire. Notre place était donc dans la rue aux côté de nos collègues policiers. Ceci a par exemple entraîné la suppression de deux exercices majeurs pour le 12/13 de Ligne. Dire que cela n’a aucun impact sur le niveau d’entraînement serait prétentieux. Oui il y a eu un impact, cela s’est vu par exemple à BOLETICE. A nous en 2017 de corriger le tir pour retrouver notre niveau dans nos tâches propres !

Merci au lieutenant-colonel Manuel Monin pour son aimable disponibilité.