L’armée belge travaille sur la mise en place d’une réserve opérationnelle

Du 28 au 30 août, des réservistes du 12/13 de Ligne ont effectué une période d’entrainement et de qualification aux Techniques de Tirs de Combat (TTC) au camp d’Elsenborn (crédit-photo Marc Ganser – LtBn 12/13Li-IPR)

La réserve est un domaine délaissé depuis quelques années par la Défense belge. On compte actuellement environ 5800 réservistes au sein de l’armée belge mais seulement 1200 sont entraînés et engageables sur le terrain.  Peu valorisée avec un statut pas très clair parfois, la réserve manque d’attractivité auprès des civils et des employeurs ainsi que d’une réelle plus-value militaire. Dans sa vision stratégique, le ministre Steven Vandeput a décidé de lui redonner un second souffle et de moderniser son fonctionnement avec la mise en place d’une vraie réserve opérationnelle composée d’environ 7 compagnies d’infanterie légère. Le 12/13ème de Ligne s’est porté volontaire en tant que projet-pilote. Explications.

Un projet-pilote débuté en 2016

Dès 2016 et la présentation de la vision stratégique, le 12/13ème de Ligne a travaillé sur la création d’une compagnie de réserve au sein de son bataillon. « Nous avons toujours eu à cœur d’utiliser au mieux les réservistes qui étaient dédiés au bataillon. À l’Avant-Garde, le 12/13ème de Ligne a saisi la balle au bond avec le projet du ministre et a proposé à l’état-major un projet-pilote. Ce projet se fait en parallèle des études de l’état-major et vise surtout à alimenter ce dernier avec des problèmes, défis, solutions bien concrètes venant du terrain », explique son chef de corps le lieutenant-colonel Manuel Monin. Le premier rappel officiel de cette nouvelle compagnie de réserve a eu lieu en juin dernier.

Mise en place d’une 4ème compagnie de réserve: son entraînement et ses futures missions

Du 28 au 30 août, des réservistes du 12/13 de Ligne ont effectué une période d’entrainement et de qualification aux Techniques de Tirs de Combat (TTC) au camp d’Elsenborn (crédit-photo Marc Ganser – LtBn 12/13Li-IPR)

Cette toute nouvelle compagnie, pour l’instant intégrée au bataillon en tant que 4ème compagnie, est composée actuellement d’une cinquantaine de personnes. Ce sont uniquement des réservistes déjà engagés qui en font partie mais le bataillon espère en recruter de nouveaux en 2018. L’encadrement est constitué de réservistes issus de la milice ainsi que d’anciens militaires de carrière engagés dans la réserve. Tout nouvellement créée, cette compagnie de réserve effectue une remise à niveau d’ensemble de techniques indispensables: tirs, premiers soins, maîtrise de la violence, tactique de base etc… Des rappels de trois jours ont lieu tous les deux-trois mois avec pour but un engagement au sein de l’opération Vigilant Guardian en 2018. Avant d’être déclarée opérationnelle, elle devra recruter et attendre que l’état-major ait clairement défini le concept global de ces nouvelles compagnies de réserves avec un statut bien défini. Ses missions seraient les suivantes: sécurité du territoire, aide à la Nation, protection de QG, missions protocolaires, forces ennemies lors d’exercices d’entraînement.

Le major Dohogne est à la tête de cette nouvelle compagnie de réserve

Du 28 au 30 août, des réservistes du 12/13 de Ligne ont effectué une période d’entrainement et de qualification aux Techniques de Tirs de Combat (TTC) au camp d’Elsenborn (crédit-photo Marc Ganser – LtBn 12/13Li-IPR)

La 4ème compagnie de réserve du 12/13ème de Ligne est sous le commandement du major Dohogne, fortement investi dans le projet. « Né aux confins même de la bataille des Ardennes, j’ai été marqué par l’esprit de corps et la confiance durant mes premiers mois d’affection au régiment.  L’armée belge a besoin d’une réserve formée et efficace prête à soutenir les unités d’active. Dans le contexte actuel sécuritaire en Belgique et dans le monde, il est nécessaire de créer un lien fort entre la Défense et la Nation et d’inspirer et montrer aux jeunes le devoir, l’éthique, le patriotisme et les valeurs de notre pays », explique-t-il. Le major connait bien le bataillon puisqu’après avoir fait l’école d’Infanterie, il est affecté en mars 1991 comme chef de peloton d’infanterie blindée au 12ème de Ligne de la 7ème brigade mécanisée. « C’est un honneur pour moi de faire partie de ce projet. La confiance, que m’a accordée ma hiérarchie pour mener à bien le projet, est un signe de reconnaissance de mes qualités militaires acquises au fil des entraînements et démontrées au fil des missions auxquelles j’ai participé », confie-t-il. « Le projet du ministre est un nouveau tournant pour l’évolution de la Réserve de notre pays, à l’image de ce qui se passe chez nos voisins comme la France par exemple.  Dans un premier temps, on va redéfinir un contingentement de réserve opérationnelle, puis dans un deuxième temps, structurer la sélection, le recrutement et la formation pour répondre aux besoins actuels de notre Défense, et enfin dans un troisième temps, être prêt à s’adapter à l’évolution sécuritaire intérieure et extérieure aux côtés de notre Défense », ajoute-t-il.

Un détachement composé uniquement de réservistes a défilé le 21 juillet 2017 (photo BE Défense)

Un autre projet-pilote devrait voir le jour en Flandre au sein d’une unité du camp Bervelo. Signe que l’armée belge accorde une nouvelle attention à sa réserve, un détachement de réservistes a défilé pour la première fois le 21 juillet dernier. Des éléments de nouvelle compagnie de réserve du 12/13ème de Ligne seront d’ailleurs également présents à la cérémonie d’investiture du nouveau chef de corps du bataillon comme compagnie complètement intégrée au bataillon. La modernisation de la réserve militaire belge était impérative au risque de tomber en désuétude. Elle arrive au bon moment alors que l’armée belge est engagée dans l’opération Vigilant Guardian sur le territoire national belge.

 

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[Interview] Joseph Henrotin: « La concurrence pour le remplacement des F-16 sera bien réelle »

Un point sur le dossier du remplacement des F-16 belges avec Joseph Henrotin, rédacteur en chef de la revue Défense & Sécurité Internationale et chargé de recherche à l’Institut de Stratégie Comparée. Interview.

La Belgique a récemment lancé son appel d’offres pour le remplacement de ses F-16. Pouvez-vous faire un rapide tour d’horizon sur les principaux prétendants qui ont répondu à cet appel d’offres ?

Nous avons cinq candidats déclarés : le Boeing Super Hornet (Etats-Unis), le Dassault Rafale (France), l’Eurofighter Typhoon (quadrinational), le Lockheed Martin F-35 (Etats-Unis), le Saab Gripen (Suède).

« L’achat d’un matériel américain est perçu comme un renforcement du lien entre Bruxelles et Washington »

Depuis le début, la presse belge a largement donné comme favori le F-35 américain avec de nombreux articles consacrés sur l’appareil américain. On sait que certains milieux politiques sont également favorables au F-35. Selon vous, à quoi cela est-il dû ? Le lobbying américain est-il plus efficace ou profite-t-il d’un a priori favorable ?

Nombreux, c’est relatif, comme toujours lorsqu’il s’agit du traitement des questions de défense dans la presse belge. Je pense qu’il y a eu corrélation entre les déclarations de Pieter De Crem, ministre de la défense sous le gouvernement belge précédent, et annonces successives de problèmes rencontrés dans le développement de l’avion lui-même, ses surcoûts et ses retards, ce qui induit une dissonance assez logiquement interpellante pour un journaliste. Ceci dit, la presse généraliste a commencé à vraiment s’intéresser à la question après les dernières législatives, durant lesquelles le plan de modernisation de la Défense belge – et le remplacement des F-16 – est devenu un enjeu, non pas tant de politique de défense à proprement parler, que de dépenses publiques.

Au plan militaire, tous n’adhèrent pas au F-35. Au fil des ans, j’ai pu voir une mise en perspective des apports de l’appareils, d’abord sur le plan de la furtivité – qui n’est plus maintenant considérée comme un argument de vente[1] – et ensuite sur celui de la fusion de données. Les promesses en la matière sont certes alléchantes mais encore faut-il les concrétiser. Au surplus, bon nombre des capacités impliquées sont classifiées : l’évaluation devient alors délicate. Il y a cependant une dimension essentielle dans les imaginaires politiques et militaires, qui renvoie au poids des Etats-Unis et des garanties de sécurité américaines au travers de l’OTAN. L’achat d’un matériel américain est ainsi perçu comme renforçant le lien entre Bruxelles et Washington. Reste cependant à voir comment cet imaginaire va évoluer après l’élection des Trump : les signaux envoyés par l’Administration américaine ont un temps été contradictoires.

« Le nucléaire est une fausse question »
Le F-35 est présenté comme favori mais les autres concurrents ont toutes leurs chances.

Des médias ont souligné le fait que l’appel d’offres du gouvernement belge était plus ouvert que prévu. Le ministre Steven Vandeput joue le plus possible la carte de la transparence dans le processus de décision. La concurrence sera-t-elle réelle ? D’autres concurrents que le F-35 ont-ils leur chance ?

Ils l’ont toujours eu : que l’un ou l’autre responsable se positionne en faveur du F-35 ne présage en rien de la décision de l’ensemble d’un gouvernement de coalition – en particulier, comme l’a bien montré Wally Struys, en Belgique. Au-delà, je pense que la concurrence sera bien réelle. La question des « marges d’évolution » – un peu abusivement interprétée comme ce qui est lié au nucléaire, parce qu’il n’y a pas que cela – a, en particulier, été perçue comme le signe que le jeu n’était pas limité au F-35. En réalité, le nucléaire est une fausse question : les Tornado allemands ou italiens sont aptes à l’emport des armes américaines et il avait été question, au début des années 1970, que les Mirage 5 belges aient cette capacité. Ils ne l’ont pas eu uniquement pour des raisons budgétaires, et non du fait d’un blocage politique américain.

« La dépense est considérée comme excessive au regard des autres problématiques touchant la société »

L’opposition et notamment le PS et Écolo sont très critiques sur cet achat qu’ils jugent inutile et disproportionné. Une partie de la société civile est contre avec un collectif qui s’est formé et des actions de protestation qui ont été menées. Comment peut-on analyser ce phénomène alors que le remplacement des F-16 est inévitable ?

La société civile est traversée par une multitude de clivages qui touchent également le personnel politique et les partis. C’est évidemment le cas dans beaucoup de pays, mais, dans le cas belge, ils sont particulièrement structurants de la vie politique. L’un de ces clivages est lié au rapport aux questions militaires. Ce clivage, qui peut s’épanouir du fait du rapport très spécifique à la notion de puissance qu’a la Belgique. Vous pourrez ainsi remarquer que cette notion de puissance est clairement abordée par les think tanks et quelques universités, mais que le volet « militaire » de la puissance est, paradoxalement, le plus souvent absent. In fine, les éléments politiques, stratégiques et techniques qui vous permettent de dire – et qui me permettent de penser – que « le remplacement des F-16 est inévitable » sont absents.

La plateformes Pas d’avions de chasse regroupant 130 associations de la société civile belge a organisé une manifestation nationale le 24 avril 2016 contre le remplacement des F-16

Le dire vous expose ainsi à une mise en concurrence de l’allocation des ressources publiques loin d’être inexistantes (plus de 208 milliards en 2013) ; la dépense étant considérée comme excessive au regard d’autres problématiques touchant la société. C’est d’autant plus paradoxal qu’il est bien démontré que la Belgique est en situation de sous-investissement militaire chronique depuis le début des années 2000 et aux contrats opérationnels politiquement fixés. Si l’on pousse un peu plus loin, pour l’année 2013 – donc avant le train de réductions décidées  par le nouveau gouvernement et le lancement de Vigilant Guardian – seuls 869 millions d’euros ont été affectés à l’entraînement, à l’équipement, aux infrastructures et aux opérations extérieures. C’est 509 millions de moins que le budget 2013 de la coopération au développement ; 411 millions de moins que l’entretien des routes en Wallonie de 2009 à 2013 ; ou encore 168 millions de moins que le budget affecté par la région bruxelloise aux transports en commun en 2013.

Ce premier paradoxe en cache un deuxième : la combinaison de décisions politiques opérées depuis le milieu des années 1990 minore totalement le rôle de ce qui allait devenir la Composante terrestre. Or, huitième pays le plus riche de l’UE et Etat de taille moyenne (11 millions d’habitants, ce qui permet de la comparer à la Grèce, le Portugal ou la Suède), la Belgique doit évidemment assurer les obligations qu’elle a contracté et qui la placent dans une posture où d’autres garantissent sa sécurité ; ce qui ne passe plus guère que par l’aviation. Outre que ce type de raisonnement vous fait rapidement passer pour un « faucon », il tend à être considéré comme « technique », « sub-politique », au risque d’aboutir à des aberrations. Il n’est pas rare de trouver des discours indiquant qu’acheter de nouveaux appareils implique nécessairement de s’en servir en opération, par exemple…

A partir de ce moment, un discours suivant lequel des investissements de moins de 10 milliards d’euros sur dix ans sont très inférieurs aux plus 50 milliards que la Belgique devrait dépenser sur la même période si elle voulait respecter ses engagements ne peut plus trouver prise. Reste donc à voir si le prochain gouvernement appliquera un plan qui devra, pour l’essentiel, trouver sa concrétisation dans les années 2020.

Dans la vision stratégique du ministre Vandeput, de gros investissements en matériel sont prévus pour la Composante Air et la Composante Marine. Les autres investissements seront-ils suffisants pour la Composante Terre ? Cette dernière peut-elle se sentir lésée ? Que cela dit-il des orientations futurs de la Défense belge ?

Le plan ne présente pas de véritable rupture : depuis 1993, le génocide rwandais et la perte de 10 para-commandos, les forces terrestres ont été peu à peu déconsidérées. Le coup final a été porté en 2000, le plan Flahaut ne permettant plus d’engagement dans des opérations de haute intensité. Dans les années suivantes, le nombre de brigade est passé de trois à deux, la puissance de feu terrestre belge étant, en quelques années, devenue inférieure à celle de l’Estonie[2]. In fine, la situation des forces terrestres belges pouvait être résumée par le général Deconinck : avec seulement 1 800 hommes engagés en opération, il « ne peux plus garantir l’entraînement générique qui permet d’avoir – en stand-by, en permanence – deux compagnies ou un bataillon interarmes ». Pour bien mesurer l’étendue des coupes, il faut se rappeler que l’armée de terre belge représentait six divisions et onze régiments indépendants en 1989.

L’artillerie fait partie des domaines de la Composante Terre qui ont l’attention de la vision stratégique (photo DG Com)

Pratiquement, ce qu’il reste des forces terrestres bénéficie malgré tout d’une attention, notamment dans le secteur des forces spéciales et des forces à présent qualifiées de motorisées. Les documents liés au plan d’investissement font ainsi directement référence au programme SCORPION, ce qui n’est pas anodin dans des documents de telle nature. De même, l’artillerie à longue portée devrait connaître une renaissance. Dans l’ensemble, le plan Vandeput est un travail sérieux, mais qui fait face à deux problèmes majeurs. Le premier est la déconsidération générale des élites politiques belges pour la défense. Le deuxième est calendaire : c’est au prochain gouvernement d’appliquer le plan décidé par celui-ci. A voir s’il sera réélu : l’actuelle configuration gouvernementale est en bonne partie due à la volatilité politique au sud du pays en 2014. Si la réforme fiscale décidée ne délivre pas rapidement ses effets et que les électeurs indécis n’y voient pas leur intérêt, l’affaire est cuite.

« Si le contrat n’est pas signé en juin 2018, le remplacement entrera dans une zone de forte turbulence »

Pour finir, l’appel d’offres a été lancé tardivement. Le gouvernement aura-t-il le temps de prendre sereinement une décision avant la prochaine législature ?

La question ne me parait pas tant celle de la prise de décision que celle de la signature effective du contrat. Le choix sera probablement rapide, dès lors que les différents Etats engagés dans la compétition préparent leurs propositions depuis un certain temps et que l’appel d’offre a bien cadré la méthodologie d’évaluation. Mais choisir et ne pas signer, c’est ne pas s’engager. Or, les prochaines législatives, qui sont déterminantes en Belgique du nouveau gouvernement, se tiendront au printemps 2019. Je ne pense pas que les responsables gouvernementaux prendront le risque d’une décision impopulaire à une date trop rapprochée de l’élection, sachant que le travail est ralenti, les derniers mois, par la campagne électorale. Autant dire que si le contrat n’est pas signé en juin 2018, le remplacement entrera dans une zone de forte turbulence.

[1] D’autant plus qu’elle n’est que radar : sa configuration fait du F-35 un appareil particulièrement visible aux capteurs IR à grand angle qu’investiguent actuellement Chinois et Russes.

[2] Soit 18 Piranha dotés de canons de 90 mm ; 32 Piranha dotés de canons de 30 mm ; 24 obusiers de 105 mm ; 52 mortiers de 120 mm. Sources : IISS Military balance 2014.

[Interview] Général de brigade Herman Ruys: « Les Forces armées centrafricaines font face à des défis gigantesques »

Le CNE Golly-Mokanda accueil le GBR RUYS au Centre de Formation de KASSAI le GBR RUYS au Centre de Formation de KASSAI (crédit-photo EUTM RCA/V. Tritz)
Le CNE Golly-Mokanda accueil le GBR RUYS au Centre de Formation de KASSAI le GBR RUYS au Centre de Formation de KASSAI (crédit-photo EUTM RCA/V. Tritz)

Interview avec le général de brigade Herman Ruys, commandant de l’EUTM RCA depuis janvier 2017.

Le 14 janvier 2017, le général de brigade Herman Ruys a pris le commandement de l’EUTM RCA, succédant au général français Éric Hautecloque-Raysz. Cette prise de commandement s’est accompagnée de l’arrivée d’un détachement belge de 27 militaires entre le 7 et 16 janvier 2017. Vingt proviennent de l’État-Major de l’Eurocorps à Strasbourg, le reste formant l’équipe de protection du général Ruys. Après l’EUTM Mali, la Belgique est à la tête d’une autre mission européenne en Centrafrique. Pour le blog À l’Avant-Garde, le général de brigade Herman Ruys nous parle de son arrivée à la tête de la mission, de son mandat, du futur de l’armée centrafricaine ainsi que du rôle de l’armée belge.

« La mission de l’EUTM RCA s’articule autour de deux axes: le conseil stratégique et la formation »

Général Ruys, vous venez de prendre la tête de l’EUTM RCA. Comment se sont passées votre prise de fonction et la transition avec le général Hautecloque-Raysz ?

Pour commencer, j’aimerais rappeler que cette mission militaire européenne d’entraînement et de conseil stratégique répond à un mandat de deux ans, mandat qui pourrait éventuellement être renouvelé. Le premier contingent est arrivé à Bangui en juillet 2016 et la mission EUTM RCA a été déclarée opérationnelle le 22 septembre suivant. C’est le général Hautecloque-Raysz, le commandant de ce premier contingent, qui a établi l’EUTM au camp Moana, en y succédant à la mission EUMAM-RCA. En passant d’EUMAM à EUTM, l’effectif européen est passé de 60 à 170 militaires, hommes et femmes, issus de 12 nations de l’UE et Etats tiers.

A l’instar du premier contingent, c’est l’Eurocorps qui a fourni le cœur du détachement ; le commandement et la majorité du personnel des trois piliers. Le général Hautecloque-Rayz et moi-même, nous provenons de cet état-major. Nous avons la même culture d’entreprise (multinationale et opérationnelle), nous nous connaissons et nous nous estimons. C’est ce lien particulier qui a permis la transition de janvier dans les meilleures conditions.

Le GBR RUYS salue les troupes avant de viviter le camp KASSAI (crédit-photo: EUTM RCA/ V. Tritz)
Le GBR RUYS salue les troupes avant de viviter le camp KASSAI (crédit-photo: EUTM RCA/ V. Tritz)

Comment va se dérouler votre mandat ? Quelles actions allez-vous mener au sein de l’EUTM RCA ?

 Conformément au mandat reçu de l’Union européenne, ma mission, ici en RCA, est de six mois et elle s’inscrit dans la poursuite de celle modelée par mon prédécesseur.

La mission de l’EUTM s’articule autour de deux axes: le conseil stratégique et la formation. Et pour atteindre les objectifs assignés, je peux compter sur les trois piliers : le pilier de conseil stratégique, le pilier de formation et le pilier d’entrainement opérationnel.

Tous sont importants et tous les trois sont complémentaires.

Leurs personnels abordent des matières aussi diverses que variées :

  • Le conseil stratégique au niveau du Ministère de la Défense et de l’État-major des Armées. Mes conseillers sont des spécialistes en organisation, opérations, planification, gestion des ressources humaines, matérielles et financières, en projets de développement également.
  • La formation des cadres officiers et sous-officiers, dispensée au Centre de formation Kassaï, qui les amènera à pourvoir agir dans un milieu professionnel complexe en respectant les valeurs que tout militaire moderne se doit de respecter, et ce faisant, en évitant de réitérer les erreurs du passé.
  • L’entraînement des unités qui se poursuit pour arriver à la fin de cette année à deux bataillons formés.

Vous le constatez, la mission de l’EUTM s’inscrit dans le cadre de l’approche globale telle que définie par l’Union Européenne. Cette approche associe le développement à la sécurité, ce qui en est une condition essentielle. En outre, de par les projets développés, elle permettra bientôt aux militaires centrafricains devant quitter l’armée d’être reconvertis préalablement. Cette reconversion, une formation dans un métier de base (menuisier, agriculteur, éleveur, boulanger, mécanicien, électricien…), est la condition pour une intégration réussie à la vie civile et donc une garantie de stabilité dans ce pays qui n’a que trop souffert.

Heureusement, l’EUTM n’est pas seule à Bangui ! Je peux compter sur des partenaires forts et fiables tels qu’EUDEL (European delegation) et la MINUSCA. Nos actions sont coordonnées et complémentaires.

« Je veux souligner la grande motivation et la soif d’entraînement des militaires centrafricains en formation »
Le GBR RUYS visite la salle de cours d'angais (crédit-photo EUTM RCA/V. Tritz)
Le GBR RUYS visite la salle de cours d’angais (crédit-photo EUTM RCA/V. Tritz)

 Dans quel état se trouve actuellement l’armée centrafricaine ? À quels défis doit-elle faire face pour les années à venir ?

Les Forces armées centrafricaines (FACA) ont été en grande partie détruites durant la crise de 2013-2015. Durant les évènements passés, les FACA se sont retrouvées totalement désorganisées et sans aucun moyen. Les défis sont donc gigantesques !  Cependant, petit à petit, jour après jour, les obstacles de la reconstruction sont franchis, avec plus ou moins de difficultés. Et le mandat de l’EUTM est là : définir et faire accepter le nouveau modèle (il n’est plus question d’une armée politisée et centrée sur la capitale, Bangui) et ceci étant fait, aider ces FACA à devenir une armée moderne, professionnelle, représentative et contrôlée démocratiquement.

La politique de défense du Président Felix-Ange Touadera, président élu démocratiquement en févier 2016, s’inscrit totalement dans ce nouveau concept d’emploi des forces. Le Président a exprimé sa volonté de déployer les unités formées en garnison, à travers toute la RCA, au plus proche de la population, alors qu’une partie importante du pays est encore sous le contrôle de groupes armés.

La population centrafricaine a grand besoin de sécurité, dans le pays mais aussi à Bangui, et seule une armée forte et reconnue saura capitaliser la confiance des Centrafricains.

Il y a un élément, plutôt un constat, extrêmement important que je veux ici souligner, c’est la grande motivation et la soif d’entraînement qu’ont les FACA en formation. Chaque fois que je visite le camp Kassaï, où se concentre la majorité des activités de formation, je suis frappé par leur dynamisme et leur motivation. Quand je vois l’état d’esprit dans lequel ces militaires centrafricains travaillent malgré les difficultés rencontrées, je sais pourquoi nous sommes là !

« Le contingent belge se doit d’être exemplaire »
Le GBR RUYS assiste à un cours de tactique (crédit-photo EUTM RCA/V. Tritz)
Le GBR RUYS assiste à un cours de tactique (crédit-photo EUTM RCA/V. Tritz)

Quel rôle exact joue le détachement belge au sein de cette mission européenne ?

Le contingent belge compte 27 hommes et femmes. À l’exception de mon équipe de protection rapprochée, elles et ils sont tous issus de l’Eurocorps. Nous nous connaissons donc tous bien, et tant les femmes que les hommes s’étaient portés volontaires pour cette mission.

Les Belges sont répartis équitablement dans l’organigramme de la mission, cette répartition s’étant faite en fonction des spécialités de chacun.

Le rôle du contingent belge n’est pas différent de celui des autres contingents nationaux mais comme il s’agit du contingent du général commandant la mission, il se doit d’être exemplaire.

La Belgique est à la tête de deux missions de l’UE. Cela montre-t-il que la Défense belge est toujours considérée comme un partenaire fiable au sein de la défense européenne ?

La Belgique a toujours été un partenaire fiable au sein de la défense européenne, comme au sein de l’OTAN d’ailleurs. A l’époque, elle fut une des premières nations  à rejoindre l’Eurocorps, organisation dans laquelle elle a toujours pris sa part et rempli sa mission telle que demandée par le comité commun. Déjà, en 2014, la Belgique était représentée dans la mission EUTM MALI, non seulement par son contingent national qui en assurait la protection, mais par un détachement de l’Eurocorps occupant des postes au sein de l’état-major.

Le GBR RUYS s'adresse aux troupes de l'EUTM RCA (crédit-photo EUTM RCA/V. Tritz)
Le GBR RUYS s’adresse aux troupes de l’EUTM RCA (crédit-photo EUTM RCA/V. Tritz)

Quand je pense à l’allocution du Chairman du Comité militaire de l’union européenne le 14 janvier dernier à Bangui, je dirai que maintenant plus que jamais, la Belgique est à considérer comme un partenaire fiable. En effet, le général Mikhail Kostarakos précisait alors: « L’Union a étendu son champ d’action bien plus loin que ses frontières naturelles afin qu’en agissant là-bas, nous garantissions notre sécurité chez nous. »

Fort de cela, je constate qu’à l’heure où je vous parle, à travers les missions EUTM et d’autres en cours, la défense belge est présente sur terre, sur mer et dans les airs afin de préserver cette liberté européenne qui nous est si chère et ces valeurs qui ont fait de nous ce que nous sommes. N’est-ce pas là la preuve de notre fiabilité ?

 

[Interview] Général de brigade Peter Devogelaere: « Nous devons redoubler d’efforts pour aider l’armée malienne à lutter contre le terrorisme »

Le général de brigade Peter Devogelaere (photo EUTM Mali)
Le général de brigade Peter Devogelaere (photo EUTM Mali)

Interview avec le général de brigade Peter Devogelaere, commandant de l’EUTM Mali depuis décembre 2016.

Le 19 décembre 2016, le général de brigade Peter Devogelaere a pris le commandant de l’EUTM Mali succédant à son compatriote le général de brigade Éric Harvent. Depuis juillet 2016, la Belgique est à la tête de cette mission de l’UE avec un détachement d’un peu plus de 150 militaires. C’est l’opération à l’étranger la plus importante pour la Composante Terre de l’armée belge. Pour le blog À l’Avant-Garde, le général de brigade Peter Devogelaere revient sur sa préparation à cette fonction, la mission des militaires belges et l’évolution de l’EUTM Mali.

« Le but est de délivrer nos formations là où l’armée malienne en a besoin »

Le commandement de l’EUTM Mali est une fonction importante, qui engage la crédibilité de l’armée belge. Comment avez-vous préparé cette nouvelle prise de commandement à la tête d’une mission de l’UE ? Avez-vous échangé avec votre prédécesseur le général de brigade Éric Harvent ? 

Le cycle de préparation pour une mission de cette importance s’étalait effectivement sur plusieurs mois. Il comportait, entre autres, une période de deux semaines appelée « pre-deployment training » à Otterburn en Écosse, pendant laquelle tous les membres belges du futur MHQ (Main Head Quarter) de l’EUTM Mali ont effectué une remise à niveau intensive dans toute une série de domaines (tirs, premiers soins, préparations spécifiques pour la mission, familiarisation avec le fonctionnement futur de l’EM de l’EUTM Mali.. etc). Cette période a également permis d’assurer la cohésion du groupe composé de militaires venant de différents horizons. Pendant la phase de préparation, le personnel clé de l’état-major a également reçu les formations nécessaires concernant le fonctionnement des institution européennes et plus particulièrement du EEAS (European External Action Service) dont dépend l’EUTM. Pour ma part, j’ai eu également différentes réunions de préparation au niveau Strat/Pol au sein du EEAS. Pendant les mois qui ont précédé notre départ, j’ai été en contact régulier avec mon prédécesseur et je me suis rendu sur place pour une période de reconnaissance.

 

Le général de brigade Peter Devogelaere sur le terrain dès le début de son mandat (photo EUTM Mali)
Le général de brigade Peter Devogelaere sur le terrain dès le début de son mandat (photo EUTM Mali)

Quelles seront les principales priorités de votre mandat ?

Le but premier de l’EUTM Mali est de contribuer à la restauration des capacités des Forces Armées maliennes (FAMa). L’objectif est qu’elles redeviennent capables de mener des opérations pour rétablir l’intégrité territoriale du Mali et réduire la menace terroriste. Nous sommes dans le troisième mandat de la mission qui doit voir notre zone d’action s’étendre jusqu’à la boucle du Niger, le but étant de délivrer nos formations là où l’armée malienne en a besoin. Cette décentralisation est bien entendu conditionnée par l’évolution de la situation sécuritaire dans le pays. Je rappelle que l’EUTM Mali est une mission non exécutive et non une opération : les militaires déployés ne sont pas destinés à participer à des missions de combat et n’accompagnent pas les unités maliennes dans les opérations. Au niveau des formations dispensées, une attention toute particulière est donnée au leadership et au respect des droits humains.  L’ATF (Advisory Task Force) de l’EUTM Mali joue également un rôle très important en assistant l’état-major dans le processus de transformation des FAMa.

Pour l’instant, l’EUTM Mali est localisée à Koulikoro et Bamako. Dans une interview à Bruxelles2, début décembre, votre prédécesseur le général de brigade Éric Harvent évoquait la possibilité d’aller à Gao en 2017. Qu’en est-il ? L’EUTM Mali est-elle appelée à se déplacer ?

La mission décentralise progressivement ses activités vers les régions en déployant des équipes mobiles de formateurs et de conseillers, dites CMATT (pour Combined Mobile Advisory and Training Teams). DEUX CMATT ont déjà été organisés à Segou et Kati .  D’autres sont en préparation. En ce qui concerne Gao, il est effectivement dans nos intentions d’y organiser un CMATT, mais le moment et les modalités dépendront de l’évolution de la situation dans la région.

« Notre collaboration avec la force Barkhane est appelée à se renforcer »
Le 17 janvier 2017, le général de brigade Peter Devogelaere a reçu la visite du général de division François-Xavier de Woillemont, commandant de la force Barkhane (photo EUTM Mali)
Le 17 janvier 2017, le général de brigade Peter Devogelaere a reçu la visite du général de division François-Xavier de Woillemont, commandant de la force Barkhane (photo EUTM Mali)

L’enlèvement d’une ressortissante française à Gao au mois de décembre ainsi que le récent attentat meurtrier dans cette même ville montrent que la situation au Mali est toujours instable et qu’il ne faut pas baisser la garde. La protection de l’EUTM Mali est-elle d’autant plus indispensable ? Y a-t-il une collaboration avec la force Barkhane ? 

Nous connaissons en effet une recrudescence de la violence, particulièrement dans le nord et dans le centre du pays. L’attentat de Gao le 18 janvier est le plus meurtrier qu’ait connu le Mali ces dernières années et le processus de paix est mis à mal depuis quelque temps. Le MOC (Mécanisme Opérationnel de Coordination) peine à se réaliser concrètement sur le terrain et la mise en œuvre des patrouilles mixtes est sans cesse retardé. L’attentat du 18 janvier est un coup dur porté au processus de paix, mais j’espère que les Maliens trouveront les ressources nécessaires pour surmonter l’obstacle. Il nous faut en tout cas redoubler nos efforts pour aider les FAMa à relever le défi de la lutte contre le terrorisme et cela demandera une collaboration étroite entre tous les acteurs internationaux présents au Mali (MINUSMA, Barkhane, EUTM). Pour répondre à votre question : nous sommes effectivement en contact permanent avec Barkhane et notre collaboration est appelée à se renforcer avec l’avancée de notre processus de décentralisation, principalement vers le nord.

« La mission première de l’EUTM Mali reste l’entraînement et la formation »

 Entre formation et protection, comment se répartit le détachement belge de l’EUTM Mali ? Quelle est sa fonction première ?

Avec 164 militaires, le détachement belge est le plus important de l’EUTM Mali et couvre tous les aspects de la mission (officiers d’état-major, instructeurs, advise & assist, force protection, appuis…)

La Force Protection à proprement parler compte 94 militaires issus du 3ème bataillon de Parachutistes. 21 militaires belges s’occupent des activités de training et des formations. La mission première de l’EUTM Mali se concentre bien entendu sur les activités training et la force protection est là pour assurer la sécurité aussi bien des instructeurs que des militaires maliens qui suivent les formations dispensées.

 Vous allez en quelque sorte être de nouveau à la tête du 3ème bataillon de Parachutistes. Qu’est-ce que cela fait de retrouver son ancienne unité ? Cela va-t-il faciliter votre commandement à la tête de l’EUTM Mali ?

Comme vous l’avez compris, la force protection n’est qu’un des aspects de la mission et les militaires qui composent l’EUTM Mali proviennent de 26 pays différents. La provenance du détachement belge de force protection n’a donc pas vraiment d’importance, même si cela fait toujours plaisir de retrouver quelques anciens …

 

Un livre-album exceptionnel sur les 75 ans des Forces Spéciales belges sortira au mois de mars 2017

© BEL SF Gp
© BEL SF Gp

L’Amicale des Belgian SAS va sortir sur un livre inédit sur l’histoire des Forces Spéciales belges (SF Gp) pour leurs 75 ans. Rencontre avec le lieutenant-colonel Tom Bilo, président du comité de rédaction. 

En 2017, les Forces Spéciales belges (SF Gp) vont être à l’honneur dans un livre illustré qui va retracer leur histoire, commencée il y a 75 ans. Elles ont fait leur apparition durant la période troublée de la Seconde Guerre mondiale et n’ont jamais cessé d’exister depuis malgré des évolutions. C’est l’amicale des Belgian SAS, créée il y a quatre ans, qui a décidé de se lancer dans ce vaste projet pour rendre hommage à ces hommes d’élite à travers ce travail de mémoire à dimension historique.

Une Amicale à l’origine du projet 

Lancée en 2013, l’amicale des Belgian SAS regroupe des proches des premiers SAS ainsi que quelques anciens des para-commandos et forces spéciales. Elle s’est créée autour de cette volonté commune de rendre hommage aux SAS et à ceux qui les ont suivis sous d’autres appellations pour que les faits d’armes de ces combattants de l’ombre ne tombent pas dans l’oubli. L’idée de départ était de faire un reportage-vidéo mais comme les sources audiovisuelles étaient rares, les membres de l’association ont opté pour la formule du livre. « Tous, ils se sont donné à fond pendant des années pour rédiger ce livre album qui a pour but de maintenir vivant le souvenir de ces êtres exceptionnels qui leur étaient chers », explique le lieutenant-colonel Tom Bilo, président de l’Amicale et du comité de rédaction.

Un véritable travail de recherche historique à grande échelle

Pour mener à bien le projet, les membres du comité de rédaction se sont répartis les tâches. Certains ont eu la responsabilité de rédiger les textes, d’autres étaient en appui pour la recherche historique, l’adaptation de cartes ou la collecte de photos en rapport avec l’ouvrage. Une autre équipe de bénévoles s’est même chargée de la traduction, un travail indispensable. Pour la partie historique plus ancienne, le comité de rédaction s’est appuyé sur des anciens livres déjà publiés sur le sujet ainsi que sur des mémoires inédites des SAS de la première heure comme celles du colonel Blondeel, dont le neveu est vice-président de l’Amicale. Les textes sur les unités spéciales plus récentes ont été écrits par des ex-membres de ces unités, qui se sont fait aider par d’anciens collègues en pratiquant de nombreuses interviews. Dans la majorité des cas, les personnes interrogées ont collaboré avec enthousiasme au projet. C’est un travail de titan qui a été mené par l’association au cours de ces quatre années pour élaborer ce livre historique inédit.

 Jeeps SAS belges pendant la reconquête des Pays-Bas (Collection musée Pegasus, Diest)
Jeeps SAS belges pendant la reconquête des Pays-Bas (Collection musée Pegasus, Diest)

Un livre historique inédit 

« La particularité du livre est que c’est la première fois que cette histoire des forces spéciales est racontée de leurs débuts jusqu’à la situation actuelle : 75 ans d’histoire. C’est aussi la première fois que l’histoire des unités d’après-guerre est publiée de façon aussi documentée sous forme de livre. », estime le lieutenant-colonel Tom Bilo. La première partie, qui retrace l’histoire des premiers SAS belges, est assez volumineuse. Il faut dire que leur parcours est assez chaotique mais également riche de leur arrivée en Angleterre à travers des périples divers et variés à leur entraînement sur le sol britannique et leur participation à différentes opérations en Normandie, en Belgique, aux Pays-Bas et en Allemagne. Dans une seconde partie est racontée l’histoire inédite des unités spéciales qui leur ont succédé : les Équipes spéciales de reconnaissance, le Détachement LRRP et le Groupe des Forces spéciales (SF Gp). Rien est laissé au hasard dans le livre qui sera une véritable fresque historique.

Après quatre ans de travail acharné, le livre est désormais dans sa phase finale de conception. Il va paraître au mois de mars 2017 et servira de référence historique non seulement pour la Défense mais aussi pour un public plus large comme les historiens par exemple. Il sera présenté le 31 mars 2017 au Château de Belœil pour les 50 ans de l’Amicale Nationale Para-Commando en présence de toutes les Amicales Para-Commandos de Belgique et de nombreuses autorités civiles et militaires. Un événement exceptionnel pour un livre exceptionnel et inédit !

Le livre est disponible à la commande au prix de 60€ (édition classique) ou 135€ (édition de luxe limitée) sur le site de l’Amicale des Belgian SAShttp://www.belgian-sas.be/boutique.html

image002Deux questions d’actualité au lieutenant-colonel Tom Bilo, ancien chef de corps des SF Gp de 2011 à 2014

On remarque une nouvelle exposition médiatique sur les forces spéciales belges avec la série de reportages exceptionnels sur VTM et bientôt la RTBF ou encore la sortie de votre livre même si moins grand public. Est-ce positif pour l’image des forces spéciales dans l’opinion publique qui peut mieux percevoir leur mission et leur utilité ?

Très certainement ! L’inconvénient des forces spéciales est qu’elles ont un devoir de réserve et de discrétion. Ceci engendre naturellement une méconnaissance de ces unités avec pour effet non seulement certains préjugés mais également des difficultés au niveau du recrutement. Le fait de s’ouvrir au grand public à travers les médias devrait donc avoir un effet positif à plusieurs égards : une meilleure compréhension du rôle des forces spéciales en général et un attrait plus grand encore au niveau du recrutement.

Vous qui avez été le commandant des SF Gp, comment voyez-vous aujourd’hui le futur et les prochains défis des SF Gp dans le cadre de la mise en place de la vision stratégique ?

Actuellement, nous sommes occupés à créer, un peu à l’image du COS en France, un commandement belge des opérations spéciales, regroupant un état-major, le SF Gp et les capacités para-commandos. Les unités para-commandos seront ainsi réorientées vers le domaine des opérations spéciales.

Ce nouveau commandement permettra de mieux faire face aux nombreux défis qui nous attendent. Nous allons non seulement intensifier nos collaborations avec les partenaires internationaux, mais nous allons aussi consolider les liens que nous avons avec les autres acteurs de la sécurité en Belgique. Au niveau militaire, ce nouveau commandement veillera aussi à améliorer l’interaction des forces spéciales avec d’autres capacités provenant d’armes ou de forces différentes, comme le renseignement, l’aviation, les capacités canines ou encore les démineurs de combat. C’est un défi d’envergure qui demandera de nombreux investissements en personnel et en moyens ainsi qu’une bonne touche de créativité, de communication et de persuasion, mais au final ce sera une très belle contribution à la sécurité de notre pays et des alliances dont nous faisons partie.

Merci au lieutenant-colonel Tom Bilo pour son aimable disponibilité.

 

 

Environ 155 Lignards font partie du Battle Group européen de début 2017. Explications avec le lieutenant-colonel Manuel Monin

Le lieutenant-colonel Manuel Monin avec ses officiers lors de l'entraînement au camp Boletice en Tchéquie (photo Marc Ganser / 12/13 Li)
Le lieutenant-colonel Manuel Monin avec son état-major lors de l’entraînement au camp Boletice en Tchéquie (photo Marc Ganser / 12/13 Li)

Interview avec le lieutenant-colonel Manuel Monin, chef de corps du 12/13ème de Ligne, sur la participation du bataillon à l’EUBG  de début 2017.

Au mois d’octobre, l’État-Major de la Composante Terre a désigné le 12/13ème de Ligne pour faire partie du Battle Group européen du 1er semestre de 2017. Pour se préparer à cette mission de « stand-by », le bataillon s’est entraîné au camp d’Elsenborn dans la province de Liège et au camp Boletice en Tchéquie. Le lieutenant-colonel Manuel Monin, chef de corps du 12/13ème de Ligne, nous explique dans une interview la mission du bataillon, sa préparation, les défis à relever.

« La Belgique est associée à la France pour participer au Battle Group européen de début 2017 »

Du 1er janvier au 30 juin 2017, le 12/13ème de Ligne fera partie de l’European Union Battle Group. En quoi cela consiste-t-il ?

L’Union Européenne s’est dotée le 1er janvier 2007, d’une capacité d’intervention terrestre permanente. Depuis lors un rôle est établi où une nation cadre (framework nation) prend le commandement d’un EUBG soit purement national, mais très souvent multinational. La Belgique a pour habitude de prendre la direction d’un EUBG tous les quatre ans. C’est ce qu’elle fera en 2018. Entre ces contributions majeures, elle participe aux EUBG d’autres nations. Au premier semestre 2017, elle est associée à la France et participe à hauteur d’une compagnie d’infanterie ainsi que des éléments logistique, d’appui médical et de communication.

Pouvez-vous nous en dire plus sur les éléments du bataillon qui vont en faire partie ? Combien d’hommes, cela va-t-il concerner ?

Le 12/13 de Ligne contribue à hauteur de 155 militaires composant la compagnie d’infanterie sur MPPV DINGO. Il fournit également des éléments d’état-major dans le Battle Group même, mais aussi au niveau de la Task Force (FHQ, soit l’équivalent du niveau brigade qui devrait se déployer avec le bataillon) et au niveau opératif (OHQ). A côté de cela des éléments logistiques du 4 Bn Log, d’appui aux communications du 4 Gp CIS et un rôle 1 d’appui médical du 3 EMI, unités toutes basées à Marche-en-Famenne, sont intégrés à la Cie pour former la contribution belge à cet EUBG. La Belgique contribuera donc à hauteur d’un peu plus de 230 militaires sur un total qui pourrait atteindre plus de 2000 soldats.

« L’année 2016 a été l’année de tous les défis pour les unités de combat belges, Vigilant Guardian oblige »

Comment le bataillon s’est-il préparé à cette nouvelle mission ? Quel était l’intérêt de la Tchéquie ?

Des Lignards en exercice en Tchéquie (photo Marc Ganser / 12/13 Li)
Des Lignards en exercice en Tchéquie (photo Marc Ganser / 12/13 Li)

L’année 2016 a été l’année de tous les défis pour les unités de combat belges, mission en appui de la Police (Operation Vigilant Guardian, OVG) oblige. Heureusement, l’Etat-Major a dégagé le détachement EUBG de toute contribution OVG pendant un peu plus de 10 semaines fin 2016 pour une bonne remise à niveau. Le déploiement dans le camp de BOLETICE en République Tchèque, constituait le point d’orgue de cette période d’entraînement avec la certification finale du détachement. Ceci nous a permis de nous entraîner à nouveau avec l’ensemble des éléments de combat de la compagnie, véhicules y compris et ce dans un terrain complexe. Cela a été également bénéfique aux éléments d’appuis Log/Med/CIS qui eux aussi se sont remis dans le bain des missions plus classiques.

Comment va se dérouler cette période de six mois pour les Lignards ? La pression va-t-elle être d’autant plus forte pour le bataillon avec Vigilant Guardian ?

Une partie de l’entrainement n’a pu être totalement menée à bien en 2016 et c’est pour cela que dès que des opportunités se présentent, la compagnie EUBG sort du quartier. Par exemple un exercice aéromobile important devrait, si la météo le permet, être effectué en terrain civil du 30 janvier au 3 février. Ensuite effectivement, la mission OVG continue et le bataillon est déjà prévu pour fournir du personnel durant pas moins 33 semaines. La pression est donc bien là mais cette année nous ne pouvons pas être surpris…

« L’EUBG nous a permis de nous entraîner à nouveau dans nos savoir-faire de base »

Lors de votre entraînement en Tchéquie, RTL-TVI est venu consacrer différents reportages sur le terrain. L’accent a été mis sur Vigilant Guardian, les répercussions sur la vie de famille, la perte de compétences militaires. En participant à un Battle Group européen, le bataillon revient-il à des missions de Défense plus classiques ? Vigilant Guardian a-t-il vraiment une incidence sur les entraînements militaires ?

Tirs aux mortiers 81mm lors d'un exercice avec munitions réelles en Tchéquie (photo Marc Ganser / 12/13 Li
Tirs aux mortiers 81mm lors d’un exercice avec munitions réelles en Tchéquie (photo Marc Ganser / 12/13 Li)

EUBG est une réelle bulle d’oxygène pour une partie du bataillon. Cette mission de « stand-by » nous a permis de nous entraîner à nouveau dans nos savoir-faire de base. Il ne faut jamais oublier que si nos contributions à OVG, et certainement quand cela va (très) mal comme lors du 22 Mars, sont appréciées, c’est parce que nous avons un entraînement militaire et pas policier. Nous sommes des compléments au dispositif policier, nous sommes capables de fournir des effets qu’eux ne peuvent générer simplement car ces effets ne font pas partie de leurs missions. Il est donc très important que nous puissions retourner vers ces savoir-faire typiquement militaires. De plus, certains pays dont la France et certaines personnalités européennes comme par exemple La Haute Représentante Mogherini, plaident pour une utilisation effective de l’EUBG. Il nous faut donc être prêt à tout.

Fin 2015 et durant toute l’année 2016, notre programme n’a pas cessé d’être chamboulé. C’est normal. Dans des circonstances extraordinaires, le Gouvernement a décidé d’agir de façon extraordinaire. Notre place était donc dans la rue aux côté de nos collègues policiers. Ceci a par exemple entraîné la suppression de deux exercices majeurs pour le 12/13 de Ligne. Dire que cela n’a aucun impact sur le niveau d’entraînement serait prétentieux. Oui il y a eu un impact, cela s’est vu par exemple à BOLETICE. A nous en 2017 de corriger le tir pour retrouver notre niveau dans nos tâches propres !

Merci au lieutenant-colonel Manuel Monin pour son aimable disponibilité.