Attentat ou conducteur fou à Anvers : l’action décisive des militaires de l’opération Vigilant Guardian ?

Jeudi en fin de matinée, un conducteur fou sous l’influence de l’alcool et de la drogue a tenté de foncer sur la foule à Anvers sur la principale artère commerçante. Différentes armes ont été découvertes dans le coffre de la voiture: des armes blanches, un riot gun et un bidon contenant un produit encore indéterminé. Pour l’instant la police ne privilégie aucune thèse entre l’attentat et le dealer voulant éviter un contrôle après l’attentat de Londres.

Même si cela n’a pas été spécialement relevé par la presse, les militaires de l’opération Vigilant Guardian ont été les premiers à remarquer la présence du véhicule fou et à tenter de l’intercepter sans faire usage de leurs armes apparemment. Le conducteur s’enfuit alors sur les quais où il est arrêté par l’équipe d’intervention rapide de la police d’Anvers. Si les militaires n’ont pas réussi à stopper la voiture, ils ont été les premiers sur les lieux à agir et à influer sur le cours de la situation en avertissant rapidement la police de quoi conforter certains dans le déploiement de militaires dans la rue s’il s’avérait que c’était bien une tentative d’attentat.

L’opération Vigilant Guardian a d’ailleurs été renforcée avec l’envoi de militaires supplémentaires à Anvers dans les lieux les plus fréquentés. Il faut rappeler que dans les effectifs de l’opération Vigilant Guardian, on compte une capacité de réserve de 150 hommes immédiatement opérationnelle qui doit justement servir dans ce genre de situation.

 

Le bataillon de Chasseurs à Cheval au cœur des attentats du 22 mars à Bruxelles (deuxième partie)

capture d'écran JT RTBF
capture d’écran JT RTBF

Le sergent Paul-Henri, le caporal Johan et le soldat Samuel faisaient partie du peloton de Chasseurs à Cheval (ISTAR) en opération Vigilant Guardian le 22 mars 2016 à l’aéroport de Zaventem à Bruxelles. Témoignages.

Le 22 mars 2016 peu avant 8H du matin, deux explosions simultanées retentissent à l’aéroport de Zaventem à Bruxelles faisant une quinzaine de morts, dont les deux kamikazes, et une centaine de blessés. Les militaires de l’opération Vigilant Guardian, appartenant au bataillon de Chasseurs à Cheval, seront les premiers à arriver sur les lieux et à s’occuper des blessés. Leur action sera déterminante pour sauver des vies. Ils font partie des héros de cette triste journée qui a plongé la Belgique dans le deuil. En toute franchise et simplicité, certains d’entre eux ont accepté de témoigner sur leur action ce jour-là ainsi que leur vécu et leur expérience en tant que militaires. Des témoignages de premier plan.

La deuxième partie de notre focus sera consacrée à l’avant et l’après 22 mars 2016 : préparation à réagir, regard des médias, retour sur le terrain et enseignements à en tirer.

« On n’est jamais préparé à un tel événement »

En prenant leur poste ce matin-là, les militaires du bataillon de Chasseurs à Cheval en opération Vigilant Guardian ne pensaient sans doute pas vivre une telle situation. Ils ont mis en pratique en quelques secondes sans avoir le temps de réfléchir ce qu’ils avaient appris durant leur formation militaire. « Ce jour-là, pour ma part, j’ai vraiment agi machinalement », explique le sergent Paul-Henri qui poursuit : « Lorsque j’étais en train de sortir les blessés, aider mes collègues et chercher d’autres victimes, j’avais l’esprit occupé. » Le caporal Johan nous parle de son ressenti : « J’ai fait ce qui me semblait juste en ne perdant pas de vue que j’étais d’abord là pour sécuriser les lieux, ensuite les choses s’enchaînent. » Le cas du soldat Samuel est différent, lui qui met en avant sa formation de Para Commando : « Mon expérience de sept années passées dans cette unité exigeante mentalement et physiquement m’ont sans aucun doute beaucoup aidé tout comme mes cours de premiers soins. » Le bataillon de Chasseurs à Cheval pouvait d’ailleurs être fier de l’action réalisée par ses militaires ce jour-là. Cette même action a amené le regard des médias dans les jours qui ont suivi.

Sous le projecteur des médias

Le soldat Nathan rencontre Walter Benjamin (capture d'écran RTL-TVI)
Le soldat Nathan rencontre Walter Benjamin (capture d’écran RTL-TVI)

Parmi les témoignages recueillis ce jour-là par la presse belge, celui de Walter Benjamin avait particulièrement ému l’opinion publique. « Ma vie, je la dois à un militaire de l’armée belge que je voudrais remercier. Il est venu vers moi, m’a pris dans ses bras et m’a serré très fort. Il m’a dit « parle-moi, reste avec moi, regarde-moi dans les yeux, ne t’endors pas » », avait-il raconté. Trois semaines plus tard, il rencontrait son sauveur à l’hôpital devant les caméras de RTL-TVI. Un mois après les attentats, la Défense organisait également un point presse pour valoriser l’action des militaires de toutes les unités qui ont agi ce jour-là. À l’époque, le sergent Paul-Henri avait témoigné devant les caméras des différents médias du pays. L’effervescence est retombée aujourd’hui mais qu’importe les militaires du bataillon de Chasseurs à Cheval ne s’en plaignent pas et restent modestes.

« Je n’ai fait que mon devoir de soldat »

Le sergent Paul-Henri témoigne sur BX1 (capture d'écran BX1)
Le sergent Paul-Henri témoigne sur BX1 (capture d’écran BX1)

Le sergent Paul-Henri reste lucide sur l’actualité médiatique qui passe et continuellement volatile : « Il n’y a pas eu de changement dans mon quotidien. Qui se souvient d’un visage apparaissant une fois vingt secondes au JT ? », ajoutant « Les militaires ne sont pas là pour la gloire mais pour protéger la nation. » Même ton modeste chez le soldat Samuel, qui n’a pas spécialement ressenti d’effervescence médiatique : « J’ai fait tout ce que j’ai pu ce jour-là car il le fallait. Je pense avoir fait mon devoir. » Il préfère parler d’autres héros et de sa fierté d’avoir servi dans le bataillon ISTAR : « La presse a parlé de ce qui s’est passé en général, pas de tous les héros que j’ai vu ce jour-là. J’ai vu des gens se surpasser pour aider les autres. Je suis fier d’avoir été avec ce peloton du bataillon où j’avais été déployé en renfort. » Il confie même avoir gardé de très bons contacts avec ces collègues néerlandophones du bataillon, des liens indéfectibles entre frères d’armes noués lors d’événements tragiques. Pour sa part, le caporal Johan a toujours voulu rester anonyme mais regrette la couverture médiatique parfois trop répétitive pour certaines choses même s’il confirme qu’elle a été positive pour l’armée tout comme c’est le cas pour l’opération Vigilant Guardian qui a pris une nouvelle tournure après les attentats.

De retour sur le terrain en opération Vigilant Guardian

L’expression est du soldat Samuel : « Quand on tombe de cheval, il faut y remonter le plus vite possible. » Pas de demande de traitement de faveur ou de repos particulier, les militaires du bataillon de Chasseurs à Cheval sont de retour sur le terrain deux jours après. « Dans un premier temps, j’étais très, trop attentif. C’est très fatigant. Et les bruits violents me faisaient sursauter. Mais ça m’est passé, la vie continue. J’ai tiré beaucoup de leçons de cette épreuve », explique le soldat Samuel. Pas de changement particulier pour le caporal Johan : « Je ressens la même chose qu’avant que tout cela se soit produit. Je reste sur mes gardes un peu plus parano qu’avant. » Mais tous soulignent l’inventivité du terrorisme d’aujourd’hui : « Maintenant je sais comment j’ai réagi pour cette situation-là mais on n’a jamais deux fois le même scénario…qui sait quel sera le prochain ? », raconte le sergent Paul-Henri, qui confie avoir eu au mois de juin dernier une crise d’angoisse comme civil en vacances à l’aéroport de Zaventem au moment de l’enregistrement des bagages. « Lorsque je suis passé par la suite dans le cadre de l’opération Vigilant Guardian, je n’ai plus rien éprouvé. Le fait d’être en service nous fait changer pas mal notre comportement », poursuit-il, une façon de rappeler qu’un militaire reste un humain mais qu’il répondra toujours présent pour faire son devoir de militaire. Cela ne peut que forcer le respect.

Un militaire du bataillon de Chasseurs à Cheval en opération Vigilant Guardian à Bruxelles en juillet 2016 (photo bataillon ISTAR-IPR)
Un militaire du bataillon de Chasseurs à Cheval en opération Vigilant Guardian à Bruxelles en juillet 2016 (photo bataillon ISTAR-IPR)

« Même si le déploiement dans les rues de nos cités n’aura malheureusement pas permis d’éviter les attentats, cette opération se sera malgré tout révélée utile. Un temps précieux a pu être gagné et des vies humaines ont été sauvées grâce aux réactions immédiates de notre personnel et des secouristes militaires », écrivait la Défense dans son Dbriefing des attentats du 22 mars. Dans le dernier numéro de la Revue Militaire Belge, le commandant de la Composante Médicale, le Médecin Général-major Pierre Neirinckx a encore appuyé ces propos : « Il est cependant remarquable de noter que les premiers gestes qui ont sauvé des vies ce 22 mars, sont principalement dus aux réflexes de nos militaires qui patrouillaient ce jour-là. » Depuis la Défense organise des cours de premiers soins à d’autres institutions comme les pompiers pour partager son expérience. Des militaires présents ce jour-là, le soldat Samuel a suivi par la suite un cours de six semaines de secourisme militaire, assez poussé en premiers soins, pour être mieux préparé. Il y aura un avant et un après 22 mars 2016 pour tous ces militaires et pour l’armée belge dans son ensemble.

À environ un mois du premier anniversaire de ces tristes attentats, le blog À l’Avant-Garde voulait rendre hommage à sa façon à ces militaires du bataillon de Chasseurs à Cheval, anonymes ou pas, qui ont sauvé des vies grâce à leur action déterminante dans une situation exceptionnelle inédite. Merci aux militaires qui se sont confiés et au service de presse de la Défense qui a spontanément collaboré au projet, permettant sa réalisation.

 

Le bataillon de Chasseurs à Cheval au cœur des attentats du 22 mars à Bruxelles (première partie)

Un militaire sécurise les abords de l'aéroport de Zaventem pendant l'intervention des secours (photo BE Defense)
Un militaire sécurise les abords de l’aéroport de Zaventem pendant l’intervention des secours (photo BE Defense)

Le sergent Paul-Henri, le caporal Johan et le soldat Samuel faisaient partie du peloton de Chasseurs à Cheval (ISTAR) en opération Vigilant Guardian le 22 mars 2016 à l’aéroport de Zaventem à Bruxelles. Première partie de notre focus.

Le 22 mars 2016 peu avant 8H du matin, deux explosions simultanées retentissent à l’aéroport de Zaventem à Bruxelles faisant une quinzaine de morts, dont les deux kamikazes, et une centaine de blessés. Les militaires de l’opération Vigilant Guardian, appartenant au bataillon de Chasseurs à Cheval, seront les premiers à arriver sur les lieux et à s’occuper des blessés. Leur action sera déterminante pour sauver des vies. Ils font partie des héros de cette triste journée qui a plongé la Belgique dans le deuil. En toute franchise et simplicité, certains d’entre eux ont accepté de témoigner sur leur action ce jour-là ainsi que leur vécu et leur expérience en tant que militaires. Des témoignages de premier plan.

À 8H un 22 mars 2016…

Au moment des explosions, le soldat Samuel se trouve dans les escalators avec son binôme pour retourner au local de repos quand il entend une détonation assez faible comme un « pétard » avant deux secondes plus tard d’entendre une énorme explosion deux étages au-dessus et de ressentir l’effet du blast : « Mon premier réflexe a été de charger mon arme pour qu’elle soit prête à tirer. » Arrivé à toute vitesse sur le lieu de l’explosion, il charge sa deuxième arme et se tient en position de tir avec son fusil d’assaut (FNC) prêt à riposter face à toute menace. « Sur le moment, je me suis dit que ce n’était pas possible que ça nous arrive à nous », évoque le caporal Johan qui confie même : « Pour moi, l’explosion venait de l’étage inférieur ce qui n’était pas le cas de mon binôme qui pensait l’inverse. Nous avons pris le parti d’aller en bas et nous avons commencé à descendre. Quelques secondes plus tard, la seconde explosion est survenu au-dessus de nous à l’étage supérieur où nous aurions dû être si nous avions choisi d’aller en haut »…Pour le sergent Paul-Henri, « ce qui se passait semblait irréel ». En premier lieu, les militaires sécurisent la zone, rejoignant le lieu des explosions en progression tactique. Ne voyant plus de danger immédiat, ils apportent leur aide aux nombreux blessés.

Au milieu des blessés

Un militaire du bataillon ISTAR sécurise le lieu de l'attentat à l'aéroport de Zaventem peu après les explosions. (photo REUTERS/Jef Versele/Handout)
Un militaire du bataillon ISTAR sécurise le lieu de l’attentat à l’aéroport de Zaventem peu après les explosions. (photo REUTERS/Jef Versele/Handout)

« Des morceaux de plafond tombaient et de la poussière et des débris en feu flottaient dans l’air. Les tuyaux du système anti-incendie étaient arrachés et l’eau coulait à flot… Il y avait beaucoup de monde qui demandait de l’aide », décrit le caporal Johan. « Évaluer la gravité des blessures en n’oubliant pas notre mission première, ce n’est pas évident», explique-t-il. Le soldat Samuel apporte son aide à un homme avec une fracture ouverte : « J’ai essayé de faire un garrot avec ce que je trouvais sur place à proximité : sangle de valise, ceinture, mais ça ne fonctionnait pas … C’est alors qu’un secouriste m’a lancé, en passant à plusieurs mètres de moi en courant un tourniquet. Je dois bien avouer que le tourniquet CAT est très efficace, deux secondes plus tard il était en place. » Plusieurs soldats du bataillon ISTAR ont utilisé ce fameux tourniquet CAT ce jour-là. Le sergent Paul-Henri dégage une hôtesse de l’air en état de choc pour l’aider à se déplacer vers un endroit plus sécurisé. De son côté, le caporal Johan fait un garrot à une dame dont le pied avait été arraché par l’explosion. Toutefois les militaires se sentent mieux dans leur mission première comme l’explique ce même caporal Johan qui apporte son aide à un homme dont le dos était perforé par un rail métallique, une situation compliquée à appréhender sans une forte formation médicale : « Tout à coup, un médecin est arrivé. Ce fut un soulagement pour moi. Je lui donnai le reste de mes pansements en sachant qu’il en ferait certainement meilleur usage que moi. J’allai pouvoir m’occuper essentiellement de ma mission, sécuriser les lieux en cas d’attaque multiple. » Au milieu de la confusion, les soldats du peloton sont dispersés.

Sécuriser les lieux avant tout

Cette photo postée sur Facebook a fait le buzz. Un militaire du bataillon ISTAR évacue un blessé de l'aéroport de Zaventem.
Cette photo postée sur Facebook a fait le buzz. Un militaire du bataillon ISTAR évacue un blessé de l’aéroport de Zaventem.

En effet dans le feu de l’action et l’urgence du moment, les binômes se trouvent éclatés comme c’est le cas du caporal Johan qui se retrouve avec un autre binôme que le sien : « Dans mon esprit, j’avais autre chose à faire que de surveiller mon binôme ». D’ailleurs selon ses dires, la confusion la plus totale est présente même chez certains passagers : « Dans les étages inférieurs, certains n’étaient même pas au courant de ce qui était en train de se passer et croyaient qu’il y avait eu un accident sur le chantier voisin, d’autres pensaient être en sécurité. » Après avoir apporté les premiers soins, les militaires se dirigent vers d’autres missions. Le sergent Paul-Henri s’occupe de la sécurité d’un parking pour empêcher les badauds d’approcher. Le soldat Samuel escorte avec un policier un groupe de blessés évacués vers des ambulances hors de l’hôpital, s’occupe de fouiller les parkings et ensuite accompagne les pompiers pour trouver des survivants dans les décombres. Sa journée se termine par la protection de l’hôtel Sheraton. De son côté, le caporal Johan se décide à chercher dans l’aéroport d’éventuels terroristes qui pourraient frapper à nouveau pour provoquer un sur-attentat. Après avoir retrouvé le commandant du peloton, il se charge d’élargir le périmètre de protection pour les secours et établit des tours de garde. Les hommes du bataillon de Chasseurs à Cheval sont relevés à 22H et se retrouvent quelques heures plus tard dans leur caserne après une journée qu’ils ne seront pas prêts d’oublier.

2017-02-05Au début de l’après-midi, la page Facebook du bataillon de Chasseurs à Cheval annonce qu’il n’y a aucune victime parmi ses hommes présents à l’aéroport de Zaventem. Le caporal Johan envoie un sms à sa femme trois heures après la première explosion : tout va bien, je te rappelle dès que je peux. Dans le feu de l’action toute la journée, la pression retombe au retour dans la caserne : « J’ai pensé à ma famille et à moi », raconte simplement le caporal. L’émotion est présente. Le sergent Paul-Henri ne peut s’empêcher de laisser couler quelques larmes, plusieurs heures après les explosions. Deux jours plus tard, ils étaient tout simplement de retour sur le terrain en mission Vigilant Guardian prêts à défendre leurs concitoyens si le terrorisme venait à frapper à nouveau la Belgique.

Deuxième partie à suivre dans les prochains jours…

Deux ans de Vigilant Guardian : Histoire d’une opération « inédite » de l’armée belge depuis 39-45

Les premiers Chasseurs Ardennais de l'opération Vigilant en mission à Bruxelles le 17 janvier 2015 (photo Daniel Orban / BE Defense)
Les premiers Chasseurs ardennais de l’opération Vigilant Guardian en mission à Bruxelles le 17 janvier 2015 (photo Daniel Orban / BE Defense)

Depuis le 17 janvier 2015, les militaires belges sont déployés dans les villes belges dans le cadre de l’opération Vigilant Guardian ou Homeland. Retour sur un engagement inédit des forces armées belges depuis la Seconde Guerre mondiale.

Les attentats de Charlie Hebdo en France le 7 janvier 2015 ont donné l’opération Sentinelle. Mais ils vont également avoir des conséquences en Belgique où le gouvernement Charles Michel décide de prendre des mesures contre le terrorisme dont le déploiement de militaires en soutien à la Police fédérale selon les demandes. D’abord temporaire, ce déploiement inédit ne va jamais s’arrêter en deux ans, au point de faire désormais partie du paysage belge à Bruxelles, Liège ou Anvers. Il va prendre le nom d’opération Vigilant Guardian ou parfois Homeland avec des évolutions durant les deux ans.

Au commencement de l’opération

Le 17 janvier 2015 à 7H du matin, les 150 premiers militaires belges, Chasseurs ardennais et parachutistes du 3ème Bataillon, se déploient à Bruxelles et à Anvers pour des missions de surveillance statique. La veille, le gouvernement a décidé de leur déploiement lors d’un Conseil des Ministres suite au relèvement du niveau de menace à 3 par l’OCAM (Organe de coordination pour l’analyse de la menace). Ils pourront être au maximum 300 pour sécuriser des lieux sensibles et soulager la Police fédérale. Très vite, d’autres villes demandent également un renfort militaire comme Liège le 20 janvier, qui en obtient 25 en provenance du 12/13ème de Ligne de Spa. Des Lignards sont également présents à Huy et à Verviers. Les premiers chiffres communiqués après une semaine sont les suivants : 120 à Bruxelles, 120 à Anvers et 55 en province de Liège. D’autres villes ne veulent pas de militaires comme Gand et Malines. Le 24 janvier, le ministre Steven Vandeput communique sur le déploiement temporaire de militaires pour des missions de sécurité statique à l’appui et sous le commandement de la police. Mais pas de présence militaire dans les aéroports et les gares et il n’est pas question de patrouiller. Le 23 janvier 2015, la Défense écrit sur son site : « Les militaires mettent ainsi quelques activités et exercices entre parenthèses pendant un mois afin d’assurer leur service d’aide à la nation. » (sic !) Ce dispositif, qualifié d’exceptionnel en réponse à un besoin immédiat et urgent, doit durer un mois mais peut-être prolongé…C’est le début de l’opération Vigilant Guardian !

Première vidéo produite par la Défense belge sur l’opération Vigilant Guardian, encore temporaire à ce moment

Les militaires sont sous commandement policier et répondent à une demande spécifique (photo Daniel Orban / BE Defense)
Les militaires sont sous commandement policier et répondent à une demande spécifique (photo Daniel Orban / BE Defense)

De 200 à 1828 militaires dans les rues

Le nombre des militaires n’a cessé de varier en deux ans. Durant les premiers mois, leur nombre se stabilise autour de 200 et la mission des militaires est régulièrement prolongée. On atteint un premier pic à la fin du mois de novembre après les attentats de Paris du 13 novembre 2015. L’OCAM relève le niveau de menace à 4 à Bruxelles. Pendant le week-end du 21-22 novembre 2015, Bruxelles est en état de siège et les transports publics sont fermés tout comme les écoles, une menace d’attentat étant imminente selon le gouvernement fédéral. La situation revient peu à peu à la normale à partir du 25 novembre.  Durant cette période, le déploiement militaire est important au nombre de 1428[1]. Au mois de décembre 2015, leur nombre redescend à 700 mais la hausse est significative. Fin janvier 2016, le déploiement est de 1000 dont 700 visibles dans les rues. À partir du 5 mars, ils sont 40 de plus en charge de surveiller les centrales nucléaires. Les attentats du 22 mars vont changer à nouveau la donne. D’avril 2016 jusqu’à courant novembre 2016, ils sont au nombre de 1828. Depuis le 3 janvier 2017, ils sont désormais 1250 dans les rues avec une marge de sécurité de 150. Lors d’une phase ultérieure, leur nombre pourrait baisser à 1089.

Des militaires de l'opération Spring Guardian (photo Daniel Orban/BE Defense)
Des militaires de l’opération Spring Guardian (photo Daniel Orban/BE Defense)

Une opération qui a évolué

La mission des militaires belges a connu des évolutions. Désormais les militaires patrouillent dans les rues et sont présents dans les gares et les aéroports mais aussi les centres commerciaux et ce dès fin 2015. L’opération a pris le nom de Vigilant Guardian ou OVG durant les premiers mois mais il est aussi commun de l’appeler Homeland.  Au mois de mars 2016 après les attentats, la protection spécifique des centrales nucléaires (Fleurus, Tihange, Doel, et Mol-Dessel) par les militaires au nombre de 140 donne le nom de Spring Guardian et devient une opération à part entière moins connue mais toujours en cours. Opération sans date précise de fin, elle a été sujette à des débats quant aux règles d’engagement des militaires, qui n’ont jamais vraiment été rendues publiques, ouvrant la porte à des polémiques comme celles des fouilles non légales en avril 2016. Dès le début du déploiement, la Défense avait précisé qu’elle était là en appui de la Police fédérale et que les militaires n’effectueraient pas de contrôles d’identité. En novembre 2015, l’ex-patron de l’armée le général Gerard Van Caelenberge rappelait aux syndicats que les militaires étaient soumis à la législation belge en matière de légitime défense et qu’ils ne pouvaient faire usage de la force létale pour protéger des biens ou des bâtiments. De son côté, le ministère a toujours assuré que les militaires étaient au courant des règles d’engagement spécifiques, qui leur permettent de réagir adéquatement selon les menaces. Pour l’instant, les militaires belges n’ont jamais eu à faire usage de leurs armes. La collaboration avec la police a toujours été optimale et les relations sont bonnes. Quelques incidents avec des citoyens ont été parfois signalés mais ce sont des cas vraiment isolés et sans gravité.

Les véhicules militaires font aussi partie du paysage de Vigilant Guardian (photo Daniel Orban/BE Defense)
Les véhicules militaires font aussi partie du paysage de Vigilant Guardian (photo Daniel Orban/BE Defense)

Un coût financier conséquent partagé entre la Défense et l’Intérieur

Le coût de l’opération n’a cessé de grimper, les frais se partageant entre la Défense et l’Intérieur. « La Défense prendra en charge les coûts liés au personnel. Les frais supplémentaires seront à charge de la Police Fédérale », indiquait la Défense le 1er jour du déploiement. Le coût des neuf premiers mois avait été estimé à 10 millions d’euros, i-e pendant les mois de déploiement minimum de militaires avant que l’opération ne prenne de l’ampleur. André Dumoulin, dans un article dans la Revue Défense Nationale, donne un chiffre de 18,2 millions d’euros pour 2015. En 2016, le coût global a été au moins multiplié par sept par rapport à 2015 selon des estimations (34 millions d’euros pour le premier trimestre 2016). En novembre 2015, le gouvernement belge avait débloqué 400 millions d’euros pour lutter contre le radicalisme et le terrorisme. Une partie des 50 millions d’euros restants (21 millions d’euros) ont été attribués à Vigilant Guardian en juillet 2016.

La Composante Air a aussi apporté sa contribution (photo Composante Air)
La Composante Air a aussi apporté sa contribution (photo Composante Air)

Une opération en débat au sein de la Défense

L’opération n’a pas manqué de susciter des débats surtout quand tout le monde a compris qu’elle allait durer. Dans un premier temps, les militaires participant à l’opération étaient enthousiastes. Au fil des mois, cet enthousiasme n’a plus été pareil même si le professionnalisme est toujours là. L’opération pèse lourdement sur la Composante Terre, qui a dû puiser dans des unités de logistique pour faire face à la demande. Les Composantes Air et Médicale ont également apporté leur contribution. Des exercices, parfois majeurs, ont dû être annulés ou interrompus comme cela a été le cas fin novembre 2015. Dès le mois d’octobre 2015, le général Jean-Paul Deconinck, patron de la Composante Terre, mettait en garde et estimait qu’on avait atteint les limites du système, une mise en garde répétée en décembre 2015. En avril 2016, une source militaire indiquait à l’agence Belga que la mobilisation de plus d’un millier de soldats n’était tenable que pendant quelques semaines. Plus de six mois après, ils sont toujours plus d’un millier dans la rue. Récemment le général Marc Compernol, patron de la Défense, déclarait également craindre une perte de compétences, parlant d’une génération perdue. Pourtant l’armée n’a cessé de s’adapter au fur et à mesure de l’ampleur prise par Vigilant Guardian. De son côté, l’ex-patron de l’armée le général Gerard Van Caelenberge, espérait que l’opération permettrait de monter l’utilité de l’armée aux politiques avec l’espoir d’une revalorisation budgétaire. Peine sans doute perdue au regard des signaux donnés dernièrement par le gouvernement. Néanmoins, d’autres membres d’état-major ne sont pas aussi pessimistes, étant favorables à l’opération car elle donne une meilleure image de l’armée aux citoyens. On peut citer le cas du colonel Jean-Louis Crucifix, commandant militaire de la province de Liège, qui a soutenu et défendu à plusieurs reprises l’utilité de l’opération Vigilant Guardian.

L'armée communique beaucoup sur l'opération (photo FB bataillon Libération-5ème de Ligne)
L’armée communique beaucoup sur l’opération (photo FB bataillon Libération-5ème de Ligne)

Une meilleure visibilité médiatique pour l’armée

L’opération a toujours joui d’une certaine côte de popularité auprès de l’opinion publique. Deux jours après le début de l’opération, un sondage RTL-Ipsos-Le Soir indiquait que 72% des Belges étaient favorables à une présence militaire dans les rues. La Défense a beaucoup communiqué à ce sujet, profitant d’une exposition médiatique plus forte. Cet état de temporaire qui dure ne facilite pas forcément une meilleure approche du citoyen envers la mission du militaire alors que l’opération est présentée comme une des solutions face au terrorisme par les politiques, qui s’expriment d’ailleurs peu sur le sujet. L’opération reste parfois source d’une certaine incompréhension. La difficulté sera de trouver la solution pour y mettre fin pour sortir de l’impasse sans perdre la face. La création d’un corps de sécurité spécifique est à l’étude par le gouvernement et en projet mais il faudra un peu attendre avant qu’il ne voit le jour.

Les militaires, qui ont été déployés dans les rues le 17 janvier 2015, ne pensaient pas être les premiers d’une longue série toujours en cours deux ans après. Pris dans l’engrenage, le gouvernement n’a cessé de la prolonger. L’opération Vigilant Guardian a obligé l’armée belge à s’adapter et elle reste un vrai défi pour les mois à venir. Elle n’a cessé d’alimenter le débat politique, médiatique et militaire avec plus ou moins d’intensité. Il n’en reste pas moins qu’elle est devenue une opération à part entière de la Défense belge. Le ministère réfléchit d’ailleurs à la mise en place d’une médaille ou d’une décoration pour les militaires qui y ont pris part, une juste récompense !

[1] À ce sujet, lire l’excellent article de Nicolas Gros-Verheyde sur Bruxelles2 https://www.bruxelles2.eu/2015/11/22/et-bruxelles-devint-noire/

La grande bataille des Forces spéciales belges : le recrutement !

photo Malek Azoug/BE Defence
photo Malek Azoug/BE Defence

La Défense belge a indiqué hier que la plus grande bataille livrée en ce moment par les SFG (Special Forces Group) était le recrutement. Cette allusion clôturait un article sur un exercice d’infiltration nocturne effectué par des SFG. Un défi récurrent ces dernières années mais qui va se faire pressant avec la mise en place de la vision stratégique pour 2030.

Un renforcement des SFG pour 2030

Leur nombre est confidentiel et jamais communiqué par la Défense mais les SFG seraient entre 115 et 130. Dans la vision stratégique du ministre Vandeput, ils vont voir leur capacité grandir pour atteindre le chiffre de 225 opérateurs en plus des deux bataillons de paracommando, qui vont prendre la dénomination « Ranger » (SFSG: Special Support Forces Group) et évolueront en soutien des premiers. En tout, la Défense belge va être dotée d’une capacité de forces spéciales de 1309 hommes. Il va donc falloir recruter pour atteindre les objectifs annoncés mais pas simple.

Photo de recrutement publiée sur la page FB des SFG
Photo de recrutement publiée sur la page FB des SFG (© Fract-Art https://www.facebook.com/CManPower1960/)

 

 

Un recrutement continu depuis 2003

Depuis sa création le 5 février 2003 après la disparition de la Compagnie Special Forces, le recrutement est une des principales difficultés des SFG. Deux ans après sa création, ce corps d’élite n’avait que la moitié de son effectif prévu au départ comme l’indiquait à La Libre Belgique le lieutenant-colonel Claeys qui plaidait pour élargir le vivier de candidatures aux civils. Cette ouverture aux civils sera effective en 2007 sans régler entièrement le problème. En 2008, l’unité organise une journée d’informations pour les candidats, à la recherche de 23 opérateurs. Cette année-là, le SFG voit l’arrivée d’un ancien « marinier » (fusilier-marin) néerlandais en fin de contrat aux Pays-Bas ! En 2012, elle lance à nouveau une campagne de recrutement uniquement destinée aux militaires pour combler le vide dans ses effectifs, peinant à faire le plein. De fait, les SFG recrutent tout le temps et en continu et ce depuis leur création.

Une formation extrêmement exigeante et des contraintes familiales

En soi, les conditions d’accès sont plutôt larges. En plus des militaires, les civils peuvent aussi en faire partie après avoir suivi l’instruction militaire de base et si possible dans une unité para-commando puisque les brevets A-Commando et A-Para sont obligatoires pour devenir opérateur SF. Mais une chose est de faire acte de candidature, une autre est de passer la sélection. En 2007, seulement cinq candidats sur trente ont été retenus à l’issue de la semaine de sélection. Le taux de réussite était de 1% en 2011. En plus d’une formation extrêmement exigeante, les contraintes familiales sont aussi un autre obstacle de recrutement au vu du caractère très particulier et secret inhérent à toute unité de forces spéciales. Toutefois, il n’est pas question d’abaisser les critères de sélection. « J’ai besoin de la crème de la crème », expliquait en 2008 le commandant de l’unité, le lieutenant-colonel Bob Dufrane aux journalistes.

Les SGF lors de l'exercice international Flintlock en février 2016 au Sénégal (photo SFG)
Les SGF lors de l’exercice international Flintlock en février 2016 au Sénégal (photo SFG)

Une durée de formation très longue

Le cours de qualification pour devenir opérateur dans les SFG dure environ 19 mois voire plus. Il se compose de trois parties: la phase de pré-sélection (pré-stage), le cours de sélection (stage), et la formation complémentaire. Ce cours de qualification (ou Q-Course) est d’ailleurs très détaillé sur le site de l’unité, qui donne également des conseils pour bien se préparer à cette phase intensive de formation en amont. Après la réussite du programme de formation, les candidats reçoivent leur certification d’opérateur des forces spéciales. À partir de ce moment, ils sont incorporés à une équipe opérationnelle existante et peuvent être déployés pour des missions. On comprendra qu’au vu de la durée de la formation et du taux d’échec lors de la phase de sélection, les SFG doivent anticiper leur campagne de recrutement pour atteindre le nombre prévu d’effectifs. Une phase de formation a débuté le 2 janvier dernier pour 2017.

Les Forces spéciales belges bénéficient dernièrement d’une meilleure médiatisation avec la sortie d’une série de reportages exceptionnels sur la VTM en décembre et prochainement sur la RTBF. L’unité compte bien s’en servir pour attirer des candidats dans les prochaines années malgré les difficultés rencontrées. Et comme le dit si bien sa devise: « Who dares wins » !

 

L’avenir de la Composante Médicale devrait se dessiner en 2017

Photo Peter Leduc/BE Defense
Photo Peter Leduc/BE Defense

Des quatre Composantes de l’armée belge, la Composante Médicale est sans doute la moins connue et la plus discrète. Avec un peu moins de 2000 hommes, elle est la plus petite avec une proportion de 5,4% au sein de la Défense. Avec la mise en place de la vision stratégique du ministre Steven Vandeput, elle devrait connaitre de profonds bouleversements. Beaucoup de spéculations ont circulé lors de cette fin d’année 2016 au sein du Département. 2017 devrait permettre d’y voir un peu plus clair à moins que les annonces soient encore retardées.

Le cas de l’Hôpital Militaire Reine Astrid de nouveau sur la table

L'Hôpital Militaire Reine Astrid le jour des attentats du 22 mars (photo BE Defense)
L’Hôpital Militaire Reine Astrid le jour des attentats du 22 mars (photo BE Defense)

En 2016, la Composante Médicale aura été mise à rude contribution avec les attentats du 22 mars et aura joué pleinement son rôle. L’Hôpital Militaire Reine Astrid en est un symbole. Il a accueilli un tiers des victimes des attentats, une situation inédite à laquelle le personnel a su faire face et s’adapter. Pourtant des spéculations demeurent autour de son avenir et ce n’est pas la première fois. En 2014, il était déjà question dans la presse d’une privatisation au point que l’ancien commandant de la Composante Médicale, le Médecin Général-Major Geert Laire, avait produit un document pour défendre l’Hôpital, demandant une rentabilisation des moyens. La vision stratégique prévoit une rationalisation du coût de fonctionnement global de 20 à 25% avec l’étude de cinq business models. On se dirigerait vers une collaboration interdépartementale et civilo-militaire renforcée. Il devrait rester un élément central de la médecine militaire. Il possède un Centre des grands brûlés à la réputation internationale. En novembre 2015, ce Centre avait accueilli 8 patients roumains du grave incendie de la discothèque, qui avait fait 32 morts et 90 blessés. Pour cette action, il avait reçu la plus haute distinction roumaine.  Les résultats d’un audit indépendant devaient être disponibles fin 2016 mais ils ne sont pas encore arrivés.

Le 1er EMI défilant le jour de la Fête Nationale le 21 juillet 2016 (photo Composante Médicale)
Le 1er EMI défilant le jour de la Fête Nationale le 21 juillet 2016 (photo Composante Médicale)

Le cas emblématique du 1er EMI

La plus grosse polémique de cette fin d’année a été la non-annonce de la fermeture du 1er EMI (Élément Médical d’Intervention) de Lombardsijde par manque d’officiers pour mi-2017 dans une note interne en date du 28 octobre 2016 qui a fuité.  Cette note interne a été mise en ligne sur le site du député Écolo Wouter De Vriendt. Certains syndicats ont dénoncé une décision arbitraire prise dans le dos des principaux intéressés. La nouvelle a provoqué une vive inquiétude au sein du personnel de l’unité concernée. Le ministre Steven Vandeput a dû apporter une clarification, apportant plus largement une vision d’ensemble sur la situation de la Composante Médicale. Un manque d’officiers va bientôt se faire sentir. Des mesures ont été prises dans le recrutement mais leurs effets ne se feront sentir qu’en 2030. Pour compenser ce manque, la Défense fait pour l’instant appel à des médecins civils contractuels. La situation sera particulièrement difficile pour le 1er EMI mi-2017 mais il n’est pas question d’une fermeture collective, simplement d’une réorganisation. Cette unité est importante comme soutien médical aux deux Composantes Terre et Marine en Flandre Orientale et en Flandre Occidentale. Cette note, qui n’était en fait qu’une proposition stratégique interne, n’aurait jamais dû être rendue publique et il y a eu une faille. Sa diffusion en dit long sur l’inquiétude du personnel médical militaire alors qu’une réorganisation globale se profile.

Photo BE Defense
Photo BE Defense

Vers la disparition de la Composante Médicale en tant que telle

Dans les changements au sein de la Défense qui se profilent pour 2030, la Composante Médicale ne va pas disparaître mais se dissoudre dans les autres « dimensions » (nouveau nom donné au composante), avec l’apparition d’une dimension renseignement-cyber-influence à part entière. Elle se retrouve dans le commandement et l’appui opérationnel. Désormais, elle va s’articuler autour de trois grands piliers d’organisation : un pilier opérationnel appelé « capacités » (62% de la capacité médicale totale), un pilier de mise en condition centralisé pour la préparation médicale des troupes et un pilier de support aux différentes activités médicales. Des coopérations sont possibles sur le plan national, renforçant le soutien à la sécurité intérieure. La Défense belge réfléchit également à une meilleure coopération au niveau européen et en premier lieu le Benelux. Ses effectifs vont diminuer autour des 1755 ETP, prenant un peu plus d’importance au sein d’une Défense de 25000 ETP (7%). Actuellement la Composante Médicale est soumise à un audit global. Les conclusions de cet audit sont attendues pour mi-2017. De là devraient découler les premiers choix dans sa réorganisation.

Toutefois, les premiers changements notables ne devraient pas intervenir avant 2021. L’inquiétude reste présente au sein d’une Composante en plein doute face à la restructuration annoncée. Son commandant, le Médecin Général-major Pierre Neirinckx, a rassuré et remotivé ses troupes fin novembre dans un communiqué qui confirmait également la mauvaise ambiance : « De nombreuses études sont en cours, et des rumeurs ou des fuites mal intentionnées d’une petite partie de ces analyses créent malheureusement encore plus de frustration et de doutes. (…) Ne baissez pas les bras, soignez vos patients, entraînez-vous, et restez fiers de ce que vous êtes capables de faire pour la Santé de nos militaires ! » En attendant les premières décisions, il demande à son personnel de faire confiance à la hiérarchie.

 

L’armée belge inquiète sur la mise en place réelle de la vision stratégique

crédit-photo Belga
crédit-photo Belga

La réforme de la pension militaire, annoncée au mois d’octobre par le gouvernement et qui avait provoquée colère et incompréhension dans les rangs de l’armée belge, semble mettre véritablement mettre un frein à la mise en place de la vision stratégique du ministre Steven Vandeput de quoi donner raison aux craintes du général Marc Compernol. Après les beaux espoirs du début de mandat, certaines inquiétudes justifiées commencent à poindre.

Des achats ont pris du retard

Au début du mois de novembre, le  journal L’Écho soulignait très justement que l’appel d’offres du gouvernement pour le remplacement des F-16 se faisait attendre. Ce fameux appel d’offres, tant attendu par les constructeurs, devait être lancé avant Noël pour que le gouvernement Charles Michel puisse prendre sa décision avant la fin de son mandat. Il s’est fait attendre tout le mois de novembre et celui de décembre…en vain. La Libre Belgique a confirmé cette semaine qu’il n’interviendrait pas avant 2017. En cause ? La fameuse réforme de la pension qui a retardé la rédaction du cahier des charges. Les autres achats de matériel militaire semblent également gelés en attendant d’en savoir plus sur les modalités de la réforme, qui doit rentrer en vigueur à partir de 2018.

L’exemple du passé

Le général Marc Compernol avait déjà fait part de ses craintes devant la commission de la Défense nationale à la Chambre. Il estime que la réforme va coûter dans 3,1 milliards d’euros et qu’elle pourrait anéantir la vision stratégique. Dans l’éditorial du dernier numéro du mois de décembre de la Revue Militaire Belge, l’ancien général de brigade Jo Coelmont se montre aussi très pessimiste, se basant sur des exemples passés:« Nous ne pouvons oublier que tous les plans stratégiques ayant précédé celui-ci ont capoté étant donné que – à peine approuvés – le budget de la Défense fut systématiquement érodé lors du premier ajustement budgétaire semestriel qui suivit. Il importe maintenant de mettre fin à cette « habitude ». » Pour lui, il faut éviter que la Défense ne soit amenée en unité de « soins palliatifs » et elle doit absolument relever le défi de surmonter les difficultés:« Nous n’avons pas le droit d’échouer. Nous ne pouvons en effet pas nous le permettre. »

La loi de programmation militaire recalée par le Conseil d’État

Le dernier avis juridique du Conseil d’État, qui a recalé la loi de programmation de militaire, n’est pas là pour rassurer les militaires même si le ministre de la Défense a voulu relativiser. Cette loi était simplement là pour amener plus de clarté mais elle ne change en rien les investissements militaires décidés. Le  Directeur Général des Ressources Matérielles, le Général-major Thijs, qui a reçu dernièrement le syndicat PROdef.be, confirme qu’il a fallu encaisser cette nouvelle et que rien empêche les prochains gouvernements de « détricoter » la vision stratégique. Toutefois, il sera difficile de recaler les achats bilatéraux mais pour le reste, rien est certain. Dans ses vœux de fin d’année, Steven Vandeput ne dit pas vraiment autre chose: » Après des décennies d’âpres économies, nous avons décidé de travailler avec le gouvernement afin de réaliser de gros investissements », tout en ajoutant plus loin, « Les investissements prévus dans notre département ne sont naturellement pas un bien acquis ».

Le site Le Vif parle d’« une grosse claque à la suédoise » pour évoquer l’avis juridique du Conseil d’État sur la loi de programmation militaire et se montre très critique. Avec la réforme de la pension, les investissements décidés par le gouvernement Michel ne sont plus aussi certains malgré la volonté affichée du ministre Steven Vandeput. Cette situation n’est pas là pour rassurer les militaires belges, déjà très inquiets pour leur avenir.

 

[PERSPECTIVE] Quel visage pour l’armée belge en 2017 ?

photo Défense belge
photo Défense belge

En 2017, de nouveaux défis vont se présenter pour l’armée belge avec la mise en place progressive de la vision stratégique pour 2030. L’armée belge commence sa mutation. Tour d’horizon sur les principaux enjeux.

Un effectif en légère baisse

Comme le veut la Constitution, le gouvernement a fixé le nombre du contingent pour 2017. Le nombre maximum de militaires mobilisables a été fixé à 30.130 et devra être atteint au mois de mars. Dans les faits, l’armée belge va descendre en-dessous des 30.000 avec 29.980 militaires du cadre actif et élèves. Elle va recruter 1.160 militaires en 2017 avec une augmentation prévue les deux années suivantes (1.285 en 2018 et 1.410 en 2019) pour compenser les départs à la pension prévus au nombre de 1.709. Le but est d’atteindre progressivement 25.000 ETP dont 1.000 civils. La création du nouveau corps de sécurité entretient également le flou. 150 militaires pourraient partir pour l’intégrer. L’armée aurait alors la possibilité d’engager 285 militaires. Il en est de même pour l’élargissement des missions des sociétés de sécurité et la fin de la période d’attente de 3 ans pour les militaires voulant les intégrer. Des militaires pourraient se tourner vers le privé. D’autre part, la Défense va lancer plusieurs projets pilotes de privatisation en 2017.Cette expérimentation menacerait quelque 5 000 équivalents temps plein selon les syndicats.

photo Belga
photo Belga

Pas de grand bouleversement budgétaire

L’impact de la vision stratégique sera encore réduit pour 2017. Le gouvernement ne prévoit pas d’augmentation du budget de la Défense avant 2018/19. Le budget ne devrait donc pas trop bouger mais il va falloir tenir compte de la réforme du régime de la pension. Dans les documents officiels sur la vision stratégique, le budget des pensions est stable jusqu’en 2030 avec une très légère augmentation. La réforme devrait bouleverser ses chiffres. Il est également prévu la livraison de matériel militaire à hauteur de 5 millions d’euros. Pour respecter la trajectoire budgétaire 2017-2019, la Défense a budgétisé 400.000 jours d’entraînement intensif pour l’ensemble des activités d’entraînement. Par ailleurs, le gouvernement a décidé d’augmenter  légèrement le budget des opérations de 69 à 73 millions d’euros.

photo Fraternelle des Chasseurs Ardennais
photo Fraternelle des Chasseurs Ardennais

Une présence sur tous les théâtres d’opération

Pour 2017, les deux grosses opérations de l’armée belge resteront l’Irak et le Mali. Les F-16 belges achèveront leur mission en Jordanie au mois de juillet 2017. La Belgique fournira ensuite un détachement de 30 militaires pour la protection des avions de chasse néerlandais. En plus des 13 instructeurs déjà présents en Irak, l’armée belge va envoyer 30 militaires pour former les équipes A&A (Advice and assist) en collaboration avec les Pays-Bas.  Le gouvernement a également décidé de maintenir les 175 militaires belges au Mali jusqu’à mi-2018. L’Afghanistan n’est pas non plus à négliger puisque 75 militaires seront toujours présents dans le cadre de la mission Resolute Report de l’OTAN.  L’Europe de l’Est fera aussi partie des opérations internationales. La Belgique fournira une compagnie de transport d’environ 90 militaires entre février et fin 2017 au sein du Battle Group allemand déployé en Lituanie. La Composante Marine sera mise en contribution dans la mer Baltique dans des missions de déminage et dans la mer Méditerranée avec l’opération EUNAVFOR Med.

photo Défense belge
photo Défense belge

Quid de Vigilant Guardian ?

C’est l’inconnu. Au mois de novembre, le gouvernement a décidé de baisser progressivement le nombre des militaires dans la rue. Ils sont passés de 1.828 à 1.250. Il était même prévu que le nombre passe à 1.089 militaires lors d’une phase ultérieure mais pour l’instant ce n’est toujours pas le cas. Il faudra attendre fin décembre pour savoir combien de militaires seront déployés au mois de janvier. La création d’un nouveau corps de sécurité (genre de garde nationale) est dans les papiers du gouvernement et devrait être mis en place en 2017. Mais pour l’instant, rien ne dit qu’il sera opérationnel avant 2018. La mission des militaires dans la rue durera sans doute encore un an. L’opération Vigilant Guardian va continuer de peser sur la Composante Terre.

Les défis restent nombreux pour une armée belge en mutation mais qui restera présente sur les différents théâtres d’opération. 2017 sera une année de transition en attendant la réelle mise en place de la vision stratégique. Il faudra également suivre le dossier de la réforme des pensions et l’avancée de la première loi de programmation militaire à la Chambre bloquée pour l’instant par l’opposition.

Le Mali, nouvelle opération-vitrine de l’armée belge

Photo Daniel Orban/BE Defence
Photo Daniel Orban/BE Defence

Le gouvernement a approuvé dernièrement les opérations pour 2017 de l’armée belge avec une légère augmentation du budget (de 69 à 73 millions d’euros). Parmi la liste des opérations, une retient plus particulièrement avec l’EUTM Mali dont la Belgique assurera le commandement jusqu’à mi-juillet 2018. La Belgique va donc rester deux ans au Mali avec 175 militaires. Elle reste l’opération-vitrine d’une armée belge qui veut rester crédible avec ses partenaires malgré des moyens réduits.

Pourquoi ?

Si on exclut l’opération Vigilant Guardian sur le territoire national, l’autre opération-phare de l’armée belge est son implication dans la lutte contre l’EI en Irak que ce soit par des frappes ou que ce soit par l’envoi d’instructeurs. Mais elle n’a pas la même couverture par la communication de la Défense pour deux raisons. De un, la Défense et le gouvernement communiquent de façon très discrète sur l’opération Desert Falcon pour des raisons de sécurité selon les arguments avancés. La Belgique est le pays le moins transparent de la coalition internationale quant à ses actions sur le sol irakien. De deux, elle coopère avec les Pays-Bas et ne mène pas seule ses actions. Le choix du Mali est le plus pertinent.

L’histoire de la prise de commandement belge au Mali

Au mois de février dernier, le gouvernement belge approuve le prolongement de la participation belge à l’EUTM Mali et le ministre Steven Vandeput annonce que la Belgique en prendra le commandement à partir du mois de juillet pour une durée d’un an portant le nombre de militaires belges à 175. Cette décision répond à une demande d’assistance de la France après les attentats du 13 novembre. À une époque, la Belgique avait envisagé l’envoi d’une brigade tactique interarmes d’environ 300 militaires au Sahel aux côtés de l’opération Barkhane. Elle avait finalement dû y renoncer sur une demande de la Minusma et aussi sans aucun doute pour des raisons financières.

L’opération de la Composante Terre la plus importante sous les projecteurs

Les Chasseurs Ardennais se sont envolés au mois de septembre pour le Mali et leur déploiement a fait l’objet d’une série de reportages de la Dernière Heure sur plusieurs jours. Ces derniers jours, la page FB de la Défense a publié plusieurs portraits de militaires belges de l’EUTM. On a ainsi eu Marie-Sophie, Liaison Officer Medical; Michel de la Force Protection; Céline, médecin d’unité des Chasseurs Ardennais et commandant du centre médical rôle 1 à Kati; Aymeric, chef de la division presse au sein de la Direction Générale Communication; Samuel, mécanicien au sein du Joint Support Détachement et même le général de brigade Éric Harvent, commandant de l’EUTM. C’est en tout 6 portraits, divers et variés, qui ont été publiés en l’espace d’une semaine du 29 novembre au 4 décembre, une façon d’écrire l’histoire de cette opération et de montrer l’action de la Belgique au Mali. C’est sans compter les autres reportages sur le site de la Défense.

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« En prenant la direction de toute la mission au Mali, notre pays prouve qu’il s’engage énergiquement dans les opérations de l’Union européenne », écrivait le site de la Défense au mois de juin dernier. C’est sans aucun doute une satisfaction pour la Belgique d’avoir le commandement d’une mission de l’UE car elle peut montrer ses capacités militaires et la confiance qu’elle a de ses partenaires européens. Le 19 décembre prochain, le ministre de la Défense Steven Vandeput et le patron de la Défense le général Marc Compernol seront présents à Koulikoro pour la passation de commandant entre le général de Brigade Éric Harvent et le général de brigade Peter Devogelaere, un signe de plus de l’importance accordée à cette mission.

 

 

 

Ce qu’il faut retenir de la manifestation du 15 novembre : Des militaires en nombre dans la rue, des officiers d’état-major qui prennent position

photo page FB Belgian Military Interests
photo page FB Belgian Military Interests

Très attendue, la manifestation des militaires du 15 novembre en dit long sur l’inquiétude du monde de la Défense. Les militaires étaient nombreux dans  la rue à Bruxelles. Des officiers importants ont pris position. Cette manifestation va faire date dans l’histoire de l’armée belge et elle est un signal fort envoyé au monde politique.

Un tiers des militaires belges dans la rue à Bruxelles

Les chiffres officiels oscillent entre 8.000 et 10.000 manifestants, selon qu’on prend ceux de la police ou ceux des syndicats. Actuellement l’armée compte dans les 30.000 militaires, ce qui signifie que presqu’un tiers de l’armée était dans la rue. Bien sûr on peut nuancer ses chiffres parce qu’il y avait également des proches de militaires mais on peut également ajouter que des militaires en opération étaient de tout cœur avec les manifestants et les soutenaient. Leur nombre aurait pu être bien plus élevé. Le ministre Steven Vandeput a d’ailleurs reconnu que le nombre des manifestants était « un signal très important ». Sa lettre ouverte n’y aura rien changé. La colère était trop forte, signe d’un ras-le-bol qui n’a cessé de grandir ces dernières années et qui pourrait atteindre un point de non-rupture.

Des personnalités importantes de la Défense brisent le silence

Du patron de la Défense au chef de corps du 12/13ème de Ligne, des officiers importants de l’armée belge ont pris position de façon plus ou moins appuyée. Le général Marc Compernol, patron de la Défense, a été le plus prudent dans ses propos. Il a indiqué qu’il comprenait bien les inquiétudes des militaires. « Cela va coûter beaucoup d’argent, c’est clair », a-t-il indiqué, regrettant qu’il n’y ait pas eu une meilleure concertation du gouvernement avec l’état-major de l’armée. Le message le plus appuyé a été celui du chef de la Composante Terre, le général Jean-Paul Deconinck, qui aurait été l’auteur « anonyme » du post FB de la page officielle de la Composante Terre, soutenant les manifestants, selon des médias belges. De son côté, le chef de corps du 12/13ème de Ligne, le lieutenant-colonel Manuel Monin, a également soutenu ouvertement les manifestants:« Je n’irai pas à Bruxelles car, avec de nombreux Lignards nous sommes en camp à BOLETICE, République Tchèque. Mais si j’avais été en Belgique, j’aurais été à Bruxelles et plutôt deux fois qu’une. » Le mal est profond.

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Des incidents ont brouillé le message

La couverture médiatique a été également intense. Le Soir, RTL, la RTBF étaient sur place tout comme d’autres médias belges. Les manifestants ont pu exprimer leur colère devant les caméras. On peut regretter que les légers incidents ont retenu l’attention des médias au point d’en faire les titres (comme cela a été le cas pour l’AFP) même si certains ont ajouté que la manifestation s’était terminée dans le calme. Au final, les incidents avec la police n’auront duré que quelques minutes et sur un lieu du parcours bien précis. Malheureusement, c’était inévitable. Policiers et militaires patrouillent ensemble depuis maintenant plus d’un an dans le cadre de l’opération Vigilant Guardian et ont appris à se connaître. Des liens se sont tissés. Ce n’est donc pas étonnant d’avoir vu certains manifestants aller serrer la main des policiers.

On pourrait également parler de la récupération politique cynique du PS et Écolo, qui n’ont jamais rien fait pour s’opposer à l’érosion de la Défense belge ces dernières années quand ils n’y ont pas directement contribué. Les militaires belges ne sont pas dupes et n’ont plus confiance dans le monde politique en général. La manifestation est le fruit d’années de frustration. Au final, le ministre Steven Vandeput a assuré qu’il parlerait à son collègue le ministre des Pensions, Daniel Bacquelaine, tout en reconnaissant à demi-mot qu’il subissait plus la situation qu’il ne la maîtrisait. La balle est désormais dans le camp du gouvernement fédéral !