Le 12/13 de Ligne intègre la Brigade Médium

Le lieutenant-colonel Manuel Monin, chef de corps du 12/13 de Ligne lors de la cérémonie militaire d'accueil (photo Brigade Médium)
Le lieutenant-colonel Manuel Monin, chef de corps du 12/13 de Ligne, lors de la cérémonie militaire d’accueil (photo Brigade Médium)

Depuis le 1er janvier 2017, le bataillon d’infanterie légère le 12/13ème de Ligne a intégré la Brigade Médium. La cérémonie militaire d’accueil avait lieu le 27 janvier dernier à Bourg-Léopold au quartier général de la Brigade Médium. C’est le premier pas vers la prochaine réorganisation de la Composante Terre dans le cadre de la mise en place de la vision stratégique du ministre Vandeput.

La Brigade Médium est désormais composée de 3 bataillons de manœuvre médians et de 2 bataillons de manœuvre légers. Le 12/13ème de Ligne rejoint ainsi le bataillon Carabiniers Prince Baudouin-Grenadiers, le bataillon Libération-5 de Ligne, le bataillon de Chasseurs Ardennais et le 1/3 bataillon de Lanciers. Dans la vision stratégique du ministre Vandeput, la Composante Terre doit se doter d’une capacité motorisée interarmes construite autour de 5 bataillons de manœuvre motorisés, qui seront équipés de manière uniforme et complète, avec des éléments combat support (artillerie, génie, ISTAR), des éléments combat service support (logistique, appui médical, moyens de commandement et de communication). La Belgique a l’ambition de fournir de façon illimitée un Battlegroup interarmes de 800 à 1.200 hommes pour des opérations de gestion de crise. La vision stratégique met l’accent sur le concept interarmes, qui doit permettre un déploiement rapide avec une meilleure efficacité.

Depuis 2011, le 12/13 de Ligne faisait partie de la Brigade légère. L’année 2011 avait vu également de profonds changements au sein de la Composante Terre avec la dissolution de la 7ème brigade de Marche-en-Famenne et d’autres unités dans le cadre du plan de « finalisation de la transformation » du ministre de la Défense de l’époque, Pieter de Crem. Les deux brigades actuelles de la Composante Terre avaient été créées à cette époque. Dans le cadre de la mise en place de la vision stratégique du ministre Vandeput, la Brigade légère va également connaître des transformations avec le renforcement des Forces Spéciales et la création d’une capacité SOF (Special Operations Forces).

Un nouveau commandant pour le chasseur de mines Narcis

photo Belgian Navy
photo Belgian Navy

Ce mercredi 25 janvier, le commandement du chasseur de mines Narcis a été repris par le lieutenant de vaisseau de première classe Gianni Vangaever, a indiqué la Marine belge dans un communiqué. Le lieutenant de vaisseau de première classe Gianni Vangaever commandait depuis le 17 décembre 2015 le chasseur de mines Crocus. Il succède au lieutenant de vaisseau de première classe Anne Van Bree qui reprendra à son tour une fonction d’État-Major. Le nouveau commandant a été mis en place par le capitaine de vaisseau Carl Gillis, directeur des opérations.

Durant le mandat du lieutenant de vaisseau de première classe Anne Van Bree, le navire a participé à l’escadre permanente de lutte contre les mines de l’OTAN avec entre autre la participation aux exercices tels que Northern Coast et Nobles Marines. Après quoi, le Narcis fut intégré mi-novembre à l’opération internationale de déminage HODOPS Baltic States. Au cours de cette opération, le Narcis a contribué au repérage et à la destruction de mines marines et d’engins explosifs datant des deux guerres mondiales gisant sur les fonds de la mer Baltique.

Le lieutenant de vaisseau de première classe Anne Van Bree avait pris le commandement du navire le 13 janvier 2016.

[Interview] Général de brigade Peter Devogelaere: « Nous devons redoubler d’efforts pour aider l’armée malienne à lutter contre le terrorisme »

Le général de brigade Peter Devogelaere (photo EUTM Mali)
Le général de brigade Peter Devogelaere (photo EUTM Mali)

Interview avec le général de brigade Peter Devogelaere, commandant de l’EUTM Mali depuis décembre 2016.

Le 19 décembre 2016, le général de brigade Peter Devogelaere a pris le commandant de l’EUTM Mali succédant à son compatriote le général de brigade Éric Harvent. Depuis juillet 2016, la Belgique est à la tête de cette mission de l’UE avec un détachement d’un peu plus de 150 militaires. C’est l’opération à l’étranger la plus importante pour la Composante Terre de l’armée belge. Pour le blog À l’Avant-Garde, le général de brigade Peter Devogelaere revient sur sa préparation à cette fonction, la mission des militaires belges et l’évolution de l’EUTM Mali.

« Le but est de délivrer nos formations là où l’armée malienne en a besoin »

Le commandement de l’EUTM Mali est une fonction importante, qui engage la crédibilité de l’armée belge. Comment avez-vous préparé cette nouvelle prise de commandement à la tête d’une mission de l’UE ? Avez-vous échangé avec votre prédécesseur le général de brigade Éric Harvent ? 

Le cycle de préparation pour une mission de cette importance s’étalait effectivement sur plusieurs mois. Il comportait, entre autres, une période de deux semaines appelée « pre-deployment training » à Otterburn en Écosse, pendant laquelle tous les membres belges du futur MHQ (Main Head Quarter) de l’EUTM Mali ont effectué une remise à niveau intensive dans toute une série de domaines (tirs, premiers soins, préparations spécifiques pour la mission, familiarisation avec le fonctionnement futur de l’EM de l’EUTM Mali.. etc). Cette période a également permis d’assurer la cohésion du groupe composé de militaires venant de différents horizons. Pendant la phase de préparation, le personnel clé de l’état-major a également reçu les formations nécessaires concernant le fonctionnement des institution européennes et plus particulièrement du EEAS (European External Action Service) dont dépend l’EUTM. Pour ma part, j’ai eu également différentes réunions de préparation au niveau Strat/Pol au sein du EEAS. Pendant les mois qui ont précédé notre départ, j’ai été en contact régulier avec mon prédécesseur et je me suis rendu sur place pour une période de reconnaissance.

 

Le général de brigade Peter Devogelaere sur le terrain dès le début de son mandat (photo EUTM Mali)
Le général de brigade Peter Devogelaere sur le terrain dès le début de son mandat (photo EUTM Mali)

Quelles seront les principales priorités de votre mandat ?

Le but premier de l’EUTM Mali est de contribuer à la restauration des capacités des Forces Armées maliennes (FAMa). L’objectif est qu’elles redeviennent capables de mener des opérations pour rétablir l’intégrité territoriale du Mali et réduire la menace terroriste. Nous sommes dans le troisième mandat de la mission qui doit voir notre zone d’action s’étendre jusqu’à la boucle du Niger, le but étant de délivrer nos formations là où l’armée malienne en a besoin. Cette décentralisation est bien entendu conditionnée par l’évolution de la situation sécuritaire dans le pays. Je rappelle que l’EUTM Mali est une mission non exécutive et non une opération : les militaires déployés ne sont pas destinés à participer à des missions de combat et n’accompagnent pas les unités maliennes dans les opérations. Au niveau des formations dispensées, une attention toute particulière est donnée au leadership et au respect des droits humains.  L’ATF (Advisory Task Force) de l’EUTM Mali joue également un rôle très important en assistant l’état-major dans le processus de transformation des FAMa.

Pour l’instant, l’EUTM Mali est localisée à Koulikoro et Bamako. Dans une interview à Bruxelles2, début décembre, votre prédécesseur le général de brigade Éric Harvent évoquait la possibilité d’aller à Gao en 2017. Qu’en est-il ? L’EUTM Mali est-elle appelée à se déplacer ?

La mission décentralise progressivement ses activités vers les régions en déployant des équipes mobiles de formateurs et de conseillers, dites CMATT (pour Combined Mobile Advisory and Training Teams). DEUX CMATT ont déjà été organisés à Segou et Kati .  D’autres sont en préparation. En ce qui concerne Gao, il est effectivement dans nos intentions d’y organiser un CMATT, mais le moment et les modalités dépendront de l’évolution de la situation dans la région.

« Notre collaboration avec la force Barkhane est appelée à se renforcer »
Le 17 janvier 2017, le général de brigade Peter Devogelaere a reçu la visite du général de division François-Xavier de Woillemont, commandant de la force Barkhane (photo EUTM Mali)
Le 17 janvier 2017, le général de brigade Peter Devogelaere a reçu la visite du général de division François-Xavier de Woillemont, commandant de la force Barkhane (photo EUTM Mali)

L’enlèvement d’une ressortissante française à Gao au mois de décembre ainsi que le récent attentat meurtrier dans cette même ville montrent que la situation au Mali est toujours instable et qu’il ne faut pas baisser la garde. La protection de l’EUTM Mali est-elle d’autant plus indispensable ? Y a-t-il une collaboration avec la force Barkhane ? 

Nous connaissons en effet une recrudescence de la violence, particulièrement dans le nord et dans le centre du pays. L’attentat de Gao le 18 janvier est le plus meurtrier qu’ait connu le Mali ces dernières années et le processus de paix est mis à mal depuis quelque temps. Le MOC (Mécanisme Opérationnel de Coordination) peine à se réaliser concrètement sur le terrain et la mise en œuvre des patrouilles mixtes est sans cesse retardé. L’attentat du 18 janvier est un coup dur porté au processus de paix, mais j’espère que les Maliens trouveront les ressources nécessaires pour surmonter l’obstacle. Il nous faut en tout cas redoubler nos efforts pour aider les FAMa à relever le défi de la lutte contre le terrorisme et cela demandera une collaboration étroite entre tous les acteurs internationaux présents au Mali (MINUSMA, Barkhane, EUTM). Pour répondre à votre question : nous sommes effectivement en contact permanent avec Barkhane et notre collaboration est appelée à se renforcer avec l’avancée de notre processus de décentralisation, principalement vers le nord.

« La mission première de l’EUTM Mali reste l’entraînement et la formation »

 Entre formation et protection, comment se répartit le détachement belge de l’EUTM Mali ? Quelle est sa fonction première ?

Avec 164 militaires, le détachement belge est le plus important de l’EUTM Mali et couvre tous les aspects de la mission (officiers d’état-major, instructeurs, advise & assist, force protection, appuis…)

La Force Protection à proprement parler compte 94 militaires issus du 3ème bataillon de Parachutistes. 21 militaires belges s’occupent des activités de training et des formations. La mission première de l’EUTM Mali se concentre bien entendu sur les activités training et la force protection est là pour assurer la sécurité aussi bien des instructeurs que des militaires maliens qui suivent les formations dispensées.

 Vous allez en quelque sorte être de nouveau à la tête du 3ème bataillon de Parachutistes. Qu’est-ce que cela fait de retrouver son ancienne unité ? Cela va-t-il faciliter votre commandement à la tête de l’EUTM Mali ?

Comme vous l’avez compris, la force protection n’est qu’un des aspects de la mission et les militaires qui composent l’EUTM Mali proviennent de 26 pays différents. La provenance du détachement belge de force protection n’a donc pas vraiment d’importance, même si cela fait toujours plaisir de retrouver quelques anciens …

 

Le premier reportage télévisé sur les Forces Spéciales belges en avril 2017 sur la RTBF

capture bande-annonce VTM
capture bande-annonce VTM

En novembre 2016, les SF Gp annonçaient la diffusion d’un reportage exceptionnel de six épisodes avec des images inédites sur la chaîne flamande VTM. Le tournage du reportage avait duré deux ans. La particularité de ce reportage, en plus de son caractère inédit, est le mélange d’images d’archives avec des images récentes.

Ce reportage devait être diffusé au mois de janvier sur la RTBF pour les francophones. Les SF Gp ont annoncé hier que la diffusion n’aurait lieu qu’au mois d’avril 2017. Il faudra donc encore patienter.

Un nouveau commandant pour la frégate Louise-Marie

photo Belgian Navy
photo Belgian Navy

Ce vendredi 20 janvier, la frégate Louise-Marie et son équipage ont reçu un nouveau commandant, a indiqué la Marine belge hier dans un communiqué. Au cours d’une cérémonie militaire, qui s’est tenue à la base navale de Zeebruges, le commandant de la composante marine, l’amiral de division Wim Robberecht a présenté le capitaine de frégate breveté d’état-major Guy Schotte comme nouveau commandant du navire en présence du vice-amiral Michel Hofman sous-chef d’état-major Opérations et Entraînement et ancien commandant de la Composante Marine.

Le capitaine de frégate breveté d’état-major Guy Schotte vient du Département d’Etat-Major Opérations et Entraînement au sein duquel il chapeautait les différentes opérations aériennes, terrestres et maritimes aux quatre coins du monde. Dès le début de la menace terroriste, il y a été impliqué et a dirigé les opérations de soutien à la Police par les militaires belges suites à la menace et les attaques terroristes.

A la fin du mois de janvier, la frégate partira en direction des eaux norvégiennes au sein de l’escadre permanente de l’OTAN, le Standing NATO Maritime Group 1. En juillet, elle reprendra la direction de la Méditerranée pour participer à l’opération Sophia organisée par l’Union Européenne.

Du changement à la tête de la Brigade Médium

photo Brigade Médium
photo Brigade Médium

La Brigade Médiane a un nouveau commandant avec l’arrivée du lieutenant-colonel Francis Legein qui prend la succession du lieutenant-colonel Tom Laurent. Cette passation de pouvoir s’est effectuée en présence du commandant de la Composante Terre, le général Jean-Paul Deconinck.

Entré à l’École Royale Militaire en 1989, le lieutenant-colonel Francis Legein a fait une partie de sa carrière militaire au 1er régiment de Chasseurs à Cheval (aujourd’hui bataillon de Chasseurs à Cheval) et a participé à une mission au Kosovo en 2003. Il a également occupé une fonction d’officier d’état-major à l’Eurocorps de 2012 à 2015. Depuis août 2015, il occupait un poste au Quartier général de la Composante Terre et travaillait sur un projet de numérisation de la chaîne de commandement.

Le lieutenant-colonel Tom Laurent avait pris la tête de la brigade en 2016.

Un livre-album exceptionnel sur les 75 ans des Forces Spéciales belges sortira au mois de mars 2017

© BEL SF Gp
© BEL SF Gp

L’Amicale des Belgian SAS va sortir sur un livre inédit sur l’histoire des Forces Spéciales belges (SF Gp) pour leurs 75 ans. Rencontre avec le lieutenant-colonel Tom Bilo, président du comité de rédaction. 

En 2017, les Forces Spéciales belges (SF Gp) vont être à l’honneur dans un livre illustré qui va retracer leur histoire, commencée il y a 75 ans. Elles ont fait leur apparition durant la période troublée de la Seconde Guerre mondiale et n’ont jamais cessé d’exister depuis malgré des évolutions. C’est l’amicale des Belgian SAS, créée il y a quatre ans, qui a décidé de se lancer dans ce vaste projet pour rendre hommage à ces hommes d’élite à travers ce travail de mémoire à dimension historique.

Une Amicale à l’origine du projet 

Lancée en 2013, l’amicale des Belgian SAS regroupe des proches des premiers SAS ainsi que quelques anciens des para-commandos et forces spéciales. Elle s’est créée autour de cette volonté commune de rendre hommage aux SAS et à ceux qui les ont suivis sous d’autres appellations pour que les faits d’armes de ces combattants de l’ombre ne tombent pas dans l’oubli. L’idée de départ était de faire un reportage-vidéo mais comme les sources audiovisuelles étaient rares, les membres de l’association ont opté pour la formule du livre. « Tous, ils se sont donné à fond pendant des années pour rédiger ce livre album qui a pour but de maintenir vivant le souvenir de ces êtres exceptionnels qui leur étaient chers », explique le lieutenant-colonel Tom Bilo, président de l’Amicale et du comité de rédaction.

Un véritable travail de recherche historique à grande échelle

Pour mener à bien le projet, les membres du comité de rédaction se sont répartis les tâches. Certains ont eu la responsabilité de rédiger les textes, d’autres étaient en appui pour la recherche historique, l’adaptation de cartes ou la collecte de photos en rapport avec l’ouvrage. Une autre équipe de bénévoles s’est même chargée de la traduction, un travail indispensable. Pour la partie historique plus ancienne, le comité de rédaction s’est appuyé sur des anciens livres déjà publiés sur le sujet ainsi que sur des mémoires inédites des SAS de la première heure comme celles du colonel Blondeel, dont le neveu est vice-président de l’Amicale. Les textes sur les unités spéciales plus récentes ont été écrits par des ex-membres de ces unités, qui se sont fait aider par d’anciens collègues en pratiquant de nombreuses interviews. Dans la majorité des cas, les personnes interrogées ont collaboré avec enthousiasme au projet. C’est un travail de titan qui a été mené par l’association au cours de ces quatre années pour élaborer ce livre historique inédit.

 Jeeps SAS belges pendant la reconquête des Pays-Bas (Collection musée Pegasus, Diest)
Jeeps SAS belges pendant la reconquête des Pays-Bas (Collection musée Pegasus, Diest)

Un livre historique inédit 

« La particularité du livre est que c’est la première fois que cette histoire des forces spéciales est racontée de leurs débuts jusqu’à la situation actuelle : 75 ans d’histoire. C’est aussi la première fois que l’histoire des unités d’après-guerre est publiée de façon aussi documentée sous forme de livre. », estime le lieutenant-colonel Tom Bilo. La première partie, qui retrace l’histoire des premiers SAS belges, est assez volumineuse. Il faut dire que leur parcours est assez chaotique mais également riche de leur arrivée en Angleterre à travers des périples divers et variés à leur entraînement sur le sol britannique et leur participation à différentes opérations en Normandie, en Belgique, aux Pays-Bas et en Allemagne. Dans une seconde partie est racontée l’histoire inédite des unités spéciales qui leur ont succédé : les Équipes spéciales de reconnaissance, le Détachement LRRP et le Groupe des Forces spéciales (SF Gp). Rien est laissé au hasard dans le livre qui sera une véritable fresque historique.

Après quatre ans de travail acharné, le livre est désormais dans sa phase finale de conception. Il va paraître au mois de mars 2017 et servira de référence historique non seulement pour la Défense mais aussi pour un public plus large comme les historiens par exemple. Il sera présenté le 31 mars 2017 au Château de Belœil pour les 50 ans de l’Amicale Nationale Para-Commando en présence de toutes les Amicales Para-Commandos de Belgique et de nombreuses autorités civiles et militaires. Un événement exceptionnel pour un livre exceptionnel et inédit !

Le livre est disponible à la commande au prix de 60€ (édition classique) ou 135€ (édition de luxe limitée) sur le site de l’Amicale des Belgian SAShttp://www.belgian-sas.be/boutique.html

image002Deux questions d’actualité au lieutenant-colonel Tom Bilo, ancien chef de corps des SF Gp de 2011 à 2014

On remarque une nouvelle exposition médiatique sur les forces spéciales belges avec la série de reportages exceptionnels sur VTM et bientôt la RTBF ou encore la sortie de votre livre même si moins grand public. Est-ce positif pour l’image des forces spéciales dans l’opinion publique qui peut mieux percevoir leur mission et leur utilité ?

Très certainement ! L’inconvénient des forces spéciales est qu’elles ont un devoir de réserve et de discrétion. Ceci engendre naturellement une méconnaissance de ces unités avec pour effet non seulement certains préjugés mais également des difficultés au niveau du recrutement. Le fait de s’ouvrir au grand public à travers les médias devrait donc avoir un effet positif à plusieurs égards : une meilleure compréhension du rôle des forces spéciales en général et un attrait plus grand encore au niveau du recrutement.

Vous qui avez été le commandant des SF Gp, comment voyez-vous aujourd’hui le futur et les prochains défis des SF Gp dans le cadre de la mise en place de la vision stratégique ?

Actuellement, nous sommes occupés à créer, un peu à l’image du COS en France, un commandement belge des opérations spéciales, regroupant un état-major, le SF Gp et les capacités para-commandos. Les unités para-commandos seront ainsi réorientées vers le domaine des opérations spéciales.

Ce nouveau commandement permettra de mieux faire face aux nombreux défis qui nous attendent. Nous allons non seulement intensifier nos collaborations avec les partenaires internationaux, mais nous allons aussi consolider les liens que nous avons avec les autres acteurs de la sécurité en Belgique. Au niveau militaire, ce nouveau commandement veillera aussi à améliorer l’interaction des forces spéciales avec d’autres capacités provenant d’armes ou de forces différentes, comme le renseignement, l’aviation, les capacités canines ou encore les démineurs de combat. C’est un défi d’envergure qui demandera de nombreux investissements en personnel et en moyens ainsi qu’une bonne touche de créativité, de communication et de persuasion, mais au final ce sera une très belle contribution à la sécurité de notre pays et des alliances dont nous faisons partie.

Merci au lieutenant-colonel Tom Bilo pour son aimable disponibilité.

 

 

Deux ans de Vigilant Guardian : Histoire d’une opération « inédite » de l’armée belge depuis 39-45

Les premiers Chasseurs Ardennais de l'opération Vigilant en mission à Bruxelles le 17 janvier 2015 (photo Daniel Orban / BE Defense)
Les premiers Chasseurs ardennais de l’opération Vigilant Guardian en mission à Bruxelles le 17 janvier 2015 (photo Daniel Orban / BE Defense)

Depuis le 17 janvier 2015, les militaires belges sont déployés dans les villes belges dans le cadre de l’opération Vigilant Guardian ou Homeland. Retour sur un engagement inédit des forces armées belges depuis la Seconde Guerre mondiale.

Les attentats de Charlie Hebdo en France le 7 janvier 2015 ont donné l’opération Sentinelle. Mais ils vont également avoir des conséquences en Belgique où le gouvernement Charles Michel décide de prendre des mesures contre le terrorisme dont le déploiement de militaires en soutien à la Police fédérale selon les demandes. D’abord temporaire, ce déploiement inédit ne va jamais s’arrêter en deux ans, au point de faire désormais partie du paysage belge à Bruxelles, Liège ou Anvers. Il va prendre le nom d’opération Vigilant Guardian ou parfois Homeland avec des évolutions durant les deux ans.

Au commencement de l’opération

Le 17 janvier 2015 à 7H du matin, les 150 premiers militaires belges, Chasseurs ardennais et parachutistes du 3ème Bataillon, se déploient à Bruxelles et à Anvers pour des missions de surveillance statique. La veille, le gouvernement a décidé de leur déploiement lors d’un Conseil des Ministres suite au relèvement du niveau de menace à 3 par l’OCAM (Organe de coordination pour l’analyse de la menace). Ils pourront être au maximum 300 pour sécuriser des lieux sensibles et soulager la Police fédérale. Très vite, d’autres villes demandent également un renfort militaire comme Liège le 20 janvier, qui en obtient 25 en provenance du 12/13ème de Ligne de Spa. Des Lignards sont également présents à Huy et à Verviers. Les premiers chiffres communiqués après une semaine sont les suivants : 120 à Bruxelles, 120 à Anvers et 55 en province de Liège. D’autres villes ne veulent pas de militaires comme Gand et Malines. Le 24 janvier, le ministre Steven Vandeput communique sur le déploiement temporaire de militaires pour des missions de sécurité statique à l’appui et sous le commandement de la police. Mais pas de présence militaire dans les aéroports et les gares et il n’est pas question de patrouiller. Le 23 janvier 2015, la Défense écrit sur son site : « Les militaires mettent ainsi quelques activités et exercices entre parenthèses pendant un mois afin d’assurer leur service d’aide à la nation. » (sic !) Ce dispositif, qualifié d’exceptionnel en réponse à un besoin immédiat et urgent, doit durer un mois mais peut-être prolongé…C’est le début de l’opération Vigilant Guardian !

Première vidéo produite par la Défense belge sur l’opération Vigilant Guardian, encore temporaire à ce moment

Les militaires sont sous commandement policier et répondent à une demande spécifique (photo Daniel Orban / BE Defense)
Les militaires sont sous commandement policier et répondent à une demande spécifique (photo Daniel Orban / BE Defense)

De 200 à 1828 militaires dans les rues

Le nombre des militaires n’a cessé de varier en deux ans. Durant les premiers mois, leur nombre se stabilise autour de 200 et la mission des militaires est régulièrement prolongée. On atteint un premier pic à la fin du mois de novembre après les attentats de Paris du 13 novembre 2015. L’OCAM relève le niveau de menace à 4 à Bruxelles. Pendant le week-end du 21-22 novembre 2015, Bruxelles est en état de siège et les transports publics sont fermés tout comme les écoles, une menace d’attentat étant imminente selon le gouvernement fédéral. La situation revient peu à peu à la normale à partir du 25 novembre.  Durant cette période, le déploiement militaire est important au nombre de 1428[1]. Au mois de décembre 2015, leur nombre redescend à 700 mais la hausse est significative. Fin janvier 2016, le déploiement est de 1000 dont 700 visibles dans les rues. À partir du 5 mars, ils sont 40 de plus en charge de surveiller les centrales nucléaires. Les attentats du 22 mars vont changer à nouveau la donne. D’avril 2016 jusqu’à courant novembre 2016, ils sont au nombre de 1828. Depuis le 3 janvier 2017, ils sont désormais 1250 dans les rues avec une marge de sécurité de 150. Lors d’une phase ultérieure, leur nombre pourrait baisser à 1089.

Des militaires de l'opération Spring Guardian (photo Daniel Orban/BE Defense)
Des militaires de l’opération Spring Guardian (photo Daniel Orban/BE Defense)

Une opération qui a évolué

La mission des militaires belges a connu des évolutions. Désormais les militaires patrouillent dans les rues et sont présents dans les gares et les aéroports mais aussi les centres commerciaux et ce dès fin 2015. L’opération a pris le nom de Vigilant Guardian ou OVG durant les premiers mois mais il est aussi commun de l’appeler Homeland.  Au mois de mars 2016 après les attentats, la protection spécifique des centrales nucléaires (Fleurus, Tihange, Doel, et Mol-Dessel) par les militaires au nombre de 140 donne le nom de Spring Guardian et devient une opération à part entière moins connue mais toujours en cours. Opération sans date précise de fin, elle a été sujette à des débats quant aux règles d’engagement des militaires, qui n’ont jamais vraiment été rendues publiques, ouvrant la porte à des polémiques comme celles des fouilles non légales en avril 2016. Dès le début du déploiement, la Défense avait précisé qu’elle était là en appui de la Police fédérale et que les militaires n’effectueraient pas de contrôles d’identité. En novembre 2015, l’ex-patron de l’armée le général Gerard Van Caelenberge rappelait aux syndicats que les militaires étaient soumis à la législation belge en matière de légitime défense et qu’ils ne pouvaient faire usage de la force létale pour protéger des biens ou des bâtiments. De son côté, le ministère a toujours assuré que les militaires étaient au courant des règles d’engagement spécifiques, qui leur permettent de réagir adéquatement selon les menaces. Pour l’instant, les militaires belges n’ont jamais eu à faire usage de leurs armes. La collaboration avec la police a toujours été optimale et les relations sont bonnes. Quelques incidents avec des citoyens ont été parfois signalés mais ce sont des cas vraiment isolés et sans gravité.

Les véhicules militaires font aussi partie du paysage de Vigilant Guardian (photo Daniel Orban/BE Defense)
Les véhicules militaires font aussi partie du paysage de Vigilant Guardian (photo Daniel Orban/BE Defense)

Un coût financier conséquent partagé entre la Défense et l’Intérieur

Le coût de l’opération n’a cessé de grimper, les frais se partageant entre la Défense et l’Intérieur. « La Défense prendra en charge les coûts liés au personnel. Les frais supplémentaires seront à charge de la Police Fédérale », indiquait la Défense le 1er jour du déploiement. Le coût des neuf premiers mois avait été estimé à 10 millions d’euros, i-e pendant les mois de déploiement minimum de militaires avant que l’opération ne prenne de l’ampleur. André Dumoulin, dans un article dans la Revue Défense Nationale, donne un chiffre de 18,2 millions d’euros pour 2015. En 2016, le coût global a été au moins multiplié par sept par rapport à 2015 selon des estimations (34 millions d’euros pour le premier trimestre 2016). En novembre 2015, le gouvernement belge avait débloqué 400 millions d’euros pour lutter contre le radicalisme et le terrorisme. Une partie des 50 millions d’euros restants (21 millions d’euros) ont été attribués à Vigilant Guardian en juillet 2016.

La Composante Air a aussi apporté sa contribution (photo Composante Air)
La Composante Air a aussi apporté sa contribution (photo Composante Air)

Une opération en débat au sein de la Défense

L’opération n’a pas manqué de susciter des débats surtout quand tout le monde a compris qu’elle allait durer. Dans un premier temps, les militaires participant à l’opération étaient enthousiastes. Au fil des mois, cet enthousiasme n’a plus été pareil même si le professionnalisme est toujours là. L’opération pèse lourdement sur la Composante Terre, qui a dû puiser dans des unités de logistique pour faire face à la demande. Les Composantes Air et Médicale ont également apporté leur contribution. Des exercices, parfois majeurs, ont dû être annulés ou interrompus comme cela a été le cas fin novembre 2015. Dès le mois d’octobre 2015, le général Jean-Paul Deconinck, patron de la Composante Terre, mettait en garde et estimait qu’on avait atteint les limites du système, une mise en garde répétée en décembre 2015. En avril 2016, une source militaire indiquait à l’agence Belga que la mobilisation de plus d’un millier de soldats n’était tenable que pendant quelques semaines. Plus de six mois après, ils sont toujours plus d’un millier dans la rue. Récemment le général Marc Compernol, patron de la Défense, déclarait également craindre une perte de compétences, parlant d’une génération perdue. Pourtant l’armée n’a cessé de s’adapter au fur et à mesure de l’ampleur prise par Vigilant Guardian. De son côté, l’ex-patron de l’armée le général Gerard Van Caelenberge, espérait que l’opération permettrait de monter l’utilité de l’armée aux politiques avec l’espoir d’une revalorisation budgétaire. Peine sans doute perdue au regard des signaux donnés dernièrement par le gouvernement. Néanmoins, d’autres membres d’état-major ne sont pas aussi pessimistes, étant favorables à l’opération car elle donne une meilleure image de l’armée aux citoyens. On peut citer le cas du colonel Jean-Louis Crucifix, commandant militaire de la province de Liège, qui a soutenu et défendu à plusieurs reprises l’utilité de l’opération Vigilant Guardian.

L'armée communique beaucoup sur l'opération (photo FB bataillon Libération-5ème de Ligne)
L’armée communique beaucoup sur l’opération (photo FB bataillon Libération-5ème de Ligne)

Une meilleure visibilité médiatique pour l’armée

L’opération a toujours joui d’une certaine côte de popularité auprès de l’opinion publique. Deux jours après le début de l’opération, un sondage RTL-Ipsos-Le Soir indiquait que 72% des Belges étaient favorables à une présence militaire dans les rues. La Défense a beaucoup communiqué à ce sujet, profitant d’une exposition médiatique plus forte. Cet état de temporaire qui dure ne facilite pas forcément une meilleure approche du citoyen envers la mission du militaire alors que l’opération est présentée comme une des solutions face au terrorisme par les politiques, qui s’expriment d’ailleurs peu sur le sujet. L’opération reste parfois source d’une certaine incompréhension. La difficulté sera de trouver la solution pour y mettre fin pour sortir de l’impasse sans perdre la face. La création d’un corps de sécurité spécifique est à l’étude par le gouvernement et en projet mais il faudra un peu attendre avant qu’il ne voit le jour.

Les militaires, qui ont été déployés dans les rues le 17 janvier 2015, ne pensaient pas être les premiers d’une longue série toujours en cours deux ans après. Pris dans l’engrenage, le gouvernement n’a cessé de la prolonger. L’opération Vigilant Guardian a obligé l’armée belge à s’adapter et elle reste un vrai défi pour les mois à venir. Elle n’a cessé d’alimenter le débat politique, médiatique et militaire avec plus ou moins d’intensité. Il n’en reste pas moins qu’elle est devenue une opération à part entière de la Défense belge. Le ministère réfléchit d’ailleurs à la mise en place d’une médaille ou d’une décoration pour les militaires qui y ont pris part, une juste récompense !

[1] À ce sujet, lire l’excellent article de Nicolas Gros-Verheyde sur Bruxelles2 https://www.bruxelles2.eu/2015/11/22/et-bruxelles-devint-noire/

La grande bataille des Forces spéciales belges : le recrutement !

photo Malek Azoug/BE Defence
photo Malek Azoug/BE Defence

La Défense belge a indiqué hier que la plus grande bataille livrée en ce moment par les SFG (Special Forces Group) était le recrutement. Cette allusion clôturait un article sur un exercice d’infiltration nocturne effectué par des SFG. Un défi récurrent ces dernières années mais qui va se faire pressant avec la mise en place de la vision stratégique pour 2030.

Un renforcement des SFG pour 2030

Leur nombre est confidentiel et jamais communiqué par la Défense mais les SFG seraient entre 115 et 130. Dans la vision stratégique du ministre Vandeput, ils vont voir leur capacité grandir pour atteindre le chiffre de 225 opérateurs en plus des deux bataillons de paracommando, qui vont prendre la dénomination « Ranger » (SFSG: Special Support Forces Group) et évolueront en soutien des premiers. En tout, la Défense belge va être dotée d’une capacité de forces spéciales de 1309 hommes. Il va donc falloir recruter pour atteindre les objectifs annoncés mais pas simple.

Photo de recrutement publiée sur la page FB des SFG
Photo de recrutement publiée sur la page FB des SFG (© Fract-Art https://www.facebook.com/CManPower1960/)

 

 

Un recrutement continu depuis 2003

Depuis sa création le 5 février 2003 après la disparition de la Compagnie Special Forces, le recrutement est une des principales difficultés des SFG. Deux ans après sa création, ce corps d’élite n’avait que la moitié de son effectif prévu au départ comme l’indiquait à La Libre Belgique le lieutenant-colonel Claeys qui plaidait pour élargir le vivier de candidatures aux civils. Cette ouverture aux civils sera effective en 2007 sans régler entièrement le problème. En 2008, l’unité organise une journée d’informations pour les candidats, à la recherche de 23 opérateurs. Cette année-là, le SFG voit l’arrivée d’un ancien « marinier » (fusilier-marin) néerlandais en fin de contrat aux Pays-Bas ! En 2012, elle lance à nouveau une campagne de recrutement uniquement destinée aux militaires pour combler le vide dans ses effectifs, peinant à faire le plein. De fait, les SFG recrutent tout le temps et en continu et ce depuis leur création.

Une formation extrêmement exigeante et des contraintes familiales

En soi, les conditions d’accès sont plutôt larges. En plus des militaires, les civils peuvent aussi en faire partie après avoir suivi l’instruction militaire de base et si possible dans une unité para-commando puisque les brevets A-Commando et A-Para sont obligatoires pour devenir opérateur SF. Mais une chose est de faire acte de candidature, une autre est de passer la sélection. En 2007, seulement cinq candidats sur trente ont été retenus à l’issue de la semaine de sélection. Le taux de réussite était de 1% en 2011. En plus d’une formation extrêmement exigeante, les contraintes familiales sont aussi un autre obstacle de recrutement au vu du caractère très particulier et secret inhérent à toute unité de forces spéciales. Toutefois, il n’est pas question d’abaisser les critères de sélection. « J’ai besoin de la crème de la crème », expliquait en 2008 le commandant de l’unité, le lieutenant-colonel Bob Dufrane aux journalistes.

Les SGF lors de l'exercice international Flintlock en février 2016 au Sénégal (photo SFG)
Les SGF lors de l’exercice international Flintlock en février 2016 au Sénégal (photo SFG)

Une durée de formation très longue

Le cours de qualification pour devenir opérateur dans les SFG dure environ 19 mois voire plus. Il se compose de trois parties: la phase de pré-sélection (pré-stage), le cours de sélection (stage), et la formation complémentaire. Ce cours de qualification (ou Q-Course) est d’ailleurs très détaillé sur le site de l’unité, qui donne également des conseils pour bien se préparer à cette phase intensive de formation en amont. Après la réussite du programme de formation, les candidats reçoivent leur certification d’opérateur des forces spéciales. À partir de ce moment, ils sont incorporés à une équipe opérationnelle existante et peuvent être déployés pour des missions. On comprendra qu’au vu de la durée de la formation et du taux d’échec lors de la phase de sélection, les SFG doivent anticiper leur campagne de recrutement pour atteindre le nombre prévu d’effectifs. Une phase de formation a débuté le 2 janvier dernier pour 2017.

Les Forces spéciales belges bénéficient dernièrement d’une meilleure médiatisation avec la sortie d’une série de reportages exceptionnels sur la VTM en décembre et prochainement sur la RTBF. L’unité compte bien s’en servir pour attirer des candidats dans les prochaines années malgré les difficultés rencontrées. Et comme le dit si bien sa devise: « Who dares wins » !

 

Environ 155 Lignards font partie du Battle Group européen de début 2017. Explications avec le lieutenant-colonel Manuel Monin

Le lieutenant-colonel Manuel Monin avec ses officiers lors de l'entraînement au camp Boletice en Tchéquie (photo Marc Ganser / 12/13 Li)
Le lieutenant-colonel Manuel Monin avec son état-major lors de l’entraînement au camp Boletice en Tchéquie (photo Marc Ganser / 12/13 Li)

Interview avec le lieutenant-colonel Manuel Monin, chef de corps du 12/13ème de Ligne, sur la participation du bataillon à l’EUBG  de début 2017.

Au mois d’octobre, l’État-Major de la Composante Terre a désigné le 12/13ème de Ligne pour faire partie du Battle Group européen du 1er semestre de 2017. Pour se préparer à cette mission de « stand-by », le bataillon s’est entraîné au camp d’Elsenborn dans la province de Liège et au camp Boletice en Tchéquie. Le lieutenant-colonel Manuel Monin, chef de corps du 12/13ème de Ligne, nous explique dans une interview la mission du bataillon, sa préparation, les défis à relever.

« La Belgique est associée à la France pour participer au Battle Group européen de début 2017 »

Du 1er janvier au 30 juin 2017, le 12/13ème de Ligne fera partie de l’European Union Battle Group. En quoi cela consiste-t-il ?

L’Union Européenne s’est dotée le 1er janvier 2007, d’une capacité d’intervention terrestre permanente. Depuis lors un rôle est établi où une nation cadre (framework nation) prend le commandement d’un EUBG soit purement national, mais très souvent multinational. La Belgique a pour habitude de prendre la direction d’un EUBG tous les quatre ans. C’est ce qu’elle fera en 2018. Entre ces contributions majeures, elle participe aux EUBG d’autres nations. Au premier semestre 2017, elle est associée à la France et participe à hauteur d’une compagnie d’infanterie ainsi que des éléments logistique, d’appui médical et de communication.

Pouvez-vous nous en dire plus sur les éléments du bataillon qui vont en faire partie ? Combien d’hommes, cela va-t-il concerner ?

Le 12/13 de Ligne contribue à hauteur de 155 militaires composant la compagnie d’infanterie sur MPPV DINGO. Il fournit également des éléments d’état-major dans le Battle Group même, mais aussi au niveau de la Task Force (FHQ, soit l’équivalent du niveau brigade qui devrait se déployer avec le bataillon) et au niveau opératif (OHQ). A côté de cela des éléments logistiques du 4 Bn Log, d’appui aux communications du 4 Gp CIS et un rôle 1 d’appui médical du 3 EMI, unités toutes basées à Marche-en-Famenne, sont intégrés à la Cie pour former la contribution belge à cet EUBG. La Belgique contribuera donc à hauteur d’un peu plus de 230 militaires sur un total qui pourrait atteindre plus de 2000 soldats.

« L’année 2016 a été l’année de tous les défis pour les unités de combat belges, Vigilant Guardian oblige »

Comment le bataillon s’est-il préparé à cette nouvelle mission ? Quel était l’intérêt de la Tchéquie ?

Des Lignards en exercice en Tchéquie (photo Marc Ganser / 12/13 Li)
Des Lignards en exercice en Tchéquie (photo Marc Ganser / 12/13 Li)

L’année 2016 a été l’année de tous les défis pour les unités de combat belges, mission en appui de la Police (Operation Vigilant Guardian, OVG) oblige. Heureusement, l’Etat-Major a dégagé le détachement EUBG de toute contribution OVG pendant un peu plus de 10 semaines fin 2016 pour une bonne remise à niveau. Le déploiement dans le camp de BOLETICE en République Tchèque, constituait le point d’orgue de cette période d’entraînement avec la certification finale du détachement. Ceci nous a permis de nous entraîner à nouveau avec l’ensemble des éléments de combat de la compagnie, véhicules y compris et ce dans un terrain complexe. Cela a été également bénéfique aux éléments d’appuis Log/Med/CIS qui eux aussi se sont remis dans le bain des missions plus classiques.

Comment va se dérouler cette période de six mois pour les Lignards ? La pression va-t-elle être d’autant plus forte pour le bataillon avec Vigilant Guardian ?

Une partie de l’entrainement n’a pu être totalement menée à bien en 2016 et c’est pour cela que dès que des opportunités se présentent, la compagnie EUBG sort du quartier. Par exemple un exercice aéromobile important devrait, si la météo le permet, être effectué en terrain civil du 30 janvier au 3 février. Ensuite effectivement, la mission OVG continue et le bataillon est déjà prévu pour fournir du personnel durant pas moins 33 semaines. La pression est donc bien là mais cette année nous ne pouvons pas être surpris…

« L’EUBG nous a permis de nous entraîner à nouveau dans nos savoir-faire de base »

Lors de votre entraînement en Tchéquie, RTL-TVI est venu consacrer différents reportages sur le terrain. L’accent a été mis sur Vigilant Guardian, les répercussions sur la vie de famille, la perte de compétences militaires. En participant à un Battle Group européen, le bataillon revient-il à des missions de Défense plus classiques ? Vigilant Guardian a-t-il vraiment une incidence sur les entraînements militaires ?

Tirs aux mortiers 81mm lors d'un exercice avec munitions réelles en Tchéquie (photo Marc Ganser / 12/13 Li
Tirs aux mortiers 81mm lors d’un exercice avec munitions réelles en Tchéquie (photo Marc Ganser / 12/13 Li)

EUBG est une réelle bulle d’oxygène pour une partie du bataillon. Cette mission de « stand-by » nous a permis de nous entraîner à nouveau dans nos savoir-faire de base. Il ne faut jamais oublier que si nos contributions à OVG, et certainement quand cela va (très) mal comme lors du 22 Mars, sont appréciées, c’est parce que nous avons un entraînement militaire et pas policier. Nous sommes des compléments au dispositif policier, nous sommes capables de fournir des effets qu’eux ne peuvent générer simplement car ces effets ne font pas partie de leurs missions. Il est donc très important que nous puissions retourner vers ces savoir-faire typiquement militaires. De plus, certains pays dont la France et certaines personnalités européennes comme par exemple La Haute Représentante Mogherini, plaident pour une utilisation effective de l’EUBG. Il nous faut donc être prêt à tout.

Fin 2015 et durant toute l’année 2016, notre programme n’a pas cessé d’être chamboulé. C’est normal. Dans des circonstances extraordinaires, le Gouvernement a décidé d’agir de façon extraordinaire. Notre place était donc dans la rue aux côté de nos collègues policiers. Ceci a par exemple entraîné la suppression de deux exercices majeurs pour le 12/13 de Ligne. Dire que cela n’a aucun impact sur le niveau d’entraînement serait prétentieux. Oui il y a eu un impact, cela s’est vu par exemple à BOLETICE. A nous en 2017 de corriger le tir pour retrouver notre niveau dans nos tâches propres !

Merci au lieutenant-colonel Manuel Monin pour son aimable disponibilité.