Vers une « garde nationale » belge en 2017 ?

Charles Michel et Jan Jambon en visite à Etterbeek, au siège des unités spéciales de la police fédérale (photo Belga)
Charles Michel et Jan Jambon en visite à Etterbeek, au siège des unités spéciales de la police fédérale (photo Belga)

Selon une information de la Dernière Heure, le ministre de l’Intérieur Jan Jambon souhaite créer pour 2017 un nouveau corps de sécurité mobilisable à toute heure peu importe le niveau de menace. Ce nouveau corps se créerait sur le modèle français lancé par François Hollande: une « garde nationale » en quelque sorte. Actuellement, il est prévu que 1.440 militaires dépêchés au sein de l’armée sur base volontaire composent cette garde, tout comme 220 membres du corps de sécurité du SPF Justice. On comprend aisément l’objectif de cette garde mais cela pose toutefois des questions.

Pourquoi cette « garde nationale » ?

Le but est plus qu’évident: soulager les militaires et les policiers dans la rue car l’opération Vigilant Guardian ne semble pas prête de s’arrêter. Le chercheur André Dumoulin, attaché à l’IRSD (Institut royal supérieur de Défense), évoquait déjà au mois de mai 2016 la création d’un tel corps de sécurité nationale (« Direction Surveillance et Protection ») composé de 1220 anciens militaires, 420 membres du corps de sécurité du SPF Justice et 410 agents de sécurité de l’aéroport de Bruxelles. C’est bien la preuve que l’idée circule dans les milieux militaires, de façon plus ou moins confidentielles, depuis quelques mois. Dans le cas présent, on soulignera que l’idée émane du ministère de l’Intérieur et non de la Défense. C’est tout simplement parce que le financement de l’opération Vigilant Guardian, qui est un appui de l’armée à la Police Fédérale, revient à l’Intérieur. L’armée facture son soutien à la police (18,2 millions d’€ en 2015). En plus de soulager l’armée et la police, ce corps a sans aucun doute également le but de baisser le coût d’une telle opération de sécurité qui va durer.

logo réserveEt la réserve ?

Avec cette création, on se dirigerait plus vers de la sécurité privée que l’idée de la défense du territoire nationale. La France n’a pas hésité à axer sa communication sur la réserve, à recruter et à projeter des réservistes dans la rue dans le cadre de l’opération Sentinelle. La Belgique possède bien une réserve, dont le cadre est défini par la loi du 21 mai 2001 depuis la suspension du service militaire le 1er mars 1995. Le réserviste belge doit se mettre à disposition de la Défense au moins 5 jours à 7 jours par an. Cela réduit donc les possibilités de mobiliser la réserve dans le cadre de l’opération Vigilant Guardian. D’ailleurs, il n’en a jamais été fait allusion. De plus selon les derniers chiffres, l’armée ne compterait que 5.806 réservistes dont seulement 1.196 sont des réservistes « entraînés », aptes à être engagés. Lors d’un symposium organisé à l’École Royale Militaire de Bruxelles sur « La Réserve, aujourd’hui et demain » le 14 novembre 2015, le lieutenant-colonel de réserve Philippe Légat espérait que d’ici 2030 la Défense puisse compter sur 6.000 réservistes disponibles répartis dans quatre catégories : réserve spécialisée, d’appui, territoriale et civile. D’ailleurs le document de la Vision Stratégique de la Défense pour 2030 prévoit de renouveler et de réactuliser la réserve actuelle avec la disparition de la réserve non spécialisée et la création de compagnies de réserve, constituées d’infanterie légère, qui soutiendraient les forces terrestres dans ses missions de sécurité intérieure.

Des réservistes belges lors d'une compétition nationale de réservistes à Spa en octobre 2015 (photo Défense belge)
Des réservistes belges lors d’une compétition nationale de réservistes à Spa en octobre 2015 (photo Défense belge)

Où en est l’engagement volontaire militaire (EVMI) ?

L’engagement volontaire militaire (EVMI), lancée en 2010 par le ministre de la Défense de l’époque Peter de Crem, devait rajeunir l’armée belge et permettre à des jeunes sans diplôme de devenir militaire pour une période de 2 à 4 ans. C’était une forme de service militaire volontaire. Le bilan de ce dispositif a été fait en 2015, cinq ans après sa mise en place. Il n’aurait pas convaincu les jeunes malgré les premiers chiffres encourageants au moment de son lancement. Le syndicat CGSP a parlé d’échec total, trois quart des candidats n’allant pas au bout de leur engagement. Entre 2010 et 2014, 840 places ont été ouvertes mais seulement 348 places ont été pourvues. Sur ces 348 volontaires, 10 ont achevé leur engagement, 118 sont passés sous un autre statut militaire et 21 étaient encore en place. Malgré une modification du statut en 2014, le dispositif ne convainc toujours pas les jeunes et il devrait disparaître.

On attend d’en savoir plus sur cette création d’une garde nationale et ce projet de loi avant de s’en faire une réelle idée d’autant plus que cette initiative vient de l’Intérieur. Comment la Défense va-t-elle s’imbriquer sur ce projet ? La Belgique n’échappe pas au débat d’un retour au service militaire ou de la création d’une garde nationale mais elle semble plus se tourner vers de la sécurité privée qu’une sorte d’appel à la mobilisation nationale à travers la réserve par exemple. Mais par cette création, on a déjà une certitude : Vigilant Guardian va continuer sous une forme ou une autre !

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